Cette artiste serbe a exposé « Le monde merveilleux des anges » à la galerie Nü Köza, été 2010
Comme des objets spirituels. Des objets sacrés. Ou comme des objets qui auraient un pouvoir. Peut-être des icônes. Ou des talismans, des amulettes…Une partie du travail de Marijeta, arrivé de Macédoine jusqu’à Nü Köza, ce sont ces compositions en bois brut, ces tableautins, où viennent s’ajouter des petits éléments cueillis dans son pays, pierre, métal, bâtonnets, raphia, cordelettes, plumes… Le tout délicatement noué, punaisé, cloué, suspendu…On pense à des souvenirs, des porte- bonheur…Des traces de mémoire. Parfois, l’artiste utilise un réel encadrement de fenêtre serbe, en bois. Et elle y place ses petites mises en scène d’objets symboliques. Tout en sensibilité.
Côté œuvres toute récentes, Marijeta épure son travail: des toiles blanches où volètent de vraies petites plumes (plumes d’anges?) et où s’inscrivent des textes (anglais ou français).
Pourquoi faut-il que j’apprécie toujours l’avant et l’autour d’une œuvre d’art contemporaine plutôt que le contenu lui-même? ça me fait presque toujours ce même effet. Le concept de départ me réjouit. L’idée de base me paraît toujours très intéressante et j’admire l’artiste qui a pu la dégoter au fond de son esprit créatif….
Ensuite, j’aime le discours qui accompagne généralement l’œuvre finale, résultat de cette idée première. Les commentaires (ou visites guidées, ou plaquettes etc) qui la garnissent (comme les légumes, la viande…) sont souvent passionnants et bien écrits. Je me régale.
Mais, frustration, le travail de l’artiste lui-même me semble la plupart du temps (il y a des exceptions tout de même!) creux, inconsistant, impersonnel, froid, maigre, lointain…Déception. Je ne rencontre « personne » dans ce genre d’oeuvre d’art (et l’art est une rencontre avec un être humain pour moi). Juste un concept à peine concrétisé. Vidé de sa substance. Distant. Intouchable. Cérébral.
Je vais ressentir davantage d’émotion si, en effet, j’apprends que tel objet d’art contemporain a été réalisé avec je ne sais quel matériau extraordinaire, du fond de la banquise ou de la jungle de là-bas loin- loin, à la manière de la tradition des ancêtres des trucs-choses …D’accord? Encore faut-il que le regardant l’apprisse… En fait, l’émotion est celle de l’artiste mais pas celle de celui qui regarde. Égoïste, va ! Transmission, partage, passage, échange…Loupés !. Dites- moi que je suis trop vieille et que j’ose encore attendre une certaine dimension esthétique dans l’art, un émoi, une réaction à fleur de peau, immédiate…
C’est un grand peintre. Un vrai. Il était à la galerie La Source (Fontaine-lès-Dijon) en juillet 2010. Daoud, d’origine libanaise (né en 70) avait intitulé cette exposition « Mystiques ».
Et si vous commenciez par vous approcher tout près d’une toile, au hasard? Vous verrez comme il se passe des choses ! Appréciez la puissance du coup de pinceau, qui sait où il va, qui ne faiblit pas, qui joue juste. Le geste fort, venu de l’intérieur, maîtrisé, audacieux, plein d’allant, de celui qui dit « si je ne peins pas, je meurs! »
Daoud « est » peinture, « vit » peinture…Et ça se sent tellement…
Maintenant, éloignons-nous de la toile, lentement. Les grands formats du rez-de-chaussée de la galerie se prêtent bien à ce petit jeu. L’univers de Daoud se révèle. Scènes nocturnes dans des architectures ouvertes mi-temples, mi-théâtres. Groupes de personnages, comme des chœurs (Daoud dit partir de la musique, Haendel, Bach, un requiem..). Des groupes en communion, en fusion autour d’une croyance, d’un espoir, d’une attente. Des cérémonies hors-temps, hors-espace, auxquelles vous participez inévitablement.
Certes, l’ambiance est obscure. J’en connais qui ne s’y retrouvent pas ! Mais c’est grâce à la nuit que l’artiste peut jouer de la touche lumineuse vibrante (voyez l’usage extraordinaire des blancs et même des dorés), des superbes bleus sombres des ciels, des longues ombres mouvantes…Rembrandt aimait aussi ces climats de mystère à peine éclairés.
