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Le Salon, Fontaine-les-Dijon

LepoivreJe crois que plus le temps passe, et plus je découvre l’Art, plus j’ai de la peine avec ce genre de manifestation…Le Salon des Artistes (le 43ème). Il se tenait à Fontaine-les-Dijon, centre Pierre-Jacques en avril 2015. Je supporte mal cette rigidité des tableaux sagement accrochés sur de laids panneaux. Et cette confrontation imposée entre des talents divers et souvent incompatibles. J’aime qu’un artiste présente son univers, seul, dans un espace à lui, avec foisonnement, histoire, évolution, caractère, personnalité… Le travail d’un artiste se découvre ainsi…

Oui, je sais! J’ai moi aussi quelques toiles ou autres travaux d’artistes plantés sur mes murs !PeteL’invité d’honneur, Marc Hanniet, je n’ai pas grand chose à en dire. Peinture mignonne, fade…

Les visuels, de haut en bas:  CKLMarchal; Emmanuel Février; Jacques Pete; Anne-Marie Versavel. (Cliquer pour agrandir, en deux fois)Versavel

 

 

Bains du Nord (FRAC), « L’Ordre Caché »

Les Bains du Nord, à Dijon (FRAC) ont présenté « L’Ordre Caché » .  Cette exposition montrait 25 oeuvres de la collection.  (Trois d’entre elles sont des premières entrées en collection publique française). C’était en été 2015. 16  rue Quentin. Du mercredi au dimanche, 14-18h. Samedi 11-18h.

Le titre de cette exposition?  Important je pense.  C’est une expression empruntée à un livre de Anton Ehrenzweig. L’idée est qu’il existe un sens obscur au sein de chaque acte créatif.  Qu’il y a, pour chaque (vraie) création,  une perception de surface et une perception profonde.  Qu’il faut donc  « s’aventurer par-delà la représentation ».  « L’ordre caché »… Mais qui n’est pas forcément fixé une fois pour toutes.  L’art reste une « expérience à vivre ».

Cette idée-là me plaît bien. Mais je ne suis pas sûre d’avoir vraiment vécu cela à la nouvelle expo des Bains du Nord.  Savoir d’abord que deux thèmes  relient les oeuvres entre elles:  la couleur noire et les formes cercles et lignes. Vous verrez, c’est facile à suivre!

Prenons la vidéo de Hiraki Sawa,   « Lineament »

Projetée sur deux murs qui forment un angle, en deux grandes images différentes, cette vidéo montre un homme au regard vide (il me semble!) qui  regarde sans doute sa vie défiler à travers des objets.  Images d’engrenages qui évoquent horloges et temps qui passe. Images, surtout, d’étranges fils qui semblent vivants, qui s’enchevêtrent, s’enroulent, vibrent,  s’autogénèrent, entrent et sortent de la matière … Les allégories sont assez évidentes (le temps FILE!!).  Le décor où se déroule cette narration est délabré, laid et dénudé.  Un climat de nostalgie.  De regrets.  Le film est saccadé, comme un vieux tournage des débuts du cinéma.  Ce que j’ai préféré:  donc, ces sortes de lignes tremblantes, ces traits incertains,  ces fils infinis, qui brouillent l’image, jouent les toiles d’araignée, cousent les choses entre elles, forment des spirales, circulent comme des vers de vie!!!

Passons aux dessins (graphite sur papier) de Marc NagtzaamNagtzaamJe les avais déjà vus dans une expo ancienne.  Et j’aime toujours ces grilles austères, aux lignes répétées jusqu’à devenir ennuyeuses.  Une architecture sévère de traits et de barres.  Sans références, sans bavardage, sans fantaisie…  On se tient devant et on « écoute » !  Comme on le ferait d’un mantra.  C’est une expérience de méditation.  On peut aussi voir là une réflexion sur l’art du dessin lui-même…

