Deuxième fois que Yi-Ling Lu exposait à la Galerie La Source. « Le silence de l’esprit » a envahi paisiblement les lieux au printemps 2019. (Vous pouvez cliquer sur les visuels pour agrandir)
Avec notre regard d’occidentaux, nous apprécions à notre façon ces encres chinoises de Yi-Ling Lu. Et je dirais qu’il est très facile de se laisser enchanter! D’autant plus que cette artiste (arrivée en France en 2012) sait mêler, dans son oeuvre, la tradition orientale et les habitudes artistiques occidentales.
La salle du rez-de-chaussée est particulièrement séduisante, avec ses grands formats. Qui se présentent (à la chinoise!) comme des rouleaux muraux, en hauteur. Et qui tirent davantage sur l’abstrait que les oeuvres accrochées dans les étages (celles-ci, en plus, sont le plus souvent encadrées et vitrées).
De toute façon, dans chacune de ces toiles, le regard est inévitablement capté, entraîné, absorbé par quelque chose dans la peinture. Une nébuleuse, une lumière, une transparence, une touche de couleur vive ou un mini détail réaliste… qui agit comme un aimant. Mais le plus étonnant ce sont les insertions de « vides » que l’artiste réalise avec les blancs. On s’y précipite tête la première, avec délice! Habilement placés dans la surface de la toile, plus ou moins grands, mais efficaces! Le vide est dynamique dans la pensée chinoise. Il permet le mouvement et le rythme, il engendre le souffle vital. Avec les encres de Yi-Ling Lu, on en a la preuve. Fascinant!
La balade de salle en salle agira sur vous comme une séance de méditation, vous verrez! Les peintures de Yi-Ling Lu montrent un univers impalpable et puissant à la fois. Les minuscules personnages aperçus ici et là, perdus dans les immensités de montagnes ou forêts, sont à l’image de l’humanité, en harmonie avec la nature. Tout petits, mais faisant partie du TOUT. Incroyable sensation d’un cosmos qui nous dépasse, par son gigantisme et sa beauté, mais avec lequel nous ne faisons qu’UN. Et, bien sûr, les paysages dans lesquels nous nous promenons ici sont davantage des reflets de l’âme, des traductions de la pensée et l’expression de l’état d’esprit de l’artiste, que des reproductions à l’identique d’images réelles.
Détail…
L’écriture et les sceaux ont également leur importance sur ces encres. Signature, commentaires…Ils font partie intégrante de l’oeuvre. Ignorante dans ce domaine, j’aime juste l’association de cette calligraphie avec la peinture. Un ensemble esthétiquement si cohérent!
. Au salon de Fontaine, une quarantaine d’artistes a exposé en 2019. L’invitée d’honneur était Li Chevalier. C’était à voir.
Li Chevalier est chinoise. Elle a épousé un français et est venue en France dans les année 80. Passée par l’Institut d’Etude Politique, Science Po, la Sorbonne… elle a reçu une formation artistique en Italie, Angleterre, France… Devenue plasticienne, lauréate de nombreux prix, elle expose partout dans le monde, et dans des lieux prestigieux. Fontaine peut être fière de l’accueillir!
Son travail est un élégant mariage de parfums asiatiques et occidentaux. La tradition orientale est bien là, mais transcendée. Ses grandes encres, à la technique très personnelle et aux teintes délavées ont une puissance magique et vous absorbent totalement dans leur espace mystérieux. Envoûtant.
On peut qualifier ces toiles présentes au Salon de paysages. Mais des paysages d’au-delà. Des paysages oniriques. Comme des réflexions sur la vie et la mort, et, surtout, sur le Beau.
Pour ce mois d’avril 2019 (reprenant enfin la rubrique « Le choix du mois »), je vous parle de cette dame de 85 ans qui , de ses doigts délicats, écrit des poèmes végétaux!
