Hiver 2018; J’ai vu une expo à la Maison Phare (Fontaine d’Ouche, allée de Grenoble) dans le cadre du festival Modes de Vie à Dijon. Formidable travail de l’artiste Nicolas Henry.
Trois parties du travail de Nicolas Henry : 1- en résidence dans des accueils périscolaires, il a échangé et créé avec les enfants (photo collective, créations de marionnettes personnelles, journal de bord…) 2- ses photos « Les cabanes imaginaires autour du monde » 3- ses photos « Les cabanes de nos grands-parents.
Ses « cabanes »! C’est intéressant car, en amont, il y a toute une démarche de rencontres, d’explications, de dialogue, de participation… Dans tous ces pays du monde où Nicolas Henry est intervenu, j’imagine la surprise, l’incompréhension, la patience, la persuasion, et puis l’enthousiasme, les rires, les déplacements, les transports, les mises en place… Les gens de ces régions un peu lointaines et marginales se sont pliés aux folies de l’artiste! C’est formidable. Il s’agit d’un travail en commun, guidé par lui.
Mise en scène, installation (au sens artistique contemporain), montage de théâtre, création collective, image poétique, morceau d’humour, reportage ethnique, action significative… Et photo! Oeuvre d’art totale!
N’oublions pas les encadrements de ces photos grand format! Faits de morceaux de bois récupérés et dépareillés. Aussi bien des fragments d’armoire ou de planchers, ou des bouts de palettes etc! Des cadres en harmonie parfaite avec les assemblages fantaisistes du sujet photographié!
Deux magnifiques livres sont à consulter sur place pour mieux connaître le travail de Nicolas Henry.
Pardon pour la mauvaise qualité de mes clichés. Cliquer sur eux pour agrandir, en deux fois
En février 2018, la Galerie Univer, de Colette Colla, à Paris (6 cité de l’Ameublement, 11ème) proposait l’exposition « Peinture Silencieuse ». Pierre Buraglio, Philippe Cognée, Didier Hagège, Emmanuelle Mason, Emmanuelle Pérat, Jean-Pierre Schneider. Belle découverte de cette Galerie!
17 h. Je franchis le seuil de la Galerie Univer, la porte est grand ouverte. Pas un chat. Pas un bruit. Je commence timidement à faire grincer le parquet (qu’est-ce qu’il est beau, d’ailleurs!). Je trouble un peu le silence. J’avance. Les oeuvres m’ont accueillie sans animosité, semble-t-il. Elles se taisent. Elles se laissent observer. Je m’aventure un peu plus loin. Toujours personne. J’apprécie beaucoup le lieu: La Galerie a été aménagée dans un ancien atelier professionnel de cette « cité de l’ameublement » (nom de la rue). Un bel espace qui tourne autour d’un patio. Sympa. Dehors il fait déjà nuit. La rue est vide derrière les vitrines.
Soudain apparaît une adorable jeune femme. Du fond de la Galerie? Oui, sans doute. Elle est confuse, pleine d’excuses. La Galerie est en préparatifs de vernissage pour demain et -vous savez ce que c’est- un tas de détails à régler en dernière minute. N’empêche, elle prend le temps d’expliquer, montrer, guider…Les salles suivantes recèlent quelques trésors de la collection de cette Galerie de Colette Colla (qui restera invisible ce soir-là) et permettent aussi un regard sur d’autres oeuvres des artistes exposés dans la première partie de la Galerie.
Donc, je reviens sur l’expo en cours. Son titre est « Peinture Silencieuse »! Je crois l’avoir étonnamment expérimenté tout à l’heure! Chacun des travaux présentés contient quelque chose comme une absence, ou une disparition, ou un abandon…Et il faut les « écouter » (surtout parce qu’ils sont silencieux)
Dès l’entrée (je dirais, dès la rue) on est happé par la toile « Bibliothèque » de Philippe Cognée. Une grande structure imprécise qui s’enfonce dans un lointain infini. A regarder plus, on distingue des rangées de livres. Un mur de livres qui s’évapore là-bas, au fond du temps. Toute proche (vue de la rue aussi), la toile « Ceci n’est pas une chemise noire » de Pierre Buraglio. Etrange sensation de solitude. Ou de présence fantôme. Une peinture merveilleusement avare d’anecdotes. (Dommage pour son titre à la Magritte. La peinture vaut mieux que ça)
Ensuite, j’ai retenu le travail de deux Emmanuelle! E.Pérat utilise le pastel sec pour créer des ambiances immobiles: des lieux délaissés par l’homme (grenier, vieil atelier…). Un côté peinture flamande, avec ses détails bien propres, son réalisme bien précis et, surtout, ses lumières fabuleuses. Une impression bizarre d’irréalité qui contraste avec la perfection parfaite de l’objet peint.
