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El Anatsui, La Conciergerie, Paris

Le plasticien El Anatsui, originaire du Ghana, avait investi la salle des Gens d’Armes de la Conciergerie, à Paris, en 2021.

L’endroit est imposant. Une immense salle du XIVème siècle (sous Philippe le Bel), aux hautes voûtes en ogive, telle une cathédrale gothique. Quatre grandes cheminées occupent les côtés.

Cet espace monumental, chargé d’Histoire, El Anatsui l’occupe intelligemment, sans s’imposer mais en s’adaptant aux fantômes du lieu. Tout en se respectant lui-même, artiste plasticien. Il reçoit beaucoup de ce lieu et, en même temps, il lui apporte beaucoup. Une convergence. Un échange.

Bien sûr, ses sculptures d’abord. Il en a suspendu six. Vous savez, ses impressionnantes tentures métalliques et colorées, souples, drapées, fluides… Elle sont faites de milliers de petits fragments provenant de déchets cousus ensemble par des fils de cuivre. Ce sont des capsules de bouteilles, morceaux de cannettes et autres morceaux de tôles découpés, martelés, aplatis. Extraordinaires étoffes tissées, qui évoquent, par exemple, les grandes tapisseries qui couvraient les murs froids des châteaux moyenâgeux ou (carrément autre chose) ces tissus africains bariolés, aux motifs symboliques. Mais on pense aussi à l’artisanat malgache, par exemple, qui utilise également des pièces cassées, ramassées, collectées et assemblées pour se métamorphoser en objets différents. Et, pourquoi pas, aussi, penser aux cotes de mailles des gens d’armes qui habitaient dans ce lieu??

Donc… Moyen Age, artisanat africain, échos des temps passés et présents, des classes sociales d’hier et d’aujourd’hui etc. Tout ce que vous voulez! C’est ça l’art vrai! Celui qui renferme en son cœur une ribambelle de références, sans en avoir l’air!!!

El Anatsui ajoute à ces sculptures , qu’il appelles des « portes », deux couloirs d’eau… Enfin, semble-t-il! Par un astucieux mécanisme de projections et de miroirs, nous nous retrouvons devant de fausses rivières houleuses! Elles font échos aux deux bras de la Seine qui encadrent l’Ile de la Cité. Et, alignés le long des murs de la salle, de faux rochers (mais on s’y laisse prendre aisément tant ils sont réalistes!!) jalonnent votre parcours. Vous avez le droit de vous y asseoir!

Voilà donc le feu (sculptures dans les cheminées), l’eau (couloirs d’eau), la terre (symbolisée par les pierres). Reste l’air… Une performance va nous l’évoquer magnifiquement. Trois acteurs vous emmènent en musique, danses, chants et paroles, d’une oeuvre à l’autre, sur le thème du « vent qui s’échappe et du temps qui s’efface ». Le spectacle s’achève dans l’ancienne cuisine de la Conciergerie. Il est particulièrement adapté aux enfants. Superbe! (renseignez vous sur ces spectacles, dates et horaires, car je crois qu’ils changent …)

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Consortium, Dijon

Au début de l’été 2021, c’était l’exposition de Shara Hughes et de Paloma Varga Weisz au Consortium rue de Longvic, à Dijon. Du mardi au dimanche 14-18h (20h vendredi)

Shara Hughes est une artiste américaine. Le Consortium de Dijon lui offre sa première exposition personnelle en France. Sept salles de peintures… Une folie de couleur vives!

Décidément! Depuis que David Hockney peint des vues de Normandie bien gaies et bien colorées, la mode est aux paysages du même genre! Non! Je rigole! Ce que Shara Hughes nous propose est très personnel et vient tout droit de son imaginaire. Même si elle est sans doute influencée par la peinture contemporaine figurative.

Chaque tableau est suffisamment construit pour que nous pénétrions aisément dans le cadre qui nous est offert. Et nous voilà précipités dans un univers de contes de fées ou de dessins animés. Mais sans personnages. Des décors de rivières, de rochers, de végétation luxuriante… C’est faussement réaliste! Pour notre plus grand plaisir! L’eau peut être rouge, les arbres bleus, les falaises mauves et les fleurs géantes. L’artiste joue avec les camaïeux, s’amuse de mariages de teintes inattendus, varie l’utilisation des outils picturaux (pointillés, traits, aplats, fondus…), en exploite plusieurs (pinceau, pastel, aérosol…) et multiplie ainsi les effets de matière.

