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Manuel Lousa da Costa, Hostellerie

En février 2023, c’était l’exposition « Fragments intimes » de Manuel Lousa Da Costa, à l’Hostellerie, parc de La Chartreuse, à Dijon, dans la salle L’Escale. 14h-17h30. Fermé lundi et mardi.

Grâce à Itinéraires Singuliers, Manuel Lousa Da Costa expose ses dessins. Cet homme est atteint d’une maladie dégénératrice et son handicap est très lourd. Prisonnier dans son corps, torturé et enchaîné par la douleur.

J’aimerais bien vous faire son portrait autrement qu’à travers une maladie et vous le décrire comme un homme, tout simplement (même si je ne le connais pas). Sensible, créatif, très volontaire, avec une vie intérieure sûrement très riche… Il a décidé de ne pas se laisser dominer par sa maladie et sa souffrance. Et, entre autre, il a réalisé une série de dessins qui sont montrés à L’Escale.

une belle présentation

Une multitude de petits formats, en noir et blanc, alignés sur les murs de la salle. Le trait est à la fois sûr et nerveux. Parfois, il se rapproche de la calligraphie, mais peut aussi être une esquisse, une scène, une silhouette… Il raconte. C’est son carnet de notes, son journal intime, son autoportrait. Il y a là, sans doute, des moments de vie, des rêves, des cauchemars, des visions imaginaires ou de vraies rencontres. Il a mis au monde son univers intérieur. Pour son bien (et pour le nôtre). Il a montré. Il a partagé.

On m’a dit qu’aujourd’hui Manuel Lousa n’a plus la possibilité de dessiner ainsi…

Mais il s’est mis au numérique. Une vidéo, dans la salle, montre ses dernières créations, compositions assez géométriques et colorées, et également quelques écrits personnels (lisez aussi les feuillets au mur): son rapport à la souffrance, son combat pour conserver la maîtrise de son existence et ne pas « plier aux caprices de la douleur », son espoir grâce à l’art: « Créer, pour ne pas Errer », écrit-il.

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Joan Mitchell, Vuitton, Paris

A la Fondation Vuitton, à Paris, a eu lieu, en hiver 2023, deux expositions consacrées à l’artiste américaine (1925-1992) Joan Mitchell. L’une était une formidable rétrospective et l’autre une tentative douteuse de dialogue entre cette artiste et Claude Monet (en tout cas les dernières peintures de sa vie).

Dans un petit film présenté en fin d’exposition, je remarque que Joan Mitchell, interviewée par une journaliste, se révèle assez nerveuse. Cigarette au bout des doigts, elle ne tient pas en place, fait des gestes rapides et souvent saccadés. Elle paraît agacée. Comme si elle perdait son temps. Comme si elle souffrait de ne pas être comprise par les mots. Je me dis que les extraordinaires jaillissements colorés que je viens de voir sur ses toiles témoignent de cette urgence… Joan Mitchell est pressée de dire avec le pinceau ce qu’elle a ressenti (devant un paysage, par exemple). C’est déjà passé. C’était éphémère. Pour l’exprimer, le figer sur la toile, il n’y a qu’un petit moment précieux. Se dépêcher. Extraire ce qui est encore à l’intérieur…Vite… (mais bien!)

J’ai surtout retenu, dans la longue et passionnante chronologie de l’exposition sur Joan Mitchell, les très grands formats et triptyques (ou diptyques ou autre!…) où explosent ces multiples touches, taches, giclées, bouffées, coups de fouet, gifles, coulures… Une jungle, parfois. Ou une finale de feux d’artifice.

Et, malgré la vivacité du geste et l’accumulation de signes colorés lancés avec fougue sur la toile, la composition reste visible. Restez un moment devant tel triptyque et vous sentirez la force du motif central s’alléger, se dégonfler sur les panneaux latéraux… Ou attendez, devant tel grand format, que le fouillis apparent s’organise devant vos yeux et que les tourbillons dévoilent une profondeur à l’arrière… Ou asseyez vous devant un quadriptyque et le souffle lumineux qui part de la gauche vous ébahira par sa force.. Vous vous croirez souvent dans un champ ou dans un bois et vous aurez raison, Joan Mitchell peint, la plupart du temps, des visions de la nature. Mais elle peint ce qui est resté en elle de l’impression qu’elle a eu devant des herbes, des arbres etc. Pas ce qu’a capté son oeil. Voilà!!!! « Impressionniste »!! On arrive à Monet!