Pardon de ne pas parler de tous les artistes exposés. J’ai dit mes préférences. L’ensemble de cette expo est très cohérent et de belle qualité.
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En janvier 2018, la Galerie La Source, à Fontaine, accueillait « Fragments d’humanité », une exposition de Evelyne Lagnien.
Quand l’artiste est présent à la Galerie et que vous pouvez vous entretenir avec lui, l’exposition prend une dimension supplémentaire. C’est ce que j’ai connu lors de cette visite à La Source. Evelyne Lagnien était là. J’ai aimé l’écouter parler de sa façon dont elle a cherché à « habiter » ces espaces, ces surfaces, ces volumes. Il faut dire qu’ à La Source ce n’est pas aisé! J’ai aimé qu’elle me dise que le visage, pour elle, dans son oeuvre, c’est d’abord une « structure ». Pour, à partir de là, en dire davantage sur l’humain. Sur soi. Sur les autres.
Une prolifération de visages. Voilà ce qui vous attend à la Galerie. (N’oubliez pas le regard qui vous suit dans l’ombre de l’escalier!) Des regards anonymes. Des visages à demi-cachés ou des extraits de visages. Des visages qui s’effacent. Des visages mélancoliques, silencieux… Cette multiplicité de nous-mêmes, cette abondance d’identités est intéressante. D’autant que Evelyne Lagnien a plein d’idées. – Sa « tour » d’où émergent des têtes emballées, étouffées, prises au piège. …
Il y a répétition. (Et l’utilisation du monotype aide à intensifier cela). Mais la répétition peut aider à la cohérence.
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Hiver 2018. Au musée Picasso, à Paris, c’est une année qui était exposée! L’année 1932 . Le visiteur suivait l’agenda de Picasso, en quelque sorte. De mois en mois. Le musée jouait le jeu jusqu’au bout puisque non seulement peintures et dessins réalisés cette année-là étaient présentés, mais aussi documents d’archives relatant en détail la vie de l’artiste (jusqu’aux tickets d’entrée, aux factures, aux articles de journaux, photos ou courriers divers!!) . Autant vous dire que j’ai vite abandonné le côté archives administratives de Picasso pour m’attarder plutôt sur son oeuvre!
L’intérêt, tout de même, c’est de mieux détecter les liens entre vie et création. Et, justement en 1932, Picasso est très attaché à sa nouvelle maîtresse, Marie-Thérèse! Sa vie et son art s’en ressentent! D’où le sous-titre de l’expo: « année érotique ».
nu couché à la mèche blonde
Beaucoup de femmes nues couchées, donc. (Repérez le pénis caché dans le tableau « le rêve »! C’est drôle!). Quelques dessins érotiques, mais en petits nombres. Ne vous attendez pas à du très chaud, quand même! Le titre de l’expo est un peu racoleur, mais bon! D’autres sujets sont abordés, paysages, crucifixions, natures mortes etc.
Pour les toiles sensuelles, on est dans les formes rondes et douces, et souvent dans les teintes claires et pastel. On admire comme toujours le trait sûr et économe de l’artiste. On suit du regard le « montage » des fragments d’un corps harmonieusement répartis malgré la déconstruction. On note l’élément important, celui qui est placé au bon endroit pour que notre oeil soit attiré: une chevelure, un sein ou un ventre. On remarque l’utilisation efficace (et belle) de la couleur, aussi significative que le trait. Et puis, parfois, abandon du décloisonné et juste des aplats…Bien sûr, Picasso ne s’attarde pas sur un seul genre!
Une série étonnante et passionnante m’a retenue un moment dans une des salles. Celle des études pour La Crucifixion, d’après Grünewald. Des dessins plume et pinceau, en noir et blanc, qui cherchent, qui déforment et reforment, qui cassent, qui éliminent ou exagèrent. Le tragique et la souffrance semblent tellement mieux exprimés par ces corps éclatés, déchirés, réduits à des cris…que par le pathos faussement réaliste de la toile originale (retable du XVIème siècle)
L’expo est bonne. Surtout pour la rareté de ce qu’elle présente. Une majorité d’oeuvres est méconnue ou inconnue. J’ai adoré les « études », en particulier. Où l’on voit les tâtonnements de Picasso, le travail de labo, presque!