L’acte créatif n’est jamais en panne, l’invention enthousiaste, le geste gourmand, la palette débridée… Tout l’espace de la toile est occupé, et le paysage semblerait même se poursuivre au-delà. Au bonheur de peindre!

Paloma Varga Weisz est une artiste allemande. Le Consortium lui offre sa première exposition personnelle en France. Son installation s’intitule « Glory Hole ».

Dans l’obscurité d’une grande salle, se dresse une grosse cabane en bois. Elle est éclairée à l’intérieur. On peut en faire le tour mais ne pas y pénétrer. Par contre, par les interstices entre planches ou par les orifices prévus à cet effet, on peut se faire voyeur. Et notre regard indiscret perçoit deux personnages (grosses poupées marionnettes, ou automates) réduits à des gestes sexuels mécaniques. Et, aux murs, on finit par voir aussi des trophées de chasse ou d’animaux domestiques.

C’est une ambiance glauque, gênante. On est entré dans l’intimité d’une habitation. On est là, comme des voleurs dans la nuit, à guetter, à se tordre le cou pour surprendre ce qu’on veut (en principe) nous cacher. Le but est atteint. Très suggestif. Très réussi.

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« Air », La Coupole, Dijon

Sur la petite vingtaine d’expositions prévues en ce juin 2021, à Dijon et proche, il fallait bien commencer par un bout! D’abord, ce fut pour moi La Ferronnerie, avec artistes polonais et français (venu de Eco, à Sacquenay, avec Fred Gagné). Pas eu le temps d’en parler ici, pff! Déjà disparue! Mais ce fut un bon souvenir. Hâte de les revoir.

Et puis, La Coupole, rue Ste-Anne, avec artistes 13+ et artistes maliens (association Nord Sud Bourgogne Mali) .

Il y souffle un petit vent de légèreté. Comme si, finalement, on voulait sourire de cette situation covidienne. Ou, comme si on avait un peu perdu pied, comme si on s’était un peu perdu soi-même ou comme si on ne voulait surtout plus se prendre au sérieux ni perdre le moral. (Je parle des 13+ que je connais depuis longtemps). L’humour n’a jamais été aussi présent. Un côté naïf, aussi, parfois. Gentillet. Oiseaux, papillons, bisous, cheveux au vent, jeux de mots…

Certes, le thème de cette année était l' »Air »! De quoi faire léger, en effet!

P.Serre

Certaines œuvres, cependant, ont une aura plus attractive que d’autres. Une force émotionnelle en émane (pour moi, en tout cas). Quelque chose qui relève de la créativité. Celle qui surpasse la réalité. Ce qui n’empêche pas le comique par moments. Un comique à La Charlot! A double sens!

F.Adenis

Voici, en vrac, ce qui m’a touchée: ce bel objet en pâte de verre translucide, mi-poumon mi-aile…Ce bonhomme clownesque et pitoyable qui lutte contre le vent (ou cherche l’envol?)… Ces fleurs-moulins à vent, aux multiples visages et graphismes, qui jouent si bien des ombres de la salle… Cette minutieuse broderie sur nappe ancienne qui vibre avec les souvenirs…Cette drôle de ribambelle, en escalade dansée, observée par de très belles et académiques sculptures… Et le grand triptyque évoquant les migrants… toujours aussi touchant et puissant (mais on connaissait déjà!)

M.Riond
E.Lagnien
E.Martinand

[Les artistes que je viens d’évoquer: Fabienne Adenis, Monique Riond, Evelyn Lagnien, Michèle Millerot, Eliane Martinand, Pascale Serre.]

Je me suis bien sûr arrêtée devant tous les autres, souvent avec intérêt. Les maliens (ci-dessous, mes préférés) ont leurs sujets, leurs couleurs…Et c’est bien.

l' »Air » a suscité aussi de beaux textes chez les artistes! Poétiques ou drôles, sensibles…Ne pas oublier de se pencher sur leur lecture!

Harrabi Hbyba
Mambo’os D27

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« Ex Africa », Paris, Quai Branly

A Paris, au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, début d’été 2021, l’exposition « Ex Africa. Présences africaines dans l’art d’aujourd’hui »

Pour le jour de réouverture des musées (entre autres!!), ce 19 mai, j’ai choisi d’aller voir à Paris l’exposition « Ex Africa », dont le commissaire est Philippe Dagen, critique d’art (chronique dans Le Monde) et professeur d’histoire de l’art. Captivante!