Peut-être un peu dans la même lignée, voici les sphères de Michelle Grabner

Si je comprends l’anglais (hum!), ces oeuvres sont faites à la pointe d’argent et gesso (plâtre?) noir sur toile… Il s’agit de disques sombres, aux lignes convergentes.  Ordonnés, routiniers.  Effets d’optique répétitifs.  Voilà pourquoi je mets ça dans le même esprit que Nagtzaam.  Un côté fascination du regard…

Le « Polvere » de Claudio Parmiggiani est une réalisation de suie, acrylique, bois, plexiglas et c’est assez envoutant.  Je ne sais pas si c’est un extrait de l’oeuvre que cet artiste avait faite exprès pour le Collège des Bernardins à Paris. Mais ça lui ressemble (des images tracées par le feu?) .  Il s’agit d’une bibliothèque …mais fantôme.  Des livres rangés sur des étagères.  Présents mais absents.  Des traces de livres.  Des souvenirs de livres.  Qui ont perdu leurs couleurs, leur densité.  Mais dont le contenu flotte quelque part.  J’aime ce travail sur la mémoire fragile..Parmiggiani

Certaines oeuvres m’ont semblé intéressantes. Celles d’un artiste croate, décédé en 2004,  Julije Knifer. Des rythmes en noir et blanc.  Mais les grands monochromes noirs m’ont glacée d’indifférence!!!  Il ne s’y passe rien.

La « belle » auto américaine de Tom Holmes ne me dit rien non plus.  Entièrement peinte en noir.  Customisée.  Voilée, aveugle, momifiée… Certes, elle est objet détourné, qui a perdu son identité de voiture… Et là est toute la « création artistique »…Mais, pour moi,  pauvreté et banalité de l’idée, de la sensation, de la réflexion.Holmes

La « Black Box » de Laure Prouvost m’a paru compliquée (pour pas grand chose):  salle totalement obscure, fumées intermittentes, projecteurs en flashs brutaux, objets souvenirs de-ci de-là… Oui, l’artiste raconte et crée une ambiance.  Mais que manque-t-il donc pour que nous soyons convaincus, touchés, émus?  Pourquoi avec Louise Bourgeois, par exemple, ça marche?

Il y a un tout petit tableau de nos dijonnais Ida Tursic et Wilfried Mille… De gentilles fleurettes, genre détail d’une toile flamande. Pas la violence ni la pornographie auxquelles nous a habitué ce couple d’artistes. Que fait-il là? On se demande s’il ne faisait pas partie d’une série…?

L’objectif des Bains du Nord reste pédagogique aussi. Beaucoup d’efforts de ce côté-là (conférences, valise pédagogique, rencontres avec les scolaires, visites guidées etc). Tant mieux. Mais quand je lis le texte qui peut accompagner votre visite, je me dis que l’élitisme est encore fortement présent. Difficile.

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Paris, Lyes Hammadouche

Belles découvertes parisiennes! D’abord, le Collège des Bernardins, rue de Poissy, que je ne connaissais pas, ensuite, un jeune artiste, Lyes Hammadouche, qui a su admirablement « habiter » un des espaces de ce collège cistercien fondé par un abbé de Clairvaux dès le XIIIème siècle. L’installation de Hammadouche s’intitulait « Tout est parti d’une colonne ». Printemps 2015

Pour moi, cette installation de Lyes Hammadouche c’est de l’art contemporain dans toute son exemplarité. Pourquoi? Parce que elle est à la fois accessible directement par le visiteur (sensations immédiates assez fortes),  détentrice de mille références sous-jacentes et résultat d’une longue et patiente mise en oeuvre.

On est loin des poubelles colorées suspendues au plafond, entrevues dans une autre expo parisienne….A fuir!

Un- On est séduit de prime abord.  Deux- On peut approfondir considérablement la première impression.  Séduction?  l’ancienne sacristie du Collège des Bernardins est un petit espace obscur où deux colonnes de pierre s’élèvent haut jusqu’à la voûte gothique.  Dès l’entrée, on est saisi par une ambiance…. Un son gronde légèrement. On pense à un mantra. Des ombres et de lents mouvements de lumière circulent et, à intervalles réguliers, un bruit plus fort intervient qui fait soudain vibrer un réseau de lasers rouges partout dans la salle. On est captivé.  Disques qui tournent.  Sable qui coule.  Engrenages géants qui s’enroulent autour des colonnes.  Rythmes très lents.  Bruits qui scandent notre visite. Dessins à la Vinci aux murs.Hammadouche

On s’assoit (coussins prévus à cet effet).  Nous viennent des sensations du temps qui s’écoule.  Des images d’horloge, de sablier, de métronome.  On est fasciné.  On se laisse aller.  (On apprendra plus tard que Hammadouche a étudié l’induction hypnotique).

