La galerie La Source, à Fontaine-lès-Dijon, a accueilli une exposition commune. Deux artistes. Un peintre, Isabell Köstler (allemande) et un sculpteur, Joël Petot. En mai 2011, c’était à voir. En particulier pour l’excellente fusion entre les deux œuvres.
L’expo s’intitule « Rencontre de noirs ». Et pour une rencontre c’est une rencontre…Le travail de l’un prolonge celui de l’autre, le complète, l’adoucit ou le renforce…Isabelle Köstler peint des masses noires, denses et géométriques, posées sur des fonds pastels et délicats. Ces abstractions énergiques trouvent leur écho dans les sculptures de Joël Petot. Lui aussi dresse des formes noires, des volumes abstraits, faits de bois calciné (au chalumeau). Vous en verrez dès votre arrivée dans le petit jardin de La Source.
Chez l’artiste masculin, les lignes sont souples et souvent arrondies. Chez la femme, plutôt rigides et carrées!! Mais, souvent, ses masses noires « filent » et laisse s’échapper comme un cheveu, qui s’envole en boucle et transmet un peu de légèreté au tableau. Quelques effilochages délient la matière. Pas vraiment de transparences dans ces noirs profonds mais de courtes fenêtres en leur coeur qui font ouverture.
J. Petot fait naître une seconde vie aux morceaux d’arbres qu’il façonne et métamorphose par le feu. Les noirs obtenus ont une brillance, une lumière, un rendu étonnant…Du Soulage! Parfois, s’ y incorporent des pièces de verre (petits vitraux réalisées par Emmanuelle Grand). Parfois aussi, des langues d’humus continuent l’œuvre au sol. L’ensemble du travail de cet artiste est un hommage à la nature. La voilà entrée en Galerie, presque sacralisée. J.Petot vous convie d’ailleurs à écrire un vœu pour cette terre aimée, la nôtre, et à planter votre petit billet dans une arche de bois et d’herbes : opération sauvetage en quelque sorte, telle une Arche de Noé.
Il est sûr que les séries de noir et blanc d’I.Köstler laisseraient à la longue une impression de redite s’il n’y avait les cônes, les enroulements, les vasques, les fuseaux de J.Petot.
Et n’oubliez pas de faire marcher aussi votre sens de l’odorat en vous penchant sur les pièces du sculpteur!
Une grande bâtisse ancienne dans la campagne. Avec corps de ferme, chapelle, granges …Nastia loge dans une petite partie de ces habitations. Vous traversez son mini-jardin qui s’abrite derrière une haute rangée de lilas. Et vous entrez dans son espace de vie et de travail. Il semble ne pas exister de rupture entre les deux, même si le vrai atelier de la plasticienne se situe au premier étage. Nastia, la petite dame brune qui vous accueille, est une artiste jusque dans l’arrangement de son logis. Avec un minimum de moyens, elle a su créer une ambiance où l’on se sent bien. De quelques tissus blancs et éclairages discrets, elle s’est fait un foyer chaleureux.
L’atelier de Nastia? Ce sont deux longues tables couvertes d’une toile cirée blanche. Accumulés dessus (mais joliment rangés), des pots de pinceaux, crayons, pinces, ciseaux…Et autres mini outils. Et puis des boîtes à trésors, chinés dans les brocantes ou dans les sentiers autour de chez elle. Tout servira un jour. Entrera dans une œuvre. Parfois, un travail en cours: une tête sculptée qui émerge, une toile qui attend…
Depuis qu’elle s’est installée dans ce coin de Bourgogne, à l’orée des bois, Nastia est très inspirée par la nature. Encore davantage qu’avant. Elle poursuit actuellement un travail sur la forêt. Peintures aux tendances plus figuratives qu’auparavant (et plus grands formats), petites sculptures mariées à des morceaux d’écorce…Elle multiplie ce qu’elle appelle ses « ex-voto » (des gentils esprits de la forêt!) , ses « racines » (entre algues et branches)…
A l’occasion de ses week-end porte ouverte (8-15 et 22 mai), vous avez peut-être vu aussi ses sculptures en métal, délicat hommage au vent, ses « boîtes » qui mettent en scène de drôles de petits mondes, ses « cires », bas-reliefs aux diverses incrustations, et quelques peintures abstraites. Peut-être également ses « médailles », étranges visages aux références lointaines.
