A La Maison Rouge (qui fermera malheureusement ses portes dans quelques temps….), 10 Bd de la Bastille, Paris, expo « Inextricabilia ». Eté 2017
Une fois n’est pas coutume, je vais m’adresser à quelqu’un, aujourd’hui, dans mon blog. M’adresser à monsieur Philippe Dagen, critique d’art au journal Le Monde. Que je lis toujours avec intérêt et admiration.
Monsieur, votre papier sur l’exposition « Inextricabilia » de La Maison Rouge, à Paris, m’a glacée. Cette froideur intellectuelle. Inébranlable. Mon Dieu! Alors que tout, ici, parle de malaises profonds et d’appels angoissés. De croyances à des forces supérieures et invisibles, qui serviraient de bouées de sauvetage. De vies compliquées, avec des recherches interminables pour les expliquer et, peut-être, pour mieux les supporter. Qu’on soit artiste plasticien, malade psychiatrique, prêtre ou simple croyant (tribus africaines ou religions occidentales), ici, on est poussé à ficeler, tisser, enrouler, plier, attacher, nouer, emmêler, enchevêtrer… Pourquoi? Chacun sa raison. Chacun son besoin. Vous vous demandez, monsieur Dagen, si le terme « magique » (sous-titre de l’exposition) est bien adapté. Mais oui! Bien sûr! Tous ces gens qui disent, disent, disent et redisent, à leur façon, avec bouts de tissus, fils de laine, cheveux, fibres végétales ou languettes de papier, tentent de capter, quelque que soit la finalité de leur geste, une force indicible et inconnue. Tous, sans le savoir vraiment, sont en quête de quelque chose qui les dépasse et qui pourrait modifier la réalité. Et leur faire du bien.
Oui, monsieur, des objets fabriqués aux 4 coins du monde et du temps, sont ici rapprochés, juxtaposés, confrontés…C’est le but de cette expo. Vous dites qu’il y a confusion et que ce « confusionisme est « peu réfléchi » et « erroné ». Tout se tient. Tout est lié (c’est le cas de le dire!). Pas ou peu de frontières entre tout ça. Derrière, il y a l’humain qui se pose des questions et s’ingénie à trouver des réponses. Aucun racisme, aucune exclusion: chacun a sa place. Et ne pas négliger aussi la plastique de tous ces objets exposés. C’est beau, souvent. Tout simplement beau. Beau, sans doute parce que, justement, il y n’a pas d’intention esthétique (mais bien autre chose).
Je suis sortie de cette « Inextricabilia » troublée et presque ensorcelée. C’est fort. Très fort. (On aurait pu bien sûr ajouter à cette expo beaucoup d’autres artistes qui seraient dans le thème…Mais c’est suffisant)
Pardon monsieur Dagen de vous avoir contredit… Respect.
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Petit coup de coeur, ce mois-ci, pour l’exposition de EVA, dans des villages. (cf « retour d’expos »). Voici juste quelques photos de peintures de Anne Procoudine-Gorsky:
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Je me demande si Edith Nicot donnerait facilement l’autorisation d’assister à ses séances de travail personnel. Accepterait-elle volontiers que l’on observe les plissages minutieux qu’elle pratique sur ses longs papiers blancs ? J’imagine que le dialogue qu’elle entretient avec son papier et l’intimité de leurs relations se conçoivent mieux dans le secret de la solitude et du silence. J’imagine.
Mais je ne lui ai jamais posé la question.
Cela étant dit, l’artiste vous reçoit chaleureusement dans son atelier et vous parle sans limite de sa passion papier.
Son atelier est un tout petit endroit, dans son appartement, au dernier étage d’un immeuble. Miraculeusement, cohabitent les outils de la création et la création elle-même !
A gauche, des rayonnages jusqu’au plafond. Tout est empilé, classé, amoncelé, serré… Rouleaux et chutes de papier, boîtes de rangement, petits outils de bois, flacons, anciennes peintures à elle, tiroirs de petit matériel divers… Mais je suis certaine qu’ici Edith Nicot retrouverait son aiguille dans sa botte de foin ! Quand on manque de place, on est ordonné !