Après la poésie immédiate, arrive (peut-être) l’envie de comprendre.  Cette installation est bourrée de mécanismes complexes et d’utilisations numériques.

Et voilà qu’une adorable médiatrice vous propose de vous apporter des explications. On les complètera avec la brochure distribuée gracieusement.  Et c’est alors un déluge de références!  On reconnaît bien là l’artiste contemporain! Qui ne se contente pas d’exprimer et de provoquer des sensations ou émotions!  En fait, chacune des 5 oeuvres de cette installation est « grosse » d’allusions, de connaissances, de recherches, de réflexions…Hammadouche2

Là où l’on ne devinait qu’une expérience du temps et une incitation à la méditation, se révèlent bien d’autres choses! L’artiste fait référence au big bang et à son rayonnement électromagnétique, à la rotation des planètes, à l’envoi des deux sondes Voyager, au célèbre jardin zen de Kyoto (Ryoan-jii) etc.  Tout se tient. Tout est lié. (Même si, à priori, ce n’est pas évident…Mais si!)

Bon! On se rassoit! Le voyage va être plus long que prévu! Nous nous élevons, nous communions avec le cosmos, nous remontons le temps…

L’artiste a étudié longuement ce lieu, l’a mesuré, calculé, écouté, cartographié… Et il a construit son oeuvre à partir de là. J’aime ce genre de travail contemporain. (Sans le côté artificiel, forcé, hypocrite et superficiel rencontré trop souvent).

Je ne décris pas chaque élément de cette installation. Ce serait trop long. Même si j’en meurs d’envie! Allez-y! Allez-y!

Mes photos ne rendent pas l’univers créé par l’artiste. Désolée. Cliquer néanmoins pour agrandir, en deux fois.

Visitez le site           http://www.questionsdartistes.fr/

 

Fondation Vuitton, impressions

Paris en ce jour de mars 2015:  soleil idéal… Métro jusqu’au jardin d’Acclimatation avec l’objectif d’aller découvrir la Fondation Louis Vuitton, inaugurée en octobre dernier.

Voilà! Nous y sommes! De grandes voiles de verre, des reflets qui scintillent, de gracieux enchevêtrements de poutres en bois ou métal, de belles perspectives partout où l’oeil regarde, des images d’équilibres et déséquilibres audacieux, une sensation délicieuse de labyrinthe indémêlable .Vuitton

Vrai! C’est impressionnant! Et c’est manifestement très beau! Un boulot de grand architecte!  Les balades sur les diverses terrasses (parce que nous avons la chance d’une superbe météo), à différents niveaux, nous laisseront de très agréables souvenirs.  D’ici, on se paie de magnifiques vues sur Paris!Vuitton1

Mais… N’oublions pas que nous sommes dans un centre d’art ! Voyons! Voyons!

En dehors du fait que nous avons loupé l’exposition d’Olafur Eliasson pour des raisons de dates, et que nous visitons ce qu’ils appellent « le deuxième accrochage » de la collection de la Fondation (ou ne peut pas avoir les deux en même temps??),  nous restons quand même un peu sur notre faim.  Certaines salles ont un volume énorme et les quelques oeuvres présentées ici sont vites perdues (surtout dans la première salle avec photos)… Et puis, on a l’eau à la bouche quand sont annoncés Annette Messager (photo ci-dessous), Giuseppe Penone, Thomas Schütte etc.  Oui!  Deux ou trois oeuvres de chacun, et encore!   Giacometti, lui,  a l’honneur d’être présent avec 7 ou 8 sculptures.  La chance! On est ravis!A.Messager

Une salle m’a donné satisfaction.  Celle de la britannique Tacita Dean.  Photo géante d’un arbre torturé sur le mur du fond et, sur les murs latéraux, comme des variations graphiques sur les  lignes décrites par ses branches, des dessins sur albâtre et des grattages sur papier carbone.  L’ensemble fait une unité.

