Au Consortium , 37 rue de Longvic, à Dijon, fin 2021, c’était l’expo de Genesis Belanger, Jill Mulleady, Nicolas Party, Heji Shin.Il y avait aussi une rétrospective de Bertrand Lavier jusqu’au 22 mai 2022 et , toujours, « Nex-York The Eighties » (part 2).
Genesis Belanger: Cette artiste de 43 ans a installé ici quelque chose qui ressemblerait à un appartement coquet et accueillant. Les objets sont traditionnels: lampe, plante verte, table, lit, bibelot (ce sont en fait des sculptures en grès)… L’ambiance est douce et feutrée. On imagine qu’on va se mettre à table, après avoir été accueillis par une maîtresse de maison…Une aimable dame qui nous aurait fait à manger (essentiel dans la vie d’une femme!) et qui prendrait sagement sa pilule de contraception! (Là aussi, nourriture et médicaments sont en grès!)
Mais, comme dans les romans ou les films fantastiques (ou les conte de fées auxquels l’œuvre fait aussi penser), il y a brutale rupture. Quelque chose fait soudain douter de la réalité. Une étrangeté inquiétante vient casser notre tranquillité. Parmi les objets et les éléments de nourriture se sont glissés des membres arrachés à leur corps, un pied, une main, une oreille… Visiblement féminins (ongles peints).
Et là, on comprend. Les délicates sculptures en grès ou porcelaine, couleur pastel, sages et mignonnes annonçaient la tragédie.
A interpréter chacun à sa façon. Peut-être une vision de la condition de la femme étouffée, bouffée par les rôles que la civilisation lui a imposé, ceux de gentille maîtresse de maison-cuisinière-maman-femme de ménage-décoratrice… En tout cas, il y a une apparence et puis, une réalité. Un contraste entre la surface visible et la vérité cachée. L’œuvre est subtile, bien mise en scène, agréable au regard et …elle dérange. Bref, l’art plastique tel qu’il me plaît: qui montre, qui suggère, qui interroge, qui apporte un plus…. Et tout en sensibilité. Sans forcer le trait.
Nicolas Party : L’artiste suisse de 40 ans livre ici une expo spectaculaire et très plaisante à visiter. Il a peint directement sur les murs de monumentales fresques en noir et blanc. Une foule de personnages caricaturés sortis tout droit de tableaux de Jean-Baptiste Boilly (1825). Des tronches qui vous fascinent, vous font rire, et vous envahissent! Le sol, lui, est ponctué de têtes vivement colorées, de style plutôt naïf. Petites ou géantes sculptures qui, elles aussi, prennent hardiment leur place dans le lieu.
Une autre salle montre des objets peints en gris et blanc sur les murs, en trompe l’œil (ciseaux, grappe de raisin, couteau géants…copiés eux aussi chez Boilly), surmontés de natures mortes modernes aux joyeuses couleurs saturées.
On aime le contraste entre couleurs et noir et blanc, entre passé et présent, on aime les sur-dimensions, et la volonté d’harmonie esthétique (le côté décoratif est évident.) Sans chercher d’autre objectif à ce travail.
Jill Mulleady: Dans le travail de cette artiste quadragénaire, j’avoue m’être un peu perdue. J’ai erré. Tentant de pécher un symbole, une allégorie, une référence, une histoire… Essayant de relier les objets (lampe Baccarat, carcasse de lit Napoléon III, tapis chinois en loque, statue de Sainte-Véronique du XIVème siècle, lavabo etc) aux toiles accrochées aux murs. J’ai erré. Pestant après cet art contemporain-là qui cherche la petite bête, coupe les cheveux en quatre, cherche midi à quatorze heure. Sur les toiles, certaines scènes et certains personnages m’ont cependant parfois touchée: un je ne sais quoi de tristesse, de silence, d’attente. Je sentais qu’on me racontait quelque chose.
Heji Shin: je me garderais bien de commenter quoi que ce soit à propos du travail de cette photographe. J’en suis incapable. Seul son coq monumental (hall d’entrée), mâle agressif à souhait, m’a laissée baba !
Le « Dijon vu par » 2021 était comme chaque année au palais des Ducs, salon Apollon. Une photographe, Elodie Régnier.
Contrairement à ce qui est écrit plusieurs fois sur le Livre d’Or, cette expo n’est pas nulle… (Comment peut-on écrire tant de choses méchantes, idiotes et agressives? Je n’en ai jamais vu autant. Le monde ne s’arrange pas, décidément)
Certes, c’est épuré. Assez peu de photos exposées et juste une vidéo sur double écran télé au centre de la salle. Moi, ça me suffit. Les photos, évidemment de belle qualité, sont tirées sur grandes toiles noires. C’est beau.