études:jeune fille assoupie
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La prochaine expo du Consortium s’ouvrira le 2 février 2018! J’ai vu l’autre… l’avant-dernier jour! Il était temps! Un mot quand même dans ce blog? Allez! Pour dire mon petit plaisir devant quelques peintures!
Peter Schuyff exposé, une rareté (je ne le connaissais pas évidemment). Pas toutes jeunes, ces peintures! Les années 80. Intéressant travail sur de grandes toiles. En particulier des grilles géométriques au crayon et, par dessus, des dégradés subtiles de couleurs qui donnent de spectaculaires effets de lumière. Parfois aussi des effets de profondeur, même si le côté surface plane de la toile est tout le temps mis en évidence. Comme si l’artiste ne voulait pas que l’on oublie cette réalité: le terrain sur lequel le peintre joue est bien plan et bien plat! Et lui seul, le peintre, peut donner des illusions de volume, de dimensions. En tout cas, je crois que les jeux optiques ne se démodent pas.
Tobias Pils: ce noir et blanc, ces destructurations ( style cubisme), ces scènes de vie pure émotion, ces images intérieures mystérieuses… J’ai aimé.
Michael Williams: un caractère souvent « cartoonesque » avec des personnages bien colorés genre BD, un flou qui auréole ses motifs (peintures ou impressions sur toile?), des abstractions qui évoquent les oeuvres de street art les plus dérangées… J’ai moins accroché que pour l’artiste précédent (son ami, avec qui il expose et crée même oeuvres communes parfois, cf ci-dessous)
Wang Du: dommage que je n’ai pas vu son installation au complet en 2000 (ici ce n’est qu’un extrait des 15 sculptures originales), ce devait être stupéfiant! « Réalités jetables » ce sont des objets ou des êtres, géants, suspendus hauts au-dessus de vous… Impressionnant. Violent. Par la taille, par la présence dérangeante. Des images de magazines qui ont pris forme et flottent dans une immatérialité de cauchemar.
Marina Faust: des portraits collages. L’artiste part de jeux pour enfants où l’on doit compléter un visage sans yeux ni bouche. Bonne idée. Ces fragments d’images déchirés qui recomposent un visage morcelé, bonne idée aussi. Mais résultats un peu simplistes.
Nicolas Ceccaldi: grotesque! on en rigole comme d’un moche film d’horreur! Du gothique de pacotille. (Mais c’est peut-être voulu…)
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Quand je peux, je vais voir l’exposition annuelle des finalistes du Prix Marcel Duchamp, au Centre Pompidou. Me tenir au courant des dernières nouveautés de l’art contemporain et constater sur quels critères les meilleurs artistes sont aujourd’hui choisis.
Cette année 2017 s’achevait, le lauréat était connu depuis deux mois déjà! Mais… je ne le savais pas! Je suis allée voir l’expo des 4 finalistes et…je suis très contente (et fière!) d’avoir préféré de loin le travail de Joana Hadjithomas et Khali Joreige, qui s’avéraient être les gagnants!
L’installation de ces Libanais s’intitule « Discordances/Uncomformities » (dans la lignée de leurs travaux précédents). Le visiteur circule entre de grands tubes en verre, dressés à la verticale, fixés au plafond et au sol par de fins câbles de métal. Comme des tubes à essai. D’où la sensation d’être dans un laboratoire. A l’intérieur de ces éprouvettes géantes ont été reconstitués les empilements de prélèvements réalisés par carottages. Ces derniers ont été effectués lors de gros travaux à Beyrouth, Athènes et Paris.On a donc là, à hauteur de nos yeux, les strates de l’histoire de ces villes. Terre, cailloux et débris divers racontent la chronologie des temps passés. L’Anthropocène, essentiellement. C’est à dire les époques où l’intervention humaine s’est mise à agir sur l’environnement.
Aux murs de la salle, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige présentent aussi des relevés stratigraphiques. Des photos allongées de ces fameuses « carottes », à l’horizontale. En parallèle, des dessins précis reproduisant ces entassements de morceaux d’histoire. Et, enfin, des notes manuscrites expliquant le pourquoi et le comment de ces présences anciennes dans le sous-sol (« fragments d’amphore, silex taillés » ou « vestiges d’un aqueduc romain » ou « offrandes et bouteilles de parfum » ou « tsunami de 551 après JC » etc)
Un film sur grand écran, complète le tout – son à l’appui- montrant l’ampleur des travaux de déconstruction et reconstruction, la façon de faire des carottes etc.
