Contrairement à juin, je n’ai pas beaucoup traîné dans les expos en juillet! En tout cas, rien ne m’a touché vraiment. Le seul évènement dans le domaine de l’art qui m’a marquée ce mois-ci, c’est la parution du « Book 31 » de Christine Delbecq.
Elle a voulu retracer quelques escales de ce voyage d’artiste plasticienne qu’elle poursuit sans relâche. Quelques étapes du chemin parcouru sur les trente dernières années.
Et voici donc un petit livret de 31 photos (excellentes). Présentation sous forme de cartes postales détachables (avec talon qui reste à demeure). Introduction écrite par Anne, l’une de ses collectionneuses qui la suit dans son travail depuis longtemps.
Et ce beau petit ouvrage a été réalisé dans le cadre du projet de fin d’études des étudiants en communication et industries graphiques du lycée André-Malraux de Montereau-Fault-Yonne (77).
Il me semble, en fait, que ce Book est dans la continuation de son travail. Car Christine Delbecq n’a jamais cessé de repasser sur ses traces, pour mieux continuer. Comme dans un labyrinthe où l’on a parfois l’impression de devoir revenir sur ses pas pour trouver la suite du parcours.
Elle avance comme on tricote: utilisant la maille qui vient d’être réalisée pour enchaîner sur la suivante et aboutir, ainsi de suite, à une œuvre globale.
Elle s’enrichit d’elle-même. Chaque travail fait tremplin pour un autre. Elle se sert de ce qu’elle a déjà fait exister pour en tirer quelque chose qui l’aide à poursuivre.
Elle ne tourne pas en rond. Jamais. Elle part plutôt dans un continuel enroulement. Comme la musique de Bach. Des rubans en spirales. Pas de radotage ni de répétition. (On en connaît des artistes qui ont tendance à se répéter!!)
Chez elle, tout se rejoint et se complète. D’où la constance de l’inspiration. ( « équilibre fragile », « coexistence impossible entre gravité et suspension », « comment être en appui dans le vide »… Voilà ce que résume Anne, dans l’introduction du Book 31)
Book 31 fait défiler, sans vraie chronologie, quelques images emblématiques du travail de Christine Delbecq. Et qu’est ce qu’on est contents de retrouver les « pieds », les « rouges de glace », les « vies froissées », « les grandes vagues de pierre »… Et puis, on reconnaît les périodes des « lettres sans mots » et « marcher les jours », des « Mumbaï cubes », des « chaos cartons » …
On a juste hâte de connaître la suite! Pour vous procurer Book 31, <christine.delbecq@gmail.com>
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Dans cette rubrique « Visites d’ateliers », je parle d’ambiance, je dis ce que je vois, entends et ressens, mais ce n’est pas vraiment un article sur l’artiste lui-même et son travail. Rappelons-le.
Juin 2016. Il va déménager bientôt. Vite! Que je fasse le portrait de cet atelier avant qu’il ne change. Ce n’est pas un capharnaüm indescriptible. Je me sens assez disposée à le décrire!
La vieille porte en bois, à la peinture écaillée (celle d’un ancien garage) donne l’info: « Le Pèse-Nerf ». Tu y es ( il faudra que tu demandes un jour pourquoi le dénommé Titus se fait appeler du titre d’un texte de Artaud). Tu entres. Euh! Tu te poses aussitôt la question du trajet pour rejoindre les élèves et le maître des lieux. Ils sont là. Tout près. La pièce n’est pas si grande. Mais entre toi et eux il y a des vélos, des cartons, des chevalets, des piliers, des seaux, des caisses… Tu plonges.
Le sol est joliment maculé de taches de peinture. Devant toi, au fond, un mur brut, avec pierres disparates et fissures. Au-dessus, des fils électriques (sagement gainés quand même) sont en balade et un long tuyau tordu saute d’un mur à l’autre. Tu te retournes. En face, contre les vitres grillagées de la rue, une grande table disparaît sous un vrai fouillis d’atelier. Amoncellements de chiffons salis, des centaines de pinceaux qui trempent, une foule de gros tubes de peinture aplatis et avachis… Deux ou trois vélos se balancent au plafond. De vieux néons blafards se font oublier là-haut. Des piles bancales et branlantes de dizaines de magazines, livres et papiers s’appuient vaillamment contre la fenêtre.