Certes, ce n’est pas la rue de la Liberté, la place Wilson, l’Hôtel de Ville ou les Grésilles. Eh bé non! Des fleurs en gros plan, des chiens, la loge du maire au théâtre, un extrait d’une oeuvre du musée… Comme des coups de coeur. Comme des petits coins de mémoire. Comme des détails inattendus qui sont restés sur la rétine. « Vu à Dijon »!
Sur l’écran, défilent des images qui ne s’attardent pas, qui s’enchaînent sur un détail imperceptible. Rien d’extraordinaire, mais des flashs de visites, de promenades, de trajets… Tels que nous les vivons tous. Mais savons-nous regarder la banalité? L’artiste, oui.
Ce « Dijon vu par » ne restera peut-être pas dans les annales, mais, franchement, on ne perd pas son temps à y aller, on passe un agréable moment et on peut même s’asseoir et … réfléchir!
« En noir et blanc », l’exposition des Inventifs au Cellier de Clairvaux, à Dijon, bd de la Trémouille, était en été 2021.
L’exposition s’intitule « En noir et blanc ». Les artistes de ce collectif « Les Inventifs » ont donc joué le jeu. Parfois inquiets, parfois en difficulté devant la contrainte, parfois étonnés d’eux-mêmes! Et, franchement, le noir et blanc leur va bien! J’ai même été heureusement surprise pour certains. Un travail qui ne m’avait guère inspirée aux expositions précédentes m’a paru soudain plus fort.
J.Pierre Minella
Je veux parler de Jean-Pierre Minella. Ces petits fragments de réalité qui flottent dans l’espace du tableau, soudain prennent du relief, du mouvement…S’organisent et se mettent en rythme. S’équilibrent et construisent quelque chose. Je ne m’explique pas le phénomène! Cet artiste travaillait déjà dans ce sens-là, avec ce genre de vocabulaire pictural… Mais la couleur faisait…plat. Plus fade. Et, cette fois, le graphisme est vraiment intéressant. J’ai aimé aussi ses oeuvres sur papier.
Jean-François Fontaine, lui aussi, a gagné en originalité . Il n’a pas perdu de sa verve, de sa spontanéité, de son regard curieux, naïf et juste, mais le voilà qui sort du cadre et installe du textile chiffonné et crayonné au sol, des photos Polaroïd éparpillées…J’aime bien. Ainsi que ses fables et ses titres décalés! Un artiste qui a un p’tit vélo dans le crâne… et c’est tant mieux! (au fait! l’affiche de cette expo! c’est lui! pas mal, hein?)
J.François Fontaine
Anne Girard a décliné ses formes, comme d’habitude, tout en subtilité, tournant et contournant l’objet de la peinture, s’en éloignant, se rapprochant, y pénétrant…Et le noir et blanc est bien séduisant pour cette recherche. Sa fantaisie s’exprime aussi en dessins-collages sur le thème de la sirène!
Anne Girard
Catherine Goursolas a réussi un beau triptyque qui trouve magnifiquement sa place sous la voûte du Cellier. Energiques gestes de peinture blanche sur fond noir. A regarder de près comme de loin.
Catherine Goursolas
J’avoue ne pas m’être attardée sur les oeuvres du photographe Claude Robé, désolée.
A Paris, le Palais de Tokyo a donné carte blanche à la plasticienne Anne Imhof , été-automne 2021 « Natures mortes ». C’était débordant! Hors-mesures! Parfois beau, parfois écrasant! Difficile à décrire pour moi qui ne suis pas (tout à fait encore) vraiment apprivoisée à l’art contemporain! Etonnant!
C’est un parcours. Un labyrinthe monumental, dans ce gigantesque bâtiment que Anne Imhof a voulu dénudé, brut, sombre et même ruiné par endroits. Béton et brique. Un côté blockhaus.
De grandes parois de verre encadrent notre cheminement. Dressées sur des armatures en ferraille. Le verre est souvent sali, rayé, griffé, opaque, tagué (il provient d’immeubles abandonnés) et même peint. Mais, à priori, transparent et sujet à reflets, et donc il permet des perspectives, des coups d’oeil, des angles de vue à l’infini et de la lumière qui se diffracte.
Un son accompagne notre errance. Voix, cris, musique, souffle de la mer… Puissant. Obsédant, il envahit l’espace et il se concrétise sous forme de grosses enceintes qui circulent au-dessus de nos têtes, suspendues à des rails.
