La Galerie Entrée Libre de la Caisse d’Epargne du rd point de la Nation, Dijon, a accueilli en juin 2015 une exposition du collectif de photographes « I love your home ».
Ce qui me paraît intéressant dans cette expo c’est davantage les sujets que les photos elles-mêmes. Celles-ci sont bonnes, bien évidemment, mais archi classiques (c’est sans doute volontaire, cadrées avec rigueur, sans blabla, sans fioritures, pour laisser le sujet prioritaire).
Les artistes Sébastien Corsaint et Thierry Jacquot ont trouvé des lieux incroyables par le monde, et les ont photographiés. Mais où ont-il dégoté des lieux pareils? D’une beauté redoutable… Des lieux tragiques… Toutes ces usines abandonnées, ces bureaux ruinés, ces chambres et salons d’un autre âge totalement livrés à l’oubli et à la désolation, ces pièces délabrées, ces intérieurs démolis… théâtres, palais, industries, salles médicales…. J’ai déjà vu des photos de ce genre plusieurs fois (des expos à Paris) où les photographes sans vergogne ont fixé sur leur objectif des salles de classe détruites par un tsunami, des appartements effondrées par un bombardement. Serait-ce la mode?
Mais ces deux photographes (de Nancy) possèdent vraiment une belle collection de ces espaces désertés et ravagés. Et, je crois, avec moins le côté « voyeur » que j’avais rencontré ailleurs. Certes, ils savent rendre une atmosphère qui prend à la gorge: tous ces lieux ont connu des jours de richesse, d’effervescence ou d’intimité heureuse. Et, par on ne sait quelle catastrophe, ils sont tombés dans cet état dramatique.
Peu importe qu’on ne connaisse pas l’adresse, l’histoire, le nom de ces lieux photographiés (les artistes ont sans doute dû franchir des interdits pour y pénétrer, passer outre les conseils de sécurité!). Peu importe qu’on ne sache rien de ces lieux mystérieux. Ce sont des décors terribles, anonymes, mais porteurs d’une émotion forte. Ils sont même comiques malgré eux , parfois!!
Ce mur à la peinture bleue, lépreux à souhait, tout craquelé… Qu’est-ce qu’il est chouette, avec sa lamentable petite table à ses pieds! Et cet étonnant placard géant à multiples petites portes qui baillent toutes les unes après les autres… Superbe!
Allez sur leur site, vous verrez l’humour noir de leurs titres! www.iloveyourhome.fr
merci au collectif pour sa courtoisie: cliquer sur ses photos pour agrandir, en deux fois
Pour ce mois de mai 2015, mon choix se porte sur une expo à Dole, musée des Beaux Arts. Juste une remarque avant: l’entrée d’oeuvres contemporaines se fait chaque jour davantage dans ce musée. Presque chaque salle en accueille une qui vient se confronter, ou se marier, aux classiques des siècles précédents… J’aime! (comme on dit sur Face Book!)
Ce qui m’a intéressée là-bas c’est l’exposition de l’artiste contemporaine Morgan Tschiember (bretonne) intitulée « Taboo » . (Jusqu’au 30 août. Sauf dimanche matin et lundi, 10-12h et 14-18h). Elle s’est emparée littéralement du musée, modifiant l’agencement, « abimant » les sols ou les murs, utilisant les salles à sa façon etc
Certes, vous n’êtes pas encouragés quand vous arrivez au musée pour cette exposition! (Mais oui! C’est fait exprès!!). Dans le hall, face à vous, l’entrée aux salles est murée. Oké!! Vous cherchez donc par où vous allez commencer la visite. On vous indique une salle sur votre gauche. Hésitation: cette salle est visiblement en travaux, éclairée d’une sale lumière de néons rosâtres, les murs mal peints d’un rose (dé)lavé et le sol jonché d’une couche épaisse de gravats. Vous vous aventurez. Vous traversez cette « oeuvre »… Car, bien sûr, il s’agit d’une installation. Vous tapotez vos pieds, les semelles crissent encore de la poussière des débris de céramique (et autres) que vous venez de fouler!