Pas question de passer comme une écervelée dans cette expo! Le parcours me mène d’émotions en réflexions, et de plaisirs esthétiques en méditations intellectuelles! ça se bouscule un peu dans ma tête!

Dans notre Histoire, l’art africain ancien a d’abord été jugé « primitif », ridicule et grossier. Puis, il aurait inspiré les artistes occidentaux qui se seraient adonnés au « primitivisme » (Gauguin, Matisse, Picasso etc). Et plus tard encore, il a été récupéré par le commerce et l’industrie, considéré comme adorablement exotique, décoratif et chic! Dans tous les cas, on est loin de son caractère sacré, social, religieux… Picasso, lui, d’après monsieur Dagen, a été un des premiers à ressentir une force émotionnelle dans l’art africain.

Théo Mercier

Les artistes actuels, et en particulier les africains, reprennent ces idées à travers leurs oeuvres, ou réinterprètent les formes de l’art ancien, ou insufflent une nouvelle vie à leur art, correspondant à l’actualité et à la modernité, tout en restant fidèles à leur culture passée. Ils abordent aussi à leur façon des sujets tels que l’esclavage, la restitution des oeuvres d’art, les migrants … Parfois durement, parfois avec ironie, parfois avec un sourire attendri, parfois avec forte émotion…

Steve Bandoma

Les œuvres d’une trentaine d’artistes africains et occidentaux composent cette grande expo. Citons Basquiat, Annette Messager, Bertrand Lavier, Théo Mercier, ORLAN, Romuald Hazoumè, Myriam Mihindou, Stève Bandoma etc.

Emo de Medeiros

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Gérard Garouste, Paris (Templon)

L’été 2021, la Galerie Templon au Grenier st-Lazare (3ème), à Paris, accueillait une exposition de Gérard Garouste: « Correspondances ». Du mardi au samedi. 10-19h.

Les « correspondances » en question sont celles qui existent entre Gérard Garouste et Kafka (il avait déjà travaillé à partir de l’oeuvre d’autres écrivains, ses maîtres, comme Cervantès ou Rabelais) et entre Ouaknin, philosophe, et Gérard Garouste. (Voir la vidéo en fin d’expo).

Même sans identifier toutes les allégories, les mythes, les légendes et toutes les allusions à une oeuvre ou à un auteur, on peut se laisser séduire par la peinture de monsieur Garouste! Ce délire de couleurs, de danses du pinceau, de formes démantibulées, de chocs des images…C’est jouissif!

Donc, même sans connaître les Livres Sacrés dont l’art de Gérard Garouste est rempli, je crois qu’on peut entrer de plein pied dans les peintures de l’artiste, se laisser conter des histoires aussi inquiétantes qu’amusantes! On sent intuitivement que se mêlent allégrement réalité et fantastique, que se superposent les époques, que sont brassés les symboles, les personnages mythiques, les animaux de légende…

Beaucoup de choses nous échappent, certes! Nous n’avons pas la culture judaïque (et au-delà) de monsieur Garouste! Mais la virtuosité de sa peinture, elle, nous laisse pantois et admiratifs! Il a le geste pictural vif et passionné, le don de raconter , de faire vivre et revivre…autrement, souvent dans un miroir déformant!

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Boltanski, Paris

A la Galerie Marian Goodman, rue du Temple, à Paris, s’est tenue une exposition de Christian Bolanski,

Au rez-de-chaussée, quelques chariots métalliques à roulettes vous accueillent, remplis de gros tas de tissu blanc froissé. Des masses de draps blancs qui gonflent et débordent, évoquant vaguement des corps couchés ou assis. Au-dessus, tombant du plafond, quelques néons diffusent une lumière horriblement blanche et froide.

Pas de doute, le visiteur est immédiatement plongé dans un univers de maladie, de souffrance et de mort, doublé d’une angoissante impression de saturation, d’engorgement…

Est-ce que nous sommes à ce point obsédés par la situation sanitaire actuelle…? Ou est-ce que l’artiste a bien réussi son coup? L’œuvre d’art suggère au premier regard cette sensation d’être dans un hôpital submergé par des malades gravement atteints, dans une file d’attente aux urgences…

L’artiste dit qu’il ne souhaite pas forcément que nous « comprenions », mais que nous « ressentions que quelque chose a eu lieu ». C’est exactement cela. Mission essentielle de l’art!

C. Boltanski aurait réalisé ce travail au cours du premier confinement, au printemps 2020. Je le crois. (Même si des œuvres plus anciennes qui se nommaient « Les Linges » existent et se rapprochent de cette idée-là).