Parfois, les plaques de verres se referment un peu pour former des espaces « intimes », où attend un matelas, une guitare basse (la sienne) ou une tombe…
Aucune présence humaine (sauf le public!). Mais des photos, des vidéos, des performances filmées. Et aussi des objets fantômes qui évoquent l’homme (micro tout seul, batterie sur scène toute seule…)
Pour habiter ce lieu improbable, la plasticienne a invité une trentaine d’artistes en résonance avec elle. Leurs oeuvres ponctuent le parcours.
Quand je me promenais dans ce dédale, j’avais l’impression d’être parfois dans le couloir entre vie et mort et de chercher une route inconnue et angoissante, genre descente d’Orphée aux Enfers. Parfois, j’avais la sensation d’être surveillée, comme dans un camps de prisonniers. Parfois, aussi, je me sentais en extase, comme dans un grand opéra qui nous met les nerfs à vif, entre beauté, violence, enfance, vieillesse, passion etc.
Un Tout.
Un grand quelque chose qui cogne, qui hurle, qui vibre, qui se souvient, qui espère, qui attend, qui agit, qui crée…
Eté 2021, au Cellier de Clairvaux, Dijon, bd de la Trémouille, expo « Éclats d’Afrique ». (PNS Bourgogne-Mali). 10-12h et 14-19h. week-end, 10-19h.
Cette année, en France, l’art africain contemporain est à l’honneur. A Paris, il a eu son Salon, sa grande expo au musée Branly et plusieurs Galeries s’y sont intéressées (et continueront). Dans d’autres villes de France, il est également présent. Dijon n’est pas en reste. L’expo « Éclats d’Afrique » a fait venir des artistes du Mali, du Rwanda, du Congo, de la Tunisie etc. Un ensemble de peintures, petit ou grand format, qui témoignent d’un vrai dynamisme dans le monde de l’art actuel.
L’expression, ici, n’est pas dans la retenue. On dit fort, en peinture, ce qu’on a sur le cœur. La couleur, le trait et la mise en scène sont convaincants, sur des sujets attendus (colonialisme, Covid, pollution…) mais aussi sur des sujets plus personnels et plus touchants.
Les femmes peintres sont bien présentes. Et souvent remarquables.
Dans ces toiles, l’Afrique est là. Vivacité des couleurs, humour inébranlable, large sourire et puissants éclats de voix. Mais cette fidélité au pays et à sa culture sait entrer dans un univers artistique commun à tous, avec ses originalités, ses sensibilités, ses recherches …
Au Conseil Régional, à Dijon, boulevard de la Trémouille, dans la Galerie Mitterrand, s’est tenue en été 2021 une exposition de Mario Chichorro (dans le cadre de Itinéraires Singuliers).
C’est drôle comme les bas-reliefs de Mario Chichorro sont à la fois très construits, structurés et ivres de liberté, fous… Ses personnages sont cernés, clôturés, rangés… De gros traits soulignent les formes, des cases encadrent des petits morceaux de vie ou des parties du corps. Les foules sont serrées. Pas un millimètre de vide. C’est un univers fermé mais aux lois farfelues, débridées, colorées, déboussolées.
Mario Chichorro est d’origine portugaise, et j’ai retrouvé le style coloré, naïf et super inventif de l’art populaire de ce pays. (Et de quelques autres arts populaires)
En juillet 2021, la Galerie La Source (enfin rouverte!!), à Fontaine-lès-Dijon, accueillait une exposition de Nadine Morel, « De l’une à l’autre ». Du mardi au dimanche, 15-19h.
Comment une peinture peut vous attirer à elle, vous happer, vous attraper… Celles de la plasticienne Nadine Morel vous ouvrent les bras. Vous allez vous engouffrer. Porté par un flux incoercible, vous allez connaitre les secrets intérieurs de cette peinture.
De gouttes en griffures, de signes en taches, d’aplats en traits… vous passez toutes ces portes que sont les couches de peinture, et vous aboutissez aux écritures du monde. Elles sont la trame de chaque tableau. Regardez bien. Approchez-vous encore. Ne bougez plus. La couleur vous a amené jusque là.
Et, de toile en toile, vous ferez d’autres traversées du même genre, guidé par la fidèle petite sardine de Nadine Morel. Les couleurs changeront. Les résistances, les légèretés et les frontières aussi. Mais chaque voyage en peinture sera enrichissant.
La Galerie La Source se prête aisément à la construction d’un parcours. Et donc, non seulement vous pouvez vous imaginer en train de « circuler » à l’intérieur des tableaux, mais vous allez également glisser d’une sculpture à une toile… Vous verrez comment elles s’interpellent et se répondent. Tournez, contournez, visez les angles de vue…C’est un plaisir.
