Le Centre Pompidou, à Paris, expose Derain jusqu’au 29 janvier. Bien que ce peintre ne représente pas une passion pour moi, je choisis d’évoquer cette expo pour ce mois-ci, car j’ai trouvé intéressant de suivre son cheminement un peu chaotique au travers de ceux des artistes de son époque.
Déjà, il me plaît bien que André Derain, avec quelques autres collègues de son temps, aient été traités de fous! Leur folie constituant sans doute à donner une vision anti conventionnelle du réel. Dire par la couleur. Et quelle couleur! Casser les lignes. Simplifier les formes. Fausser les perceptives. C’était une période passionnante, où les artistes cherchaient à faire dire autre chose à l’art. Ou, en tout cas, se posaient des questions.
Ensuite, l’étonnement à tout moment le long de la visite…Ah Matisse! Vlaminck! Cézanne!Van Gogh! Braque! Picasso! …Mais non, c’est Derain à chaque fois! Qui a influencé l’autre? Ces liens entre les artistes du moment (souvent ils se fréquentent, certains sont amis) sont captivants. Le jeu, pour nous, peut constituer à détecter les différences et ressemblances! Repérer la patte de chacun sur un même sujet: les « baigneuses » par exemple, sujet traité par Picasso, Matisse et Derain! Ce dernier en donne deux versions (et même plusieurs autres je crois mais pas ici, dans l’expo). Très différentes. L’une (1907) est sculpturale, baignée d’un vert d’eau glauque, exacerbée dans ses couleurs de peau. Une version très fauve. La deuxième (1908) évoque plutôt une fresque de Giotto, aux teintes pâles, aux nus plus alanguis, à la composition plus classique. Difficile d’y voir deux Derain!
Surprenante, donc, cette quête de Derain. Le fauve, le cubiste, les tentations de pointillisme, les références à l’art africain ou à la peinture ancienne et même le photographe. Des changements radicaux. Il part dans tous les sens. Il doute. Il cherche. Ne choisit pas un style pour s’y arrêter. Le visiteur en est mal à l’aise. Quand, après les flamboyants tableaux « fauves », il se retrouve confronté au « Samedi » ou aux « Deux soeurs », il tombe des nues! Derain peint là des scènes raides, sombres, solennelles, troublantes. On pense au Greco. Quel contraste!
« Samedi » (extrait)l
Etrange personnage que ce Derain! Fuyant. Inconnu. Inclassable. Sa rupture avec la peinture (un abandon, un suicide artistique), pendant la seconde Guerre Mondiale, juste après avoir produit une grande toile énigmatique, « L’Age d’Or », va dans le même sens: on ne connaît pas André Derain.
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L’espace d’exposition de La Chartreuse, à Dijon, géré par l’association Itinéraire Singulier, s’appelle l’Hostellerie. (C’est nouveau? Ou je n’avais jamais tilté?). Vous entrez dans le beau parc de La Chartreuse, vous suivez les indications « Puits de Moïse » et vous y êtes. C’est le grand beau bâtiment à votre droite quand vous êtes face à l’entrée du Puits de Moïse. L’hiver 17-18 y était exposé le peintre Jacques Chapiro, de l’Ecole de Paris (ami de Chagalle, entre autre).
Don Quichotte
Ce russe, qui s’est installé en 1925 à La Ruche, lieu d’accueil parisien, quartier Montparnasse, pour artistes nécessiteux, où sont passés aussi Soutine, Chagalle, Modigliani etc, porte en lui ses origines et ses fréquentations. Son travail fait penser tantôt à la Russie elle-même tantôt à Soutine ou Chagalle (Russie aussi!!) Jacques Chapiro, avec ses gouaches sur papier, montre une peinture sympathique, narrative, vivante et colorée. Ses touches de couleur sont plutôt ordonnées, et elles aboutissent à une composition secouée d’ondulations et de vagues (à la Soutine) ou à un agglomérat fantaisiste de figures (à la Chagalle). Une peinture qui raconte. Des légendes, des fables, des rêves…ou la vie quotidienne des ouvriers d’usines. On aime aussi ses dessins. Quelques coups de crayon habiles et sûrs pour un portrait ou un animal.