A droite, les œuvres de l’artiste. Blanches et aériennes. Edith Nicot vous branche les éclairages. Des ombres de dentelles se mettent à vibrer au mur. Et votre regard, peu à peu, découvre dans la pièce une foule de formes abstraites, pétales, coquillages, artères, nids, nuages.. Le tout en fins pliages de papier de soie. Il y a même des robes et des chaussures!
« Je triture ! » sourit-elle. Les plis sont serrés et communiquent une rigidité à l’objet réalisé. « C’est au son que je sais si le pli est réussi ! » Et l’artiste évoque son geste répétitif, « comme une méditation ».
Passion papier ! Edith Nicot est incollable sur le sujet. Et elle vous raconte comment elle en fabrique elle-même, avec toutes sortes de végétaux. C’est une véritable démarche artistique. Avec elle, le papier devient un matériau et…une œuvre.
Emportée par son élan, elle va vous raconter maintenant le Kozo! Impressionnant! Seule une japonaise, Miki Nakamura, vers Angers, travaille comme elle cette fibre du mûrier à papier, utilisant la partie entre l’écorce et le cœur, et dévoilant le réseau de vie où passe la sève. De ses doigts elle vous mime toutes les opérations: ouvrir, nettoyer, bouillir, blanchir, presser, déployer, sécher, mouler… Du doigté, une fois de plus.
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A l’automne 2017, au Centre Pompidou de Paris, une grande rétrospective de l’oeuvre de David Hockney permetait de suivre plus de 60 ans de travail de ce peintre anglais (11-21h, fermé le mardi)
Interdiction de prendre des photos. Frustrée! Celles qu’on trouve en cartes postales et documents ne sont pas forcément celles que j’aurais prises!!
Evidemment, je ne connaissais de Hockney que les fameuses piscines américaines! Cette expo m’a donc fait ouvrir les yeux sur les recherches de l’artiste tout au long de sa vie (il a 80 ans aujourd’hui), et en particulier sur son rapport à l’image (photographique ou peinte). Intéressant.
L’expo débute par ses peintures de jeunesse, quand il était encore à l’école d’art. Elles m’ont touchée, presque davantage que les suivantes! Son autoportrait en collages sur fond de journal est une fantaisie fort sympa (déjà un assemblage, comme il le fera avec ses photocollages)!
Ensuite, seize gravures, comme un conte graphique, avec refrain d’une tache rouge; ça m’a ravie.
Puis, déjà ses paysages et portraits, annonciateurs de la suite. Californiens (déjà des piscines), indiens, suisses… J’y ai vu de l’humour. Et du jeu: « je fais du réalisme pour prouver que la peinture figurative n’est pas morte. Mais je me refuse à la reproduction exacte de ce que perçoit mon œil » dirait-il (et je ne serais pas loin d’apprécier!) . D’où le trait fantaisiste et simpliste, la palette exagérée.
Viennent les douches, puis les doubles portraits, puis les piscines etc; et ça y est, on est dans les peintures-photographiques, il me semble. Des peintures inspirées de photos, mais surtout un regard de photographe avant d’être celui d’un peintre. Telle cette bouée rouge flottant sur l’eau de la piscine: le cliché qu’on fait en un clin d’œil, parce qu’on a aimé son graphisme et ses oppositions de couleurs.
C’est drôle comme les scènes les plus connues de Hockney (piscines, portraits…) ont à la fois quelque chose de très figuratif, bien sûr, mais aussi de très irréel. Les personnages figés et raides comme sur les vieilles photos, les traits rigides du décor, les couleurs lisses et glacées. On est dans l’aplat. On est sur une surface. Et, du coup, on reste à l’extérieur. On n’entre pas.
Après une série de portraits dessinés magnifiques (sa mère, par exemple…) et d’ autoportraits (le dandy qui se regarde et se dessine chaque matin), l’expo se termine par le travail de l’artiste utilisant les techniques nouvelles, de l’imprimante à l’Ipad, en passant par le polaroïde. La suite logique de son cheminement: une réflexion sur la (re)production des images.
