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Lièvre de Mars… Quoi? Quoi?

Une expo a eu lieu fin mai 2015 à l’hôtel de Vogüe, Dijon, organisée par Le Lièvre de Mars ...Si vous êtes comme moi, vous allez chercher ce que vient faire là ce brave lapin d’Alice au Pays des Merveilles. Je vous conseille son site: lievredemars.fr

Il s’agit d’une association qui parle de « nourriture de l’esprit », elle aimerait promouvoir et valoriser les arts et les artistes, et, en outre, agir au niveau social. Beau programme, on lui souhaite bon courage. Vous verrez, elle fait plein de choses… Je crois que c’est Caroline Masson qui gère tout ça. La communication sur leurs activités et sur leurs objectifs est encore à améliorer. Le public lambda (et c’est celui-là qu’on cherche à atteindre) ne comprend pas forcément ce qu’il se passe, ne voit pas, n’est pas attiré… Malgré la gentillesse et la bonne volonté des adhérents de l’association, tout cela n’est pas clair.

En un mot, l’expo de Vogüe, intitulée « La Montre folle » (encore que j’ai entendu aussi « Fractale »!…Quand je vous dis que ce n’est pas clair!),  présente des oeuvres de Tim Paulvé, Edith Nicot (photo ci-dessous), Nicolas Boissier, Mei, Maycec et Vincent Loyer.nicot2

« Echo » , 2 plasticiens au Conseil Régional

Au conseil Régional, bd de la Trémouille, à Dijon (dans le cadre du « Joli mois de l’Europe »), était à voir un intéressant « Echo »… Frédéric Gagné (canadien- bourguignon!) et Bartlomiej Trzos (polonais, dit Bartek)) avaient collaboré pour cette installation graphique.

Les deux artistes ont travaillé ensemble longtemps, depuis 2012 je crois, grâce à des résidences. Et voilà le résultat de cette collaboration. (Ils avaient exposé déjà à la Galerie Notre Dame il y a un an).

Vous ne savez pas qui a fait quoi! Pas de noms! On devine que les deux plasticiens ont mis en commun leur travail, avec, visiblement, des accords, des connivences, des similitudes…Tout en conservant chacun son propre univers.

Cette longue galerie très lumineuse du Conseil Régional, ils en ont tiré parti, magnifiquement. Le regard longe une sorte de partition, d’un bout à l’autre de ce large couloir, sur un seul côté comme le veut la configuration de la salle. Et il suit un rythme. Celui de ces lignes qui se brisent, se croisent,  se rencontrent en transparence, se défont, se refont… Finissent par réaliser des espèces d’emblèmes. Comme une série de signaux le long d’une voie.Echo

Je ne sais pas si, ici, ce sont des tirages photos, ou là des négatifs. Ou des sérigraphies, des collages, des dessins. Ou quoi? Je ne (re)connais pas les techniques. Mais peu importe. Les choses s’enchaînent mystérieusement, d’une forme géométrique à un crâne, à une image de fenêtre… On suit des fils. Tout se tient. En une progression plastique séduisante.Echo2

Et j’aime la présentation de ce travail de graphisme dans des cadres. Des cadres tout à fait classiques. Des cadres de Ikéa! Des cadres où on place habituellement des peintures! Mais soit ils sont suspendus dans le vide et leur contenu flotte à l’intérieur. Soit ils sont organisés en une asymétrie flagrante. Le cadre participe au dessin général de l’installation.

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choix du mois, avril 2015

après abandon de cette rubrique depuis quelques mois, coucou la revoilou… Avril 2015 fut marqué pour moi par un travail de Christine Delbecq. Son « mur »…

L’artiste plasticienne Christine Delbecq avait engagé, il y a deux ans je crois, un travail sur le « courrier ». Elle avait écrit des lettres sans mots. Des tissus où couraient des fils et des fragments de papier, ou des boules de lanières de textile, elles aussi parcourues de « phrases ». Elle avait envoyé cette correspondance par la Poste, accompagnée d’un petit mot explicatif. Et elle a reçu des réponses. Très diverses. Chacun s’est exprimé à sa façon: cahiers, canevas, cailloux, tissus, feuilles de papier, photos, collages etc. Chacun a présenté différemment ce qu’il avait à « dire ». Un langage du coeur.