Bof! Pas convaincue quand même par le rapprochement de ces deux artistes! Je pense que J. Mitchell a une puissance d’expression bien plus importante, et une capacité à tirer de la vraie poésie de ses rencontres avec la nature.

On a quand même le plaisir d’admirer des oeuvres de Monet de fin de vie qu’on ne connaissait pas (moi en tout cas!) et certaines légèretés de traits qui font en effet penser à ceux de l’américaine!

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Norma Trimborn, son atelier des îles!

Oui, je sais, c’est un peu éloigné de la région dijonnaise! Mais à l’occasion d’un voyage à l’Ile St-Martin (Caraïbes), pour raison familiale, j’en ai profité (vous me connaissez!) pour aller rendre visite à une peintre! Bel accueil de Norma Trimborn dans son atelier et son jardin, dont je vous laisse déguster l’adresse: NocoArt, 39 Falaise des Oiseaux, Terres Basses…

Notre première balade en voiture sur l’île Saint-Martin passe par Terres Basses, à l’Ouest. Espoir déçu de voir la mer. Tout le long de la route, des murs, de hautes haies, et des portails, des portails. Fermés. Sécurisés. Aux rares carrefours, les entrées d’allées sont bouchées de barrières, assorties parfois de gardiens (il arrive qu’ils soient armés!) Bref, tout est privé! C’est d’ailleurs le mot que nous lirons le plus souvent sur cette île (et celle de St Barth, bien sûr, à une heure de bateau)! « privé », ou sa variante « private »!

Il faut montrer patte blanche! Mais nous l’avons, cette patte blanche: nous allons voir l’artiste peintre Norma Trimborn! La barrière s’ouvre donc! Et, un peu plus loin, au 39 de la rue, l’entrée est « tout open »! C’est si différent de l’ambiance générale ici! On s’engouffre sans plus d’hésitation…

L’accueil, bien sûr, va avec!

Voici Norma Trimborn, gants et outils de jardinage à la main. Mais on ne la dérange jamais! Grand sourire. Son atelier est en contres-bas du jardin, niché dans la végétation. Elle nous guide. C’est d’abord une grande salle fraîche (dehors, un petit 26°, c’est la saison froide!!) habitée de nombreuses toiles accrochées ou adossées au mur, posées, empilées sur tables. Impression soudaine d’une vie de couleurs et de mouvements. Je crois voir plusieurs fois s’enrouler et tourner des choses sur ses peintures! Des entrelacs. C’est une danse qu’elle semble aimer communiquer à son pinceau!

Le regard est vite attiré par l’espace que l’artiste s’est aménagé pour créer. Ici, à notre gauche: un chevalet avec une toile « in progress » posé sur un grand tissu-chiffon taché de peinture, des outils de peintre immobiles, des carnets et feuillets de papier muets. Quelque chose en attente. Arrêt sur image.

Et Norma Trimborn se raconte en quelques mots. Discrète. Allemande, elle partage sa vie entre Majorque et Saint-Martin, où elle s’est installée il y a 20 ans. Elle a vécu en Chine et aux États-Unis. Tout en parlant, elle passe devant une peinture, en désigne une autre, et nous donne des éclairages sur ce qui a conduit sa main d’artiste à ces moments-là. Ses émotions, ses préoccupations. Comme si elle voulait expliquer ses tableaux: le passage du cyclone Irma sur l’île en 2017, l’esclavage du téléphone portable, l’enfermement du Covid, la soif de liberté… Norma Trimborn peint actuellement de façon plutôt abstraite et j’ai presqu’envie de lui dire que ses œuvres parlent d’elles-mêmes. Que ces compositions, ces transparences, ces apparitions d’écritures, ces douces vibrations de teintes…peuvent nous toucher intimement. Sans autres raisons.

Une évidente passion pour la peinture – la matière peinture- est présente à tout moment, dans ses mots et même dans ses yeux! L’huile, nettement plus que l’acrylique! Elle nous présente même ses anciennes palettes, chargées des souvenirs de mélanges de pigments épais… Elle s’amuse à les recadrer, à en faire des petits tableaux!

Et nous voici dehors, sur la longue terrasse couverte qui entoure l’atelier. Une galerie idéale pour faire show room. Les chats s’y prélassent. La végétation sert de décor. Nous ferons ensuite un tour de jardin pour voir les sculptures que Norma Trimborn et sa famille ont collectées.