Ma peinture préférée est « La Ruche » qui évoque ce lieu bourdonnant et créatif sauvé par Chapiro et Chagalle dans les années 60. (Il existe toujours aujourd’hui). Les bâtiments y apparaissent. Et se superposent personnages objets et animaux, illustrant sans doute toutes sortes d’anecdotes vécues là-bas . Le tout dans une naïveté de bon aloi. Le pinceau de l’artiste écrit là l’agitation amicale, turbulente mais féconde qui devait régner à La Ruche. Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
Si on vous disait « c’est un type qui récupère des vieux bouts de fer et en fait des sculptures », il fallait quand même aller à la Galerie La Source, en décembre 2017, découvrir l’exposition de Philippe Simonnet! Voir des objets poétiques et originaux. Ce n’était ni des coqs en clefs vieillies ni des bonhommes en casse-noix. L’expo s’intitulait « Vanités industrielles » et elle valait le détour.
Le « type », donc, est en fait un artiste sensible et discret, passionné d’archéologie. Il collecte des morceaux de fer dans des friches industrielles, ou des ruines ou chez les ferrailleurs. Il les assemble. Et naissent alors sous ses doigts des choses inclassables, qui ont peut-être déjà traversé plusieurs temps. Qui sont peut-être tombées d’une autre planète. Qui possèdent peut-être un pouvoir sorcier. En tout cas, des objets entourés d’une certaine aura.
Parfois, entre végétal et animal, les oeuvres de Philippe Simonnet peuvent séduire par leur élégance. Voici d’étranges fleurs géantes et des buissons de végétaux improbables. Voici des bâtons de procession pour des cérémonies qui n’existent pas encore. (Belle idée d’avoir fixé aux murs blancs ces objets aussi décoratifs que du fer forgé, les ombres qui en découlent sont suggestives)
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Comme le rappelle un commentaire ci-dessous, allez voir le site de l’artiste et sa page facebook
Cet hiver 2017, l’exposition, à la Galerie Alain Margaron, à Paris (5 rue du Perche), consacrée à l’artiste et écrivain Fred Deux, s’intitulait « Une vie sur la table à dessin ». Titre à plusieurs sens.
On comprend que Fred Deux n’a vécu que pour le dessin. On comprend aussi que ses dessins disent toute sa vie et tout son être. Et on comprend enfin que cette table à dessin lui sert (symboliquement) de table chirurgicale, de table de dissection. Physique et psychique. L’encre, la mine de plomb, le graphite ou l’aquarelle fouillent l’anatomie de l’homme. Corps et âme.
Le crayon de Fred Deux pénètre à l’intérieur des corps (de son corps?) et en extrait des fragments. Formes molles, gluantes, sanguinolentes, translucides parfois. Tissus organiques, membranes, viscères, cartilages. Il écarte les peaux, ouvre les cages thoraciques, creuse les cerveaux. Il cherche dans les profondeurs. Il sort les réseaux internes, pour les emmêler ou les démêler. Pour les examiner. Les comprendre.
C’est une introspection.
C’est une quête.
Le dessin de l’artiste mènerait ainsi à la connaissance de l’humain. Le corporel se confondant avec le mental. L’un rendant visible et tangible l’autre. Et aller au bout des choses. Débusquer le pourquoi de la naissance et, par-là même, de la mort. L’une et l’autre sont absolument présentes dans l’œuvre dessinée de l’artiste.
Et puis, sous le crayon de Fred Deux, naissent des êtres étranges. Hybrides. Sortis d’un imaginaire à la Giger (des Alien). Inquiétants. Monstrueux.
extrait
Raconté comme ça, le travail de Fred Deux n’est guère engageant! Et pourtant, on est fasciné. (Je ne parvenais pas à quitter la Galerie! Qui, d’ailleurs, est un très beau lieu, accueillant et chaleureux). Chaque dessin est d’une beauté étonnante. Traits et teintes délicats, retenus, presque en douceur, harmonieux. On pense à des planches anatomiques, précises et belles. Sauf que…le réalisme s’est métamorphosé en une recherche spirituelle.