Le malaise du visiteur s’accroît quand il réalise que des visages d’enfants apparaissent par moments, en de très fugaces visions, sur les murs de la salle. Des projections qui ne durent qu’un dixième de seconde… Fantomatique… Toujours ces disparus qui hantent nos esprits… Boltanski fidèle à lui-même!

Au sous-sol, des vidéos projetées sur de grands rideaux, montrent des images de bonheur facile, fabriqué, un peu faux… genre clichés. Mais s’y intercalent des images d’évènements violents ou douloureux. Et sont posés là, aussi, des sortes de vitrines sur pied, bourrées de tissu froissé (comme on a vu là-haut). Évocation de cercueils…

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Maxime Duveau, Paris

A la Galerie Backslash, à Paris, j’ai découvert ce jeune artiste, Maxime Duveau. L’exposition était en janvier 2021, mais vous pouvez vous intéresser à lui par Internet.

Ses photos de cités sont un point de départ. Pour le travail vu dans cette Galerie, le sujet est station-service et maisons de banlieue. En noir et blanc.

Et le processus créatif, ensuite….Passionnant! Maxime Duveau intervient beaucoup! Je vous donne dans le désordre! Pas sûr d’avoir tout bien suivi! (Mais dans ce cas-là, la technique détaillée ne compte pas trop pour moi!) L’artiste dessine au fusain à partir de la photo, photographie le dessin, découpe, scotche, reporte, enlève le scotche, reproduit par la sérigraphie ou le tampon encre de Chine! etc. etc.

Un sublime travail de plasticien comme je les aime! Il va et vient, triture, cache, mêle, transforme, répète… et aboutit à des images urbaines où l’œil se perd, se trompe, s’interroge. Quelle ville? Il est question de Los Angeles et de Conflans-Ste-Honorine, mais mélangées! Allez vous y retrouver! (C’est tant mieux!)

Et, réalité ou souvenir? Les images sont comme effacées peu à peu. Grattées, gommées, barbouillées de noir… Elles nous échappent. Comme une mémoire qui se dégrade. Bientôt, le réel devient abstrait. On avait vu un bâtiment, et il a disparu… N’en reste que le spectre… Peu de choses à quoi se raccrocher. Peu de repères concrets. (Là aussi c’est tant mieux!!)

Et on nous donne à voir des répétitions, des séries qui augmentent encore notre confusion! On radote! Et voilà que la cité est envahie par du végétal. Inquiétant…Et on nous montre l’image en positif puis en négatif…De quoi nous troubler encore!

J’aime cette façon de décomposer les images, de détruire la vision du réel, de la sublimer, de l’épurer, de la faire changer de monde.

Et je suis séduite par le jeu habile des noirs et blancs de Maxime Duveau. De superbes contrastes, forts ou estompés. Le cheminement, parti de la photo noir-et-blanc, mène à une œuvre faite de noirs et de blancs superbes comme on en voit en gravure ou en calligraphie.

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Brigitte Méniger, Paris

La Galerie Grès, au 9 de la rue du Pont-Louis-Philipe, à Paris, a accueilli Brigitte Méniger en janvier 2021

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La sculptrice céramiste Brigitte Méniger se fait dessinatrice et peintre. Sur des petites briques devenue grandes, elle trace des scènes et raconte des histoires.

Ses blocs de terre émaillée évoquent des briques, oui. Mais aussi des stèles, des bornes, des tablettes (pas Samsung!! Mais plutôt dans le sens Tables de la Loi ou Pierre de Rosette!). Bref, des supports qu’elle utilise pour dire, crier, aimer, rencontrer, regarder, lutter… Son trait de graphiste est généreux, sa gestuelle énergique et dynamique. Ses lignes vont aussi vite que la vie. Le mouvement est permanent dans la représentation de ses personnages.

Les « briques » de Brigitte Méniger sont peintes sur toutes les faces. Il faut tourner autour. Les lire comme des livres (d’ailleurs, je les imagine rangées dans une bibliothèque à côté de nos gros bouquins préférés!). Son dessin vigoureux me fait penser à celui de l’artiste Céline Emorine (elle est dans ma blogoliste). Mais, ici, il est sur un volume, ce qui lui communique une autre dimension. La matière, aussi, (terre et émaux), change la donne.

Et la couleur a largement son mot à dire chez Brigitte Méniger: des écrus, des rouges baiser, des vieux roses, des jaunes pâles, des gris, des verts céladon…Elle participe amplement à l’expression, aux côtés du graphisme.