Vous pouvez agrandir les photos en cliquant dessus (en plusieurs fois)
Pour mieux connaître Nastia, cf mon billet de juin 2009 (archives du blog « Older entries », N°6)
Nastia a accueilli le public les samedi et dimanche des w-end suivants 8, 15, et 22 mai 2011. Mais vous pouvez toujours prendre rendez-vous avec elle au 03 80 95 31 26.
Nastia Mallet. Le hameau Le Pavillon. 21580 Courlon.
(Route N459, Is-sur-Tille — Grancey-le-Château, au carrefour de la route pour Courlon)
Au Parvis St Jean, l’installation de l’artiste Bap, « quand les chevaux étaient bleus », fut présente en mars 2011.
Dans la chapelle gauche de cette ancienne église St Jean, transformée en théâtre (Parvis St-Jean), à Dijon, sont arrivées quelques « empreintes » bleues de dos de cheval.
Bap, leur créateur, les a suspendues au plafond et vous pouvez circuler dans cette étrange écurie, vous frotter à ces fantômes de chevaux. Ils bougent à votre passage. Et comme ces dos et croupes sont de taille réelle (et à hauteur réelle), rassemblés dans un espace assez exigu, la sensation est impressionnante. Envie de les caresser…Sentir presque leur odeur…Mais ils ne sont que des souvenirs de chevaux, des rêves de chevaux, des images restées en mémoire et en émotion. Leur matière comme leur couleur font qu’ils flottent autour de nous, irréels, impossibles, improbables…mais présents.
Même si vous n’êtes pas au courant de ce qu’a vécu l’artiste avec les chevaux, comment il en est arrivé à ces empreintes, dans quel endroit il a les a d’abord exposées (Cadre Noir), vous pouvez apprécier cette installation et éprouver toutes sortes de sentiments personnels.
De plus, Bap est poète. Il écrit. Lisez ses textes placés au sol. Retrouvez Bap sur le site: www.lefenil.fr
En février 2011, le FRAC, 49 rue de Longvic, à Dijon, a présenté une expo de 5 artistes d’horizons diverses (Unknown Group), mais réunis sur une thématique, celle de l’individu en relation avec lui-même et avec les autres.
Voyons! Essayons de démêler les sensations que me laisse ce genre d’expo d’art contemporain…Toujours un peu les mêmes. Etrange mélange de frustration et de plénitude.
Oui, les idées sont là. La réflexion est là. Intéressantes. Parfois profondes. Prenons l’ exemple de ce travail de Susan Hiller sur les langages disparus ou en voie de disparition. On les écoute en chambre noire, se déverser maladroitement avec leurs sons étonnants. Paroles et litanies, chants et conversations improbables. De l’aborigène ou du comanche, et plein d’autres langues au nom inconnu, oublié, souvent superbe d’ailleurs. On ne comprend pas, bien sûr, ce que l’on entend. (La traduction française s’affiche sur un écran.) Mais la musique de ces voix est touchante… Dans une pièce à côté, sont montrées les fréquences (tels des électrocardiogrammes) de quelques phrases extraites de la bande son. La langue devient ainsi vibrations et signaux acoustiques enregistrés.
Bon. L’idée est belle. Langage qui sert à communiquer, langage qui exprime, langage signe de civilisation, langage mémoire, langage symbole de culture, mais langage qui meurt etc… Et nous voilà partis pour méditer sur ces gens (dont on ne connaît ni l’origine, ni le pays, ni le continent, ni l’histoire…) qui viennent de nous faire entendre leur façon de dire les choses…Et qui pour beaucoup n’existent plus. Un frisson passe. Rapidement évaporé.
Mais?
L’artiste a-t-elle donc servi seulement de déclencheur? A-t-elle fait elle-même ce gros travail de recherche? A-t-elle visité ces peuples? Ecouté et enregistré elle-même leur discours? Mystère.
Que reste-t-il de tout ça? Une chambre noire, des chaises, une bande son, des feuilles de graphiques? Autant dire, pas grand chose. Fugace. A peine effleuré. Inconsistant. Le frisson de tout à l’heure est déjà loin. N’a pas laissé de trace.