Le travail de Sigmar Polke « Cloud paintings » , salle voisine, est intéressant et assez puissant, avec les coulures de peinture et résine qui attaquent chimiquement la toile de soie.  Trois grands formats aux teintes et transparences originales.

Bon! Une halte à la librairie pour se faire plaisir et une boisson hors de prix au restaurant de la Fondation, « Le Frank » avant de quitter le navire.  Le centre Louis Vuitton est un très bel écrin, ça c’est sûr.  On attend les bijoux qui vont avec.

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Claude Micheli, La Source

« Modulations » est le titre que le peintre Claude Micheli a donné à son exposition de la Galerie La Source qui se déroulait en mars.  (Fontaine les Dijon, mercredi-dimanche, 15h30-18h30)micheli

J’avais été assez séduite par la première exposition que Claude Micheli avait faite à La Source en 2010. La preuve, j’avais écrit quelque chose, librement inspiré par ses peintures. C’est dans ce blog, à la catégorie « Textes en résonance ».  Cette fois, je suis beaucoup moins sensible à ses dernières créations.   (J’ai été touchée par contre par des petits formats dans une petite salle-couloir du premier étage, et par ses compositions de végétaux, fils et gazes, également 1er étage, oeuvres plus anciennes)micheli1

Je laisse donc la parole à Evelyne Micheli qui a dit quelques mots au vernissage (très chouette moment musical, d’ailleurs,  lors de ce vernissage, harpe et violoncelle):

« Le spectateur peut voyager à la surface de cet univers mouvant, aux lignes infinies; il peut contempler les irisations de ses paysages intérieurs (…) Le pinceau ondule à la surface de la peau, et les volutes souplement s’étirent, s’étalent, se contractent. L’ombre se fait douce comme du velours. La lumière se fait caresse comme un souffle d’air tiède. Les ondes se déplacent avec volupté, frémissement sur les eaux, valse tournoyante dans les airs, aux résonances cuivrées, ou encore vibration silencieuse dans l’Espace. Les formes se répètent, mais ne sont jamais les mêmes, elles s’interpénètrent comme dans une construction modulaire, où le devant pourrait être derrière, où des espaces pourraient s’ouvrir à chaque instant, offrant une place pour une nouvelle modulation. »

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Cellier de Clairvaux, 3 peintres

En mars 2015, un petit tour s’imposait au cellier de Clairvaux, à Dijon (salle haute, 14-18h30). Trois peintres exposaient, de la Galerie associative « Les Inventifs ».  (But premier de leur association: rendre la peinture contemporaine plus visible et plus accessible)

Voir leur site:  www.lesinventifs.org

Anne Girard, l’invitée des Inventifs pour cette exposition:

C’est la deuxième fois que je rencontre cette artiste.  Et je suis convaincue à chaque fois de la force et de la valeur de son travail.  Je ne sais pas trop comment le dire.  Je ne suis pas une technicienne.  Mais seulement une intuitive.  Ses compositions abstraites me paraissent en quelque sorte…solides.  Les éléments tiennent.  Imbriquées les unes dans les autres, les choses sont à leur place.  Impression que si on retranche un élément, que si on modifie une ligne, un volume, une couleur, ça s’effondre, ça s’écroule.  Et pourtant, pas de rigidité dans ces peintures.  Un pinceau plutôt allègre et bavard.  Un geste généreux.  J’aime sa conception de l’abstraction:  partir d’une réalité (tiens! une photos prise dans une carrière, par exemple!) et la démolir, la déformer, l’épurer, la reconstruire…

anneGirard(Ne pas oublier de feuilleter , sur une table au centre de la salle, ses cahiers de collages du plus bel effet.)