Tu souris. Tu es bien. Tu entends discuter et blaguer les artistes, ça bavarde mais ça travaille. Tu reviens vers eux. On te propose un café et un morceau de gâteau. Musique de fond.
Tu regardes comment bouge le crayon, le doigt, la craie ou le pinceau sur ces toiles ou ces espèces de tableaux noirs, œuvres en devenir. L’air de rien, Titus guide, explique, conseille…Reprend un trait, rectifie une ombre…Félicite, corrige, fume une cigarette, philosophe un brin… Les choses se font et se disent en souplesse.
Un masque en carton noir est accroché quelque part. Deux poupées sont suspendues au mur. Un espace repos se fait discret dans un coin (fauteuil de jardin, lit, couette en vrac…).
Et alors… Bien plus forts que le fouillis-foutoir (au fait! Pas aperçu une seule toile d’araignée!), tu retiendras les portraits que tu as vu émerger ici et là dans cet atelier. Posés au sol, à la va-comme-je-te-pousse. Ils t’auront marqué. Leur regard te restera au cœur. Réalisés par Titus ou par ses élèves… Encore en gestation ou prêts à être accueillis par quelqu’un.
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« Place aux arts » ! Jolie formule! Bien trouvée! Mais fausse, en grande partie! Cet été 2016, un samedi, autour de cette place dijonnaise, à kiosque et à jets d’eau, Wilson de son nom, s’étaient installés des exposants. Des artistes? Ah bon?
J’en ai très peu vu, en réalité! Six ou sept qui mériteraient le nom… Guère plus. Désolant. (Ne me demandez pas qui! Certains sauront de qui je parle!)
Je vais m’attirer les foudres en affirmant que cette « place aux arts » était démoralisante! M’en fiche. Au moins j’aurai des commentaires ! Je ne peux en lire sur ce blog, pratiquement, que lorsque j’écris des méchancetés…
Que chacun puisse s’amuser à jouer du pinceau, à crayonner, à fabriquer des bijoux, à cuire de la terre…Oui. Pas de problème. Ces plaisirs sont recommandés, même. Prenez votre pied. Mais de grâce, ne nous imposez pas vos « œuvres ». Si on continue d’exposer des choses de qualité médiocre, en les qualifiant « d’art », on fait du mal à la fois aux artistes (les vrais) et au public.
J’aurais pu, pour cette rubrique, m’arrêter sur l’un des artistes vu ce mois-ci. Il y avait le choix. J’ai eu beaucoup de coups d’amour! Mais je préfère parler de quelqu’un que je n’ai pas encore cité ici. Ce n’est pas forcément le plus fort rencontré en juin. Mais c’est une belle découverte qui m’a fait passer un agréable moment.
Il s’agit du céramiste Didier Joly, dont j’ai vu le travail au Couvent de Treigny (89), dans l’exposition « D’ici et d’ailleurs ». Le principe était de présenter des duos: un membre de l’association des potiers locaux et son invité. Je crois que Didier Joly vient de Haute Normandie, son hôte était Colette Biquand.
Je pense que ce qu’il présentait à cette expo n’est pas son travail habituel. Peut-être ses recherches actuelles. De toute façon, très intéressant. Didier Joly a juxtaposé deux matières, le verre et la terre, réunies pour chacune des pièces exposées. Deux matières dont il a gardé le caractère un peu brut, suffisamment pour que les deux se marient bien. Mais deux matières suffisamment différentes pour faire choc. Toutes les deux, en tout cas, ont le feu en commun…
Elles s’accueillent l’une l’autre. Elles se lovent l’une dans l’autre. S’appuient l’une sur l’autre. Dense, opaque, la terre est colorée, marbrée de brûlures… Épais mais translucide, le verre est blanc, capteur de lumières et de reflets…
-L’une est le mur, l’autre la fenêtre.
-La terre est infranchissable. Le verre laisse passer quelque chose. On se surprend à croire la terre solide et le verre fragile. Mais je crois que l’on se trompe. Ils forment couples inébranlables.