Est-on venu voir un travail d’anthropologue? Mais, à ce moment-là, c’est très insuffisant. Léger, même. Un travail d’artiste? Je n’ai pas l’impression d’avoir RENCONTRÉ quelqu’un, ni même quelque chose. La recherche de Susan Hiller aurait-elle pu aboutir à une vraie création? Comme une mise en relation solide et bien ficelée de cette musique vocale, de sa transcription graphique, de la poésie des mots, de la couleur des sons? Quelque chose qui transforme le langage un un objet signifiant: une écriture, un récit, une mélodie…que sais-je? Il y avait là une matière….Mais pfuiiiiiiiiit.
Perplexe… Comme d’hab !
Autres facettes de cette expo: -un ensemble vitré, un « pavillon », au centre de la salle, porte coulissante, cage de verre triangulaire. Vous jouez avec les images de transparence, votre propre reflet, celui des personnes qui vous accompagnent, vous entrez, vous sortez, vous êtes enfermés mais visibles etc…(Dan Graham)
-des dessins au crayon, géométriques, punaisés au mur. Rigueur du noir et blanc. Graphismes épurés. Architectures. (Marc Nagtzaam)
-une vidéo sans son, en salle noire (juste le bruit du projecteur comme dans un vieux cinéclub) qui montre des danses. Gestuelle désarticulée. Corps en transe. Danseurs en groupe mais chacun solitaire à l’intérieur de sa propre expérience corporelle. (Joachim Koester) . Et je passe sous silence le reste…
Voilà! J’ai retenu que le visiteur est acteur. Obligé (ça ne me déplaît pas, mais quand même on fait tout !!) C’est lui qui bouge,cogite, interprète, lit, se renseigne (pas facile, d’ailleurs, au FRAC) …L’ artiste a fait quoi? Filmé des danseurs (et encore est-ce bien lui?), posé quelque chose…(Seul le dessinateur a agi vraiment.)
J’ai écrit ce petit billet en décembre 2010. Quelques mois après, un incendie détruisait une partie de cette maison…Une pensée pour ses habitants et les artistes qui exposaient ici.
Une petite maison de contes de Perrault. Avec des volets bleus. Posée au creux du village de Géligny (non loin de Sombernon). Le sculpteur Bap vous ouvre la porte de son atelier, contigu à la partie habitation. A l’intérieur, les carreaux de la vieille baie vitrée projettent leur ombre sur le mur de pierre. Et, justement, ce jour-là (un dimanche froid ensoleillé de décembre) , Bap avait accroché une série de ses ardoises au mur. Superbe: « Je suis monté au-dessus des toits ». (photo de gauche)
Une petite boîte contient ses premiers essais sur ardoise. On feuillète. Il était parti d’une histoire de clé. Un travail au pochoir et au scotch…Qu’il reprendra et prolongera, mais fera évoluer. Et Bap raconte. Simplement. Ses idées de passage, de fragilité…Il montre ses « colonnes » d’ardoise, là, sur la table où trône aussi un gros morceau d’arbre torturé. Et on commence à détailler les architectures qui flottent sur ces « colonnes ». Des habitats comme dans la brume des rêves.
On lève les yeux: un petit cheval en fil de fer tourbillonné rappelle ses premières amours. Le cheval…Il repart dans ses souvenirs de travail auprès des chevaux. Il montait peu mais s’en occupait beaucoup. Et il a d’abord sculpté des chevaux en chanvre et terre . Efflanqués, dit-il. Mais juste parce qu’il était tout contre leur flanc et que c’était sa place, là, dans ce creux…Il les voyait comme ça. Et puis il évoque son installation (qui fut exposée au château d’Eguilly et le sera bientôt au Parvis St Jean de Dijon) « Quand les chevaux étaient bleus » et il m’en offre une photo, assortie de petits textes de sa composition (oui, il écrit aussi). Là encore, toute une histoire. Bap aime les histoires. Il avait réalisé une empreinte sur le flanc d’un cheval de course… Il en a fait neuf copies…(trop long à vous relater! Mais beau comme tout. Un cheval à plusieurs vies)
On est invité à passer dans la petite pièce à côté. Tout aussi brute et rustique. Basse de plafond. Salle d’expo. Bel endroit où Bap a mis cette fois-là « Mes cathédrales » (toujours ses ardoises avec graphismes, silhouettes d’architectures). Un escalier raide grimpe au grenier: clair, haut, poutré…Là aussi, salle d’expo.