Je vous renvoie au texte que j’avais écrit librement sur ce travail d’Anne Girard en août 2014, dans ce blog,  catégorie « ici et là »:  Anne Girard, La recomposition.

Jean-Pierre Minella :

Il peint, lui, des petits corps flottants, telles des amibes perdues dans l’univers.  Ou peut-être des brins de musique qui vibrent dans l’air.  Ou des bouts de vies qui se sont détachés quelque part et dansent maintenant dans cette matière étrange créée par le peintre.  Ou encore des morceaux d’une écriture inconnue à la Miro… Les fonds sont travaillés de façon intéressante (pastel à l’huile).  Et …c’est un vrai univers de peintre (mais qui ne se prend pas au sérieux!!).JPMinella

Catherine Goursolas :

Des couleurs lancées d’un geste fougueux, qui s’organisent sur la toile comme un tourbillon de premier matin du monde.  Par dessus, quelques traits, quelques fils, quelques fines éclaboussures qui donnent au regard de quoi se guider un peu au travers de ces galaxies flamboyantes et abyssales.C.Goursolas

Les trois peintres ont des travaux sur tables , au centre, qu’il faut regarder, ça vaut le coup.

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Pascale Serre, son appartement-atelier

Comme d’habitude, la catégorie « visite d’ateliers » ne comporte pas vraiment de commentaires sur les œuvres de l’artiste. Juste une ambiance. Une atmosphère que j’aime bien.

C’est un de ces appartements insoupçonnés au centre ville de Dijon ( car, qui lève les yeux vers les fenêtres au-dessus des magasins de la rue Piron ou de la rue du Bourg?). Un de ces logements très anciens aux parfums d’humidité. Aux cages d’escaliers et couloirs étroitement enchevêtrés. Pascale Serre est là. Dans son espace bien à elle. Où règne, étrangement, comme dans ses peintures, à la fois ténèbres et lumière.

Oui, la pénombre. Même en plein après-midi. Mais des petits éclairages électriques intimes et des lueurs douces à travers les rideaux tirés. Oui, la mort très présente, sous forme de tableaux représentant des animaux morts, de corbeaux empaillés qui volent dans la pièce, de toiles couchées là,  cachées sous les tapis, celles qu’elle appelle « mes morts »  (« La Collection », qu’elle avait magnifiquement exposée au musée archéologique en 2013). Mais une mort apprivoisée, amicale, inhérente à la vie. Au mur, une toile très grand format est en phase d’achèvement. Sombre. Comme Pascale Serre sait si bien faire (atmosphère de forêt obscure). Mais, à ses côtés, une autre toile, plus ancienne, éclate de couleurs vives (peut-être de l’époque où elle était élève de Pierre Alechinsky).

L’autre mur, en face, est comme un grand morceau de vie. « J’ai besoin d’avoir mes images autour de moi! » sourit l’artiste. Dessins, peintures, photos, portraits… Qu’elle arrange avec harmonie. Qu’elle change au rythme du temps. Sa famille, ses amis, ses souvenirs… On s’assoit tout contre, près des tables qu’elle a habillées de beaux tapis indiens, de laine rouge et noire, venus d’Amérique. Elle raconte pêle-mêle les Beaux Arts de Paris, ses 22 ans au Danemark, ses voyages, son amour de la littérature classique, l’école du cirque, son retour en Bourgogne, son apprentissage du shiatsu…P.Serre

Près de la fenêtre, sagement rangés sur une table, tubes de peinture, palette, couteau et pinceaux attendent la main de l’artiste. Au pied de l’œuvre en cours, quelques discrètes taches de couleur tombées au sol, sur un papier, font deviner le travail interrompu. Une petite pièce contigüe conserve quelques toiles de Pascale Serre.P.Serre2

Le regard effleure le reste de la grande pièce principale. Ici et là, un crâne, une poupée démembrée, des bijoux joliment accrochés (« exposés »!) en plusieurs endroits, une petite sculpture d’un ami céramiste, des livres etc.