-Un jour, une goutte d’eau et un morceau de glaise se sont rencontrés. Ils se sont figés, fossilisés. Et sont restés ensemble. La goutte est peut-être devenue glace. Le morceau de glaise pierre de volcan.
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Les élèves de la plasticienne Anne Chignard (ateliers d’arts plastiques de la Ville de Dijon) ont exposé à La Minoterie, avenue Jean Jaurès, Dijon , en début d’été 2016
Sur le thème du Bleu, voici un monde fou-fou! On se balade entre ces centaines de travaux d’élèves, tous plus créatifs les uns que les autres. Et, bien sûr, on n’y voit que du bleu….
Tissus, poterie, photos, peintures, écritures, volumes, collages, carnets de voyage, installations…C’est d’une variété! Et d’une richesse d’imagination et de bien-faire! On aime ces grosses coquilles bleues descendues du ciel, qui s’ouvrent un peu pour laisser voir leur petit univers intérieur.
On aimerait avoir quelques indications des consignes de la prof, parfois. Savoir d’où est partie la démarche. Tout ce travail sur la couleur bleue…comment ont-ils cheminé, inventé, imité, interprété, partagé…Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
Le collectif Mulupam a exposé cet été 2016 en deux endroits à Dijon en même temps: Péniche Cancal, « Immergés » (port du canal ) et bar Alchimia, rue Auguste Comte, « Émergés »
Trois jeunes filles artistes plasticiennes, venues des Beaux Arts de Dijon, Muriel, Lucile et Paméla, (d’où leur collectif Mulupam) donnent à voir leur travail. Encore pas vu à Alchimia (faudrait que je me dépêche!) mais beaucoup apprécié à la Péniche.
Elles ont réalisé une fresque tout le long des parois intérieures du bateau. Sur le fond noir, elles ont peint au blanc de Meudon. Si elles ont voulu donner l’impression que l’on était sous l’eau (« Immergés » s’appelle l’expo!), c’est réussi! En lisière, au bord supérieur de la paroi, quelques vaguelettes et petits remous… Et, sous la surface de l’eau, apparaissent et disparaissent quelques silhouettes, quelques visages, quelques regards, quelques êtres aquatiques… Visiblement, ils viennent de plonger. Mais aussitôt, les traits s’estompent plus ou moins. Ne restent que des traces, des fragments, des filaments de vie. L’eau est noire et profonde… Et ils vont s’enfoncer! La bière que l’on sirote en regardant tout cela se fait rêveuse!
Le travail peut évoquer l’art aborigène. Mais c’est une réalisation bien personnelle malgré tout. Les lignes et petites touches délicates sont discrètes. Rien d’appuyé. Rien de trop. Mais l’expression est forte. On y sent la part immergée de nos âmes, de nos mémoires, de nos secrets. Bravo les filles!
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Marie Javouhey a présenté une rétrospective de son travail aux Abattoirs d’Avallon au printemps 2016. « Un parcours », s’intitulait simplement cette exposition exceptionnelle.
Depuis avril que j’avais dans la tête cette expo! Et que je ne trouvais jamais ni le temps ni l’occasion d’y aller! Enfin, ça y est, j’ai fait le tour de ce « parcours » en compagnie de Marie Javouhey, cette dame agréable, passionnée, simple, drôle… et surtout, peintre!
Plus de 40 ans de peinture se trouvent ici réunis! D’étape en étape, on suit ce chemin de passion. Chaque tableau a son histoire et l’auteure vous la raconte avec humour, émotion et modestie. C’est un peu la biographie de l’artiste que nous lisons ici! Sa vie d’épouse, de maman, d’éducatrice, de grand-mère… Mais, passons! On craindrait presque d’être indiscret!
Très vite, on est pris par l’extraordinaire univers pictural que crée Marie Javouhey. Cette fois encore j’ai été surprise par la façon dont elle mêle les couleurs. Les travaille, les superpose. Jusqu’à construire de la solidité. A bien regarder, on penserait à du crépi, à un enduit… Quelque chose de consistant. Et pourtant, rien de pesant ni d’épais. C’est miraculeux.