Hockney a peint ou mis en vidéo de vastes paysages « enveloppants ». Sans doute pour qu’on soit plus facilement à l’intérieur (je disais plus haut que je n’entrais pas!). Entre autre, « peinture sur le motif pour le nouvel âge post-photographique » de 12 m de long, faite de 50 toiles assemblées. Pas terrible! Et « the four seasons » réalisées avec des tournages en continu (18h par jour) sur plusieurs caméras. Le thème des 4 saisons rabâché depuis des siècles, mais vu avec des moyens actuels.
Finalement, qu’est-ce qui m’accroche dans tout ça? -Peut-être le côté impossible de ses paysages peints (à la Matisse, souvent) . Avec leurs couleurs de fauves. Une campagne anglaise qui s’offre des roses un peu fous, des rouges, jaunes et verts fluo. Le Grand Canyon qui lui aussi se voit en teintes improbables, jaune vif, aubergine et tomate. La route sinueuse de Nichols Canyon (photo ci-dessous, extrait)…Le tout brossé en lignes et formes mouvantes. Et avec ces perspectives inversées qui transmettent au regard une drôle d’impression assez vertigineuse.
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Une journée de charme! Y aller par les petites routes boisées et vallonnées. Flâner dans ces villages aux vénérables maisons de pierre. Sentir le calme. Pénétrer dans toutes ces belles granges imposantes. Y rencontrer les artistes et les écouter. S’étonner, s’approcher, regarder, s’émouvoir, s’enthousiasmer, échanger. EVAsions des arts, à Villy-en-Auxois, Villeberny, Verrey-sous-Salmaise et Salmaise, dans l’Auxois, est une fête que j’essaie de ne jamais manquer. C’était les 5 et 6 août, cette année 2017. Bravo aux organisateurs! Comme d’hab.!
Nous ne les avons pas tous vus ces créateurs passionnés et tous différents les uns des autres, venus d’un peu partout en France! Ils étaient 36 ou 38, je crois! Voilà ce que j’ai retenu:
Les sculptures de Christine Lemaire ont une matière commune, le fer. Mais elles manifestent les oppositions que cache chacun de nous : douceur et grâce du fil (de fer), dureté et tension de la masse (de ferraille). J’ai préféré les deuxièmes. Les premières restant, pour moi, de l’art déco gentil. Son « passage », par exemple, fait de deux plaques de tôle rouillées, lézardées, qui glissent l’une vers l’autre sans se toucher, m’a paru très fort. J’aime aussi ses « forteresses ». Entre les deux genres (fil et masse), j’ai trouvé « Foule » suggestif et touchant.
Nouveauté cette année, « L’incubateur ». Une des granges accueillait un groupe d’étudiants des Beaux-Arts. Bonne idée sympa! N.Boccard, G.Murakami, E.Roturier, L-R. Roux, T. Sartori présentaient peintures, photos, volumes. Intéressantes démarches.
Nicole Friess avait accroché un petit nombre de toiles dans une grange très vaste. Et il faisait sombre. Mais, au final, le regard s’obligeait à demeurer longtemps, à essayer des angles de vue différents. Et on se laissait prendre par la couleur et on partait avec… Bleu de glace, orange de feu, noir d’orage, blanc d’écume…Ce sont des paysages abstraits comme on en a vu dix mille fois, de faux paysages où l’on a cherché dix mille fois un ciel, une mer, un volcan, un horizon…Mais pourquoi, ici, est-on si facilement saisis par eux?
Il y avait même un artiste zingueur! Pascal Catry récupère les gouttières (entre autre) et les travaille (à peine) avec amour. L’amour du zinc. Elles deviennent des objets d’une beauté étonnante. Aplaties, étalées, réunies entre elles, elles révèlent des teintes et des textures tout en nuances mais superbes. Le temps a agi sur elles, l’artiste met en valeur ce travail (il ne fait pas grand chose d’autre). Voici donc de longs tableaux gris et lisses, striés de blanc ou de rouille. Parfois rompus de lignes verticales aux étranges écailles (juste d’anciennes soudures à l’étain).