Safet Zec, Paris

La Galerie Schwab Beaubourg, à Paris, en janvier 2021 a proposé une exposition du peintre bosniaque Safet Zec.

Que ce soit des objets familiers, des façades de maisons, des silhouettes humaines, les thèmes de Safet Zec sont toujours bouleversants.

Bien sûr, il y a la virtuosité du peintre. Admirable. L’anatomie de ces mains, par exemple, ou la perfection de ces drapés. Mais, une fois cette extraordinaire maîtrise admise, on peut se tourner vers bien d’autres qualités de l’artiste (ce qui n’est pas le cas de beaucoup de peintres réalistes pour qui seule la technique tient leur œuvre debout).

Du travail de Safet Zec se dégage une mélancolie, pour le moins. Le plus souvent, une souffrance, des tourments difficilement supportables. Ses toiles racontent des drames, des secrets de vie. Avec une palette plutôt économe et sombre, faite de couleurs de terre et de poussière, elles touchent par leur humanité humble. La seule lumière qui éclaire le plus souvent les scènes représentées, c’est le blanc. Un extraordinaire blanc fait de gris, de beiges, de bruns…Les étoffes que le peintre habille de ce blanc sont de mort ou d’amour. Linceul, tunique sensuelle ou draps froissés du lit…

Avec cet artiste, on hésite entre le sacré et le quotidien le plus modeste. Les toiles évoquent les grandes figures de la chrétienté ou de la mythologie…Mais aussi, parfois, une façade en lambeaux, un meuble, une fenêtre, une barque… Je crois que l’émotion vient de cela: est-on dans le réel ou déjà dans le souvenir ou peut-être même dans la mort? Les silhouettes disparaissent en partie dans le papier journal encollé sur la toile. Les corps flottent. Ils sont en apesanteur. Des apparitions.

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Mark Tobey, Paris

La Galerie Jeanne Bucher Jaeger, à Paris, dans le Marais, a accueilli une belle exposition monographique de Mark Tobey. . (5 rue de Saintonge, mardi au samedi 10-18h)

Mark Tobey (1890-1976) n’est pas aussi connu que Pollock ou Rothko, pionniers comme lui de l’art américain abstrait. Mais Paris, par cette rétrospective de la Galerie J.Bucher Jaeger, va vous permettre de combler (peut-être) une lacune.

Est-ce le fait que les rues de Paris étaient grises, grises, grises (dans tous les sens du terme) lors de ma visite à cette exposition « TOBEY ou not to be? »…. que j’ai tant apprécié de me retrouver happée par ces toiles?? Entraînée, ensorcelée…

Ce sont de petits et modestes formats. La plupart du temps peints à la tempera (peinture à l’œuf), belle matière dense et brillante. Et ce sont des tourbillons, des fourmillements, des émiettements, des circonvolutions, des enchevêtrements, des réseaux, des entrelacs … Qui occupent tout le champ pictural.

J’écarte vite l’impression de griffonnage frénétique et obsessionnel (que j’ai déjà vu en art brut). Je sens des signes et des lignes que je dois suivre. Je sens une effervescence inouïe de possibles. Je pénètre dans cette réalité intérieure qui s’offre à moi. Je m’approche des toiles. Je recule. M’avance à nouveau. Des puits de lumière, au milieu de ces chaos trompeurs, m’apparaissent enfin. Des soleils blancs. Et je sens le « souffle »! L’énergie! Le Qi chinois!

Et je vois ces peintures faites dans un grand mouvement libérateur et créateur. On est à la fois dans l’infiniment petit et l’infiniment grand. Les centaines de mini fragments qui couvrent les toiles de Tobey, et qui tournent jusqu’au vertige dans l’espace pictural, sont autant d’éléments qui n’attendent qu’à être rassemblés, réunis en UN TOUT. Comme l’univers avant la Création! Plein de morceaux prêts à être mis en ordre, en place, en forme…

Mark Tobey, pour tout vous dire, a étudié les écritures arabes et perses. Il a été initié à la calligraphie chinoise. Il a séjourné en monastère à Kyoto. Il s’est converti à la religion Bahaï.

Voilà! Un grand peintre. Mais si simple. Si humble. Si libre, aussi. Et qui a su utiliser l’art, pour dire les choses indicibles. (principale mission de l’art, d’ailleurs!)

François Mathey dit de la peinture de Tobey qu’ elle « exprime son souci de révéler la structure profonde des choses ».

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Mark Tobey