« Rouge-Ire » (extrait)
De cela découlent des couleurs indéfinissables. Tant elles sont mariées harmonieusement. Mélangées, mais aboutissant néanmoins à des familles chromatiques pour chaque toile. On est ici par exemple dans des vermillons, pourpres, carmins, orangés, jaunes… Puis, nous voilà dans des bleu nuit, bleu ciel, outremer, turquoises…
Et dans cet « enduit », l’artiste trace… Sur la toile, apparaissent alors des traits fins qui dessinent des formes maladroitement géométriques. Des carrés naïfs, des rectangles déchirés, des losanges écrasés, des trapèzes aplatis. Toutes sortes de signes un peu bancals. « Je suis souvent restée dans le monde de l’enfance! » reconnaît Marie Javouhey. On évoquerait volontiers une écriture qui raconterait des rencontres, des chocs, des séparations, des silences… « On apprend à voir derrière la façade » disait Klee!
« Walk the walk »
On n’est évidemment pas dans la représentation. Ces oeuvres palpitent de quelque chose de vécu, certes, mais on est passés bien au-delà de la réalité.
J’arrête là, vous laissant relire le texte qui suit, que j’avais écrit il y a quelques années à l’occasion d’une exposition de Marie Javouhey à Fontaine.
« On a toujours l’impression que Marie Javouhey travaille une matière vivante, et non une banale pâte colorée. Végétale, minérale, spatiale, planétaire…ou humaine. Que sais-je?
Avec elle, il est à peine question de surface. On est dans l’épaisseur. Et on cherche les ouvertures pour descendre au cœur de la toile peinte. Pour pénétrer dans les profondeurs de son intimité. Elles existent. Il suffit de suivre le réseau de lignes naïves, ténues qui sillonnent souvent le tableau (à la Kadinsky) et guident le regard (comme le tracé, en surface, d’un monument enfoui sous terre et dont les contours sont révélés par une vue aérienne). Et quelques petites porte se présentent, aux endroits où l’artiste a gratté pour rejoindre les couches inférieures. On va pouvoir s’enfoncer. C’est doux. Lumineux. Harmonieux.
Marie Javouhey fait partie de ces artistes qui savent révéler la densité des vies. Si nos existences ne sont pas faites d’une plate suite linéaire d’évènements, mais plutôt de temps superposés, de moments empilés, qui s’entrelacent, se soutiennent et se construisent les uns les autres, l’artiste exprime cette somme inépuisable.
Vous pouvez également laisser aller vos yeux sur ces toiles abstraites (accès direct, sans vitres) aux couleurs richement travaillées, à la musique chromatique agréable, aux formes maîtrisées… »
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Décidément la sardine n’en finit pas de nous éblouir et de nous régaler à Fontaine-lès-Dijon. Les élèves des ateliers de la Sardine Éblouie ont exposé comme chaque mois de juin à la Galerie La Source. « C’est dans la boîte » en était le titre. Art plastique avec Nadine Morel et écriture avec Philippe Anginot.
Des dizaines de bancs de sardines ont envahi la première salle. Plein les murs. Plein les yeux. Collages, peintures couleurs et découpages en folie. Et puis, de leur liberté en océan elles passent aux grosses boîtes qui les enferment. Plein les socles de présentation. Comme des sculptures. A observer et à lire!
Premier étage, encore quelques précieuses sardines mais d’autres choses à voir. Une série sur les portes. Plan serré sur d’anciennes portes, peintes au plus près de la vérité. Un rendu fidèle de la matière, de l’usure, de la rouille… Les visiteurs sont séduits.
Ailleurs, un travail sur l’oiseau. Petits volumes en fils de fer torsadés et partitions musicales (j’avais vu ça dans les ateliers de Odile Rude également) et enregistrements intéressants de voix d’enfants. Très créatif. Le musicien Marc Lapostol encadrait aussi cet atelier. Le cirque en relief, des études au crayon sur la boîte de sardine brute, son couvercle tout tordu après ouverture et son étiquette fignolée (avec jeux de mots: les « Arts dînent à l’huile »!). D’autres dessins, également, qui frisent la virtuosité (carafes et verres sur fond bleu) etc.
Ne pas hésiter à lire les textes de l’atelier écriture qui accompagnent en écho toute cette expo. Et à aller voir le site de ces ateliers : http://lesateliersdelasardineeblouie.blogspot.fr/
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