J’avais découvert Fred Deux à travers seulement deux ou trois dessins vus à l’abbaye d’Auberive en septembre dernier: « Etre en vie et envie d’être ». Et en ce moment, jusqu’à début janvier 2018, une grande expo se déroule à Lyon en son honneur (musée des BA).
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A la Galerie Thaddaeus Ropac du Marais, à Paris, j’ai vu ce mois d’octobre 2017, « The beginning of something else » de Wolfgang Laib, artiste allemand très influencé par l’Inde.
Ce fut étrange, car l’exposition devait me faire entrer dans une sorte de spiritualité. J’attendais cet instant en marchant dans la rue. Je m’y préparais. J’avais hâte d’entrer en méditation.
Badaboum. La grande salle claire et blanche où avaient été déposés 6 gros blocs de granit noir de forme ovoïde… était envahie par un groupe d’étudiants (des Beaux Arts?). Ils étaient assis ou accroupis au sol, carnet et crayon en main. Sacs, écharpes, papiers et manteaux jonchaient le sol. La prof circulait de l’un à l’autre, donnant ses consignes (à voix basse, faut reconnaître) .
Les oeufs cosmiques, les Brahmanda, sensés représenter la création du monde, selon les textes sanskrits, allaient devoir redoubler d’énergie pour m’entraîner dans leur aura positive. Quant à la frise des 28 grands pastels blancs sur papier blanc qui faisaient procession autour des murs, elle avait intérêt à diffuser très fort son aimant d’immatérialité et d’intemporalité…
Bon, restons zen. Ignorons ces gentils jeunes gens. Faisons abstraction. Enjambons les sacs et laissons venir…
Eh ben, ça marche. Peu à peu, l’effet sacré de l’installation s’est imposé à moi. Les lourdes pierres se sont soudain mises en apesanteur. Les dessins à peine visibles sur les feuilles du mur sont sortis lentement de leurs nuées. J’étais bien. Une force douce s’échappait des oeufs noirs. Un souffle impalpable émanait des blancheurs dessinées aux murs.
Pas mal, monsieur Wolfgang Laib … Merci.
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Le blog a passé la Manche! Exceptionnelle expositioncet hiver 2017, à la Royal Academy of Arts du peintre américain Jasper Johns (né en 1930). « Something resembling truth » retraçait 60 ans de carrière. J’avoue que cet artiste m’était inconnu, alors qu’il est une vraie légende, apparemment, au même titre qu’Andy Warhol par exemple (pas grand chose à voir, sinon…). Et il fait aussi partie des artistes les plus chers du monde! (jusqu’à 80 millions de dollars, une de ses œuvres vendues!). Mais il semble qu’en fait, les Américains aient pris ses tableaux représentant leur drapeau comme des emblèmes patriotiques! Erreur! Jasper Johns n’avait pas vraiment cette intention!
Vierge et naïve, je me suis donc plongée dans cette expo sans aucun apriori! Plongée dans l’inconnu. (J’avais bien déjà aperçu quelques uns de ses « flags », mais sans y prêter attention.)
Et je me suis facilement prise au jeu de la découverte.
Les thèmes déclinés à l’infini, ça me plaît. Au départ, des sujets simplistes: drapeaux, cartes de géographie, cibles, chiffres, lettres. « Les choses que l’esprit connaît déjà », dit l’artiste. Sur des dizaines d’années, il a repris inlassablement ces sujets. Une obsession? Non, une belle exploration menée par un artiste dans l’âme.
