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Entrepôt 9, …….à l’envers (srevne ‘l)

Galerie Barnoud (Entrepôt 9 à Quétigny, bd de l’Europe, mer.vend.sam. 15-19h. ) en février-mars 2016, l’exposition s’intitulait « Tous les tableaux sont à l’envers », un titre clin d’oeil qui, à priori, m’interpelle. Mais, j’avoue que je suis restée un peu sur ma faim! Oui, je suis pénible, je sais!

Cette exposition engage le visiteur dans une réflexion thématique assez enthousiasmante. Tout tourne autour de l’envers, de l’endroit, du sens dessus dessous, du bon sens, du mauvais sens, de la réversibilité, du recto verso etc.  Intéressant parce que le doute s’installe. Le côté convention pose question, la relativité également. On est dans l’ambiguïté. De quoi gamberger!

Les auteurs de cette expo ont approfondi l’investigation de façon admirable! Leur recherche s’en va en Histoire, en psychologie, en philosophie, en littérature, en science et technique, en sémantique etc, ça part dans tous les sens (c’est le cas de le dire!) Du gros boulot! Mais mais….

Il a fallu illustrer à tout prix cette enquête… Et j’avoue avoir senti un caractère un peu laborieux. Œuvres d’art quand même (on n’oublie pas que l’Entrepôt est une Galerie d’art), donc, on voit, par exemple, un monochrome d’Olivier Mosset et on s’interroge:  qu’est-ce qui nous dit que le sens d’accrochage est le bon? Rien. On voit aussi des peintures circulaires, quadrillées, abstraites…Même question.

On a trop souvent l’impression que l’œuvre est choisie non pour son intérêt propre mais juste parce qu’elle colle au sujet.

Il y a cependant quelques œuvres légitimes, je dirais, et attendues, comme ce dos de tableau magnifiquement photographié par Philippe Gronon (son exposition à Dijon de dos de tableaux m’avait fascinée) ou cette photo de Philippe Ramette qui, du coup, a été positionnée de telle façon que la perturbation du regard n’existe plus (la cravate dressée est le seul indice!) ou encore les peintures écran de Cécile Bart à lire pile et face.

Sinon, l’expo est une succession de cartes postales, de publicités, de BD, de vieux journaux, d’illustrations libertines, d’images à regarder dans un miroir… Beaucoup de cogitations pour ça…tursic et mille

Je choisis de vous mettre une oeuvre de Ida Tursic et Wilfried Mille en visuel (ci-dessus), non parce qu’elle reflète bien le sujet de l’expo mais tout simplement parce que j’ai aimé cet agrandissement d’une feuille d’essuyage de pinceaux (Abs 031). Ce grand tableau, accroché sur un papier peint aux motifs répétitifs, est bien sûr à l’envers, et par conséquent, les coulures remontent!

Cliquer sur le visuel pour agrandir, en deux fois. J’ajoute qu’on est toujours super bien accueillis à l’Entrepôt, la médiatrice sait vous dire tout sur tout!

 

 

le choix du mois, janvier 2016, Zaugg

Ce mois-ci, j’ai découvert, à la librairie du Consortium, un livre datant de 1989, de l’artiste Rémy Zaugg qui est en fait 27 « esquisses perceptives du tableau » regroupées sous le titre « Constitution d’un tableau ».

Rémy Zaugg est devant le tableau « La maison du pendu » de Cézanne et il note et nomme ce qu’il perçoit. Soit une simple dénomination de ce qu’il voit: un arbre, un chemin, un toit, le ciel… Soit une description plus picturale: touches, taches, plans, tons…

Il distribue les mots sur la page comme le pinceau pose les touches de couleurs. Cézanne a peint et Zaugg dépeint!

Pas de phrases. Pas ou peu de ponctuation. Juste des mots à la place de la peinture.

Tantôt l’artiste note seulement quelques détails de l’œuvre de Cézanne (en les situant sur la page au même endroit qu’ils sont sur le tableau, laissant tout le reste en blanc), tantôt il couvre entièrement la page  d’annotations (comme la surface du tableau a reçu toutes ses couleurs, mais restituant bien les touches fragmentées de Cézanne).Zaugg

C’est évidemment illisible! Trop ennuyeux! Lassant! Mais j’ai trouvé ce travail absolument passionnant pour ce qu’il représente d’observation approfondie du tableau et d’acuité du regard. Il oblige à prendre conscience très finement de sa propre perception devant une œuvre d’art.Zaugg2

Un travail à faire avec des élèves! Non?

