Le temps des expositions est terminé pour la saison à la Galerie La Source. La dernière, comme tous les ans, était celle des élèves des ateliers (La Sardine éblouie) de l’artiste plasticienne Nadine Morel. Et comme tous les ans, les travaux des plus jeunes et ceux des adultes se sont mêlés, et, étonnamment, ça donnait des installations, quand même, parfaitement harmonieuses. Gros plaisir de l’oeil!!
Des milliers de papillons, quelques gambettes sorties du plafond, des dessins de chaussures, des silhouettes en fil de fer façon Calder, des collections d’insectes, des cactus, des cocons en papier froissé façon Edith Nicot (elle est venue travailler avec les élèves de Nadine) etc…
L’expo propose aussi des textes de l’atelier écriture de la Sardine éblouie.
lesateliersdelasardineeblouie.blogspot.com
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Longtemps que je n’ai pas écrit sur mon blog! Je livre aujourd’hui un échantillon de chacune de mes visites (art plastique, quoique ces vadrouilles diverses n’avaient pas spécialement l’art pour but…Mais on en profite!) faites ces temps-ci (juin 2017) en France et ailleurs!
-Saint-Pétersbourg, first. Le Musée russe a eu ma visite. Plaisir de voir Kadinsky ou Malevitch! Puis de passer (vite) devant des peintures bien soviétiques…Mais surtout un régal devant quelques peintures sur bois de l’ancienne Russie (XIIIè-XVIème siècle)
Le gigantesque musée de l’Hermitage a eu aussi ma visite. Entre des dizaines de galeries d’apparat, d’escaliers d’honneur et de salles archi dorées… Entre quelques beaux Bellini, Goya, Le Greco, Rembrandt…Entre des troupeaux de touristes chinois, russes ou européens… J’ai eu la chance de voir une expo de A. Kiefer (et dans ces salles-là, les foules avaient presque disparu!!)
Anselm Kiefer a réalisé ces peintures spécialement pour l’Hermitage, en l’honneur du poète russe V. Khlebnikov. Oeuvres presque toutes très grand format. Impressionnantes. Toujours des paysages d’une terrifiante beauté où règnent éternellement des vestiges de guerres (réels ou fantômes)
-Budapest, ensuite. Dans le jardin de la Grande Synagogue, une sculpture de Imre Varga s’intitule « saule pleureur » ou « arbre de vie ». Un arbre métallique. Chacune de ses feuilles porte le nom d’une victime de la Shoah (oeuvre en partie financée par l’acteur Tony Curtis, d’origine hongroise).
-Londres, pour continuer! Je ne voulais pas louper un passage à la Modern Tate! Imposant lieu d’art contemporain installé dans une ancienne centrale électrique. Une collection relativement légère en nombres d’oeuvres (mais haute qualité!). J’ai noté en vrac Matisse, Richter, Soulage, Kapoor, Bonnard, Rothko, Penone… L’installation qui a retenu mon attention est celle de l’artiste polonaise Magdalena Abakanowicz, « Material and objects 9 ». Un immense dépôt de sculptures molles, telles des momies, ou des roches, ou des embryons, ou des sacs de jute… Chaos, éboulis…Ou quelque chose d’organique, d’où la vie a disparu ou n’a pas encore jailli.
–Collioure, eh oui! France! Vu Augustin Hanicotte (1870-1957) avec une intéressante vision simple de la vie quotidienne du port de Collioure. Un témoignage. Une fresque vivante et naïve, un peu à la flamande. Mon préféré: un grand tableau de gouache et aquarelle sur papier kraft.
-Narbonne, aussi! Me suis assise sur le banc géant de Lilian Bourgeat, l’artiste dijonnais. Une des oeuvres de ses fragments urbains surdimensionnés.
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L’artiste HR Giger (1940-2014) est suisse. Il est connu pour avoir créé le fameux monstre du premier film Alien (de Rideley Scott), ainsi que des éléments du décor (siège du pilote et couloirs du vaisseau). En 1998, tombé amoureux du village de Gruyère, il y achète le château St Germain et y installe son musée. Une visite là-bas m’a laissé des souvenirs ineffaçables!