Devant la toile… on ne voit plus un drapeau ou une carte des Etats Unis, on voit… un tableau. Il y a des déformations, des effacements, des coulures, des accidents, des empâtements… La peinture a gagné. Le dessin, aussi: ainsi ces chiffres dessinés au charbon, de 1 à 9, qui s’empilent, tel un défilement numérique, jusqu’à donner une abstraction, car seuls quelques parties de chiffres se devinent encore, à force d’être superposés. Le résultat est intéressant et beau à la fois. Le sujet, chez Jasper Johns, n’est que prétexte. Il est séparé de sa réalité pour devenir objet pictural.
Jasper Johns, qu’on étiquette facilement peintre dada, intègre parfois des objets à ses toiles, comme Rauschenberg (un temps son amant et compagnon d’atelier): fourchette, balai, tasse. Objets du quotidien, en dérision. L’impression qu’il ne veut surtout pas sacraliser l’art.
Jasper Johns a tendance à avoir une texture sculptée dans ses toiles, avec une peinture à l’encaustique assez épaisse, des inserts d’objets, des rajouts de charnières ou de fils, des écartements qui ouvrent la toile en fente pour voir le mur à l’arrière… Quand même, on sent le peintre, là derrière, toujours. On sent le geste et la matière bien présents. Et, du coup, les œuvres sont non seulement passionnantes pour leur travail de recherche (philosophique?) mais aussi séduisantes par leur valeur esthétique. Même si cela ne représente sans doute pas l’objectif de cet artiste.
Les dernières œuvres (il a aujourd’hui 87 ans) sont plutôt du côté surréaliste. Avec des assemblages d’images. Des compositions autour de ses souvenirs. Il est hanté par les étranges mécanismes de la mémoire. Mais, de toute façon, il n’a jamais lâché ses œuvres antérieures, rebondissant sans cesse dessus, jouant de l’une à l’autre, comme en ricochets. Pour le visiteur ce peut être amusant de distinguer telle ou telle réminiscence d’une toile passée dans une toile plus récente. Donc, que ce soit les séries sur un thème identique ou les rappels incessants des travaux passés, l’œuvre de Jasper Johns s’enroule comme une vague sans fin.
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A Fontaine-lès-Dijon, Galerie La Source, automne 2017, les expositions s’enchaînent et ça tient la route! Cette fois encore, on s’est fait plaisir avec la venue de Françoise Utrel et ses « DéS-éQUILIBRES ».
Tout au long de cette expo, une forme nous suit.
On assiste à ses déformations, à ses métamorphoses. Oui, parfois elle mue. Elle se fait caillou, beaucoup. Mais aussi petit organisme. Ou rocher imposant. Enrubannée parfois, habillée de lanières textiles ou végétales. Emprisonnée parfois, dans un réseau de lianes. Étouffée aussi, au creux des vagues d’un magma tourbillonnant.
Et la forme, quand elle est gros galet, lisse ou rugueux, peut se retrouver suspendue. Empilée avec d’autres. Juste un fil les retient. L’équilibre est improbable. La situation si fragile… Éphémère? On suit tout cela. Étrange voyage initiatique.
Et, en fait, c’est la toile qui donne naissance à cette forme et à ses avatars. Françoise Utrel lui communique une telle matière riche et féconde… Comme une matière primitive, capable d’engendrer des formes de vie. Oui, ce volume qui nous suit depuis le début nait du fond de la toile elle-même.
Et on se dit que les mésaventures de cette « forme » ressemblent décidément bien à nos existences.
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Septembre 2017. Qu’est-ce qui m’a fait vibrer le plus (en art) ce mois-ci? J’hésite.
J’hésite entre une nouvelle visite sur le site de Christine Delbecq et des gravures d’Odile Massart à l’exposition de la Coupole. Pas pareil. Bon,j’essaierai une autre fois d’écrire sur Odile Massart, quand je connaîtrai mieux son travail. Allons-y pour Christine Delbecq et ses mots!