Cliquez sur les visuels pour agrandir. ( Que l’artiste veuille bien m’excuser pour l’absence de titres sous ces visuels. Je n’ai pas pris assez de notes lors de cette agréable visite!). Visitez son site :https://www.normatrimborn.com/

Ci-dessous, la version anglaise. (Merci à mon traducteur, Bastien)

NORMA TRIMBORN, son atelier des îles!

Yes, I know, it’s a bit far from Dijon ! But on the occasion of a trip to St-Martin I Island (Caribbean), for family reasons, I took the opportunity (you know me!) to visit a painter! Norma Trimborn gave me a warm welcome in her studio and garden. Enjoy even the address itself: NocoArt, 39 Falaise des Oiseaux, Terres Basses… ( literally Birds’ Cliff, low earth)

Our first drive across the island of Saint-Martin takes us through Terres Basses, to the west. Disappointed hopes of seeing the sea… All along the road, walls, high hedges, and gates, gates. Closed. Secured. At the rare crossroads, the entrances to the lanes are blocked with barriers, sometimes with guards (they were even armed sometimes !) In short, everything is private! This is the word we will read most often on this island (and St Barth’s, of course, an hour away by boat)! , “private”. 

You have to show your credentials! Which we did, we are going to see the painter Norma Trimborn! So the gate opens! And, a little further on, at the 39, the entrance is “all open »! It’s so different from the general atmosphere here! We go in without any hesitation…

The welcome, of course, goes with it! 

Here is Norma Trimborn, gloves and gardening tools in hand. But she’s never bothered of being distributed ! Big smile. Her workshop is at the back of the garden, nestled in the vegetation. She guides us. First of all, it’s a large, cool room (outside, it’s only 26°, it’s the cold season!!) inhabited by numerous canvases hung or leaning against the wall, placed, piled up on tables. A sudden impression of life of colours and movements. I think I see things winding and turning on her paintings! Intertwining. It is a dance that she seems to like to communicate to her brush!

The eye is quickly drawn to the space that the artist has created for herself. Here, on our left: an easel with a « in progress » canvas placed on a large cloth-sheet stained with paint, immobile painting tools, notebooks and sheets of paper. Something waiting to happen. A freeze frame. 

And Norma Trimborn tells her story in a few words. Discreet. German, she divides her life between Mallorca and Saint-Martin, where she settled 20 years ago. She has lived in China and the United States. As she talks, she passes a painting, points to another, and gives us insights into what led her artist’s hand to those moments. Her emotions, her concerns. As if she wanted to explain her paintings: the passage of hurricane Irma over the island in 2017, the slavery of the mobile phone, the Covid lockdown, the thirst for freedom… Norma Trimborn currently paints in a rather abstract way and I would almost tell her that her paintings speak for themselves. That these compositions, these transparencies, these appearances of writing, these soft vibrations of colours… can touch us intimately. For no other reason. 

An obvious passion for painting – the material – is present at all times, in her words and even in her eyes! Oil much more than acrylic! She even shows us her old palettes, loaded with memories of mixing thick pigments… She has fun reframing them, making little paintings out of them! 

And here we are, outside, on the long covered terrace that surrounds the studio. An ideal gallery for a show room. The cats are lounging around. The vegetation as a backdrop. Later, we take a walk around the garden to see the sculptures that Norma Trimborn and her family have collected.

Click on the pictures to enlarge (I apologise for the lack of titles underneath the pictures. I didn’t take enough notes during this pleasant visit!). Visit her website:https://www.normatrimborn.com/

Odile Massart La Source (2)

Revenue de voyage, j’ai vu l’exposition d’Odile Massart à La Source, vite j’ai écrit ce petit bout… (voir aussi mon premier article, avant l’expo)

C’est tellement varié! Et, en même temps, tellement tenu, solide…On sent que l’unité de cette exposition (ressentie plus que constatée) tient dans l’exigence de l’artiste, sa maîtrise et sa passion. Bref sa personnalité.