Non seulement, il faut examiner la peinture minutieusement, mais en outre, il faut dégotter le terme exacte et idéal. Celui qui dit le mieux possible la couleur utilisée par l’artiste. Voici des exemples de la palette de vocabulaire de Zaugg: « grandes touches claires rosées », « ombre bleutée violacée », « petite pointe de rouge pur sur le clair orangé », « forêt gris violet bleuté » (les gris sont d’ailleurs ou bleutés, ou violacés ou ocrés ou jaunes etc!!)

Le travail de peintre de Rémy Zaugg me laisse ordinairement froide, il est une énigme pour moi. Mais là…. son usage des mots…  j’ai aimé!!

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Christine Curtenelle, Galerie La Source

A Fontaine-lès-Dijon, la Galerie La Source accueillait en février 2016 l’artiste Christine Curtenelle.

Vous ne la connaissez sans doute pas. Jeune femme frêle, sensible et modeste, elle a très peu exposé jusque là. Son travail est indéfinissable mais attachant. Des toiles abstraites, dont l’originalité repose sur d’étranges réseaux de lignes qui parcourent la peinture et semblent organiser l’ensemble. « C’est assez obsessionnel! Je m’accroche à ces traits! Ce sont mes repères! » avoue-t-elle en souriant.

Comme on est indécrottables, on cherche forcément des ressemblances, des références, des allusions, des évocations! Et nous voilà partis dans les idées de courbes de niveaux sur cartes, d’anneaux de croissance des arbres, de tissu cellulaire observé au microscope, de maillage, de strates, de fissures… Et tout cela est sûrement un peu vrai!!Curtenelle

Les fonds sont riches et travaillés, faits de couches successives de peinture, plus ou moins grattées. Mais aucune impression d’épaisseur, de lourdeur. Christine Curtenelle a la touche légère, la couleur douce et nuancée, la transparence fréquente.

Et ses fameuses lignes ne sont pas de simples traits tracés à la va-vite. Eux-aussi sont travaillés. Parfois, on croit voir une empreinte de ficelle ou de fil de fer rouillé. La surface picturale est intéressante par elle-même mais, grâce à ces fins petits rails, elle prend une signification autre, une vie et un mouvement extraordinaires. Le regard se laisse guider.Curtenelle2

Si l’on en croit le titre de l’exposition « In », on est à l’intérieur… Intérieur de la matière. Intérieur du végétal, du minéral, de l’organique. Mais aussi, intérieur de la pensée, de l’émotion. C’est sûr, on est « dedans ». Dans quelque chose d’habité.  « Je travaille sur ce qui ne se voit pas. Je cherche à traverser les apparences » dit Christine Curtenelle.

Il va falloir que cette artiste avance encore dans ce sens, approfondisse (et affine à la fois ) sa recherche…

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Voici un extrait de la présentation de Claude Martel faite au vernissage de cette exposition. A lire pour bien apprécier le travail de C. Curtenelle.

« Christine Curtenelle est curieuse, elle est allée voir derrière la façade. Elle a tenté de saisir l’objet convoité à sa racine : cellules microscopiques, écailles, troncs d’arbres, paysages vus d’avion ou détails d’aile de papillon observés au microscope, présentent un même rythme et contre rythme qui se répondent, qui s’articulent, comme dans une composition artistique réalisée par l’homme. L’artiste nous révèle une correspondance secrète entre la nature et l’âme humaine. Elle veut    « atteindre, au-delà de la forme, le mystère même de l’être. » ainsi que le souhaitait Paul Klee.
Les végétaux, les animaux, les minéraux la composition d’un paysage, tout cela excite sa pensée et sa force créatrice. Elle fouille les profondeurs, analyse, démonte et met à nu. Son œuvre est avant tout picturale ce n’est nullement le reflet de la réalité, l’objet disparait au profit d’une composition plastique faite de lignes, de couleurs, de matière et de transparence. Elle nous offre une vision poétique et sensible du réel.

Le travail présenté n’est qu’une étape. Le dernier tableau de l’exposition nous dévoile l’œuvre à venir. Son objectif futur est de ramener le monde visible aux seules règles élémentaires de sa grammaire formelle. Elle va tenter d’oublier sa sensibilité particulière pour accéder à une expression universelle .D’œuvre en œuvre, elle va simplifier les formes, résumer, condenser, sacrifier l’individuel à l’universel, le détail ou l’ornemental au seul souci d’exprimer l’essentiel.