Chez la brune et souriante Pascale Serre, l’ambiance est feutrée, chaleureuse et un brin magique…

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Maxime Frairot, La Source

En février 2015, l’artiste Maxime Frairot a accroché ses « Portraits de famille » aux cimaises de la Galerie La Source (Fontaine les Dijon, du mercredi au dimanche 15h30-18h30).

Drôle d’humanité! Humanité drôle! Maxime Frairot peint des hommes, des femmes et des enfants tout de guingois, aux crânes difformes, aux membres atrophiés, aux yeux démesurés, décalés et asymétriques, aux habits ringards (on croirait les Deschiens!)… Des personnages qui nous font face, qui nous fixent de leurs yeux énormes (passés à la loupe!!),  qui semblent poser pour des photos de famille, qui attendent on ne sait quoi, souvent figés, serrés les uns contre les autres…MFrairot1

On hésite, en les regardant, entre le fou-rire et l’angoisse. Ils sont impressionnants, ça c’est sûr. Et attachants, finalement! Ils intriguent. Ils gênent ou attirent.  Sont-ils étonnés, apeurés, indifférents, soumis, timides, curieux, attentifs…? Énigmatiques, oui!

En tout cas, c’est un travail intéressant. Qui pourrait se rapprocher de l’art singulier (art brut).  Intéressants ce graphisme très particulier autour des yeux, ce patchwork de couleurs et de dessins utilisé pour les vêtements (petites fleurs, petits pois, carreaux, rayures… ) que l’on croirait parfois découpages et collages mais qui n’en sont pas toujours, ce mélange habile de techniques fusain, pastel, crayon de couleur, acrylique, huile, ces accumulations qui communiquent toute leur force aux toiles, ce côté catalogue… Peut-être également un caractère BD ou dessin humoristique.MFrairot2

Il y a une audace, une liberté, une inventivité, chez cet artiste , qui sont plutôt sympas.  Il s’évertue à dire qu’il n’a pas de message à transmettre.  Qu’il n’est qu’un peintre qui s’amuse.  Certes.  On le croit.  Mais on ne peut s’empêcher de penser caricature (de quoi? de qui? de nous?), de penser vision personnelle sortie d’une imagination fertile, assortie d’un humour décalé tout à fait savoureux, de penser observation fine de nos concitoyens:   la maigriotte, la bien en chair, la vieille qui essaie de se rajeunir, la toute cassée déhanchée, le monsieur trop cravaté etc.  Bien vu!

On pourrait craindre un attachement à un principe, à un « truc » qui « marche », à un systématisme.  Depuis des années, en effet, Maxime Frairot demeure dans le même style de peinture.  Cependant, à bien y regarder, il y a diversité malgré tout.  Les visages sont ressemblants, certes, mais tous différents!  Et puis, les formats sont variés, et de temps à autre, l’évolution de l’artiste se fait sentir (voir la toile à droite en entrant dans la Galerie).

Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois       Lire aussi un texte que j’avais écrit en 2011, librement inspiré par l’œuvre de Maxime Frairot, en catégorie  « Textes en résonance »  sur ce blog.    https://www.doudonleblog.fr/category/textes-en-resonnance/

Jérôme Tanon, Annecy

Découverte, ce week-end de janvier 2015, dans une Galerie de Chamonix, « MB Factory », un artiste-photographe qui vaut qu’on s’intéresse à lui. Jérôme Tanon. Il habite Annecy.

Passionné de snowboard, qu’il a pratiqué lui-même, il court le monde pour photographier ses héros les riders dans la poudreuse. Il s’est spécialisé dans ce style d’images très fortes, spectaculaires, difficiles à prendre … Il est doué…

Mais c’est son autre travail d’artiste qui m’a fait dresser l’oreille et l’oeil … Sympa, la responsable de cette Galerie, qui nous l’a expliqué     http://www.mbfactory.fr/#

Un boulot long, minutieux et très étonnant…J’ai adoré le principe. Une vieille technique pratiquement disparue, que Jérôme Tanon a retrouvée tout seul.  Il s’agit de tirages en bromoils.  En gros, si j’ai à peu près compris:  la photo argentique est d’abord blanchie dans un bain chimique.  Elle disparait.  Attente du séchage.  Puis, réhumification.  L’artiste passe alors au pinceau une encre à l’huile.  Avec un second pinceau, il tapote pour reprendre un peu d’encre.  Opération à recommencer plusieurs fois.  Peu à peu….la photo réapparaît!