Varié oui! En techniques et supports: gravures sur cuivre, lino, plexi…, encre sur papier Japon, sur carton…, collages…etc. En styles: de la classique représentation de monuments aux images les plus drôles ou naïves. En sujets: Odile Massart raconte toutes sortes d’histoires, de lieux, de personnages.

la fille sur le pont

Le trait, lui, ne varie pas. Toujours juste. Là où il faut, quand il faut. Précis au millimètre, ou griffonné-gribouillé, sobre et épuré ou enluminé-entrelacé.

Odile Massart craint souvent d’être un peu trop disparate et touche à tout dans sa création! Dans son cas, je trouve que c’est plutôt une qualité. Preuve de sa soif de curiosité et de son ouverture aux choses. Elle ne s’enferme dans aucune routine. Cette exposition de la Source « encre et papier » m’a laissé une impression d’esthétique respectée à tout moment et de riche créativité sans cesse en éveil.

N’oubliez pas de regarder les pots disposés ici ou là dans la Galerie. Ils sont également oeuvres de Odile Massart. Magnifiques!

Lucile Pattar, un atelier promesse!

(Dans cette rubrique « Visites d’ateliers », je parle d’ambiance, je dis ce que je vois, entends et ressens,  mais ce n’est pas vraiment un article sur l’artiste lui-même et son travail. Rappelons-le.)

C’est un atelier à Dijon…qui ne montre rien! Du moins…au début! Quand j’arrive chez Lucile Pattar, elle me fait entrer dans la partie de son appartement dédié à son travail de peintre. Une alcôve où tout est propre et sagement rangé, livres, dossiers, cartons, matériel divers.

Et une salle avec grande table sur tréteaux devant la baie vitrée. Rien dessus. Rien non plus aux murs, ni au sol. Aucune œuvre en cours, en attente ou terminée.

Bon! Ce n’est pas comme ça que Lucile Pattar fonctionne!

J’en conclus que son atelier quasiment vierge est une promesse. « J’aime déballer peu à peu! » dit-elle en parlant du moment où elle débute une peinture. Elle explique que, d’abord, elle laisse venir…Regarde le ciel et les arbres depuis la fenêtre. Fait quelques pas dans l’atelier, qu’elle n’a pas voulu trop exigu. « J’aime avoir de l’espace » glisse-t-elle en esquissant presqu’un pas de danse et un large geste de peintre! (Est-ce le grand miroir encadré, posé par-terre contre le mur, qui m’évoque ainsi la danse?) « Je choisis mes couleurs en premier, puis mon papier, et enfin mes pinceaux! »

Depuis quelques temps, elle réalise des encres petit format. Qu’elle organise et égrène à la manière d’un journal intime. Une (ou deux) par jour. Datées. Qui expriment cette petite musique intérieure, infime, éphémère, indescriptible… perçue à un moment donné. Et qui peut éventuellement résumer une journée de façon très personnelle.

Mais Lucile Pattar n’a pas toujours travaillé ainsi.

Et c’est là qu’elle me fait la surprise de descendre quelques cartons des rayonnages. Elle les ouvre. Elle déballe.

L’atelier s’anime. Des œuvres émergent. S’empilent. Se posent par terre. Étonnements réciproques. Elle avait presque oublié ses périodes « Moyen-Age », « Esquimaux », « Bible », « Afrique », « Bresse », « Exil » … Années 90, 2000… Elle extrait de sa bibliothèque les livres qui l’avaient inspirée. Les feuillète. Me les montre. Nous parcourons ainsi un bout de chemin de Lucile Pattar. Un peu de son histoire d’artiste. Jusqu’à aujourd’hui. Et voici qu’arrivent tout naturellement l’actuelle période « Journal ». Une collection de chemises où dorment ses petits paysages intérieurs. Elle les survole. En choisit deux ou trois. Les place sous passe-partout. Hoche la tête. Elle les verrait bien en exposition ceux-là, bientôt sans doute. Mais, avant, il faudra les vernir.

Ma rencontre avec Lucile Pattar s’achève. L’atelier, cette fois, est bien dérangé! Il frémit des créations de l’artiste. Elle me dit encore sa préférence pour les papiers lisses, sans trop de grain. « Il faut que ça glisse! Souvent, j’ai envie d’un truc fluide! ». Elle décrit son jeu avec l’encre, entre laisser-faire et maîtrise, « si elle fuse trop, je la stoppe avec un pinceau sec. ». Et l’on rappelle encore ses premiers travaux à l’huile, sur bois, avec incrustation, métal doré, ponçage, oxydation etc…Autre chose! Plus proche de sa formation de peintre décorateur, mais tellement intéressant aussi.