Cette ancienne grande bâtisse, sur 4 étages, permet de découvrir peintures, sculptures et dessins de cet artiste. On est embarqués dans un étonnant univers de créatures cauchemardesques et sataniques. Peints pour la plupart au pistolet à air comprimé, les tableaux et fresques dévoilent d’extraordinaires détails de scènes imaginaires, entre science-fiction, mondes fantastiques, érotisme et sadisme. Les êtres sont mi humains mi animaux mi mécaniques. Les viscères et organes se prolongent en tuyaux et réseaux de câbles. Les êtres vivants se métamorphosent en machines et réciproquement. Les frontières entre vie et mort n’existent plus.
Au dernier étage du bâtiment, la collection personnelle d’oeuvres d’art de Giger est dans le même état d’esprit. Il y a des choses très intéressantes.
En 2003, Giger a conçu aussi un bar, dans la même ruelle, en face du musée, où se déploie un monde d’enfer! Voûtes, tables et sièges sont en (faux) squelettes! Ma bière blanche n’avait pourtant pas un goût de bave de démon…
Les photos sont interdites dans le musée. Seules sont autorisées celles dans la boutique.
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C’est encore une petite découverte sympa que j’ai faite en ce printemps 2017: le Salon MacParis. Un lieu, d’abord: le Bastille Design Center, dans le 11ème. Ancien bâtiment industriel du XIXème siècle (quincaillerie, fabrication et gros, je crois). Sol en pavés de bois, verrière, mezzanine, sous-sol… Bel endroit. Le Salon MacParis s’y déroulait sur six jours. Pour la première fois ici (Il avait déménagé). Bien accueillis, entrée gratuite, présence des artistes (une trentaine, chacun avec son espace qui ne se cogne pas au voisin). Les galeristes et amateurs d’art viennent faire leur « marché »! Mais pas senti du tout d’esprit mercantile.
Parmi les exposants, je choisis aujourd’hui de parler de Axel Roy et sa série « Stock Topoï ».
Parisien, ce jeune homme est diplômé des Beaux Arts de Dijon. (Non, ce n’est pas le seul critère qui m’a fait le retenir aujourd’hui!!!).
Il dessine à partir de photos. Il en garde le réalisme. D’ailleurs un regard trop rapide sur ses toiles est trompé. Il croit y voir des photos noir et blanc. Pourquoi le dessin, alors? Sans doute l’artiste s’implique-t-il davantage. Par le travail du graphite sur papier, par le geste, par le temps passé etc.
Il représente des personnages qui, le plus souvent, déambulent en ville. Qui sont dans le mouvement de la marche. Mais l’artiste a enlevé le décor, les objets, l’architecture, l’environnement. Ne restent que des fragments des photos. Comme découpés (les « coupes mobiles » du cinéma dirait G.Deleuze). Puis comme collés. Déplacés, posés sur la surface de la toile. Juste les gens qui marchent. Du coup, le vide prend une place importante. Le blanc de la toile a une présence forte. Certains personnages ont déjà quitté le tableau et ne laissent apercevoir qu’un petit bout d’eux-mêmes. S’ils sont assis (au restaurant par exemple), l’idée du déplacement n’existe plus, mais les espaces vierges entre eux sont toujours là.
Finalement c’est cet espace entre les personnages qui fait le sujet de la toile. La distance entre eux. Axel Roy fait aussi parfois des performances. Et son sujet rejoint celui-là: l’inscription des gens dans l’espace public, les comportements inconscients, les gestes si quotidiens et si coulés dans l’habitude, si moulés par une culture, un pays, une éducation… Et les relations entre eux qui en découlent (inexistantes?).
Au Salon, l’artiste avait posé au sol deux de ses toiles. Bonne idée.
Eva Ducret, Laurent Delaire et BAP exposaient ensemble à la Galerie La Source, Fontaine-lès-Dijon en mai 2017, ça s’intitulait « Triagonale ». Génial!
Rarement (pour ne pas dire jamais) on n’avait vu une telle cohérence à La Source pour une exposition commune. Ils sont trois, Eva Ducret, Laurent Delaire et BAP et ils ont su à merveille marier leur travail respectif pour cette occasion. Si bien qu’au bout du compte, leur expo devient presqu’une œuvre en elle-même.