Et la nuit est un pays qui parle mieux de nous et des autres, en profondeur.
Aux étages, vous verrez aussi des dessins et des portraits. Et si vous allez sur le site maisondesmuses/Daoud, ou drouot-cotation.org, vous verrez que l’artiste peint avec bonheur bien d’autres sujets que ceux exposés à La Source.
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Déjà le présent est devenu passé. J’ai vu passer quelqu’un. Je l’ai entrevu. Déjà deux images se superposent. Quelqu’un d’autre est arrivé. J’entrecroise leurs souvenirs.
La vie est un tourbillon.
Je rencontre et il ne reste que la trace. Même celle-ci se recouvre de la suivante.
La vie avance. La vie bouge.
Le sourire se transforme instantanément en grimace. Ou l’inverse. Les yeux se ferment alors qu’on les croyait encore ouverts.
La vie s’active.
On se retourne. On se couche. On se lève. On aime. On se plie. On se redresse. On court.
Le mouvement est vital.
On tue. On pleure. On ramasse un blessé. On se bat. On plonge. On nage. On éclate de vie.
Même si elle n’a pas le temps de devenir autre chose qu’une esquisse, la danse de nos corps est irremplaçable. Elle a la perfection du croquis qu’on n’efface pas et qui attend déjà le suivant.
A la Galerie Espace Brassens, à Talant, a exposé en juin 2010 Christine Hach, artiste allemande.
Vous entriez dans la galerie et vous étiez aussitôt saisi par l’univers envoûtant de Christine Hach. Mi-végétal, mi-animal, mi-humain. Vivant, en tout cas. Ce sont essentiellement ses sculptures (argile) qui créent cette sensation de vie en mutation.
S’élancent des troncs, à l’extrémité desquelles s’ouvrent comme des gueules de vers géants, venus des profondeurs de la terre. Ils semblent proliférer. D’autres structures poussent au mur et au sol. Étrange association, dans tout cela, d’éléments qui évoquent verdure, alvéoles, nid de petits œufs, écorce griffée…Un peu science fiction (Dune?).
Plus loin, 3 sculptures de femmes de près de 2m 50 de haut prolongeaient cette forêt mystérieuse. Divinités en méditation. Nues, la peau claire, marquées elles aussi de griffures.
Les toiles (acrylique) aux couleurs ardentes et au geste fougueux, de style fauve, venaient compléter l’expo. Mais je ne suis pas sûre qu’elles soient nécessaires. Les sculptures forment un tout. Qui se tient. Vraie création d’un monde fantastique qui nous dépasse. Les peintures sont un peu en décalé…me semble-t-il. Cliquez sur les photos (en deux fois) pour agrandir
Fin juin 2010, Viola Montenot, d’origine slovaque, en France depuis 1970, a présenté son travail de peintre et de sculpteur au restaurant italien Le Simpatico, rue Berbisey, Dijon. Passionnant…
De son perchoir (ses personnages sont toujours en vue plongeante, distants de nous), Viola Montenot observe notre société de petits humains qui s’agitent vainement et dansent une drôle de chorégraphie sans rimes ni raison. Ils courent et s’enfuient. Ils gravitent autour d’étranges engrenages (à la CH. Chaplin dans les Temps Modernes) où ils semblent travailler sans conviction. Ils tentent de s’envoler, par toutes sortes de moyens et d’engins qu’ils fabriquent souvent eux-mêmes. Ils sont seuls, se croisent sans se voir, se tournent le dos…Quand ils lèvent le nez vers nous, c’est pour faire signe à celui qui a enfin réussi à décoller de ce monde inepte..mais pour combien de temps? Un avion, un deltaplane, un parachute…ça se repose toujours sur le sol. Ce sol, vu de haut, qui prend tant d’importance ici : on y dessine les projets d’envol, de grands portraits y semblent peints… Tout, dans les peintures de Viola, contribue à dire « l’absurdité de la vie » (les termes de Viola elle-même). Et, dans ses oeuvres récentes, apparaissent des petits papiers pliés, peints ou collés. Les formes de certains tableaux, elle-mêmes, évoquent des pliages. C’est une constante chez Viola, il y a quelques années elle peignait sur d’anciens draps dont elle conservait le pliage.