En franchissant le mur des apparences, Christine démontre que la matière est structurée géométriquement. Les formes sont donc partie intégrante du réel comme de l’esprit. La géométrie étant un phénomène universel, au-delà des limites de notre propre monde, l’artiste va convoquer le cercle, le carré, la ligne droite, pour nous faire partager sa propre vision du monde. Elle ne rejette pas le réel elle ne fait qu’en reconstituer les aspects secrets dans toute leur diversité.

Nous attendons sa prochaine exposition avec impatience, la galerie lui est ouverte. Nul doute qu’elle saura nous convaincre de son talent, comme elle le fait aujourd’hui avec ses premières réalisations, pleines de poésie, de sensibilité et de sincérité. »

Claude Martel
Galerie la source
Janvier 2016

l’art affiché

colmar2Des affiches superbes dans les rues de Dijon! (Janvier 2016) C’est rare de voir l’art aussi grandement placardé que les pubs de n’importe quoi!

Merci au musée de Colmar, nouvellement réinstallé… colmar

Bertrand Kelle, et le raton laveur?

« ici et là » est une catégorie de ce blog qui relate mes petites découvertes d’artistes au gré de mes rencontres…

 

Plasticien et performeur dijonnais, Bertrand Kelle s’est attelé depuis quelque temps à un travail que je trouve bien sage pour ce turbulent! Mais que j’aime bien!

Je vous remets d’abord en mémoire (ou je vous apprends) cet artiste: son monde préféré est celui du rock ou du punk. Il aime provoquer. Il fait des performances souvent trash ou violentes, son corps en spectacle, en exhibition. Il a eu sa période chewing-gum. Il a aussi photographié des pochettes de disques, en a griffé les négatifs… pour agresser, au final, l’oeuvre au marteau.  Et plein d’autres inventions anticonformistes et bien rock’n’roll.

Donc, aujourd’hui, il chine des bibelots et petits meubles dans les brocantes, les couvre d’une peinture noire mate et les assemble pour créer des « sculptures » inattendues. Toute cette bimbeloterie un peu ridicule, faut bien le dire, un peu moche, un peu ringarde, un peu kitsch passe alors une frontière et se retrouve dans un nouvel univers. Empilés, superposés, emboîtés tant bien que mal, ces objets s’oublient eux-mêmes et se métamorphosent en une oeuvre… Hop! Balancés, les souvenirs des appartements de grand-mère ou de grand-tante, étouffés sous les poussiéreux bibelots!

Il y a là, réunis contre leur volonté, le cygne pompeux, le cheval au galop, la tête d’ange, le cache pot tarabiscoté, le faux coquillage, le pot de chambre, le coq prétentieux, la déesse dénudée, la sotte petite théière etc…(il ne manque que le raton laveur). Et les pieds des petits meubles sont imbriqués dans des récipients hétéroclites. « Les pieds dans le plat » dit l’artiste! Car, l’humour et la dérision ne sont jamais loin.B.Kelle

On retrouve dans ce travail le goût de Bertrand Kelle pour les télescopages et mixages. Pour les détournements aussi. Cela pourrait être également une consigne d’atelier. Le prof d’art plastique, que Bertrand Kelle est aussi, a bien une fois ou l’autre proposé aux élèves de « revisiter » des objets, non?

Ces assemblages (Bertrand Kelle leur a-t-il donné un nom? qu’on me le dise!) ont été montrés chez « Une vie de rêve » , 2bis rue Verrerie, Dijon et  chez « Inuk Photographie », 45 rue de la Préfecture. ( C’est tout ce que je sais)

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Open Art Galerie

Ce n’est certes pas nouveau, mais je n’en n’avais pas parlé depuis qu’elle s’est installée au 1bis rue Musette, à Dijon (et ce n’est pas récent, pourtant!). Open Art Galerie vaut la visite. La formule est sympa. (Du mardi au samedi 10-18h, jusqu’en juin 2016, car Open Art n’est là que par intervalles). Voyez aussi la Galerie virtuelle.