Dès l’entrée, une installation. Et tout de suite, le ton est donné. Quelque chose comme un sentiment de vie qui passe….et qu’on aimerait freiner, retenir, conserver.
Ces petits moules à gâteaux (Eva Ducret), tout rouillés, engloutis dans d’informes boules de terre, tels des éclats de poterie préhistorique sur un chantier de fouilles, on les regarde soudain comme de sacro-saintes reliques. Cette grise pile de manuscrits à l’écriture mystérieuse (Laurent Delaire), on la prendrait volontiers pour de précieux manuscrits sauvés de la destruction, quelque part dans le monde. Ces ardoises et ces objets en pâte de verre (BAP), comme on n’en fait plus, sont les témoins d’un passé révolu et on se plaît à les voir reprendre vie autrement.
A l’étage, se poursuit le fil de cette idée pressentie dès le rez-de-chaussée. Mais elle s’affine. Du thème (trop) classique, traces du passé, mémoire, oubli, souvenirs etc, on arrive au concept de « l’archéologie du présent ». Les 3 plasticiens, main dans la main, chacun à leur manière, disent ce temps présent qui file mais qui, pourtant, est tellement là. Et ce temps présent qui est déjà passé…
Les spirales d’Eva Ducret tourbillonnent. Et quand ça tourne si vite, la machine du temps s’arrête, non? Et l’apparence devient invisible, non?
Les architectures sur ardoise de BAP flottent entre rêve et réalité, entre vrai et faux. Ses fragments (moulages en papier, rappel des verres anciens du rez-de-chaussée) sont ces fossiles que l’on collectionne… mais bien plus fragiles que la pierre. Des petites déchirures.
La série des « lumière au fond » (tableautins) de Laurent Delaire cherche ce qui est caché derrière. Ou enfoui. Ou disparu momentanément.
Les artistes, décidément, se font ici paléontologues !
Et avec ses extraordinaires « Scripsi » Laurent Delaire a entrepris un long travail de plasticien qu’il nomme lui-même « l’expérience même du présent ». L’écriture inventée qu’il déploie sur des centaines de rouleaux, de tablettes… est deux fois inexistante! D’une part elle est imaginaire et d’autre part elle n’est que sa propre trace (technique de la « réserve »). Reste pour lui le geste d’écrire, comme un rituel, comme une méditation de pleine conscience. Recherche personnelle et solitaire, mais évidemment… l’impacte sur le regardant est bien réel. Quelque chose passe, à n’en pas douter.
Cette exposition est pensée. Riche. Forte. Mais aussi belle: il y a des éléments graphiques, des volumes, des mises en scène, des harmonies… juste beaux.
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En mai 2017, au Centre Pierre-Jacques, le Salon de Fontaine les Dijon
Malgré un net effort d' »aération » entre les panneaux et de « circulation fluide » entre eux, le regard est inévitablement confronté à certaines cohabitations malheureuses. Pauvre Jean- Claude Sgro, par exemple, obligé de supporter ses voisins d’expo si différents de lui. Il faut un bon degré de zénitude au spectateur pour se concentrer sur chaque toile, en ignorant celles d’à côté. La promiscuité défavorise. Et certains artistes n’ont pas de chance avec le choix de leur panneau: telle Yi-Ling-Yu, en contre jour. Rédhibitoire…
Dans l’ensemble, la balade est quand même agréable. On découvre des talents. On apprécie les retrouvailles avec d’autres. On se laisse intriguer par certaines techniques. On repère quelques évolutions chez certains artistes connus.
J’ai fait un premier tour d’horizon dans ce Salon et voici quelques noms, parmi ceux qui m’ont fait arrêter, soit étonnée, soit émue, soit admirative, soit juste contente (petits plaisirs simples!)