La visite commence donc par ce chantier, et c’est très significatif.
Chantier? Oui, le travail d’un plasticien est en perpétuel chantier. Toujours en devenir, en évolution, en recherches, en enchaînements…Et, en outre, Morgan Tschiember a choisi de s’intéresser beaucoup aux matériaux de construction, béton, ciment, sable, acier etc.
Cette exposition semble suivre une idée, celle de matières contraires qui, d’une part se métamorphoseraient elles-mêmes, et d’autre part, entreraient en lutte. Le ciment qui se solidifie, le sable qui devient verre… Le mou et le dur, le solide et le fragile, le souple et le rigide qui s’opposent.
Démonstration: l’artiste a soufflé du verre (légèrement rosé) , ici et là, directement sur une structure d’acier. Les bulles genre gros chewing-gum se sont adaptées, se sont déformées, se sont mises à couler, à glisser sensuellement et, bien entendu, se sont figées en refroidissant. Superbe association de deux éléments, qu’on pourrait presque assimiler au mâle et femelle (mais alors, le féminisme en prend un coup!). L’ensemble, intitulé « bubbles », est vraiment intéressant, à plus d’un titre: d’abord d’une belle plastique, ensuite source de réflexion.
Autre moment palpitant dans cette expo: les « shibaris ». Morgan Tschiember a ligoté des pièces de terre cuite quand elles étaient encore souples (avant la cuisson). Bondages évocateurs… Elles les a suspendues par leurs cordes à des barres d’acier. L’oeuvre donne des frissons, faisant penser aux tortures érotiques, politiques, fanatiques ou tout ce qu’invente la folie humaine. Les pièces de poterie se tordent de douleur, prisonnières de leur bourreau… Alors qu’elles pourraient être de jolis vases tout bêtes et tout traditionnels. On y voit des formes organiques vivantes en pleine souffrance. Le comble, c’est que cette installation a une certaine beauté plastique, elle aussi, comme les « bubbles ». Avec ces dernières, on évoquait éventuellement des carafes, des flacons et, avec celle-ci, on imagine des pots, des pichets etc. Mais on a tout faux! L’art change la pensée, le regard, les habitudes… Tant mieux!
Les formes qu’on découvre dans les salles suivantes (et qu’on peut même surplomber en regardant du premier étage) sont dans le lignée du concept de l’artiste: elle a coulé du béton dans du carton. D’où, encore une fois, le liquide qui se pétrifie et deux matières qui s’opposent. Le carton s’humidifie et se ramollit, il supporte tant bien que mal la chose costaude qui l’envahit! Cela aboutit à d’étranges corps tordus, couchés comme des gisants (c’était la vision de ma complice d’expo). Des lambeaux de carton apparaissent là où il n’a pas résisté. Lambeaux de peau. Par endroits, le carton a disparu mais a laissé sa trace, son empreinte, dans le béton quand il était encore malléable… Morgan Tschiember a posé certains de ces « rash » sur des blocs de mousse (sans doute matériaux du bâtiment également), prolongeant son idée de contraires dans les sensations et les états.
Dans la cour du musée, si vous croyez, en arrivant, qu’il s’agit de travaux en cours… vous allez changer d’avis en ressortant, après tout ce que vous avez vu et compris lors de votre visite (enfin, j’espère!) C’est bien sûr une installation de Morgan Tschiember. Du sable semble avoir été jeté sur des grilles d’acier posées au sol, sur une sorte de scène en bois brut. Voilà! Vous retrouvez l’architecture métallique des bubbles, non plus dressée mais couchée, et le verre … est redevenu sable! La boucle est bouclée!!
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Avec « Partenariat Nord-Sud Bourgogne-Mali » se déroulait à Dijon une expo en juin 2015 D’abord au Cellier de Clairvaux puis au Conseil régional . Elle s’intitulait « Totem ». Plusieurs artistes dijonnais, d’autres du Mali et des groupes scolaires .