Dehors, de l’autre côté de la courette, l’ancien four à pain. Attention la tête, pour passer la petite porte!…Bap y a logé ses sculptures, « empreintes » de corps humains. Celle des petits boutons de mercerie, il vous expliquera que c’est un hommage à la vieille dame, ancienne habitante des lieux, qui fut couturière dès sa plus tendre enfance et qui a légué sa boîte à boutons à Bap…Oui, ce doux jeune homme aime les histoires.
Allez sur son site: bap.blog4ever.com
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En décembre 2010, le jeune artiste coréen Jong-Myung HWANG , qui est déjà une pointure dans le monde de l’art contemporain, a présenté son travail à la galerie La Source, à Fontaine-les-Dijon. Le choc.
Des visages grand format vous accueillent. Ils ne vous quitteront plus! Même après votre départ de la galerie! Certains vous suivent des yeux…Impressionnant! Le peintre Hwang a intitulé son exposition « Face ». Parce que… « pile et face »… De l’autre côté d’un visage qu’y a-t-il? Il tente de nous le dire.
Même si l’artiste s’inspire d’une photo au départ, on ne peut pas parler de réalisme. Contrastes forcés, couleurs outrées, détails exagérés, absence d’expression…On est plutôt en présence de masques. S’ils tombent, on découvrira un vide derrière eux. Un creux. Un trou. Il serait en effet bien difficile de deviner une quelconque personnalité au travers de ces visages fixes, sans émoi…
Bref, c’est troublant. Ces grandes figures fascinent. Mais comme des momies.
Hwang utilise parfaitement les techniques du portrait (ces artistes asiatiques, décidément, sont bluffants de connaissances en dessin et peinture complètement assimilées) mais sans faire de réels portraits. Non, il ne cherche pas à faire « ressemblant ».
On est devant une humanité déshumanisée, des personnes en perte d’identité…C’est l’idée sous-jacente à laquelle tient l’artiste.
Je crois que l’ambiguïté « photo ou pas photo »? (ça y fait penser, quand même, non?) joue aussi son rôle. Parmi les visiteurs, beaucoup vont croire que ce sont des agrandissements, des projections etc. En plus, l’artiste explique lui-même qu’il utilise Photoshop…Pour amplifier les contrastes. Mais cependant, de la photo il passe à la peinture…On est perdu. L’image? L’apparence? La photo, c’est plus vrai que la peinture? On est trompé. Mais c’est tant mieux! Ce jeune homme a un talent fou!
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Ici, suit le texte de présentation de Hwang au vernissage écrit par Claude Martel:
Depuis une dizaine d’années, la scène artistique coréenne se distingue par l’émergence d’une jeune génération d’artistes issue de la révolution informatique et de la mondialisation. Malgré la grande diversité de leurs modes opératoires, on peut observer dans leurs travaux quelques thèmes récurrents : problèmes d’identité, différences culturelles, difficultés de communication.
Je suis heureuse d’accueillir, à la galerie La Source, monsieur Hwang, jeune artiste coréen, élève de l’école des beaux arts de Dijon. Il a intitulé son exposition : « face », ce qui nous renvoie au portrait, ce genre pictural si convenu, si classique. Le portrait focalise toute la problématique sur l’image, or l’image qui fait sens est d’abord, dans l’art occidental, anthropomorphique. Dans la langue française, le terme de figure s’applique au visage, l’art figuratif a commencé avec lui. Au cours des siècles, le portrait a subi tous les statuts :de celui de liant iconique social à celui de représentation de l’intériorité de l’âme. L’exercice du portrait a investi le champ pictural à toutes les époques, emprunté tous les styles et pris toutes les formes. Il a exploré la négation du temps par la représentation idéalisée, la confrontation au fantasme du double, à la hantise de la disparition et de la mort. Tous ces portraits renvoyaient toujours à des personnes qui symbolisaient la permanence du visage humain.
Hwang nous donne à voir un ensemble de visages qui pourraient être des portraits mais qui ne sont pas des portraits, si je me réfère à la définition que j’en ai donnée. Il n’idéalise pas, il n’explore pas des personnalités, il produit des figures anonymes, indifférenciées, vidées de leur substance, qui traduisent l’uniformisation des sociétés contemporaines. Ces portraits ne sont pas des portraits, ils évoquent l’immobilité, celle dans laquelle le destin fait figure de désastre.