Matthieu Louvrier: ça alors! je croyais qu’il était illustrateur et peignait des tableautins pour chambres d’enfants! Et là, je suis devant un triptyque très fort. Trois personnages qui émergent du noir (peinture sur velours noir) et vous font face, vous provoquent. Visages,mains et pieds clairs (des membres comme détachés du corps)…Le reste est dans la nuit. Trois portraits silencieux… qui vous interpellent.Fred Content a choisi d’exposer ses monographies et il a bien fait. Couleurs coulées, aplaties, tendues, griffées, cernées….Bel effet.
Francis Orzel: trois toiles lumineuses, trois paysages intérieurs sortis de l’étrange processus de cet artiste (projection de pigments avec pipette).
Claude Bouhot: du papier plissé, collé et rehaussé de crayon gris. C’est joli mais ça pourrait même devenir intéressant!
Christine Bossier: impressionnantes gravures où l’anatomie du dessin se fond ou s’incruste dans des surfaces colorées délicatement. (Ce serait appréciable sans vitre!!)
Muriel Bonnard: toujours d’émouvantes scènes profondément humaines. Comme des fragments de fresques qui raconteraient des évènements douloureux.
Et puis les « têtes détricotées » de Ahmed El Djama, les plexiglas gravés de Jean-Louis Vouaux…
L’invité d’honneur est Jacques Perreaut. Artiste contemporain qui trouve ses sources d’inspiration dans l’Histoire et dans l’art militaire. Deux sujets qui ne me passionnent pas. Ses petites installations au Salon ne sont pas sans intérêt, néanmoins. Surtout celle d’Apollinaire, à mon avis.Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois, et voir le nom des auteurs.
Avec retard, mon blog étant tombé dans le coma (merci à Bastien pour l’opération chirurgicale réussie!), voici mon choix du mois d’avril 2017:
Ce mois-ci, j’ai découvert à Paris, rue Richelieu un chouette lieu qui réunit un hôtel de luxe, une boutique en son rez-de-chaussée et une salle d’expo au sous-sol. Le tout sous l’intitulé de Drawing (drawing hôtel, drawing shop et drawing lab) Cet ensemble, consacré donc au dessin, existe seulement depuis février. (cf article du « M » samedi 6 mai, p.65-67)
Je n’ai pas osé monter dans les 5 étages de l’hôtel 4 étoiles et je m’en mords les doigts aujourd’hui. Des artistes ont en effet eu carte blanche pour sols, plafonds, murs, chambres etc. Il paraît que, même si pas clients, on peut accéder à tout cela …. Je tenterai une visite gratuite une prochaine fois!
A l’accueil (sourires) on croise quelques carnets, crayons, feuilles, feutres… La boutique du tout pour dessiner. Belle qualité.
Enfin, le meilleur! Le sous-sol est un vaste espace blanc pour accueillir 4 expositions par an. Avec le but de promouvoir le dessin contemporain, de permettre les expérimentations dans ce domaine. L’artiste actuel qui s’approprie l’espace est le japonais Keita Mori. « Strings » est le titre de son installation. Jusqu’au 20 mai.
Au sol, quelques rares pièces de tissu (chemise ou couverture) semblent se détricoter et filer. Les fils de leur existence s’étirent ensuite jusqu’aux murs et plafonds et y tracent des dessins… Ces fils de soie ou de coton occupent toutes les surfaces, réalisant comme des croquis d’architectes, des plans de bâtiments ou de cités imaginaires. Les traits sont fins et très discrets (collés ou agrafés). Pourtant, ces grands aplats donnent l’illusion de volume parfois. Et, d’ailleurs, les fils quittent la surface de temps en temps pour traverser l’espace, rejoindre le mur d’en face ou la pièce d’à côté. Il y a une circulation. Un réseau. Des connexions.
Keita Mori donne aussi à voir une vidéo en pièce noire réalisée par Alexander Murphy. Quatre mains tissent, tricotent, enlacent et nouent un fil. Des dessins se forment et se déforment dans l’air . Blanc sur fond noir. C’est aussi du dessin. En trois dimensions. C’est aussi la chorégraphie d’une ligne dans l’espace.
Ce travail du trait sans crayon ni papier réinvente un peu le dessin. A suivre les prochains essais en laboratoire!