Chacun son totem! Chacun y met son âme! D’où l’aspect hétéroclite de cette exposition. Point commun malgré tout: le totem, pour tous, a une position verticale, les pieds en terre et la tête en l’air! (sauf rares exceptions!!) Et à partir de cette image de verticalité, les imaginations et les introspections personnelles se développent bon train! Le thème de l’arbre apparaît forcément plusieurs fois: par exemple, Fabienne Durupt, avec ses mini personnages qui gravissent la ramure (photo ci-dessous) ; Benvinda Miguens-Velez, avec son arbre nourricier; Edith Nicot, avec son caducée, arbre de vie…
Le totem, c’ est aussi la divinité dont on a parfois besoin, ou le côté rituel, croyances et magie auquel on se raccroche de temps à autre. C’est peut-être aussi le réceptacle de nos obsessions, de nos fantasmes. D’où certaines oeuvres, telle l’installation de André Mugneret: sarcophage égyptien dressé, vases canopes et soutiens-gorge…
Je retiens le totem identité-miroirs de Evelyne Lagnien. Ces cubes noirs et blancs qui semblent tourner autour d’un axe montrent des visages. Ceux que l’on croise, que l’on oublie, que l’on souhaite…Qui nous ressemblent ou qui sont peut-être nous-mêmes…
Je retiens surtout les larves, phalènes et chenilles de Fabienne Adenis qui tissent les fils de la vie: magnifique travail de céramique blanche, poétique, inspiré.
Je ne cite pas tout le monde, loin de là! Allez voir!!!
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Une expo a eu lieu fin mai 2015 à l’hôtel de Vogüe, Dijon, organisée par Le Lièvre de Mars ...Si vous êtes comme moi, vous allez chercher ce que vient faire là ce brave lapin d’Alice au Pays des Merveilles. Je vous conseille son site: lievredemars.fr
Il s’agit d’une association qui parle de « nourriture de l’esprit », elle aimerait promouvoir et valoriser les arts et les artistes, et, en outre, agir au niveau social. Beau programme, on lui souhaite bon courage. Vous verrez, elle fait plein de choses… Je crois que c’est Caroline Masson qui gère tout ça. La communication sur leurs activités et sur leurs objectifs est encore à améliorer. Le public lambda (et c’est celui-là qu’on cherche à atteindre) ne comprend pas forcément ce qu’il se passe, ne voit pas, n’est pas attiré… Malgré la gentillesse et la bonne volonté des adhérents de l’association, tout cela n’est pas clair.
En un mot, l’expo de Vogüe, intitulée « La Montre folle » (encore que j’ai entendu aussi « Fractale »!…Quand je vous dis que ce n’est pas clair!), présente des oeuvres de Tim Paulvé, Edith Nicot (photo ci-dessous), Nicolas Boissier, Mei, Maycec et Vincent Loyer.
Au conseil Régional, bd de la Trémouille, à Dijon (dans le cadre du « Joli mois de l’Europe »), était à voir un intéressant « Echo »… Frédéric Gagné (canadien- bourguignon!) et Bartlomiej Trzos (polonais, dit Bartek)) avaient collaboré pour cette installation graphique.
Les deux artistes ont travaillé ensemble longtemps, depuis 2012 je crois, grâce à des résidences. Et voilà le résultat de cette collaboration. (Ils avaient exposé déjà à la Galerie Notre Dame il y a un an).
Vous ne savez pas qui a fait quoi! Pas de noms! On devine que les deux plasticiens ont mis en commun leur travail, avec, visiblement, des accords, des connivences, des similitudes…Tout en conservant chacun son propre univers.
Cette longue galerie très lumineuse du Conseil Régional, ils en ont tiré parti, magnifiquement. Le regard longe une sorte de partition, d’un bout à l’autre de ce large couloir, sur un seul côté comme le veut la configuration de la salle. Et il suit un rythme. Celui de ces lignes qui se brisent, se croisent, se rencontrent en transparence, se défont, se refont… Finissent par réaliser des espèces d’emblèmes. Comme une série de signaux le long d’une voie.