Marinette Cueco a toujours arpenté la campagne pour des cueillettes de plantes dont elle connaît intimement les noms et les caractéristiques. Et ces herbes et brindilles, elle les tisse, enchevêtre, noue, tresse, lie, enroule…
On pense à ceux et celles qui fabriquaient et raccommodaient les filets de pêcheurs, aux femmes qui créent encore des tapis devant leur métier à tisser, aux dentelières, aux brodeuses, aux tricoteuses… Travail minutieux d’artisan. Et Marinette Cueco parvient à faire d’intéressantes oeuvres d’art avec ces herbes apparemment communes et insignifiantes. Elle joue des vides et des ombres pour ses étonnants objets végétaux. Tantôt volumes, sous formes de pelotes ou chrysalides, tantôt aplats aux broderies ajourées. Il lui arrive aussi d’habiller des pierres de ses treillis végétaux.
A voir à la Galerie Univer (6 cité de l’Ameublement, Paris 11ème), et à l’espace Monte-Cristo jusqu’au 29 juin (fondation Villa Datris, 9 rue Monte-Cristo, Paris 20ème)
La Galerie Templon, au 30 rue Beaubourg, à Paris, au printemps 2019 avait abandonné ses murs à Abdelkader Benchamma . Titre de l’exposition « Engramme ».
Comme je suis d’abord sensible à l’esthétique, mon entrée dans la Galerie a été marquée par un sursaut et un « Oh!… » de bonheur! Les murs blancs sont parcourus de dessins noirs, en longues vagues et éclaboussures, avec intervention, parfois, de cadres qui viennent compléter le sujet. C’est si beau!
Avant de prendre connaissance de l’objectif même de cette exposition et du sujet voulu et traité par l’artiste, on est sous le choc! Cette circulation vitale, là, sous nos yeux, ce sang noir qui coule sur les murs… Fascinant! On hésite entre scanner cérébral et coupe géologique. Des flux de dessins (encre, bitume et peinture) occupent les surfaces mais, bien davantage, donnent l’impression d’occuper le volume des salles.
Alors? Le sujet? Abdelkader Benchamma s’est intéressé, pour cette exposition, au processus de la mémoire, et aux traces qu’elle laisse dans le cerveau. Sa fresque donne la sensation d’être immergé dans ces étonnantes constructions invisibles, dans ces structures de neurones complexes et mystérieuses qui nous habitent. Troublant!
Des dessins encadrés s’intègrent ici et là aux fresques. Comme si on avait capturé quelques fragments de ces traces de mémorisation et qu’on les avait mises sous verre. Pour les conserver. On les aurait saisis avant que ça n’éclate, explose, s’échappe et grandisse…
Au printemps 2019, Jean-Philippe Jarlaud exposa « Légendes urbaines » au Grenier de Talant, rue Notre Dame (vieux village)
Vous pensiez comme moi que Jean-Philippe Jarlaud était photographe. Vous aviez raison. Mais en allant voir son expo à Talant vous allez découvrir aussi l’écrivain, le poète et, dans une certaine mesure, le réalisateur. Vous le connaissiez également homme des rues. Et là, vous ne vous trompez pas. Son inspiration est dans la rue. Ce hors-les-murs où l’on apporte sa solitude, sa misère, sa révolte, son art… Cet extérieur où l’on vient mendier, crier, réclamer, danser, faire de la musique, haranguer, rencontrer, graffer… Jean-Philippe est toujours là, dans les rues. Et il transmet les émotions par l’image et par l’écriture.
Trois fictions sont à regarder (et lire) dans la salle du Grenier. Photos en noir et blanc accompagnées de textes (ceux de l’artiste). Surtout, laissez-vous d’abord aller à la seule beauté de ces images et de cette poésie. Ne cherchez pas à « comprendre » absolument tout de suite. Pas de panique! C’est un peu énigmatique, mais laissez vous guider juste par l’intuition et la sensation. Et vous allez créer votre histoire, petit à petit, d’une image à l’autre, d’un texte à l’autre. Ce sera la vôtre. Pas la même que celle de votre voisin visiteur.
Jean-Philippe Jarlaud a fait, en quelque sorte, des histoire à trous. Il a donné des clés. Donné des indices. Donné des éléments. On joue avec, pour construire notre petit bonhomme de chemin le long de ces cimaises de « Légendes urbaines ». (Les photos n’ont pas de vitres! C’est un régal de pouvoir toucher des yeux et entrer de plein pied!)
N’hésitez pas ensuite à vous asseoir devant l’écran, à poser les casques sur vos oreilles et à écouter ce que vous chuchote la voix… Les images, devant vous, suivent le rythme musical et vocal. Deux figurants jouent dans ce petit film. C’est un conte moderne. Vous en sortez assez ébranlés.