L’artiste travaille à partir de photographies qu’il reproduit en les déformant légèrement. L’objectif de l’appareil a déjà dépouillé l’individu de son caractère unique car la mise au point photographique est impossible sur quelqu’un dont la mise au point psychologique laisse fortement à désirer. L’être humain est tellement chargé de sens qu’il est impensable de s’en écarter pour trouver la forme secrète de son absence. Or c’est précisément cette absence, ce néant, cette irréalité de l’image, qui fondent sa magie et sa puissance. Même dans les corps ou les visages chargés d’émotion c’est toujours cette absence qu’explore l’objectif. L’intensité de l’image est à la mesure de sa négation du réel. Faire du sujet une image, c’est lui ôter toutes ses dimensions : le poids, le relief, le parfum, le temps, la continuité dans l’espace et bien sûr le sens…C’est au prix de cette désincarnation que l’image prend sa puissance de fascination.
Avec la complicité de la photo, Hwang, armé de sa virtuosité technique, va atteindre le crime parfait. Le masque remplace l’identité, le soi est défiguré. Le problème du réel ne se pose plus, ces êtres passent d’emblée au-delà du vrai et du faux, au-delà du bien et du mal, au-delà du réel et de l’irréel. Ces visages sont l’allégorie du vide dans lequel nous sombrons, le peintre en a effacé toute humanité, il nous dit tout cela en peinture : le grain de la peau, la brillance de la chair, la forme de la face, la fixité du regard, l’implantation des cheveux, la couleur beaucoup trop rose. Les tableaux sont exécutés avec un « excès de réalisme » qui dérange. Le « je » sombre avec « l’autre » et c’est tout un monde qui disparaît.
Pourtant, si la société est moribonde, la peinture ne l’est pas. Sa force est de nous révéler ce que la photo était incapable de nous dévoiler. Multipliant les détails, stockant les informations les plus dérisoires avec une précision délirante, Hwang nous plonge dans la lumière aveuglante d’une vérité dont l’évidence harcèle l’esprit frappé d’hallucinations. Un abîme s’ouvre sous nos pieds au moment où la sensation de la réalité est la plus aiguë.
Avec une grande technique académique, le peintre élève l’insignifiance de l’image au rang de tableau unique. Il veut que nous gardions les yeux bien ouverts, face à cette société exsangue, défigurée, en perte d’identité. S’il parvient à créer un lien entre « moi » et « l’autre » alors peut-être nous sera rendue notre part d’humanité…seul l’art est capable de réaliser ce miracle.
Les sculptures de verre de Florian Rosier étaient à la galerie Wilson (place Wilson, Dijon) en décembre 2010 (accompagnées de peintures « flaschi » de Marie-Noëlle Delétoille dont je ne parlerai pas…).
Trois choses retiennent l’attention chez ce jeune maître verrier.
–la matière, dont il se sert de façon magistrale et étonnante. Le verre devient, avec lui, un matériau complexe dont il travaille les formes, les teintes, les lignes, les volumes, les transparences, les capacités de jeux de lumière etc. Existe-t-il ailleurs un maître verrier qui « sculpte » ainsi la pâte de verre (et le cristal, puisqu’il récupère des chutes chez Lalique pour les refondre) et qui réalise ainsi des créations tout à fait personnelles? Comme dit Colette Vuillaume, propriétaire de la galerie, « les autres maîtres verriers en restent aux vases et aux flacons, eux ! »…
–la réflexion. L’artiste donne à voir des pièces qui tentent de dire la vie, ses combats, ses équilibres instables, ses forces antagonistes, ses monstres intérieurs ou ses sourires. Bulles de verre où attendent des formes humaines, en gestation, en réflexion…Sans oublier, parfois, le clin d’œil humoristique !
-l’esthétique. Chez Florian Rosier, en général, l’âme de l’objet s’associe à sa beauté extérieure. Élégance et mouvements harmonieux. Couleurs noyées, mariées…
Cliquez sur les photos pour agrandir (pardon! je n’ai mis que du noir et blanc!)