Je ne sais pas si, ici, ce sont des tirages photos, ou là des négatifs. Ou des sérigraphies, des collages, des dessins. Ou quoi? Je ne (re)connais pas les techniques. Mais peu importe. Les choses s’enchaînent mystérieusement, d’une forme géométrique à un crâne, à une image de fenêtre… On suit des fils. Tout se tient. En une progression plastique séduisante.
Et j’aime la présentation de ce travail de graphisme dans des cadres. Des cadres tout à fait classiques. Des cadres de Ikéa! Des cadres où on place habituellement des peintures! Mais soit ils sont suspendus dans le vide et leur contenu flotte à l’intérieur. Soit ils sont organisés en une asymétrie flagrante. Le cadre participe au dessin général de l’installation.
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après abandon de cette rubrique depuis quelques mois, coucou la revoilou… Avril 2015 fut marqué pour moi par un travail de Christine Delbecq. Son « mur »…
L’artiste plasticienne Christine Delbecq avait engagé, il y a deux ans je crois, un travail sur le « courrier ». Elle avait écrit des lettres sans mots. Des tissus où couraient des fils et des fragments de papier, ou des boules de lanières de textile, elles aussi parcourues de « phrases ». Elle avait envoyé cette correspondance par la Poste, accompagnée d’un petit mot explicatif. Et elle a reçu des réponses. Très diverses. Chacun s’est exprimé à sa façon: cahiers, canevas, cailloux, tissus, feuilles de papier, photos, collages etc. Chacun a présenté différemment ce qu’il avait à « dire ». Un langage du coeur.
Lors de sa résidence au Canada, Christine Delbecq a continué ce travail. Le dialogue illisible s’est prolongé! Les échanges analphabètes se sont poursuivis! Et tout le monde s’est compris! Des liens se sont noués grâce à ces sortes d’écritures inconnues, originales, personnelles, variées…
Aujourd’hui, l’artiste « en a fait quelque chose » de tout ça! Et c’est super fort , comme toujours avec elle!
Au Canada, Christine Delbecq avait commencé à prendre en photo des détails des courriers qu’elle faisait ou recevait. Ces images, découpées, collées aux murs des couloirs du lycée où elle était accueillie, formaient peu à peu un long chemin. En Bourgogne, dans son atelier, elle a repris l’idée, mais en la poussant à son maximum! Tout garnir les murs!
Je vous livre en vrac les notes griffonnées à mon retour de l’atelier :
« Réunir ces courriers. Les rassembler. Les regrouper. Les marier malgré leurs différences. Les mettre dans une sorte de mémoire (les compresser comme pour un disque dur). Reprendre tous ces échanges. Les effeuiller. Les égrainer. Les désenfiler. Les renfiler. Reprendre la marche de l’écriture autrement. A nouveau petits fragments mis bout à bout, rapprochés, collés, serrés… Et le tissage reprend. Autrement. Les courriers réels sont passés dans une autre vie. On ne les reconnaît plus. Ils sont morts puis ressuscités. Sont entrés dans une nouvelle réalité. Leur métamorphose par la photo: tellement zoomés, détaillés, recadrés, floutés, déplacés, détournés… Sont devenus images d’eux-mêmes. Et l’accumulation fait le reste. Le rempli. La pléthore. La charge. L’obsession. Tous ces petits extraits qui finissent pas faire un tout. Une unité. Et nous de surfer sur les vagues, d’avancer dedans jusqu’au vertige. Ce pourrait être une cacophonie, mais non! C’est aussi le miracle de la réussite plastique! C’est à la fois harmonieux, émouvant, étonnant… »
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Mai 2015. Je n’avais que peu de temps à Paris. Je me suis précipitée à La Maison Rouge voir « Fatum » (destin) de Jérôme Zonder. J’ai été très impressionnée.
C’est une exposition de dessins. Certes. Mais c’est bien plus que cela.