D’abord, elle fabrique sa mixture. Une sorte de pâte à papier faite d’argile rouge et de filtres anciens passés à l’eau de source. Des végétaux récoltés et séchés par elle vont venir se blottir dedans. Quelques gestes de plasticienne et de technicienne plus loin, l’oeuvre apparaît. Les compositions de Marie-Gala Perroud sont mystérieuses. On y voit la nature amoureusement conservée mais aussi des tableautins d’une esthétique raffinée et gracieuse.
Ce sont des châssis de petit format, 50/50, peints en noir. Patrice Marchand y dépose de petits assemblages, de petites constructions. Un morceaux de grille, un sachet de carton, une enveloppe jaune, quelques pages de livre, un fragment de calligraphie, un bout de journal, une phrase…Tout cela est plus ou moins découpé, décalé, déstructuré. Interviennent parfois sable, acrylique, peinture au bitume. Résultat: des compositions minimalistes, comme de courtes expériences de vie. Il les compare, lui, à des haïkus.
Au château de Salmaise, j’ai retrouvé avec grand plaisir Edith Nicot, notre plasticienne-papier bien connue, Monique Riond et ses Femmes mythiques, en terre cuite, figures sacrées dans leur simplicité, et Marie-Noëlle Noury, invitée d’honneur, accompagnée de son fidèle Maurice en papier mâché (elle lui a encore trouvé des sens figurés devenus des sens propres qui ne lui facilitent pas la vie!).
Et puis, encore: Alexandra Schenke et ses étranges mini carrés couverts d’un langage inconnu, assemblés en cubes, colonnes, sculptures. Mniha et ses photos « Light Painting » qui fantomatisent le réel et le quotidien. Emma Ash et ses grandes peintures hallucinées, aux teintes de fresques, un peu baroques, un peu images pieuses, riches d’existences pluriels. Sandrine Lepelletier géniale dans son art singulier. Frank Mercky le ferronnier et ses bêtes si humoristiques. Niotte Prod et ses personnages de science fiction, hybrides, complexes et imprévus.
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De passage dans le Nord de la France (on dit les Hauts de France, maintenant, je crois), on a parcouru avec plaisir la Galerie du Temps du Louvre de Lens. Fluide, lumineuse, sans cloisons… Il y avait également une petite expo temporaire sur le thème du miroir que j’ai beaucoup appréciée (moi la collectionneuse de petits miroirs!).
Je choisis de sélectionner cette statuette qui m’a fascinée. Elle provient du royaume de Babylone (Iraq actuel) et se situe entre 1900 et 1600 av. JC. Il s’agit sans doute d’un prêtre en prière. Il est à l’image des hommes de ce temps, dans ce pays, qui étaient conçus pour servir les dieux et travailler pour eux. Ils devaient manifester une dévotion constante… Et voilà donc une attitude soumise et inquiète (ai-je bien fait seigneur?) Il est l’esclave du dieu. Un genou en terre. Les épaules remontées, bloquées. La religion était omniprésente. Je me suis dit « Mon Dieu! » !! Et j’ai eu peur !!
L’oeuvre est à la fois un peu grossière et expressive (regard, geste etc). A la fois un peu rustique et précieuse (l’or de certaines parties). Elle dit des choses sur l’époque, sur la culture babylonienne, sur ses croyances. En cela c’est une petite statuette « pleine » et qui garde sûrement beaucoup de secrets en elle.
2017: Consortium et Centre Pompidou fêtaient leurs 40 ans. C’était l’occasion d’une expo au Consortium de Dijon, intitulée « Truchement »
Une dizaine d’artistes à voir dans cette expo. Certaines oeuvres venues du Centre Pompidou. Même avec visite guidée (par une très sympathique médiatrice qui en sait long sur la question et nous livre toutes les clés indispensables). Au Consortium, j’ai souvent de la peine à m’enthousiasmer. Mais, en sortant, je décide quand même que je n’ai pas perdu mon après-midi… Rien que le Giacometti valait le coup!