Cocotte, bateau, avion…Un origami simple et enfantin. Comme si l’homme n’avait plus que cet outil dérisoire pour échapper au monde. Le destin réduit à un bout de papier.
L’univers de Viola, avec une palette en contrastes de blancs et bruns sombres, des éclats de bleu ciel, des fonds mouchetés souvent très travaillés, est à la fois chaleureux et inquiétant. Deux sculptures complètent cette expo. Dans la même veine de beauté grave et touchante.
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Ouf! Me voilà réconciliée avec la galerie Espace Brassens de Talant! L’exposition d’avril 2010, « Affiches »et « Blocs », de la jeune chinoise Zhu Hong, présentait un intérêt réel. (cliquez sur la photo en 2 fois pour l’agrandir)
Sa série « Affiches » interroge sur l’art dans les musées, et, surtout, sur la communication (pour ne pas dire la publicité) faite à son propos. Voilà donc des morceaux d’images où l’on reconnaît des extraits d’oeuvres classiques et célèbres qui sortent de leur univers « sacré » (l’ART) , qui se retrouvent dans les rues…Et on se surprend à se poser la question sur cette image galvaudée des chefs-d’oeuvre, on pense aux boutiques de musées, aux reproductions sur supports vulgaires, ou écriteaux, panneau, banderoles etc …Mais, en même temps, pourquoi la place de l’art (même ancien, même patrimonial) ne serait-il pas hors des murs « muséaux » et comment l’ouvrir au monde, le faire connaître au plus grand nombre, sinon en risquant ce genre de sabotage?
Ouh! La! Cette expo pose plein de questions sur l’art…J’adore!
Mais Zhu Hong nous entraîne dans cette réflexion, sans l’habituelle agressivité contemporaine. Elle le fait avec teintes pastel, dessins académiques de toute beauté. Elle privilégie le détail, le recul, la prise de distance, le voile de la non évidence. Elle peint et dessine avec la discrétion de l’intelligence et du talent.
( Ses formats rappellent les peintures chinoises anciennes: longs rectangles étroits, verticaux)
Sa série « Blocs » , c’est la même démarche de travail…Les rapports oeuvre d’art – musée. Sur du bois de chêne (une rangée de petites « boîtes) apparaissent en filigrane des détails de peintures ou dessins des grands maîtres passés, zébrés de lignes verticales ou horizontales.
Et, encore là, cette incertitude, cette attente du regard, ce laps de temps…tant le travail est à peine perceptible au premier abord. Lointain, brumeux…
Arrêtez-moi si je dis des bêtises, mais j’ai pensé aux oeuvres de Ming exposées au Louvres, sur le sujet Joconde…Il y avait aussi ce voile…qui crée l’espace entre le regardant et l’oeuvre.
Quand j’ai ouvert ce blog, je m’étais promis de ne parler que des expos auxquelles j’adhérais (ou au moins en grande partie, même si j’émettais quelques réserves parfois). Pas de méchanceté gratuite, me disais-je. Mais j’ai craqué en février 2010, en allant à la galerie d’art contemporain de Talant (espace G.Brassens)Craqué! Dans le mauvais sens du terme! J’étais entre perplexité et agacement…
Mon commentaire (j’insiste, pour la première fois négatif) (voir ci-dessous) m’a permis de lire des choses sur mon livre d’or du blog complètement à côté de la plaque! Des gens qui n’ont rien compris à mon goût pour l’art, le vrai (et non des trucs décos qui iraient bien dans mon salon). Un seul allait dans mon sens. Des gens, donc, qui n’ont rien compris à ma déception…A ma tristesse. Je ne voulais évidemment pas faire de mal à cette jeune femme pleine d’enthousiasme pour ce qu’elle fait. J’ai le droit de dire ce que je pense. Et je continuerai. Dommage que les commentaires à mes billets n’existent que dans la bêtise, l’incompréhension et l’agressivité. Rien de constructif. J’attends de trouver des gens qui savent « lire » un tableau ou une sculpture et m’en parlent intelligemment! J’attends!
Oui, cette galerie a retourné sa veste. Bon. D’accord, plus d’art conceptuel. Je le vois plutôt comme une bonne chose. Mais de là à nous accrocher aux cimaises de fausses abstractions…Des toiles bariolées, où je ne sens que du remplissage, du geste vide…C’est de la copie, des reprises vaguement imitées de quelques grands peintres abstraits…Aucune cohérence entre les tableaux, en plus. Plutôt des désaccords.