Cette fois, les photographies de Jean-Philippe Jarlaud et l’ensemble de son installation à Talant m’ont paru s’éloigner du hasard, de l’instantané, de l’imprévu, de la surprise. C’est une architecture calculée. Un ensemble voulu et solide.
Ce début de mois d’avril 2019, au 2 impasse Franche-Comté, à St-Apollinaire, Christine Delbecq vous a accueilli dans son grand atelier et vous a guidé dans sa maison, pour y voir installé son travail de plasticienne. Travail en cours, travaux récents et travaux un peu plus anciens.
Il y avait deux grands week-endpour venir flâner, feuilleter, regarder, s’arrêter, s’asseoir, discuter, papoter, contempler, s’interroger, s’enthousiasmer, consulter, lire, fouiner, écouter…
Et acheter si affinité!
Christine Delbecq, à cette occasion, présentait aussi son dernier livre « Au lieu Rouge », texte du poète Jacques Moulin et images de la série des « Petits rouges » de l’artiste. (le poète était présent le 29 mars, à 18h30 pour lecture et dédicace, et apéritif!)
Entre grands et petits dessins, installation, peintures, catalogues, books, cartes, vous avez circulé dans ce bel espace, passant d’une série à l’autre, dont voici quelques exemples:
Etirements-punaisesPetits rougesPoids et filsEt, le travail dernier né, en cours, SoulèvementsEt encore beaucoup d’autres!
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Première fois qu’une rétrospective de Thomas Schütte avait lieu à Paris. C’était à la Monnaie de Paris, quai de Conti, au printemps 2019 Le style XVIIIème siècle de l’Hôtel se marie étonnament à l’oeuvre forte et contrastée de ce sculpteur. C’était à voir absolument.
Dans les cours de cet Hôtel de la Monnaie, plusieurs géants de Schütte s’imposent au regard. Et, déjà, l’humain est vu côté souffrance et combat. Les pieds prisonniers de la boue, de grands personnages tentent d’avancer fièrement contre vents et marées. Ficelés à un ennemi et enfermés dans une sorte de camisole, d’autres personnages luttent pour se dépêtrer de ce compagnon parasite qu’ils évitent de regarder. Un ennemi encombrant et collant qui n’est peut-être que son double.
On retrouve ce thème à l’intérieur de l’Hôtel. Mais cette fois en petit format. Des poupées en pâte à modelée colorée, comme des marionnettes. Les visages torturés et grotesques, les corps enfermés par deux dans des tissus qui empêchent tout mouvement. Pour une vision différente, et plus impressionnante encore, Shütte a pris ces figurines en photo et les présente grossies et agrandies.
On est dans un univers de folie et de prison. C’est violent. C’est fort. C’est dérangeant.
Des bustes et des visages occupent les salles. En bronze, en verre, en céramique… Certains méchamment caricaturaux d’autres plus doux (figures de femmes, parfois). La condition humaine intéresse Schütte, pas de doute!
Mais le sculpteur est aussi architecte. Cet aspect m’interpelle moins. Mais à voir quand même! Ses maquettes d’étranges maisons, ses projets, et ses réalisations… On y reconnaît son idée récurrente du passage du petit au grand, des points de vue différents etc.
A voir aussi ses aquarelles. Classiques! Des fleurs! Thomas Schütte fait feu de tout bois! Oeuvre faite de diversité. Ce qui n’empêche pas la cohérence. J’y vois la Vie, ses chaînes, ses contraires, ses énergies, ses laideurs, ses beautés, ses tromperies…
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A Paris, dans le beau passage des Gravilliers (une oeuvre d’art à lui tout seul, du street artist unSolub), Sylvain Ciavaldini exposait à la Galerie Sator en mars 2019: « Un bruit sourd précède le silence ».