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A l’espace exposition (mal indiqué, dans le parc de La Chartreuse, à Dijon, dans un bâtiment ancien à droite du puits de Moïse), Micheline Jacques a présenté ses « Errances » l’été 2017. (mardi mercredi samedi dimanche, 13h30-17h) C’était à voir…Ce qui m’intéresse dans une oeuvre d’art, c’est souvent la richesse des échos qu’elle engendre. Et, avec cette expo de Micheline Jacques, je suis gâtée. Ses étranges sculptures de textile ont à voir avec l’attente, le silence, l’enfermement, la misère, la solitude, la souffrance, la spiritualité, les traditions antiques, les cultures de contrées lointaines, les cultes funéraires etc etc.
L’installation est très réussie. Elle a su occuper le lieu. D’une pièce à l’autre, le visiteur côtoie cette foule de personnages muets et immobiles mais terriblement présents. Ils en sont gênants. Dérangeants.Prêtres? Sages? Chefs Touaregs? Shamans? Voilà pour ceux qui trônent, assis sur des estrades, comme détenteurs d’un pouvoir ou d’une connaissance suprême.
Et puis, il y a des gisants en position verticale, des corps momifiés recroquevillés, des couples debout métamorphosés en statues, des figures (femmes?) étouffées par un voile rouge sang…Le matériau utilisé par cette artiste est essentiellement le bas nylon (assorti de mousse et de divers tissus). Les créations plastiques obtenues sont à la fois belles, troublantes et « pleines » (de significations profondes que chacun pourra interpréter à sa guise). Une fois de plus, l’art textile démontre sa puissance d’expression, ses possibilités innombrables.
L’expo montre des textes de l’artiste elle-même et d’écrivains qui prolongent fort bien le travail présenté.
Je n’en dirai donc pas davantage. C’est d’ailleurs presque trop facile d’écrire des discours là-dessus…(parfois, je préfère des oeuvres qui me laissent bouche bée et page blanche! des oeuvres qui me demandent une forte descente en moi même pour trouver les mots qui lui conviendraient! et j’aime alors cette quête qui me permet de mieux cerner l’oeuvre en question… )
Les dessins à l’encre de Chine de Micheline Jacques accompagnent admirablement l’expo. Encadrés de carton…Superbes.
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Nouvelle exposition des « Inventifs » au Cellier de Clairvaux, à Dijon. En avril 2017. Anne Girard invitait Aurélien Benoist.
Anne Girard est un peintre littéraire! Elle affirme s’aider du dictionnaire pour peindre: « étudier les mots de mes sujets […] me permet d’affiner mon vocabulaire pictural ». Une idée qui me plaît! A partir d’une forme (feuille de bananier ou capsule, en l’occurrence, pour cette expo), elle part dans une exploration. Et je la vois bien travailler comme devant une version latine. Tourner et retourner, chercher une autre façon, s’éloigner, inventorier… Comme un écrivain, aussi, elle tente un synonyme, une métaphore, une litote… Pour dire mieux ou différemment. Pour approfondir le sujet. Pour éviter les répétitions lassantes.
Et naissent alors ses séries picturales abstraites, résultat de son investigation d’artiste.
Devant nous, sur une toile de Anne Girard, s’ouvrent des chemins de vie. Des routes à suivre. Avec obstacles, rencontres, retours, superpositions, zones vides et planes suivies de zones plus denses. Ici des blocs, là un graphisme, et puis une ligne qui dessine un cadre, un tracé nerveux de couleur, un fragment de peinture… Le chemin est encombré parfois, mais on y avance avec sérénité.Alternent collages et peinture. Et c’est étrange comme, parfois, c’est la surface peinte qui donne du relief à la bande de papier collée.
Le plasticien Aurélien Benoist a quitté la photo. Pour plus de contact avec la matière. Et, entre autre, il fait maintenant de la gravure. Un art fascinant (quand il faut « mordre la plaque »!) et qui reste souvent mystérieux pour le visiteur lambda. L’eau forte, l’aquatinte, le vernis, l’encre, le solvant, la gravure au lavis, la gravure sur bronze, la gravure sur aluminium…n’ont plus de secret pour Aurélien Benoist.