Jérôme Zonder a installé un extraordinaire cheminement pour le visiteur.
Puis, on entre dans une cabane (en fait, porte dessinée au mur) et on circule dans des pièces dont les meubles et tableaux sont (donc et encore!) dessinés sur les murs. Le labyrinthe dure, dure…On croit toujours qu’on est arrivé au bout… Mais on tourne, on tourne… Sans cesse… Au hasard de notre visite, on découvre portraits d’enfants, autoportraits, têtes d’insectes, scènes de tortures, jeux sadiques d’enfants, mains, sexe, pieds, descente aux enfers… Nombreuses sont les références au cinéma, aux violences réelles du monde (Shoa, génocides etc), à des artistes anciens (van der Weyden par exemple).
Cette progression à l’intérieur du monde de Zonder est assez troublante. Car on est en fait en immersion à la fois dans le dessin lui-même, dans la pensée de l’artiste, dans sa vie, dans son art…C’est vertigineux. L’oeuvre frise l’obsession, et on se noie dedans.
Le circuit se termine par un passage complètement obscur, juste après une salle de dessins réalisés à partir de photos prises dans un ghetto, ou depuis une chambre à gaz. J’avoue avoir hésité à m’engager seule dans ce couloir noir, couloir de la mort! La lueur, après le virage, est la bienvenue!
Zonder exploite le dessin jusqu’au bout du bout! Outils, matériaux, techniques, registres… Bic, mine de plomb, encre de Chine, fusain, doigt trempé dans la poudre graphite etc. Les papiers, supports de dessins, sont réutilisés et collés en guise de papier peint au mur, ou « mâchés » pour un bas-relief. La manière est enfantine, ou réaliste, ou fignolée (virtuosité évidente) etc. Le dessin ici est une matière vivante, un organe vivant, ou un corps vivant. L’artiste s’en nourrit, ne fait plus qu’un avec lui…ou se laisse dévorer par lui.
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Le festival Itinéraire Singulier en Bourgogne s’est achevé le 19 avril 2015 et je n’avais pas vu grand chose. Trop absente. Trop occupée. Zut. L’art brut est pourtant l’une de mes tasses de thé! Je dis malgré tout un mot des deux expos que j’ai visitées avec plaisir.
André Robillard, au musée de la vie bourguignonne.
Une partie de sa collection de fusils étranges était (bien) présentée dans une superbe salle du musée. Pour « tuer la misère », cet artiste, ami de Dubuffet, a créé des fusils en pagaille, avec une crosse en bois fabriquée et décorée par lui, complétée par des objets de récupération. Etonnant. Ils ont belle allure, et ils font comme s’ ils étaient vrais (on s’y tromperait, de loin!)! Malgré le vilain scotch bleu ou rouge qui ficelle l’ensemble des moulins à viande, paniers de diapos, ampoules, pulvérisateurs, pédales de vélo etc…
Ces armes complètement dingues, ces objets de mort faits de bric et de broc, ces flingues loufoques me semblent d’une poésie certaine. La dérision, le rire, l’inutile, le décalé, le paradoxe… De son hôpital psychiatrique, André Robillard a sans doute sorti ses envies de tuer, sa violence interne… en bricolant des armes qui n’allaient pas faire de mal à une mouche. Son langage à lui, son action à lui. Super…
Des spoutniks tournent aussi dans la salle, laissant bouger leur ombre au plafond. Création de A. Robillard aussi. Lessiveuses, antennes et pieds de pupitres pour partitions composent ces beaux objets de l’espace. Une sacrée fantaisie créatrice!
Ghyslaine Noel, à l’office du tourisme
« Une armée de cris sans voix »: titre de cette expo. (Je rappelle que le « cri » était le thème du festival cette année). Dans la chapelle, au fond de l’office de tourisme dijonnais, une foule de têtes en bois, posées au sol, hurlent en silence. Impressionnant. Proches du masque africain, du cri de Munch, de la tête de mort, du primate ou du film Scream… Mais chaque tête a son caractère. Sa force. Parfois avec double face. Parfois sculptée sur le crâne. Ce sont à la fois de beaux objets et à la fois des sculptures puissantes par ce qu’elles expriment. Les bouches sont des trous béants ainsi que les yeux. Il arrive que les bouches soient écartelées mais… bouchées. Les visages sont plus ou moins tordus.