Tout y est! Cette oeuvre possède une « épaisseur » extraordinaire (comme ça arrive de temps en temps en art contemporain!). Elle mêle le côté recherche scientifique, réflexions politiques et sociales, études historiques. Esthétique également. Oui, les superpositions d’éléments, à l’intérieur des tubes, derrière le verre qui déforme quelque peu la vision …c’est beau!
Jusqu’au 8 janvier 2018
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Le Centre Pompidou, à Paris, expose Derain jusqu’au 29 janvier. Bien que ce peintre ne représente pas une passion pour moi, je choisis d’évoquer cette expo pour ce mois-ci, car j’ai trouvé intéressant de suivre son cheminement un peu chaotique au travers de ceux des artistes de son époque.
Déjà, il me plaît bien que André Derain, avec quelques autres collègues de son temps, aient été traités de fous! Leur folie constituant sans doute à donner une vision anti conventionnelle du réel. Dire par la couleur. Et quelle couleur! Casser les lignes. Simplifier les formes. Fausser les perceptives. C’était une période passionnante, où les artistes cherchaient à faire dire autre chose à l’art. Ou, en tout cas, se posaient des questions.
Ensuite, l’étonnement à tout moment le long de la visite…Ah Matisse! Vlaminck! Cézanne!Van Gogh! Braque! Picasso! …Mais non, c’est Derain à chaque fois! Qui a influencé l’autre? Ces liens entre les artistes du moment (souvent ils se fréquentent, certains sont amis) sont captivants. Le jeu, pour nous, peut constituer à détecter les différences et ressemblances! Repérer la patte de chacun sur un même sujet: les « baigneuses » par exemple, sujet traité par Picasso, Matisse et Derain! Ce dernier en donne deux versions (et même plusieurs autres je crois mais pas ici, dans l’expo). Très différentes. L’une (1907) est sculpturale, baignée d’un vert d’eau glauque, exacerbée dans ses couleurs de peau. Une version très fauve. La deuxième (1908) évoque plutôt une fresque de Giotto, aux teintes pâles, aux nus plus alanguis, à la composition plus classique. Difficile d’y voir deux Derain!
Surprenante, donc, cette quête de Derain. Le fauve, le cubiste, les tentations de pointillisme, les références à l’art africain ou à la peinture ancienne et même le photographe. Des changements radicaux. Il part dans tous les sens. Il doute. Il cherche. Ne choisit pas un style pour s’y arrêter. Le visiteur en est mal à l’aise. Quand, après les flamboyants tableaux « fauves », il se retrouve confronté au « Samedi » ou aux « Deux soeurs », il tombe des nues! Derain peint là des scènes raides, sombres, solennelles, troublantes. On pense au Greco. Quel contraste!
« Samedi » (extrait)l
Etrange personnage que ce Derain! Fuyant. Inconnu. Inclassable. Sa rupture avec la peinture (un abandon, un suicide artistique), pendant la seconde Guerre Mondiale, juste après avoir produit une grande toile énigmatique, « L’Age d’Or », va dans le même sens: on ne connaît pas André Derain.
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L’espace d’exposition de La Chartreuse, à Dijon, géré par l’association Itinéraire Singulier, s’appelle l’Hostellerie. (C’est nouveau? Ou je n’avais jamais tilté?). Vous entrez dans le beau parc de La Chartreuse, vous suivez les indications « Puits de Moïse » et vous y êtes. C’est le grand beau bâtiment à votre droite quand vous êtes face à l’entrée du Puits de Moïse. L’hiver 17-18 y était exposé le peintre Jacques Chapiro, de l’Ecole de Paris (ami de Chagalle, entre autre).
Don Quichotte
Ce russe, qui s’est installé en 1925 à La Ruche, lieu d’accueil parisien, quartier Montparnasse, pour artistes nécessiteux, où sont passés aussi Soutine, Chagalle, Modigliani etc, porte en lui ses origines et ses fréquentations. Son travail fait penser tantôt à la Russie elle-même tantôt à Soutine ou Chagalle (Russie aussi!!) Jacques Chapiro, avec ses gouaches sur papier, montre une peinture sympathique, narrative, vivante et colorée. Ses touches de couleur sont plutôt ordonnées, et elles aboutissent à une composition secouée d’ondulations et de vagues (à la Soutine) ou à un agglomérat fantaisiste de figures (à la Chagalle). Une peinture qui raconte. Des légendes, des fables, des rêves…ou la vie quotidienne des ouvriers d’usines. On aime aussi ses dessins. Quelques coups de crayon habiles et sûrs pour un portrait ou un animal.