Dans son atelier, j’ai vu que Christine Delbecq était repartie dans une réalisation de l’un de ses « Murs qui tremblent ». Je me suis donc rendue sur son site, après plusieurs mois sans visite. J’avais presque oublié comment elle sait écrire. Comment elle sait dire le pourquoi de ses projets. Quelques mots d’elle, et ça y est… On se sent bien (mieux) devant son travail de plasticienne. Il suffit de ces trois-quatre lignes pour qu’on soit (r)assurés, confirmés dans notre rapport à ses travaux. On avait bien déjà un peu pressenti des choses… On avait déjà osé exprimer des impressions, des visions, des réactions. Mais quand c’est dit par elle…Et que ça correspond… Ouf! Le plaisir devient fluide. Le parcours sur son chemin d’artiste se fait maintenant sans heurt. On avance, on recule, on improvise, on invente, on interprète, on imagine, on explique, on éclaire, on pénètre…
C’est drôle comme j’ai besoin de ses paroles ou de ses écrits à elle, Christine Delbecq, pour apprécier encore mieux son travail. Ses travaux, je sens qu’il s’y passe toujours quelque chose. Et que c’est important. En moi, une vapeur, une buée, une chaleur. Mais informe. Sans squelette. Je cherche des mots (j’adore ça, d’habitude! Poser des mots sur une oeuvre d’art et je l’ai déjà fait pour elle, mais c’était il y a longtemps) et ils ne viennent pas. Ou ils sont si mal à propos…Ou timides…Incertains.
J’ai donc relu ou lu tout ce que Christine Delbecq met dans son site. « Marcher les jours », « Chambre d’écho », « Dans le grand blanc », « Chaos Carton » etc. etc.
J’ai aimé quand, à propos de son travail, elle parle de « remachage discret », d' »une même idée mâchonnée, ruminée, ingérée et digérée ». Quand elle écrit « ébranler le point de vue ». Quand elle évoque « notre rapport à l’immense ». Et, sur « Les PetitsRouges », « élans et rencontres, suspensions et arrêts ». Sur « MarcherLesJours », « un paysage tissé par les liens ». Sur « LesMursQuiTremblent », « les vibrations du mur, les échos qui prolongent toute expérience ». Et plein d’autres choses encore! Certes, son oeuvre est en première place par rapport à ce qu’elle en dit! Mais malgré tout… ça se complète d’une certaine manière.
Dans le Hall de l’ABC, passage Darcy, à Dijon, « Abysses » , en octobre 2017. Un travail de Muriel Carpentier.
C’est avec une vidéo que Muriel Carpentier m’avait interpellée il y a quelques années. Un collier de glaçons qui fondaient autour du coup d’une femme. La peau frissonnait. Les gouttes glissaient. Les « perles » d’eau gelée s’amenuisaient peu à peu. Génial.
Cette fois, il y a encore vidéo, mais pas que…Autour du thème des abysses, la jeune artiste (des Beaux Arts de Dijon, c’est ici sa première expo solo) décline dessins, photos et installation.
A l’entrée, deux simples tréteaux peints en violet et éclairés d’une simple lampe de bureau accueillent quelques superbes encres colorées de l’artiste. Belle idée. Bien mieux que accrochées au mur. Car…on les regarde du haut. On « plonge » dedans. Pour voir de mystérieux organismes aux belles transparences. On ne sait pas encore qu’on va descendre beaucoup plus profond encore!
Continuons notre plongée en apnée. Aux murs, des dessins minutieux et fouillés nous font rencontrer quelques créatures en mutation. Mi-végétales, mi-animales.
Allez, on s’aventure derrière le rideau noir! Un décor de roches noires que je définirais volontiers comme volcaniques nous entoure. On ose marcher un peu. Mais des flaques d’une étrange matière aquatique, mi-visqueuse, mi-mousseuse, nous arrêtent. Une lumière venue des profondeurs les éclaire par dessous. Danger! On n’avance pas le pied! ça semble sans fond! Venu des entrailles, ce liquide remue lentement, au rythme des sons qui résonnent autour de nous. Échos de grottes, craquements, glouglous…Avons-nous atteint le ventre de la terre? Ce liquide est-il fécond? Il passe par une palette de couleurs magnifiques, du glauque au rouge feu. Est-il bouillant ou glacial? Va-t-il en jaillir une de ces créatures inconnues qui vivent dans les abysses, de celles vues sur les dessins de Muriel Carpentier?