Le lieu est séduisant à plus d’un titre. Par un majestueux escalier de bois, vous montez  au premier étage d’un hôtel particulier. Tout aussi majestueuse est la grande salle qui vous accueille. Vous jetez inévitablement un regard par les grandes fenêtres à l’ancienne qui donnent sur l’église Notre Dame, là, tout près de vous. Et puis, vous allez vous balader dans tout cet espace chaleureux, peuplé de toiles à n’en plus finir. Au mur, par terre… Accrochées, posées… Partout. Dans les moindres recoins. Le royaume du pinceau, du crayon, de la colle, de la photo et de l’envie créatrice…(peu de sculptures, lors de ma visite). On parle de près de 400 oeuvres!openart

Vous avez le sentiment d’être à la fois dans un magasin et dans un atelier. Habilement encombré, juste ce qu’il faut. Chargé, coloré… Commercial, sans aucun doute, mais agréable malgré tout.

Le maître des lieux, Jean-Philippe Berger, a ajouté un détail qui a son importance: la possibilité d’une pause gourmande. Quelques tables et chaises pour feuilleter un livre d’art ou chercher l’inspiration, tout un buvant un verre et dégustant un petit chou (avec Josselin, créateur de choux. Vanille, pistache, rhum, cassis, abricot, framboise, chocolat, spéculoos etc…).

Il m’a semblé voir dans cette galerie une nette tendance au genre street art. Beaucoup de toiles sont dans cette veine. Peut-être est-ce dû au goût de JPB qui, lui-même artiste, aime mixer peinture, collages, résine et aérosol pour mettre en scène un personnage ou une voiture dans un décor composite. Aboutissant à un art urbain assez intéressant d’ailleurs. Il a son atelier sur place.JPB

J’ai vu aussi une propension aux couleurs vives. Plutôt flashy tout ça! Très peu de noir et blanc! (Je n’ai souvenir que d’un beau BBoss fait d’un patchwork à la craie de visages clownesques, comme sur des cartouches égyptiens).BBoss

Et j’ai vu beaucoup de choses qui penchent côté décoration ou illustration.

J’ai retenu parmi cette quarantaine d’artistes présentés: -Guillaume Vervandier, aux abstractions énergiques, évocatrices de matières en gestation.  -Cécile Colombo aux personnages burlesques et aux paysages urbains décoratifs, dans une technique de collages rehaussés d’aquarelle ou pastel.  –  Yutao Ge (Chine), aux douces scènes de vie naïves, un peu amoureux de Peynet…mais bon.  – Nabarus, que j’étais contente de retrouver après des années (vue à l’ex Galerie Boléna), aux architectures fantastiques fabriquées de petits collages accompagnés de peinture sur papier froissé mouillé; j’aime bien ces ensembles imaginaires, déstructurés.Nabarus

cliquer sur les visuels pour agrandir (et voir apparaître le nom de l’auteur), en deux fois

 

Le Consortium

 Hiver 2016, Le Consortium, 37 rue de Longvic, Dijon, a proposé 6 artistes. Comme d’habitude, pour ce centre d’art, je ne parle que de ce qui m’a touchée ou intéressée. Pas tout.

Edith Dekyndt, « Théorème des foudres ».

Cette artiste semble travailler comme un savant, un chercheur. L’art permettrait la connaissance autant (ou mieux?) que la science. Elle expérimente. L’important, ce sont les éléments, les matières, les phénomènes, les processus, les réactions physiques, les métamorphoses… Sa série de toiles est, par exemple, un travail passionnant. Elle les a recouvertes de sang, de vin, de terre, de caséine etc. Et on observe. Comme elle. Résultats: un dessèchement, des craquelures, des moisissures… Elle enterre certaines de ces toiles ou les expose aux intempéries dehors pendant des mois. Comme si elle les mettait à l’épreuve. Les choses obtenues, à la suite de ces tortures, sont souvent très belles (mais a-t-on maintenant le droit de parler d’esthétique et d’émotion du beau?) . Croûtées, rouillées, délitées, moussues, gonflées…Edith Dekyndt

Autre aspect de caractère scientifique dans cette oeuvre exposée: les cristallisations. Là encore, une réflexion sur la transformation. Un liquide qui passe au solide. Grossis et rétro-projetés, ces cristaux de vin ou de sang offrent de superbes dessins à admirer sur le mur.E.Dekyndt

Les couvertures imbibées de peinture sont une constante dans le travail d’Edith Skyndt. Ici, l’une d’elle est peinte en rouge et or et suspendue à un de ses angles, lui communiquant une forme de cône. L’artiste s’intéresse au rapport du domestique (couverture banale et vulgaire) et du précieux ou sacré. Ce textile tout ce qu’il y a de plus prosaïque prend des allures de chasuble religieuse ou de tapis oriental.