« Femme deboutII » de Giacometti est associée volontairement à une des « date painting » de On Kaxara. Ce dernier a voulu cette cohabitation. En gros, ça s’explique par l’idée du temps: en Occident, le monde a un début (tradition chrétienne de la Création) et une fin (Apocalypse); en Orient, non. Seul le présent compte. Les « date painting » sont l’oeuvre d’un jour. Un rite quotidien, minutieusement peintes à la plume, à main levée. Le temps condensé dans l’instant de la journée. Et la figure de Giacometti, exceptionnellement pour une oeuvre occidentale, incarnerait elle aussi un présent intemporel. **
Intéressant, tout ça. Mais il reste que la sculpture, hiératique et divine, touche le regardant au plus profond de lui même. Alors que les tableautins où s’inscrivent des dates le laissent froid. Le travail du japonais est certes respectable et intéressant. Je lui proposerais bien de le garder pour lui. Il n’y a aucune raison de le montrer. Désolée.
Les deux artistes pré-cités ont leur portrait dans cette même salle exécutés de main de maître par Yan Pei-Ming. Son geste large et dynamique est là, la bichromie aussi. Et le grand format permet de rentrer dans l’image, comme d’habitude. Fabuleux.
Le « Train fantôme » de Charles de Meaux est intéressant. J’aime les oeuvres qui font participer le visiteur. On pénètre dans un tunnel qui évoque les gros tuyaux, les boyaux, du Centre Pompidou et on avance dans le noir. Sur les cloisons, des images sont projetées. Elles défilent. Comme si l’on était dans un train en marche. Le son est d’ailleurs de connivence avec cette sensation: musique au rythme régulier et lancinant. En superposition sur ces fragments de paysages, des flashs. Réminiscences de films, fantômes de souvenirs. J’ai aimé cet espace mental…
Avec César, pas trop de surprises! Sauf que les compressions présentées ici ont été réalisées dans l’usine Fiat elle-même et qu’elles ont été passées à la peinture exactement comme une voiture neuve. Métallisées, elles sont devenues de beaux objets plissés, joliment tordus, harmonieusement cabossés.
Une toile géante de Frank Stella occupe un mur du Consortium. Spectaculaire ensemble de formes et de couleurs vives: ça tourbillonne, ça s’emmêle, ça se superpose, ça s’enroule. Un peu fête foraine. Un peu musique techno. L’artiste colle, peint, utilise l’ordinateur… La technique au service des effets de relief et de mouvements.
Polombe (extrait)
Pour les autres, je n’ai pas de sentiments! –Graham et sa vidéo sur une machine à écrire de 1930 (j’aurais peut-être dû rester plus longtemps dans la salle obscure, il y avait je crois quelque chose de plus profond et peut-être même d’esthétique à trouver…) – Haacke et son installation sur les empires financiers genre Total ou Cartier, à l’intérieur d’un bunker (construit spécialement pour l’expo), avec évocation d’une violente répression de grèves en Afrique du Sud (une partie de Cartier appartient à un groupe de ce pays) Bof… – Cattelan et son armoire métallique secrète (qui ouvre sur un local technique du Consortium). Ah Ah! –Belcher et ses céramiques JPEG (faudrait beaucoup beaucoup de commentaires à côté pour commencer à effleurer un quelconque intérêt pour cette oeuvre) –Lavier et ses projections d’oeuvres d’art tremblotées qui, c’est exprès, deviennent moches à souhait. Une réflexion sur l’image…Mouais.
**Il faut savoir que Giacometti a fait d’abord une série (9) de ces femmes, modelées en argile, puis moulées en plâtre, puis retravaillées et, enfin, coulées en bronze. Ce processus d’élaboration est courant chez lui. Il recommence sans fin un travail, afin de saisir la « présence ». Et la Femme, ici, dégage une force extraordinaire, universelle. J’aime ses pieds à demi enterrés dans le socle, ce qui ne l’empêche pas d’avancer. Etonnant.
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Souvenez vous! L’inauguration du tram, entre autre, les elfes de lumière…. c’était lui, Timothé Tory, concepteur lumière. Il vient de remporter le grand prix du concours d’idées de la rue de la Liberté à Dijon. Voici son site: https://www.timothetoury.com/
A voir!!!