Voici donc des estampes, des typographies traditionnelles au plomb, tirées sur presse dans son atelier de Dole.
Il présente une partie de sa série « Erosion ». Pour cela il avait soumis la plaque aux conditions climatiques en extérieur. Elle était ensuite encrée puis transférée sur papier. L’idée était celle d’une impression progressive et d’une matière qui s’exprime au gré du hasard. Une idée du temps qui défile. La série « Atelier » est là aussi, des monotypes à partir de plaques de zinc, sur papier haute qualité. Et puis quelques pièces séparées, comme cette « Rage et amour » (cf visuel)Sur ces feuilles au grain magnifique vivent des traits. Des traits fantômes. Des traces qui passent. Des images tronquées ou flottantes. Des labyrinthes. Des écritures parsemées. Une tache de couleur soudain. Une seule. (Le rouge, comme le sceau signature au bas d’un dessin noir et blanc chinois).
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Le studio d’Anne sent bon le tissu. Empilées dans un coin, quelques chutes d’étoffes colorées attendent une nouvelle vie, tandis que d’autres coupons patientent dans de grands tiroirs. Machine à coudre, large écran d’ordinateur et montagnes de dessins occupent les tables de travail. Une petite pièce contigüe accueille les essayages. Ambiance claire, sobre et raffinée. Toute trépidante d’enthousiasme, Anne virevolte là au milieu.
La couture. Tout a commencé par là. A 18 mois, Anne tirait déjà l’aiguille sur les genoux de sa maman couturière! « J’ai toujours réalisé mes propres vêtements, mais aussi ceux de la famille ou des amis ». La création sur mesure, elle maîtrise. Avec broderies à l’aiguille, si vous le désirez! Dignes de la Haute Couture.
Ici, sur les mannequins, trônent d’ailleurs robe de mariée et robes de soirée, des œuvres à elle, images de sa première passion que jamais elle ne reniera. Elle continuera à coudre des habits à la demande… Même si, maintenant, elle s’est lancée dans une autre aventure.« Alors que je faisais une école de styliste par correspondance, on m’a fortement encouragée à poursuivre. Mais avec l’idée de créer moi-même mes motifs de tissus ». Ses yeux bleus pétillent! C’était un nouveau départ! Anne allait créer son studio design textile à Dijon et demander sa collaboration à la plasticienne Tatiana Bailly.
Voici donc que l’autre passion d’Anne se révélait: le dessin.
Si elle ouvre le dossier qu’elle intitule « Idées en vrac », surgissent des paquets de feuilles couvertes de recherches crayonnées. Croquis rapides, assortis de notes écrites. On sent que ça bouillonne! Par exemple, à côté d’un dessin d’escargots (Anne a longtemps travaillé sur le thème de la Bourgogne) on lit « leur apporter une géométrie?-les mettre en répétition?-en motifs?- » Et puis, voici des dessins plus aboutis, au pastel, au stylo, au feutre, au pinceau… Anne aime le graphisme à l’esprit plutôt géométrique.
Mais elle se plaît aussi à détourner et à métamorphoser: telles des représentations de fibres musculaires qui deviennent tissages ou marqueteries!
A côté, là, sur la table, ce sont des dessins de Tatiana (Anne a aussi collaboré avec Anne de Angelis, illustratrice et graphiste). « A partir d’un thème choisi, chacune apporte sa pierre…On échange nos idées, nos projets, et on aboutit à un motif définitif qui sera imprimé sur tissu » explique Anne. Mais que d’étapes encore avant le résultat final!
Cette fois, Anne est devant l’ordinateur. Plutôt rare chez elle! Encore amoureuse des méthodes traditionnelles! « J’aime le manuel! Le crayon, les ciseaux, la colle! »
L’ordinateur va jouer son rôle malgré tout! Pour dupliquer le dessin, le déplacer, le placer, éliminer les zones de raccord, travailler les couleurs… »J’aime obtenir des nuances, des vibrations. Sans monotonie. Avec encore l’impression du feutre qui accroche ou de l’encre qui coule! » explique Anne.cliquez sur les visuels pour agrandir, en deux fois. Et visitez le site de Anne:
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