Lors de sa résidence au Canada, Christine Delbecq a continué ce travail. Le dialogue illisible s’est prolongé! Les échanges analphabètes se sont poursuivis! Et tout le monde s’est compris! Des liens se sont noués grâce à ces sortes d’écritures inconnues, originales, personnelles, variées…

Aujourd’hui, l’artiste « en a fait quelque chose » de tout ça! Et c’est super fort , comme toujours avec elle!

Au Canada, Christine Delbecq avait commencé à prendre en photo des détails des courriers qu’elle faisait ou recevait. Ces images, découpées, collées aux murs des couloirs du lycée où elle était accueillie, formaient peu à peu un long chemin. En Bourgogne, dans son atelier, elle a repris l’idée, mais en la poussant à son maximum! Tout garnir les murs!murDelbecq

Je vous livre en vrac les notes griffonnées à mon retour de l’atelier :

« Réunir ces courriers. Les rassembler. Les regrouper. Les marier malgré leurs différences. Les mettre dans une sorte de mémoire (les compresser comme pour un disque dur).  Reprendre tous ces échanges. Les effeuiller. Les égrainer. Les désenfiler. Les renfiler. Reprendre la marche de l’écriture autrement. A nouveau petits fragments mis bout à bout, rapprochés, collés, serrés… Et le tissage reprend. Autrement. Les courriers réels sont passés dans une autre vie. On ne les reconnaît plus. Ils sont morts puis ressuscités.  Sont entrés dans une nouvelle réalité. Leur métamorphose par la photo: tellement zoomés, détaillés, recadrés, floutés, déplacés, détournés… Sont devenus images d’eux-mêmes. Et l’accumulation fait le reste. Le rempli. La pléthore. La charge. L’obsession. Tous ces petits extraits qui finissent pas faire un tout. Une unité. Et nous de surfer sur les vagues, d’avancer dedans jusqu’au vertige. Ce pourrait être  une cacophonie, mais non! C’est aussi le miracle de la réussite plastique! C’est à la fois harmonieux, émouvant, étonnant… »murDelbecq2

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Jérôme Zonder, La Maison Rouge, Paris

Mai 2015. Je n’avais que peu de temps à Paris. Je me suis précipitée à La Maison Rouge voir « Fatum » (destin) de Jérôme Zonder.  J’ai été très impressionnée.

C’est une exposition de dessins. Certes. Mais c’est bien plus que cela.

Jérôme Zonder a installé un extraordinaire cheminement pour le visiteur.Zonder1

Puis, on entre dans une cabane (en fait, porte dessinée au mur) et on circule dans des pièces dont les meubles et tableaux sont (donc et encore!) dessinés sur les murs. Le labyrinthe dure, dure…On croit toujours qu’on est arrivé au bout… Mais on tourne, on tourne… Sans cesse… Au hasard de notre visite, on découvre portraits d’enfants, autoportraits, têtes d’insectes, scènes de tortures, jeux sadiques d’enfants, mains, sexe, pieds, descente aux enfers… Nombreuses sont les références au cinéma, aux violences réelles du monde (Shoa, génocides etc), à des artistes anciens (van der Weyden par exemple).Zonder3

Cette progression à l’intérieur du monde de Zonder est assez troublante. Car on est en fait en immersion à la fois dans le dessin lui-même, dans la pensée de l’artiste, dans sa vie, dans son art…C’est vertigineux. L’oeuvre frise l’obsession, et on se noie dedans.

Le circuit se termine par un passage complètement obscur, juste après une salle de dessins réalisés à partir de photos prises dans un ghetto, ou depuis une chambre à gaz. J’avoue avoir hésité à m’engager seule dans ce couloir noir, couloir de la mort! La lueur, après le virage, est la bienvenue!

Zonder exploite le dessin jusqu’au bout du bout! Outils, matériaux, techniques, registres… Bic, mine de plomb, encre de Chine, fusain, doigt trempé dans la poudre graphite etc. Les papiers, supports de dessins, sont réutilisés et collés en guise de papier peint au mur, ou « mâchés » pour un bas-relief.  La manière est enfantine, ou réaliste, ou fignolée  (virtuosité évidente) etc. Le dessin ici est une matière vivante, un organe vivant, ou un corps vivant. L’artiste s’en nourrit, ne fait plus qu’un avec lui…ou se laisse dévorer par lui.