Et vous pouvez aussi découvrir d’autres techniques (monotypes, par exemple), en écho au reste du travail de la plasticienne. Une variation, un découpage imaginaire, de nouveaux équilibres…
Ne manquez pas la petite salle de l’hommage à l’artiste Marinette Cueco. Tableautins faits de papier kraft plissé, tortillé, enroulé, tissé…
Un mot, pour finir, sur les sculptures de Nadine Morel. En papier, aux lignes simples et pures mais signifiantes, à la robe peinte. Elles sont comme les enfants de ses toiles, ou comme leurs réincarnations.
A Dijon, à l’église St-Philibert, un mois, entre juin et juillet 2021, Christine Delbecq a exposé. « On a penché l’horizon »… 11-19h tous les jours sauf lundi. Exceptionnelle.
Cette vieille église. Restée si forte malgré une vie déchirée et mouvementée. Restée si belle malgré ses blessures, ses béquilles et ses pansements. Saint-Philibert, fière, tenace et puissante malgré ses fragilités. Elle accueille le travail de la plasticienne dijonnaise Christine Delbecq. Et il semble qu’ils soient faits pour s’entendre.
Chaoscarton et Rivière Verte
Avec Christine Delbecq on est dans le tout petit ou le tout grand, dans le tout proche ou le tout loin…Dans le vulnérable ou dans le résistant, dans le vide ou dans le plein…Dans le vertical ou dans l’horizontal. Dans le bas ou dans le haut.
On est toujours entre deux. Et dans la quête d’un équilibre de forces.
En tout cas, avec des matériaux simples, carton, papier, photos, crayons, elle parle un langage qui touche au cœur…Et même davantage!
Ces petits éclats de papier déchiré… Frêles, mais vivants. Contre vents et marées. Entravés par un fil qui les traverse ou une agrafe qui les transperce, ils se « soulèvent ». Persévérants.
SoulèvErts
Ces fines herbes folles…Virgules de peinture. Ou cueillettes en balade-photos. L’air de rien, elles construisent d’inlassables chemins et des pages et paysages infinis.
Et ces coups de crayon par centaines de milliers…pour des dessins très grand format. Un mini geste, infatigable dans sa répétition, qui finit par vous faire avancer dans un dédale de géants.
Paysage Double et Chaoscarton long
Et vous marchez. Vous marchez. Dans cet étrange sable qui couvre le sol de l’église, poussière de pierre effritée. Mais, avec les œuvres de Christine Delbecq, vous allez aussi avoir l’impression de marcher dans l’herbe haute, sur la glace en miettes, sur la flaque chaotique ou dans le brouillard poudreux. L’impression de vous frayer un passage entre des branches de carton devenues soudain piliers de cathédrale. Vertige…Vous apprivoisez la chute et le vide. Vous cherchez des passerelles, des câbles, des ponts. Vous êtes équilibristes, danseurs de cordes. En tout cas, vous avancez. Parfois, l’horizon se rapproche, parfois il recule. Votre regard s’arrête ici ou là : quelque chose de minuscule vous fait une surprise, ça vous rappelle autre chose que vous avez croisé ailleurs…mais dans une autre dimension…Ou une image qui bouge et qui raconte, qui, elle aussi, fait écho à une œuvre déjà vue. Vous sentez les liens se renforcer.
La Balancelle à feuillets d’herbes
Vous avancez. Vous ne perdez pas le fil. Christine Delbecq vous mène quelque part. Peut-être à vous-même.
Pour cette expo exceptionnelle, je n’ai pas écrit comme d’habitude, dans mon blog! Moins descriptif et explicatif! J’ai écrit juste comme je sentais …
Le plasticien El Anatsui, originaire du Ghana, avait investi la salle des Gens d’Armes de la Conciergerie, à Paris, en 2021.
L’endroit est imposant. Une immense salle du XIVème siècle (sous Philippe le Bel), aux hautes voûtes en ogive, telle une cathédrale gothique. Quatre grandes cheminées occupent les côtés.
Cet espace monumental, chargé d’Histoire, El Anatsui l’occupe intelligemment, sans s’imposer mais en s’adaptant aux fantômes du lieu. Tout en se respectant lui-même, artiste plasticien. Il reçoit beaucoup de ce lieu et, en même temps, il lui apporte beaucoup. Une convergence. Un échange.