Je repars avec son petit livre sous le bras « Nos jours », réalisé avec une amie poète.

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Odile Massart, Galerie La Source (avant!)

Cette fois, ce n’est pas un « retour d’expo » que je vous livrais en novembre 2022, mais une avance sur expo!! Odile Massart allait exposer à la Galerie La Source (Fontaine-lès-Dijon) . Or, j’allais être absente au début de son exposition. J’avais donc écrit un petit texte « avant »!!

Le peu que je connaisse d’Odile Massart, elle me laisse le sentiment d’être avant tout une chercheuse passionnée. Côté dessin, peinture, modelage et, surtout, techniques de gravure (Et la voilà même potière depuis peu!)

Explorer toutes les possibilités. Jouer sur les assemblages. Combiner les matrices. Faire des déclinaisons sur un thème…

Une belle inventivité et, bien sûr, une belle liberté !

Je me suis demandée pourquoi elle aimait tant utiliser ces multiples méthodes d’impression et reproduction. Pour diffuser plus largement ses œuvres ? Ça m’étonnerait que là soit le but d’Odile Massart. Mais, sans doute, plutôt, pour jouer, expérimenter, essayer encore et encore ! Modifier, ajouter, travailler autrement… Apprendre, toujours !

Elle est intarissable sur le sujet ! Elle vous explique volontiers tous ses gestes créatifs et toutes ses techniques. Et moi, j’en ai besoin ! J’avoue me perdre facilement au milieu de cette foule de jolis termes : manière noire, pointe sèche, aquatinte, taille douce, estampe, eau forte…Je confonds même encore honteusement lithographie, sérigraphie, monotype etc…

Pour une exposition avec 13+, association dijonnaise d’artistes, elle avait écrit un texte qui s’intitulait « voyage en multiptyque » ! Et il était question de « inverser, rogner, retoucher, associer, harmoniser ou opposer les Impressions ». Tout à fait Odile Massart !

Parmi tous ses enthousiasmes en art plastique, il y a celui qui reste pour l’instant l’essentiel : « encres et papiers », titre de son exposition à la Galerie La Source. Savourer chaque petit miracle de la fibre du papier qui reçoit l’encre. Ou celui du liquide coloré qui s’infiltre dans les rainures du dessin. Attendre le moment étonnant où se révèle le tirage sur la feuille etc. Un brin de hasard, beaucoup de maîtrise.

Odile Massart est très attentive aux subtilités et aux perfections de l’art traditionnel de la gravure (qu’elle a appris auprès de Madeleine Robbe). Même si, malgré tout, sa personnalité, sa fantaisie (et souvent son humour) sont bien présents. Quand on maîtrise une technique, on a le droit d’en jouer…

Les sujets qu’elle aborde sont variés. A propos d’un film, d’un conte, d’un voyage, d’une légende, d’un événement…voici une ville, des silhouettes, des éoliennes, des arbres, des animaux… Sa manière est discrètement narrative. Sa palette sobre mais sachant faire jaillir ici et là des rouges ou des magenta du plus bel effet. Son style s’adapte à son sujet, sombre ou drôle, léger ou profond.

Son exposition promet d’être riche et pleine de surprises. Elle avait déjà exposé à La Source en 2007! Il y a du chemin parcouru depuis ce temps-là!! A mon retour je me précipiterai à la Galerie et, sans doute, je réécrirai un article dans ce blog!!

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Sam Szafran, L’Orangerie, Paris

Choix du mois de novembre 2022: le peintre d’origine juive polonaise Sam Szafran. J’avais déjà vu une partie de son oeuvre en Suisse, à Martigny, à la Fondation Gianadda. J’avais retenu ses escaliers…J’ai souhaité une nouvelle découverte, cette année, à Paris, au musée de l’Orangerie (jusqu’au 16 janvier 2023).

La série au fusain qui ouvre l’expo m’a plu tout de suite. Incroyable vision d’un lieu de travail et de création. Je suis entrée « à l’intérieur » de l’artiste! Cet atelier si minutieusement décrit, détaillé! Moi visiteuse, je suis totalement dedans. Autant que l’artiste lui-même. Question de « prise de vue »: j’ai réellement pénétré dans le lieu. Je devine qu’il y a des choses derrière moi, que je ne vois plus. Et je suis un peu en hauteur. Je surplombe. Je suis comme un mourant qui serait sorti de son corps et regarderait de haut la scène qui l’entoure!