« La lumière est un langage… La lumière est porteuse de sens… La lumière raconte une histoire… » T. Toury
C’était à Saint-Petersbourg, et nous visitions au pas de course le musée de l’Ermitage avec Katia, notre guide francophone. Soudain, je stoppe. Devant moi, l’entrée d’une salle d’exposition temporaire. Anselm Kiefer! La visite touristique, évidemment, ne prévoyait pas de passer par là. Qu’importe. J’entre, en suppliant amis et guide de m’attendre un peu. Visite éclair mais que d’émotion!
Il s’agit de la première exposition solo de Kiefer en Russie. Elle se tient jusqu’au 3 septembre. Il l’a conçue spécialement pour le Grand Hall Nicolas de l’Ermitage. Les toiles sont inspirées par le poète russe Khlebnikov.
Le poète par lequel Kiefer est ici inspiré était aussi un mathématicien. Par quelques calculs étranges et visionnaires, il avait annoncé la guerre de 14 et la Révolution de 17. Il disait que le poète se doit d’être un messie, un prophète. Il partageait avec Kiefer l’idée que le temps se répète en développements cycliques et circulaires. Tous deux croient aux cycles biologiques. Et tous deux cherchent une vision complète du monde, croyant à la place que tient l’être humain dans le cosmos.
J’ai éprouvé à nouveau, comme dans les expos parisiennes d’Anselm Kiefer, cette sensation de force qui nous dépasse, de peinture toute puissante qui va bien au-delà d’un travail de peintre. Ce sont des cris, des gestes, des actes…
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Par hasard, j’ai découvert où travaille et habite l’artiste Anne Auger, dans un chouette village de la Haute Côte de Nuits. J’étais venue car ce week-end-là s’ouvraient des maisons pour accueillir des artistes et artisans locaux. Bévy faisait sa « biennale », et c’était fort sympa. J’ai appris alors que Anne Auger était l’initiatrice de cette manifestation.
Dans son petit jardin, je vois donc des céramiques et des sculptures. J’entre dans son adorable maison et je vois… des peintures. Que je connais! Ah! Mais je suis chez Anne Auger! Mais oui! … J’ai l’air bête! Or, toutes les fois que, à l’occasion, j’avais vu des peintures de cette artistes, j’avais été intéressée. Je ne connaissais pas son travail de sculpture, par contre.
Ses peintures. Quelque chose de l’époque soviétique. Des « travailleurs » au visage anguleux. Des teintes vives (du rouge à la communiste et du « bleu de travail »). Des évocations d’usines, de chantiers, de machines, de mécaniques. Mais ces compositions s’allègent de-ci de-là par quelques collages de fragments de cartes routières ou de partitions musicales. Et la dureté du profil féminin s’adoucit soudain d’une chevelure qui part en folie, étirée par le vent, par la vitesse. Un univers particulier inspiré sans doute des souvenirs et des passions de l’auteure. Amour des belles et anciennes motos et autos? ça roule, en tout cas, sur ses toiles, bus, voitures, trains, tracteurs… Et puis, il y a la musique, les animaux, les voyages…
Les traits sont simplifiés, les contours bien marqués de noir, les tracés un peu à la cubiste (on pense parfois aux dessins de Cocteau aussi), les arêtes vives, les assemblages raides. Evocation de Fernand Léger, pourquoi pas? Et tout cela est compensé par les formes plus souples des rouages, roues, panneaux de signalisation ronds etc (souvent des collages de photos prises par l’artiste elle-même). Et également par quelques phrases manuscrites qui apportent leur touche de poésie. C’est décidément un monde bien personnel. On dirait des vitraux pour usines! Les personnages ressemblent à leurs machines, et ils ne font qu’un avec elles.
Côté volumes, on retrouve quelques cubes et parallélépipèdes et des lignes cassées qui rappellent les peintures. Dans les peintures, en quelque sorte, il y a déjà les sculptures. Souvent des formes d’enclumes, d’où jaillissent des personnages drôles, naïfs, énigmatiques, la plupart du temps en partance, en mouvement.
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