Octobre 2010: l’opération, organisée sur deux week-end, par le collectif 13+ « Derrière la porte, l’atelier ». (Ce ne sont pas forcément des membres de 13+ qui participent). Un exemple:
Christine Delbecq (à St Apollinaire, 2 impasse Franche-Comté)
J’avais déjà évoqué ce formidable espace de création dans mon blog (cf la rubrique « Visites d’ateliers ». Lisez-le si vous voulez…)
Mais, cette fois, pour les Portes Ouvertes, Christine Delbecq présente son travail avec plus de force encore: cheminement, mise en oeuvre, résultat…C’est un vrai lieu de travail que vous allez découvrir. Grandes salles où elle vous a concocté un parcours. Vous passerez sous ses « lanières » qui tiennent, suspendues en équilibre instable, ses « vies froissées » (ou « boules de vie »). Vous longerez ses toiles ou dessins posés au sol (on a le droit de marcher dessus?). Vous scruterez ses croquis, brouillons, notes, citations, projets, maquettes…punaisés au mur. Vous feuilletterez ses cahiers, carnets, books, boîtes à photos…Vous aurez un oeil pour tous ces pots, pinceaux, outils, chiffons, tabliers de peintre…
Bon gros fauteuils ou tabourets vous guetteront pour une pause. Le temps de finir de vous imprégner de cet étrange mélange de quiétude et d’exaltation…
L’oeuvre est là. Partout. Grands formats, petits dessins, volumes…Récents ou plus anciens. Encadrés ou non. Mais l’oeuvre se fait presque discrète, laissant la place à l’atelier lui-même, lieu de longue élaboration. C’est bien « Derrière la porte, l’atelier ». Christine Delbecq prépare par contre une exposition ici, chez elle, pour novembre prochain.
Ce sont des créatures, entre monstres aquatiques et dragons préhistoriques. Mutantes. Elles se contorsionnent, se tordent et se tortillent. Sortent leurs tentacules, font bailler leurs plaies béantes, gonflent leurs tumeurs douloureuses.
Elles sont carcasses à la peau fripée, à la croûte crevassée, comme des mues de vieux lézards primitifs. Il leur pousse des appendices inconnus, des poils impossibles…Venues de nulle part, elles flottent entre deux eaux, en profondeur, loin de la lumière solaire.
Elles dansent encore parce qu’elles sont vivantes. Elles ont traversé les temps et connu tous les assassinats, mais elles sont vivantes. Déformées, défigurées, mutilées, déchiquetées, mais vivantes. La sève coule encore en elles. Forte et résistante.
Et, tu sais, si tu te déshabilles. Si tu enlèves tes beaux habits du dimanche. Et que tu as le courage de te regarder dans le miroir du vrai, tu verras que tu leur ressembles à ces créatures de Claude Michéli… Avec tes grosses cicatrices de vie. Avec tes nœuds et tes blessures. Avec tes verrues et tes écailles. Tout ce que l’existence t’a distribué ou que tu t’es fabriqué toi-même.
Laisse tomber le costume chic, les lunettes noires, le fond de teint et le cheveu coloré. Tu es bel et bien un être difforme, boursoufflé, griffé et dévoré par la vie, plein de bosses et de bleus, borgne et boiteux. Tu grimaces et tu tousses. Il faut le savoir. Et la vie continue…C’est son rôle de te marquer ainsi.
La galerie « Entrée Libre », en fait, c’est la hall d’accueil de la Caisse d’Epargne, rond-point de la Nation, Dijon. Frédéric Gagné y a accroché ses toiles sur le thème « Solitudes Urbaines » début octobre 2010. Bien mises en valeur (sauf, décidément, dans ce coin où trône l’inébranlable gros écureuil de Couqueberg…).
Fidèle à lui-même, Fred Gagné utilise son talent de plasticien pour élaborer de vrais univers personnels. J’aime ses grands formats…L’espace lui va bien.
On peut définir ces univers comme urbains, oui. Quelque chose de raide, de froid, d’inhumain. Grues, immeubles, poteaux, fils électriques, passages piétons, rues… composent un réseau rigide. Quelques silhouettes de personnages – de profil, de dos- hantent ces espaces tristes. Hangars, usines…Parfois on pense à des villes englouties…
Mais les ensembles que compose l’artiste forment de tellement beaux accords, entre collages (photos, papiers), peinture, crayon, écritures, que ces cités angoissantes deviennent souvent des bonheurs de graphisme…
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Vous pouvez aller sur le site de Fred Gagné, cf ma blogoliste.
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