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itinéraire singulier

Le festival Itinéraire Singulier en Bourgogne s’est achevé le 19 avril 2015 et je n’avais pas vu grand chose. Trop absente. Trop occupée. Zut. L’art brut est pourtant l’une de mes tasses de thé! Je dis malgré tout un mot des deux expos que j’ai visitées avec plaisir.

André Robillard, au musée de la vie bourguignonne.

Une partie de sa collection de fusils étranges était (bien) présentée dans une superbe salle du musée. Pour « tuer la misère », cet artiste, ami de Dubuffet, a créé des fusils en pagaille, avec une crosse en bois fabriquée et décorée par lui, complétée par des objets de récupération.  Etonnant.  Ils ont belle allure, et ils font comme s’ ils étaient vrais (on s’y tromperait, de loin!)! Malgré le vilain scotch bleu ou rouge qui ficelle l’ensemble des moulins à viande, paniers de diapos, ampoules, pulvérisateurs, pédales de vélo etc…

Ces armes complètement dingues, ces objets de mort faits de bric et de broc, ces flingues loufoques me semblent d’une poésie certaine.  La dérision, le rire, l’inutile, le décalé, le paradoxe… De son hôpital psychiatrique, André Robillard a sans doute sorti ses envies de tuer, sa violence interne… en bricolant des armes qui n’allaient pas faire de mal à une mouche.  Son langage à lui, son action à lui.  Super…

Des spoutniks tournent aussi dans la salle, laissant bouger leur ombre au plafond. Création de A. Robillard aussi. Lessiveuses, antennes et pieds de pupitres pour partitions composent ces beaux objets de l’espace. Une sacrée fantaisie créatrice!

Ghyslaine Noel, à l’office du tourisme

« Une armée de cris sans voix »: titre de cette expo. (Je rappelle que le « cri » était le thème du festival cette année). Dans la chapelle, au fond de l’office de tourisme dijonnais, une foule de têtes en bois, posées au sol, hurlent en silence. Impressionnant. Proches du masque africain, du cri de Munch, de la tête de mort, du primate ou du film Scream… Mais chaque tête a son caractère. Sa force. Parfois avec double face. Parfois sculptée sur le crâne. Ce sont à la fois de beaux objets et à la fois des sculptures puissantes par ce qu’elles expriment. Les bouches sont des trous béants ainsi que les yeux. Il arrive que les bouches soient écartelées mais… bouchées. Les visages sont plus ou moins tordus.Noel

Il s’échappe de ces sculptures souffrance et douleur retenues. Effroi et terreur, même. Et c’est terrible de dire que tout cela possède une beauté qui vous laisse pantelant.

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Lionel Durupt, pinceau musical

Aïe! L’exposition perso que vient de faire Lionel Durupt à l’espace Ricard, à Dijon,  est finie!! (mars-avril 2015) Loupée! Mais ça ne fait rien, j’en parle quand même de ce musicien-peintre. J’ai eu le tournis en regardant ses toiles et c’était bien!Durupt

Je vois dans cette peinture quelque chose de vivant, qui bouge, qui semble se régénérer sans cesse…Une matière qui bouillonne, qui produit des explosions… C’est dynamique, énergique, réveillé… Et ce qui m’intéresse c’est la façon dont travaille le pinceau de Lionel Durupt (enfin, j’ai l’impression). La couleur et le trait sont souvent minutieusement posés sur la toile. Le graphisme ne résulte pas toujours d’un geste rapide et large, mais d’une sorte de petite calligraphie soignée. De la broderie, presque. Et des compositions chromatiques organisées. Drôle, ce contraste entre la progression méticuleuse du pinceau et le résultat plutôt fou et foudroyant!DuruptExtrait

Toutes ces bulles qui flottent, ces taches qui fondent ou s’étalent, ces organismes en gestation, ces électrons libres, ces éléments qui fourmillent, ces pets de feu, ces jaillissements, ces déchirures, ces effilochages… sont peut-être en rapport avec la musique que compose l’artiste. Mais je ne la connais pas.  Electro-accoustique?