L’Atelier de la rue du Champ-de-Mars (homme allongé)

Au sol, grisaille, fouillis, poussière. Le plafond pèse lourd et prend de la place. La verrière est la seule source de lumière.

Plus loin dans l’expo, d’autres ateliers de Szafran. Celui de « la rue de Crussol », par exemple. La couleur y est présente cette fois. C’est du pastel sur calque. Et, justement, au premier plan, la collection multicolore de pastels, dont une partie se reflète en haut de la verrière, compose un tableau quadrillé un peu mystérieux. Sur une autre vue de cet atelier, ce seront des piles de livres, ouverts sur des illustrations. Des accumulations…Une chaise et une grande bassine, suspendues, semblent flotter au milieu de cet étrange univers serré, étroit, encombré, sombre…qui sent le papier et la craie.

De nombreuses versions de ses ateliers me sont proposées. L’artiste me fait en quelque sorte visiter sous tous les angles. Je tourne et retourne. Et tout ça dans le même espace. Szafran est le peintre des lieux clos. Parfois, les murs semblent se rapprocher. Et le plafond descendre. J’avance mon regard pour échapper au piège de l’étouffement…Mais les lignes de perspective éloignent le fond de la pièce…

Ces étonnantes visions d’ateliers sont suivies, dans les salles de l’expo, par les fameux escaliers de Szafran. En fait, je retrouve les mêmes sensations de lieux clos, et même de perte de repaires, de réalité malmenée. Là aussi je tourne. Le vertige me guette. Les escalier s’enroulent, se tordent. Pour pouvoir occuper le petit espace qui leur est dévolu, semble-t-il.

L’exposition se termine sur la série des philodendrons. Une plante envahissante, dans l’atelier qu’on prête à Szafran (celui de Zao Wou-Ki), dont il ne peut détacher son esprit. Fasciné, obsédé, il le peint de multiples fois, à l’aquarelle. Là encore, il adopte de nombreux points de vue. Et les feuillages qui prolifèrent sont rendus avec précision et réalisme. Mais le réel, où est-il vraiment? Je vois à nouveau une représentation de la réalité qui témoigne d’un homme mal à l’aise dans ce monde… Je sens quelque chose qui l’étouffe, ou l’enferme. Szafran s’est acharné au travail, à l’apprentissage de techniques successives. Il a accumulé les séries, répétant à l’infini le même sujet. Pourquoi? Consciencieux? Tenace? Perfectionniste? Ou juste à la recherche d’une façon de vaincre une réalité qui le gêne? En tout cas, je suis très touchée par cet artiste…

Atelier de la rue de Crussol (pastel sur calque)

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Karine Aurégan, Galerie La Source

A la Galerie La Source, Fontaine-lès-Dijon, Karine Aurégan a exposé l’hiver 2022 « Hommages ».

Bien alignés sur les murs de la Galerie, tous sagement et finement encadrés de blanc, composés avec rigueur, les dessins colorés de Karine Aurégan semblent sortis d’un paquet de cartes à jouer. Ou alors…(on n’a pas fini de trouver des références! ) sortis d’un calendrier, ou d’un agenda personnel… Ou encore des feuilles d’un journal intime…Bref! On va s’approcher et lire chacune de ces pages qui semblent raconter tant de choses!

L’impression première est que ces dessins sont inspirés de l’art pré-colombien. Mais, en fait, on se rend compte très vite que ce n’est qu’une illustration (un souvenir, paraît-il, des contes qu’on lui lisait petite) et que l’essentiel est ailleurs.

Tous ces personnages! (Et quelques objets) Qui s’évertuent à ne pas sortir du cadre (certains se contorsionnent pour cela!), leurs contours sont cernés de noir, leurs couleurs sont vives et joyeuses, leurs attitudes souvent étranges et burlesques. Mais cet univers impossible, celui de l’imaginaire et du rêve, nous le comprenons. Nous le « reconnaissons ». Bien sûr, chaque tableau correspond certainement à un moment de la vie de Karine Aurégan. A une rencontre, une émotion, une action…. Tout ce (et ceux) qui compte, ou a compté, pour elle… Travail très personnel, mais qui peut, sans problème, faire écho en nous…Nous pouvons, nous aussi, nous y retrouver!