Il s’échappe de ces sculptures souffrance et douleur retenues. Effroi et terreur, même. Et c’est terrible de dire que tout cela possède une beauté qui vous laisse pantelant.
Aïe! L’exposition perso que vient de faire Lionel Durupt à l’espace Ricard, à Dijon, est finie!! (mars-avril 2015) Loupée! Mais ça ne fait rien, j’en parle quand même de ce musicien-peintre. J’ai eu le tournis en regardant ses toiles et c’était bien!
Je vois dans cette peinture quelque chose de vivant, qui bouge, qui semble se régénérer sans cesse…Une matière qui bouillonne, qui produit des explosions… C’est dynamique, énergique, réveillé… Et ce qui m’intéresse c’est la façon dont travaille le pinceau de Lionel Durupt (enfin, j’ai l’impression). La couleur et le trait sont souvent minutieusement posés sur la toile. Le graphisme ne résulte pas toujours d’un geste rapide et large, mais d’une sorte de petite calligraphie soignée. De la broderie, presque. Et des compositions chromatiques organisées. Drôle, ce contraste entre la progression méticuleuse du pinceau et le résultat plutôt fou et foudroyant!
Toutes ces bulles qui flottent, ces taches qui fondent ou s’étalent, ces organismes en gestation, ces électrons libres, ces éléments qui fourmillent, ces pets de feu, ces jaillissements, ces déchirures, ces effilochages… sont peut-être en rapport avec la musique que compose l’artiste. Mais je ne la connais pas. Electro-accoustique?
Lionel Durupt pourrait bien avoir un pinceau musical! Non?
En avril 2015, La Galerie La Source a accueilli la peintre Véronique Fabre Lehalle. Elle avait déjà exposé ici en 1998… ça ne nous rajeunit pas! (Fontaine-lès-Dijon, du mercredi au dimanche, 15h30-18h30)
Débarrassons-nous en premier des reproches! Cette artiste a voulu trop en accrocher. On la comprend. Mais il y a une lourdeur, un trop-plein, un encombrement qui sont assez désagréables. On apprécie moins. Et puis, étrangement, le bon côtoie le pire (c’est juste mon opinion, ce blog est fait pour que je dise sincèrement mon avis). Certaines toiles m’ont paru très intéressantes. Je vais essayer d’en parler plus loin. D’autres, par contre, sont des échos très (trop) forts de Nicolas de Staël. Dommage que Véronique Fabre Lehalle n’ait pas, avec le temps, su s’en départir et voler de ses propres ailes. D’autres encore me font penser inévitablement à quelques « marines » abstraito-figuratives que l’on trouve en vente sur les ports bretons! Une peinture un peu « bâclée » me glisse un peintre rencontré à La Source.
Arrêtons-nous cependant, par exemple, devant les toiles qui sont aux cimaises des murs du fond de la salle rez-de-chaussée (à gauche en entrant). Leur structure me plaît. J’y vois un travail à partir d’un paysage réel (rochers? Rivages? Bâtiments? Peu importe). Une mise en abstraction progressive de cette réalité. Comme si elle avait éclaté et qu’elle avait été peu à peu reconstituée par l’artiste, qui ne garderait que l’essence (essentiel). On voit des morceaux aux formes plutôt géométriques qui s’organisent à l’intérieur d’une matière un peu laiteuse.
Quelques tableaux dans la Galerie ont ainsi ce caractère plus fort et élégant. Dont certains petits formats des salles à l’étage. C’est à mon goût ce qu’il y a de meilleur dans l’expo. Là aussi, il aurait fallu épurer dans le choix des oeuvres accrochée!
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