Lionel Durupt pourrait bien avoir un pinceau musical! Non?

http://www.facebook.com/lionel.durupt)  (http://lionel-durupt.tumblr.com).

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Véronique Fabre Lehalle, La Source

En avril 2015, La Galerie La Source a accueilli la peintre Véronique Fabre Lehalle. Elle avait déjà exposé ici en 1998… ça ne nous rajeunit pas! (Fontaine-lès-Dijon, du mercredi au dimanche, 15h30-18h30)

Débarrassons-nous en premier des reproches! Cette artiste a voulu trop en accrocher. On la comprend. Mais il y a une lourdeur, un trop-plein, un encombrement qui sont assez désagréables. On apprécie moins.  Et puis, étrangement, le bon côtoie le pire (c’est juste mon opinion, ce blog est fait pour que je dise sincèrement mon avis). Certaines toiles m’ont paru très intéressantes. Je vais essayer d’en parler plus loin. D’autres, par contre, sont des échos très (trop) forts de Nicolas de Staël. Dommage que Véronique Fabre Lehalle n’ait pas, avec le temps, su s’en départir et voler de ses propres ailes. D’autres encore me font penser inévitablement à quelques « marines » abstraito-figuratives que l’on trouve en vente sur les ports bretons! Une peinture un peu « bâclée » me glisse un peintre rencontré à La Source.

Arrêtons-nous cependant, par exemple, devant les toiles qui sont aux cimaises des murs du fond de la salle rez-de-chaussée (à gauche en entrant). Leur structure me plaît. J’y vois un travail à partir d’un paysage réel (rochers? Rivages? Bâtiments? Peu importe). Une mise en abstraction progressive de cette réalité. Comme si elle avait éclaté et qu’elle avait été peu à peu reconstituée par l’artiste, qui ne garderait que l’essence (essentiel). On voit des morceaux aux formes plutôt géométriques qui s’organisent à l’intérieur d’une matière un peu laiteuse.Fabre2

Quelques tableaux dans la Galerie ont ainsi ce caractère plus fort et élégant. Dont certains petits formats des salles à l’étage. C’est à mon goût ce qu’il y a de meilleur dans l’expo. Là aussi, il aurait fallu épurer dans le choix des oeuvres accrochée!

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Le Salon, Fontaine-les-Dijon

LepoivreJe crois que plus le temps passe, et plus je découvre l’Art, plus j’ai de la peine avec ce genre de manifestation…Le Salon des Artistes (le 43ème). Il se tenait à Fontaine-les-Dijon, centre Pierre-Jacques en avril 2015. Je supporte mal cette rigidité des tableaux sagement accrochés sur de laids panneaux. Et cette confrontation imposée entre des talents divers et souvent incompatibles. J’aime qu’un artiste présente son univers, seul, dans un espace à lui, avec foisonnement, histoire, évolution, caractère, personnalité… Le travail d’un artiste se découvre ainsi…

Oui, je sais! J’ai moi aussi quelques toiles ou autres travaux d’artistes plantés sur mes murs !PeteL’invité d’honneur, Marc Hanniet, je n’ai pas grand chose à en dire. Peinture mignonne, fade…

Les visuels, de haut en bas:  CKLMarchal; Emmanuel Février; Jacques Pete; Anne-Marie Versavel. (Cliquer pour agrandir, en deux fois)Versavel

 

 

Bains du Nord (FRAC), « L’Ordre Caché »

Les Bains du Nord, à Dijon (FRAC) ont présenté « L’Ordre Caché » .  Cette exposition montrait 25 oeuvres de la collection.  (Trois d’entre elles sont des premières entrées en collection publique française). C’était en été 2015. 16  rue Quentin. Du mercredi au dimanche, 14-18h. Samedi 11-18h.

Le titre de cette exposition?  Important je pense.  C’est une expression empruntée à un livre de Anton Ehrenzweig. L’idée est qu’il existe un sens obscur au sein de chaque acte créatif.  Qu’il y a, pour chaque (vraie) création,  une perception de surface et une perception profonde.  Qu’il faut donc  « s’aventurer par-delà la représentation ».  « L’ordre caché »… Mais qui n’est pas forcément fixé une fois pour toutes.  L’art reste une « expérience à vivre ».