Cette « chronique des jours », ces « feuilles de vie » sont l’oeuvre d’une vraie artiste, c’est à dire qu’elle part du réel, et, en chemin, elle le déguise et le déforme, pour le restituer à sa façon. Là aussi, quel plaisir pour le regardant!

Et arrêtez-vous sur les titres que Karine Aurégan a choisis pour chacun des tableaux. Ils évoquent les personnes ou les détails de son quotidien qu’elle a voulu faire entrer dans le monde magique de l’art, pour les garder vivants en mémoire et leur rendre hommage. C’est tout ce qui a fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Parfois, ce sont des clins d’oeil, car il y a également l’humour et le sourire qui colorent l’oeuvre de Karine Aurégan.

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Fontaine et Minella (Les Inventifs), Cellier de Clairvaux

Au Cellier de Clairvaux, Les Inventifs ont exposé Jean François Fontaine et Jean-pierre Minella, à l’automne 2022.

JF Fontaine

Les petits morceaux de couleur que le peintre Jean-Pierre Minella a l’habitude d’éparpiller sur la toile sont toujours là. Mais, chaque fois, avec d’heureuses nouvelles surprises. Ces fragments à géométrie variable flottent toujours dans des espaces définis par la peinture, mais dans une musique de plus en plus joyeuse et rythmée. Ces « cellules », porteuses de vie colorée, ont tendances à casser leur cadre, à danser plus librement et à se laisser emporter dans un mouvement que notre regard suit agréablement.

JP Minella

Jean-François Fontaine a l’expression directe. Le langage pictural à la San Antonio (celui des bons romans). Sur carton brut, sur médium, sur feuilles de carnet…il raconte notre humanité fofolle et déjantée. Des bras, des mains, des jambes et des têtes s’agitent tant bien que mal, comme le linge dans le tambour de la machine. Mais l’artiste est là pour régenter tout cela! Et les petits spectacles que nous avons devant les yeux, apparemment fouillis et déraisonnables, sont en fait bien organisés. Construits. Harmonieux.

JF Fontaine

L’écriture y a sa place. Jean-François Fontaine aime glisser des petits bouts de phrases, des sortes de sentences, des extraits de ses poèmes. C’est drôle, décalé, judicieux…

Il faut « lire » les oeuvres de cet artiste, pas seulement parce qu’il y met parfois des mots, mais parce que les histoires racontées sont pleines de détails à ne pas manquer.

JF Fontaine

Hélène Muheim, Paris, l’esprit du paysage

Pour « le choix du mois », en l’occurrence ce mois d’octobre 2022, mon souvenir se porte spontanément sur cette exposition de Hélène Muheim vue à Paris, Galerie Valérie Delaunay, « quelque part dans l’inachevé ».

Sur les murs s’allongent des frises de dessins, sagement encadrés et protégés de vitres. On essaie d’oublier vite ces cadres qui viennent parfois couper le rythme du dessin et on suit le développement des paysages qui se déroulent devant nous. Paysages de montagnes apparemment classiques. Mais on est peu à peu troublés. ??

En fait, la réalité est fausse. Il y a erreur d’assemblage d’images. C’est emmêlé, retourné, découpé, effacé, décalé…Notre regard est perturbé. Le dessin est fouillé et précis, et pourtant c’est un bel embrouillamini (qu’on ne détecte pas tout de suite)! L’artiste décrit précisément roches, lacs, racines, ciel, arbres… mais le décor finit, malgré tout, par être irréel. Monde étrange et fantastique où les reflets ne reflètent pas, où les vallées n’ont ni début ni fin, où les falaises ont perdu des morceaux, où les arbres sont à l’envers et les racines à l’endroit…

extrait

Et il y a une autre ambiguïté : est-on devant une série de photos ou d’estampes japonaises ou de gravures anciennes ou de peintures chinoises? Tout à la fois, semble-t-il.

« ce que tu as vu n’est plus »

Autant dire que le travail de Hélène Muheim me plaît pour cela: une transformation de la réalité et des références multiples.

L’artiste travaille encre, poudre de graphite et ombre à paupière. L’ensemble présente ainsi une indécision, un flouté, un aspect de mousse humide, de paysage flottant. Cette nature sauvage, houleuse, mystérieuse, pleine de plis et de méandres cache parfois de minuscules constructions ou personnages…

extrait

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