L’exposition est courte. Peu de choses. Mais on est convaincu. Sa projection vidéo « Descente en eaux troubles » s’associe à ses dessins « Captures » et « Paliers » et à ses photos pour créer un univers et transmettre des sensations, voire des réflexions.
On peut terminer par le book de Muriel Carpentier et constater qu’elle est ouverte à plusieurs domaines de création, seule ou en collectifs. Elle construit peu à peu une oeuvre. A suivre.
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L’Abbaye de Auberive (Haute Marne) est un centre d’art contemporain, entre autre ( aussi concerts, conférences etc). Son propriétaire, Jean-Claude Volot, est grand collectionneur d’art. Particulièrement intéressé par l’art singulier (art brut) et les arts populaires. Chaque année, en été, l’abbaye présente une exposition. 2017 a été marquée par « Opiums? », qui proposait une grande partie du fonds de l’Abbaye et quelques autres oeuvres. Le tout sur le thèmes des croyances, des religions, des dévotions, des addictions diverses et variées. Jusqu’au « culte » rendu à Mao! Une exposition très très complète
Parmi la quantité d’œuvres présentées, j’ai envie de parler de celle de Yolande Fièvre, son « Petit peuple pour des pierres ». Des créatures faites d’argile séchée sont assemblées en une sorte de cérémonie, sur un sol jonché de terre. Il semble que certaines soient décapitées. D’autres seraient bicéphales. De fins branchages ont poussé dans leur corps et jaillissent tels des membres. Ils s’emmêlent pour former au-dessus d’eux comme un dais de procession. Trois animaux, d’argile eux aussi, de la taille de gros chiens, suivent ce rituel. Mais ces êtres étranges ne seraient-ils pas des buissons animés de vie quasi humaine? Oui. Les ramures ont une âme. La nature a une âme. Voilà sans doute ce que dit l’installation de l’artiste. En tout cas, c’est bouleversant. Plongeon dans les ancestrales croyances, et dans nos propres rêves, cauchemars et imaginaires.
Dans la pièce à côté, un autre « petit peuple », celui de Jephane de Villiers. Une foule de mini personnages hallucinés se regroupe autour d’un énorme animal (lui aussi d’argile séchée) ou s’agglutine sous une espèce de cage faite de ronces. On imagine des populations soumises à une divinité…ou quelque chose comme ça. Là encore, une installation bouleversante.
Le sculpteur Marc Petit occupe une place de choix dans cette Abbaye d’Auberive. De très nombreux bronzes sont à voir en extérieur comme en intérieur. Et on se laisse prendre par ses sombres personnages accablés, tourmentés, ravagés de souffrance. L’artiste ne leur a laissé que la peau sur les os. Une peau parcheminée, ridée jusqu’à la déchirure. Ils sont à la fois légers comme des fantômes et lourds comme des humains qui avancent sous le poids de tous les malheurs du monde. Ils avancent, et même ils dansent. Jambes, bras et mains graciles dessinent des chorégraphies. Mais c’est « la danse macabre ». La mort, déjà, avant même d’être mort. La mort à l’intérieur de la vie. Ou le contraire. La matière même de ces sculptures, entre terre souple manipulée par les doigts de l’artiste et rigidité cadavérique du bronze est extraordinaire.
L’exposition m’a laissé plein d’autres résonances vibrer en moi: Un Christ en bois du XVIIème siècle aux côtés d’un Christ en bois de Tanzanie. Des maternités de Côte d’Ivoire en bois associées à des Vierges à l’enfant de France ou d’Italie. Une collection de petits bénitiers. Une sculpture pieuse d’art populaire mexicain. Des peintures de Nitkowski, de Correia, de Rustin… Des dessins de Fred Deux. Un Combas. Une collection de porcelaines de la propagande Mao…
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