Que cette jeune femme se fasse plaisir avec sa brosse et son couteau, tant mieux. C’est déjà ça. Qu’elle plaise parce que ses œuvres ne sont certes pas laides à regarder. (Elle décorent bien un mur blanc). Tant mieux aussi. Mais je n’ai vu aucune vraie présence, aucun monde personnel, aucun paysage intérieur…Une œuvre muette. Une surface inhabitée.
Je déplore que cette galerie de Talant accepte un amateurisme pareil.
Me suis-je totalement trompée? Dites-le moi. Je ne demande qu’à être convaincue. Moi, j’y vais à l’intuition, vous savez…beaucoup…
Les sculptures de Catherine Scellier ont trouvé un lieu qui leur convient parfaitement , le Grenier de Talant. C’était en janvier 2010…
Ils crient ou gesticulent. Ils vous jettent un clin d’œil complice ou se fendent d’un sourire coquin. Ils souffrent, parfois. Rampent, s’écartèlent, chutent. Avancent, courent, foncent…Et tentent de décoller. Cherchent leur équilibre dans ce monde compliqué…Hésitant entre l’ange, l’homme, le phénomène ou l’animal…
Les personnages de Catherine émergent d’éléments dénichés dans la nature: bois, pierre ou os. De ces morceaux qu’on croyait morts, jaillit une extraordinaire énergie nouvelle. Comme engendrée par eux. Par la grâce de l’artiste. Le travail du raku, en s’intégrant à la matière naturelle, en la prolongeant, en lui redonnant vie, fait naître d’étonnantes créatures, qui nous ressemblent, mais qui ont quand même leur propre existence. Devant elles, nous voilà partagés entre le sourire, la tendresse et l’émotion. Leur danse est souvent si belle…
Catherine est une vraie créatrice.
N’oubliez pas, dans cette superbe expo, de vous arrêter devant les toiles de l’artiste et les petits personnages en cire blanche, collés sur des cartes. Autre aspect de son travail, très intéressant.
Cliquez sur les photos pour les agrandir (en deux fois)
Vous pouvez aussi lire en « textes en résonnance » qque chose que j’avais écrit pour Catherine Scellier il y a quelques années (Le monde est une vaste patinoire)
Et les petits êtres de Catherine Scellier s’y aventurent avec témérité. Toujours à la limite du déséquilibre – ils ne sont pas du genre à se laisser tomber- ils évoluent fièrement sur la surface glissante de leur nouvelle vie. Une telle hardiesse ! Et quelle allure !
Ils arrivent sans doute du bout du temps dont ils ont franchi les failles : ils en sont parfois encore tout aplatis…Ils ont dû se frotter aux stratosphères des âges : ils en ont gardé quelques traces de feu…
Et ils avancent. Ils bougent. Comme s’ils avaient compris que le statisme est mortel.
Le mouvement est leur essence.
Ils ont le dynamisme des commencements. L’énergie des naissances. Ou des renaissances.
On a failli d’ailleurs assister à leur mutation. Il n’y a pas si longtemps. D’une matière organique qu’on croyait morte, bois ou os, ont jailli des membres, graciles et un rien puériles. Et puis, de cette matière, a émergé aussi une tête. Le cri primitif demeure encore sur certains visages. Pour d’autres, c’est déjà le sourire de l’apaisement (Catherine Scellier a ses anges de Reims à elle !). La vie s’est extirpée tant bien que mal de la substance inerte. Peut-être avec violence et souffrance. Mais quelle réussite !
Asexuées, hybrides, parfois multicéphales, les créatures de Catherine Scellier sont visiblement en recherche. Elles n’ont pas achevé leur métamorphose. Pas vraiment encore la tête sur les épaules et les pieds sur terre ! Elles ne sont pas parfaites ! Tant mieux ! Elles ne sont pas sérieuses, pas installées, pas réglementées…et c’est ça leur séduction, entre autre ! Elles portent en elles quelque chose de pur, de vrai et de franc. Sans hypocrisie. Sans artifice.
La poésie du balbutiement !
On aime les petits êtres sculptés par Catherine Scellier parce qu’ils sont toutes nos folies refoulées, tous nos cris retenus, toutes nos vies manquées…
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