Je constate que l’artiste, tout en suivant cette voie du contemporain qui, décidément, aime explorer du côté du scientifique, utilise malgré tout les outils de l’art classique et éternel: la toile et la peinture… Mais en leur donnant un autre rôle, en les envisageant davantage comme des entités en elles-mêmes.

Le Consortium expose aussi deux artistes coréens (mais exilés à Paris une grande partie de leur vie). Nés en 1904, pour Lee Ungno, et en 1914 pour Han Mook, ces peintres feraient partie des premiers modernistes. Ils conservent leurs traditions asiatiques mais se laissent fortement influencer par l’art d’Occident.

Han Mook (toujours vivant à 102 ans), peint de couleurs vives des toiles où le cosmos tourbillonne, où les lignes vibrent comme de la musique, où les déformations de formes géométriques créent des illusions d’optique. Un mur est couvert de ses démarches et de ses recherches de peintre en petits formats. Rien de transcendant pour moi.

Lee Ungno m’a davantage touchée.Lee Ungnocliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

 

Dentelle et soleils noirs, La Chartreuse

Le centre hospitalier La Chartreuse, à Dijon, ouvre un nouvel espace d’exposition. Un beau lieu situé dans un pavillon ancien au coeur du parc. Pour cette occasion, elle  a offert carte blanche à l’association Itinéraires Singuliers. Donc… Une superbe expo était à voir en janvier-février 2016. Deux artistes étaient accueillis: Leonard Lamb et Alexandre Bakker.

L’univers de Leonard Lamb est insondable! C’est un travail de miniaturiste sur grands formats. A l’encre, à l’aquarelle ou à l’huile, le pinceau fouille, détaille, couvre, répète, ramifie, remplit, accumule, rabâche, multiplie. Se mettent alors à fourmiller des centaines de personnages, de végétaux, d’animaux, d’objets… Notre oeil scrute des petites scènes. Notre oeil voit s’animer des histoires, des légendes, des récits… On comprend que Leonard Lamb soit devenu metteur en scène à partir de ses peintures! (Théâtre Ispoug) Il y avait de quoi communiquer une vie théâtrale à tous ses mondes fabuleux!

extrait du Songe du Roi

extrait du Songe du Roi

Et toute cette « broderie » minutieuse et colorée est organisée dans le tableau de telle sorte que l’ensemble, même loin des détails, est harmonieux, construit et d’une esthétique parfaite.

Il paraît que Leonard Lamb fait de multiples références: cinéma, littérature, religions… Je ne suis pas assez cultivée pour les repérer. Je vois bien quelques épisodes de la Bible, quelques allusions à la tradition hébraïque, quelques influences médiévales, mais c’est tout. Pas grave. En tout cas, je sens rôder la mort. Je perçois des rêves obsessionnels. Je devine aussi de l’humour.

D’autres oeuvres de Leonard Lamb sont ici accrochées, des encres. Entrelacs et circonvolutions tout en douceur, en noir et blanc, qui éclaboussent le papier et font penser à des dentelles anciennes (ou de petits organismes primitifs qui flottent dans leur liquide amniotique!)Lamb

Alexandre Bakker, lui, donne à voir des encres où tout se superpose, se mêle, s’entrechoque… On est dans la bizarrerie du cerveau où les images circulent sans apparente logique et s’enchaînent aléatoirement. Parfois des croquis enfantins, parfois des petites scènes bien décrites, parfois des visages qui se brouillent, parfois de vrais portraits, parfois des comics ou des playmobiles, parfois des éléments de corps ou d’architecture… Univers magique. Monde fantastique. On pense à certaines gravures romantiques.  Ce dessinateur fait aussi partie de la compagnie Théâtre Ispoug.bakker

Pour vous rendre dans ce nouvel espace d’expo, suivez « Puits de Moïse », même quand vous êtes à l’intérieur du parc de la Chartreuse. Et quand vous voyez ce bâtiment (photo ci-dessous)…c’est là!Chartreusecliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

Dimitri Koulaguine, Galerie La Source

En décembre, la Galerie La Source de Fontaine-lès-Dijon accueillait l’artiste peintre et sculpteur Dimitri Koulaguine.