Bien entendu, les photos choisies par Jérôme Tanon sont des photos de snowboarders célèbres et talentueux.  Le résultat obtenu est beau:  quelque chose comme une ancienne photo sépia.  Mais avec une épuration de l’image.  Une métamorphose:  ça me fait penser à un souvenir oublié,  qui se présenterait à nouveau un jour, n’ayant conservé que l’essentiel de l’émotion.  Une plongée au profond de la mémoire.  Une réminiscence de quelque chose qui est passé devant nos yeux, qu’on a à peine imprimé mais qui a laissé une trace inconsciente.

L’histoire que l’artiste prend le risque d’effacer d’abord le tirage argentique  pour , ensuite,  le faire réapparaître est fascinante!

je n’ai pas de photo, allez voir le site de Jérôme Tanon ou sur FB

https://www.facebook.com/jerometanon

WELCOME

jean matrot, galerie la source

« Lumières quotidiennes » l’exposition du peintre Jean Matrot à la Galerie La Source (Fontaine les Dijon) en février 2015.

Le public est content! « Enfin du figuratif à La Source! Enfin une belle exposition! »  Tant mieux pour ces visiteurs qui y trouvent leur compte.  Pensez donc!  Des vues de Dijon, des portraits… Le bonheur!  On n’est pas perdu au moins!

Mais rassurez-vous, malgré mon ton sarcastique, je ne vais pas, pour autant, dire de mal de cet artiste.Matrot2

Vous savez que l’art, pour moi, a bien d’autres chats à fouetter que de reproduire la réalité… En conséquence, tout ce qui est gentille représentation d’un paysage, sans autre projet, sans autre démarche me laisse froide (et triste).

Ici, avec Jean Matrot, je vois un réalisme un peu étrange, et ça me convient!  Là où certains visiteurs critiquent une certaine immobilité, une certaine froideur dans ses toiles, moi je vois une vision personnelle de l’artiste.  Celui-ci compose un univers à partir du réel.  Son propre univers.  Qui correspond à lui.  Ce sont bien sûr des petites scènes très françaises (rues et places de Dijon, enfants et parents au jardin public, vues d’un marché, baigneurs au bord de l’eau, poubelle et mobylette dans un coin de la ville, consommateurs au comptoir d’un bar…). Du quotidien, du banal, du concret, du connu… Rendu avec un caractère presque photographique (cadrages, effets d’éclairages, mises en scène, usage des lignes obliques…).  Mais…Matrot3

Les personnages de ces scènes sont anonymes, au point, à la limite, d’être  des ectoplasmes.  D’ailleurs, parfois, il y a même absence d’êtres humains.  Le vrai personnage, c’est la lumière.  Jean Matrot la travaille avec soin.  Il y tient.  Et c’est elle qui crée le tableau, en lui communiquant un  climat particulier, un caractère irréel, une illusion de réalité…D’où vient cette énigmatique lumière? Qui fait tant de belles ombres, qui blanchit les choses, qui éblouit pour mieux assombrir, qui fait flasher les reflets dans vitres, verres et lunettes? Aurait-elle arrêter le temps, figer le monde?

Je n’oserais pas trop dire que cet artiste se rapproche du naturalisme très particulier de Hopper… Mais on y pense quand même!

Restent les portraits… C’est autre chose. Au premier étage de la Galerie, ils impressionnent par leur très grand format et leur réalisme exacerbé.  Une belle réussite technique. Et cette fois, ces personnages-là sont bien présents. Celui qui vous regarde du fond du couloir (belle perspective grâce à la disposition si géniale des espaces de cette Galerie) …C’est saisissant!.  A voir, l’autoportrait de l’artiste! Qui vous guette justement lui aussi au fond du couloir! (ce n’est pas la photo ci-contre)Matrot

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