Ma peinture préférée est « La Ruche » qui évoque ce lieu bourdonnant et créatif sauvé par Chapiro et Chagalle dans les années 60. (Il existe toujours aujourd’hui). Les bâtiments y apparaissent. Et se superposent personnages objets et animaux, illustrant sans doute toutes sortes d’anecdotes vécues là-bas . Le tout dans une naïveté de bon aloi. Le pinceau de l’artiste écrit là l’agitation amicale, turbulente mais féconde qui devait régner à La Ruche. Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
Si on vous disait « c’est un type qui récupère des vieux bouts de fer et en fait des sculptures », il fallait quand même aller à la Galerie La Source, en décembre 2017, découvrir l’exposition de Philippe Simonnet! Voir des objets poétiques et originaux. Ce n’était ni des coqs en clefs vieillies ni des bonhommes en casse-noix. L’expo s’intitulait « Vanités industrielles » et elle valait le détour.
Le « type », donc, est en fait un artiste sensible et discret, passionné d’archéologie. Il collecte des morceaux de fer dans des friches industrielles, ou des ruines ou chez les ferrailleurs. Il les assemble. Et naissent alors sous ses doigts des choses inclassables, qui ont peut-être déjà traversé plusieurs temps. Qui sont peut-être tombées d’une autre planète. Qui possèdent peut-être un pouvoir sorcier. En tout cas, des objets entourés d’une certaine aura.
Parfois, entre végétal et animal, les oeuvres de Philippe Simonnet peuvent séduire par leur élégance. Voici d’étranges fleurs géantes et des buissons de végétaux improbables. Voici des bâtons de procession pour des cérémonies qui n’existent pas encore. (Belle idée d’avoir fixé aux murs blancs ces objets aussi décoratifs que du fer forgé, les ombres qui en découlent sont suggestives)
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Comme le rappelle un commentaire ci-dessous, allez voir le site de l’artiste et sa page facebook
Cet hiver 2017, l’exposition, à la Galerie Alain Margaron, à Paris (5 rue du Perche), consacrée à l’artiste et écrivain Fred Deux, s’intitulait « Une vie sur la table à dessin ». Titre à plusieurs sens.
On comprend que Fred Deux n’a vécu que pour le dessin. On comprend aussi que ses dessins disent toute sa vie et tout son être. Et on comprend enfin que cette table à dessin lui sert (symboliquement) de table chirurgicale, de table de dissection. Physique et psychique. L’encre, la mine de plomb, le graphite ou l’aquarelle fouillent l’anatomie de l’homme. Corps et âme.
Le crayon de Fred Deux pénètre à l’intérieur des corps (de son corps?) et en extrait des fragments. Formes molles, gluantes, sanguinolentes, translucides parfois. Tissus organiques, membranes, viscères, cartilages. Il écarte les peaux, ouvre les cages thoraciques, creuse les cerveaux. Il cherche dans les profondeurs. Il sort les réseaux internes, pour les emmêler ou les démêler. Pour les examiner. Les comprendre.
C’est une introspection.
C’est une quête.
Le dessin de l’artiste mènerait ainsi à la connaissance de l’humain. Le corporel se confondant avec le mental. L’un rendant visible et tangible l’autre. Et aller au bout des choses. Débusquer le pourquoi de la naissance et, par-là même, de la mort. L’une et l’autre sont absolument présentes dans l’œuvre dessinée de l’artiste.
Et puis, sous le crayon de Fred Deux, naissent des êtres étranges. Hybrides. Sortis d’un imaginaire à la Giger (des Alien). Inquiétants. Monstrueux.
extrait
Raconté comme ça, le travail de Fred Deux n’est guère engageant! Et pourtant, on est fasciné. (Je ne parvenais pas à quitter la Galerie! Qui, d’ailleurs, est un très beau lieu, accueillant et chaleureux). Chaque dessin est d’une beauté étonnante. Traits et teintes délicats, retenus, presque en douceur, harmonieux. On pense à des planches anatomiques, précises et belles. Sauf que…le réalisme s’est métamorphosé en une recherche spirituelle.
J’avais découvert Fred Deux à travers seulement deux ou trois dessins vus à l’abbaye d’Auberive en septembre dernier: « Etre en vie et envie d’être ». Et en ce moment, jusqu’à début janvier 2018, une grande expo se déroule à Lyon en son honneur (musée des BA).
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