Cette idée-là me plaît bien. Mais je ne suis pas sûre d’avoir vraiment vécu cela à la nouvelle expo des Bains du Nord.  Savoir d’abord que deux thèmes  relient les oeuvres entre elles:  la couleur noire et les formes cercles et lignes. Vous verrez, c’est facile à suivre!

Prenons la vidéo de Hiraki Sawa,   « Lineament »

Projetée sur deux murs qui forment un angle, en deux grandes images différentes, cette vidéo montre un homme au regard vide (il me semble!) qui  regarde sans doute sa vie défiler à travers des objets.  Images d’engrenages qui évoquent horloges et temps qui passe. Images, surtout, d’étranges fils qui semblent vivants, qui s’enchevêtrent, s’enroulent, vibrent,  s’autogénèrent, entrent et sortent de la matière … Les allégories sont assez évidentes (le temps FILE!!).  Le décor où se déroule cette narration est délabré, laid et dénudé.  Un climat de nostalgie.  De regrets.  Le film est saccadé, comme un vieux tournage des débuts du cinéma.  Ce que j’ai préféré:  donc, ces sortes de lignes tremblantes, ces traits incertains,  ces fils infinis, qui brouillent l’image, jouent les toiles d’araignée, cousent les choses entre elles, forment des spirales, circulent comme des vers de vie!!!

Passons aux dessins (graphite sur papier) de Marc NagtzaamNagtzaamJe les avais déjà vus dans une expo ancienne.  Et j’aime toujours ces grilles austères, aux lignes répétées jusqu’à devenir ennuyeuses.  Une architecture sévère de traits et de barres.  Sans références, sans bavardage, sans fantaisie…  On se tient devant et on « écoute » !  Comme on le ferait d’un mantra.  C’est une expérience de méditation.  On peut aussi voir là une réflexion sur l’art du dessin lui-même…

Peut-être un peu dans la même lignée, voici les sphères de Michelle Grabner

Si je comprends l’anglais (hum!), ces oeuvres sont faites à la pointe d’argent et gesso (plâtre?) noir sur toile… Il s’agit de disques sombres, aux lignes convergentes.  Ordonnés, routiniers.  Effets d’optique répétitifs.  Voilà pourquoi je mets ça dans le même esprit que Nagtzaam.  Un côté fascination du regard…

Le « Polvere » de Claudio Parmiggiani est une réalisation de suie, acrylique, bois, plexiglas et c’est assez envoutant.  Je ne sais pas si c’est un extrait de l’oeuvre que cet artiste avait faite exprès pour le Collège des Bernardins à Paris. Mais ça lui ressemble (des images tracées par le feu?) .  Il s’agit d’une bibliothèque …mais fantôme.  Des livres rangés sur des étagères.  Présents mais absents.  Des traces de livres.  Des souvenirs de livres.  Qui ont perdu leurs couleurs, leur densité.  Mais dont le contenu flotte quelque part.  J’aime ce travail sur la mémoire fragile..Parmiggiani

Certaines oeuvres m’ont semblé intéressantes. Celles d’un artiste croate, décédé en 2004,  Julije Knifer. Des rythmes en noir et blanc.  Mais les grands monochromes noirs m’ont glacée d’indifférence!!!  Il ne s’y passe rien.

La « belle » auto américaine de Tom Holmes ne me dit rien non plus.  Entièrement peinte en noir.  Customisée.  Voilée, aveugle, momifiée… Certes, elle est objet détourné, qui a perdu son identité de voiture… Et là est toute la « création artistique »…Mais, pour moi,  pauvreté et banalité de l’idée, de la sensation, de la réflexion.Holmes

La « Black Box » de Laure Prouvost m’a paru compliquée (pour pas grand chose):  salle totalement obscure, fumées intermittentes, projecteurs en flashs brutaux, objets souvenirs de-ci de-là… Oui, l’artiste raconte et crée une ambiance.  Mais que manque-t-il donc pour que nous soyons convaincus, touchés, émus?  Pourquoi avec Louise Bourgeois, par exemple, ça marche?

Il y a un tout petit tableau de nos dijonnais Ida Tursic et Wilfried Mille… De gentilles fleurettes, genre détail d’une toile flamande. Pas la violence ni la pornographie auxquelles nous a habitué ce couple d’artistes. Que fait-il là? On se demande s’il ne faisait pas partie d’une série…?