La salle du rez-de-chaussée fait un bel effet, pas de doute.Koulaguine

On se laisse prendre par ces grandes toiles aux allures de bas-reliefs ou de fresques. On est séduits par le mariage sculptures-peintures qui traitent des mêmes sujets et qui montrent une même « carrure ». On plonge volontiers dans cette mystérieuse mythologie avec laquelle joue l’artiste: le python, serpent monstrueux, fertile ou démoniaque, le centaure, la femme oiseau, la femme caméléon, Orthos, le chien à deux têtes (frère de Cerbère), la Tour de Babel, le singe (astrologie chinoise? mythologie égyptienne ou indienne?), la Gorgone qui est ici LE Gorgone!

Et surtout, on admire la technique picturale de Koulaguine, celle qu’il a apprise en Russie, son pays de naissance et dont il garde le secret (mais? il enseigne la peinture acrylique, non? il ne dévoile vraiment jamais rien de sa manière?). Une impression de relief, de pierre, de terre, d’ivoire etc. Envie d’y mettre le doigt! Non, la toile est juste peinte, avec peu de matière, contrairement aux apparences. Étonnant.

Au premier étage, la salle de gauche présente des animaux peints de la même manière: le poisson St-Pierre, les rhinocéros, les éléphants… Sculptures en rapport, également  . Impressionnant.Koulaguine2

Ne vous aventurez pas dans les autres salles. Je n’y ai trouvé que peu d’intérêt: la façon soviétique de ses racines etc… Et quelques petits dessins, estampes, peintures…

Mais revenons aux deux salles essentielles. De la belle ouvrage. « Une oeuvre savante », dit Claude Martel. Savante par la technique et par les sujets. Cependant, il faut avouer que tout cela est raide, rude, froid, costaud, sans émotion, sans délicatesse… Je dirais bien que tout cela reste dans l’esprit de l’art de l’époque soviétique On est dans le domaine de la belle décoration. Voilà.  Mais, après tout, c’est déjà pas mal!

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le choix du mois, novembre 2015

Novembre 2015 a été marqué, pour moi, par les expositions à Dijon de la plasticienne Christine Delbecq (et de ses ateliers). « La Chambre d’échos », entre autre. J’en ai déjà parlé. Mais je vais essayer d’écrire aujourd’hui sur ses « Petits Rouges », tableautins (une quarantaine je crois) qu’elle a finalement retirés de son exposition.

Les Petits Rouges. Ils sont entre chorégraphie et calligraphie. Et, surtout, ils sont un condensé du travail que poursuit Christine Delbecq depuis des années.petitrouge

D’abord le rouge (papier marouflé sur bois). Couleur rare chez elle. Mais déjà utilisée pour ses « Groendland ». Puis, la boîte. Chaque petit rectangle (18X25) en comporte les arrêtes, les bords, à peine devinés. La boîte, le cube, que l’on retrouve à tout moment dans son travail. J’ai pensé aussi aux grandes boîtes réalisées avec les enfants indiens pendant l’opération Mumbai Experience. Ensuite, comme prisonnières de ces boîtes, des lanières dansent, se désarticulent, sautillent, s’emmêlent… Mouvements au ralenti qu’on pourrait imaginer dans l’eau. Ces lanières, on les connaît depuis longtemps chez Christine Delbecq. Ces rubans qui cherchent à écrire quelque chose, ou qui tentent de s’échapper en se contorsionnant (c’est qu’ils semblent bel et bien fixés aux parois ou aux angles), qui ressemblent eux-mêmes à des cubes vides démantibulés, écroulés. Ce long fil continu, parfois rompu. Et qui, ici, par moments, s’assouplit, s’arrondit, s’enroule, se noue.petitrouge2

Certains de ces Petits Rouges, présentés normalement dans La Chambre d’échos, portent des collages, petits papiers blancs qui évoquent la grande vague suspendue au centre de cette exposition. En fait, l’artiste dit elle-même que chacun de ses Petits Rouges est « le croquis d’une installation possible ». Là encore, ce n’est pas la première fois, avec Christine Delbecq, que la recherche et le travail se retrouvent promus au rang d’œuvre à montrer. La plasticienne efface les frontières entre ce qui est en gestation et ce qui est « fini » . Tout cela forme un tout. L’étude, la réflexion, le tâtonnement, les essais, les retours, l’aboutissement, la sortie de l’atelier…Tout cela fait œuvre.

Indispensable de cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

Christine Delbecq ouvre les portes de son atelier les 11-12-13 et les 18-19-20 décembre, 14-20h, exposition-vente (œuvres petit format!)

Lire aussi le commentaire de Christine Delbecq sur ce blog, à propos des Petits Rouges (« Christine Delbecq au Campus », 7 novembre, Archives du blog)