Bien sûr, ses sculptures d’abord. Il en a suspendu six. Vous savez, ses impressionnantes tentures métalliques et colorées, souples, drapées, fluides… Elle sont faites de milliers de petits fragments provenant de déchets cousus ensemble par des fils de cuivre. Ce sont des capsules de bouteilles, morceaux de cannettes et autres morceaux de tôles découpés, martelés, aplatis. Extraordinaires étoffes tissées, qui évoquent, par exemple, les grandes tapisseries qui couvraient les murs froids des châteaux moyenâgeux ou (carrément autre chose) ces tissus africains bariolés, aux motifs symboliques. Mais on pense aussi à l’artisanat malgache, par exemple, qui utilise également des pièces cassées, ramassées, collectées et assemblées pour se métamorphoser en objets différents. Et, pourquoi pas, aussi, penser aux cotes de mailles des gens d’armes qui habitaient dans ce lieu??
Donc… Moyen Age, artisanat africain, échos des temps passés et présents, des classes sociales d’hier et d’aujourd’hui etc. Tout ce que vous voulez! C’est ça l’art vrai! Celui qui renferme en son cœur une ribambelle de références, sans en avoir l’air!!!
El Anatsui ajoute à ces sculptures , qu’il appelles des « portes », deux couloirs d’eau… Enfin, semble-t-il! Par un astucieux mécanisme de projections et de miroirs, nous nous retrouvons devant de fausses rivières houleuses! Elles font échos aux deux bras de la Seine qui encadrent l’Ile de la Cité. Et, alignés le long des murs de la salle, de faux rochers (mais on s’y laisse prendre aisément tant ils sont réalistes!!) jalonnent votre parcours. Vous avez le droit de vous y asseoir!
Voilà donc le feu (sculptures dans les cheminées), l’eau (couloirs d’eau), la terre (symbolisée par les pierres). Reste l’air… Une performance va nous l’évoquer magnifiquement. Trois acteurs vous emmènent en musique, danses, chants et paroles, d’une oeuvre à l’autre, sur le thème du « vent qui s’échappe et du temps qui s’efface ». Le spectacle s’achève dans l’ancienne cuisine de la Conciergerie. Il est particulièrement adapté aux enfants. Superbe! (renseignez vous sur ces spectacles, dates et horaires, car je crois qu’ils changent …)
Au début de l’été 2021, c’était l’exposition de Shara Hughes et de Paloma Varga Weisz au Consortium rue de Longvic, à Dijon. Du mardi au dimanche 14-18h (20h vendredi)
Shara Hughes est une artiste américaine. Le Consortium de Dijon lui offre sa première exposition personnelle en France. Sept salles de peintures… Une folie de couleur vives!
Décidément! Depuis que David Hockney peint des vues de Normandie bien gaies et bien colorées, la mode est aux paysages du même genre! Non! Je rigole! Ce que Shara Hughes nous propose est très personnel et vient tout droit de son imaginaire. Même si elle est sans doute influencée par la peinture contemporaine figurative.
Chaque tableau est suffisamment construit pour que nous pénétrions aisément dans le cadre qui nous est offert. Et nous voilà précipités dans un univers de contes de fées ou de dessins animés. Mais sans personnages. Des décors de rivières, de rochers, de végétation luxuriante… C’est faussement réaliste! Pour notre plus grand plaisir! L’eau peut être rouge, les arbres bleus, les falaises mauves et les fleurs géantes. L’artiste joue avec les camaïeux, s’amuse de mariages de teintes inattendus, varie l’utilisation des outils picturaux (pointillés, traits, aplats, fondus…), en exploite plusieurs (pinceau, pastel, aérosol…) et multiplie ainsi les effets de matière.
L’acte créatif n’est jamais en panne, l’invention enthousiaste, le geste gourmand, la palette débridée… Tout l’espace de la toile est occupé, et le paysage semblerait même se poursuivre au-delà. Au bonheur de peindre!
Paloma Varga Weisz est une artiste allemande. Le Consortium lui offre sa première exposition personnelle en France. Son installation s’intitule « Glory Hole ».
Dans l’obscurité d’une grande salle, se dresse une grosse cabane en bois. Elle est éclairée à l’intérieur. On peut en faire le tour mais ne pas y pénétrer. Par contre, par les interstices entre planches ou par les orifices prévus à cet effet, on peut se faire voyeur. Et notre regard indiscret perçoit deux personnages (grosses poupées marionnettes, ou automates) réduits à des gestes sexuels mécaniques. Et, aux murs, on finit par voir aussi des trophées de chasse ou d’animaux domestiques.
C’est une ambiance glauque, gênante. On est entré dans l’intimité d’une habitation. On est là, comme des voleurs dans la nuit, à guetter, à se tordre le cou pour surprendre ce qu’on veut (en principe) nous cacher. Le but est atteint. Très suggestif. Très réussi.
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