L’objectif des Bains du Nord reste pédagogique aussi. Beaucoup d’efforts de ce côté-là (conférences, valise pédagogique, rencontres avec les scolaires, visites guidées etc). Tant mieux. Mais quand je lis le texte qui peut accompagner votre visite, je me dis que l’élitisme est encore fortement présent. Difficile.

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Paris, Lyes Hammadouche

Belles découvertes parisiennes! D’abord, le Collège des Bernardins, rue de Poissy, que je ne connaissais pas, ensuite, un jeune artiste, Lyes Hammadouche, qui a su admirablement « habiter » un des espaces de ce collège cistercien fondé par un abbé de Clairvaux dès le XIIIème siècle. L’installation de Hammadouche s’intitulait « Tout est parti d’une colonne ». Printemps 2015

Pour moi, cette installation de Lyes Hammadouche c’est de l’art contemporain dans toute son exemplarité. Pourquoi? Parce que elle est à la fois accessible directement par le visiteur (sensations immédiates assez fortes),  détentrice de mille références sous-jacentes et résultat d’une longue et patiente mise en oeuvre.

On est loin des poubelles colorées suspendues au plafond, entrevues dans une autre expo parisienne….A fuir!

Un- On est séduit de prime abord.  Deux- On peut approfondir considérablement la première impression.  Séduction?  l’ancienne sacristie du Collège des Bernardins est un petit espace obscur où deux colonnes de pierre s’élèvent haut jusqu’à la voûte gothique.  Dès l’entrée, on est saisi par une ambiance…. Un son gronde légèrement. On pense à un mantra. Des ombres et de lents mouvements de lumière circulent et, à intervalles réguliers, un bruit plus fort intervient qui fait soudain vibrer un réseau de lasers rouges partout dans la salle. On est captivé.  Disques qui tournent.  Sable qui coule.  Engrenages géants qui s’enroulent autour des colonnes.  Rythmes très lents.  Bruits qui scandent notre visite. Dessins à la Vinci aux murs.Hammadouche

On s’assoit (coussins prévus à cet effet).  Nous viennent des sensations du temps qui s’écoule.  Des images d’horloge, de sablier, de métronome.  On est fasciné.  On se laisse aller.  (On apprendra plus tard que Hammadouche a étudié l’induction hypnotique).

Après la poésie immédiate, arrive (peut-être) l’envie de comprendre.  Cette installation est bourrée de mécanismes complexes et d’utilisations numériques.

Et voilà qu’une adorable médiatrice vous propose de vous apporter des explications. On les complètera avec la brochure distribuée gracieusement.  Et c’est alors un déluge de références!  On reconnaît bien là l’artiste contemporain! Qui ne se contente pas d’exprimer et de provoquer des sensations ou émotions!  En fait, chacune des 5 oeuvres de cette installation est « grosse » d’allusions, de connaissances, de recherches, de réflexions…Hammadouche2

Là où l’on ne devinait qu’une expérience du temps et une incitation à la méditation, se révèlent bien d’autres choses! L’artiste fait référence au big bang et à son rayonnement électromagnétique, à la rotation des planètes, à l’envoi des deux sondes Voyager, au célèbre jardin zen de Kyoto (Ryoan-jii) etc.  Tout se tient. Tout est lié. (Même si, à priori, ce n’est pas évident…Mais si!)

Bon! On se rassoit! Le voyage va être plus long que prévu! Nous nous élevons, nous communions avec le cosmos, nous remontons le temps…

L’artiste a étudié longuement ce lieu, l’a mesuré, calculé, écouté, cartographié… Et il a construit son oeuvre à partir de là. J’aime ce genre de travail contemporain. (Sans le côté artificiel, forcé, hypocrite et superficiel rencontré trop souvent).

Je ne décris pas chaque élément de cette installation. Ce serait trop long. Même si j’en meurs d’envie! Allez-y! Allez-y!

Mes photos ne rendent pas l’univers créé par l’artiste. Désolée. Cliquer néanmoins pour agrandir, en deux fois.

Visitez le site           http://www.questionsdartistes.fr/