Du dessin jusqu’à plus soif! Ce Sylvain Ciavaldini dessine patiemment, minutieusement, longuement, largement!… On s’approche de ses oeuvres. Oui, c’est bien du crayon. On s’éloigne. On hoche la tête. Ce pourrait vraiment être une photo. Mais qu’est-ce qu’on est content que ce soit une mine qui a tracé ces grandes images! Pourquoi contents? On ne sait pas trop pourquoi. Parce que cet artiste a passé beaucoup beaucoup de temps et de sueur à créer tout ça? Ridicule. La valeur d’une oeuvre d’art ne tient pas aux heures passées (même si on est en admiration devant le boulot accompli!). Alors? J’ai l’impression que ces immeubles ruinés et tous ces tas de gravats, en quelque sorte, n’en sont plus. A partir du moment où ils sont représentés sur la feuille de dessin. Ils changent de signification (ou prennent du sens). Ils deviennent l’équilibre instable de nos existences, ils deviennent nos interrogations sur l’éphémère et sur l’impermanence. L’émotion me paraît plus forte que si c’était une photo (pardon aux vrais photographes artistes que j’aime!!). Les traits de crayon frappent à notre porte et nous réveillent. Quelqu’un les a fait pour nous et ils nous livrent une réalité sublimée. C’est du noir et blanc. Mais Sylvain Ciavaldini ajoute parfois des touches de peinture colorée sur les murs effondrés, tels des papiers peints qui seraient restés en vie dans ces décombres. Frappant! (Et ambigu, car on croit à des collages) Et il laisse parfois aussi en réserve des blancs, tels des rubans qui s’infiltrent dans les ruines. Etrange et merveilleux!
Moi je vous le dis! On sort de là tout chose! L’artiste a joué avec nos certitudes: photo ou dessin? Peinture ou collages? Et ce monde qui dégringole, ce passé qui meurt, ces constructions auxquelles on croyait qui ne sont plus que débris… Pourquoi?
Dans le cadre du festival de Itinéraires Singuliers, l’Hostellerie du CH La Chartreuse, à Dijon, a accueilli Claude Brugeilles et son expo d’art brut « Liberté ». Du mercredi au dimanche, 14-18h. Dans le parc de la Chartreuse, non loin du Puits de Moïse, suivre les flèches.
Décidément, les artistes sont souvent inspirés par les migrants… Soit ils se croient investis d’une mission en tant qu’artistes et pensent devoir éveiller les consciences. Soit ils sont touchés profondément par ces situations douloureuses et cherchent à exprimer ce qu’ils ressentent. (A vous de voir la différence)
Claude Brugeilles évoque l’idée de migrations par des sculptures (ou plutôt des installations) et par des peintures. Reprenant d’ailleurs, de l’une à l’autre, la même image: celle d’une barque à roulettes tirée par une sorte de grand oiseau. La scène est à la fois belle, dramatique et poétique…Et à la fois réaliste et symbolique. C’est une allégorie. Mais une allégorie qui a les pieds dans le concret: vrais habits, vrais sacs poubelle, vrais filets de pêcheurs…Et le son accompagne tout cela dans la salle d’expo! (Bruits d’eau, de vagues puis d’oiseaux de mer).
La première pièce vous attaque de plein fouet! Avec des personnages à votre taille, qui tendent leur regard vers un horizon d’espoir. Regardez cet homme, longiligne, les mains dans les poches, qui avance résolument, tirant sa petite famille derrière lui dans des poussettes, ainsi que sa chaise, son parapluie et quelques vêtements!
D’oeuvre en oeuvre, on est porté par les idées de confiance, de paix, de compassion, d’écoute de l’autre, d’entraide… Même si le malheur et la misère de l’homme sont très présents. C’est ça Claude Brugeilles… Certains de ses dessins, gravures ou peintures ont un côté Brueghel (son nom lui ressemble également!)
Pensez aussi à feuilleter son livre de poèmes à l’accueil.
La Galerie « Entrée Libre » de la Caisse d’Epargne, rond-point de la Nation, à Dijon, accueillait les peintures de Eliane Martinand et les sculptures de Joëlle Farenc. Titre de cette exposition: « Piques et velours ». C’était au printemps 2019. Eliane Martinand vit sa peinture comme des déplacements dans l’espace. Ceux qu’elle a aimé faire quand elle pratiquait des chorégraphies acrobatiques et artistiques (elle était professeur d’éducation physique et sportive). Au vernissage de l’exposition de la Caisse d’Epargne, elle en fait une petite démonstration, qui expliquait avec plein d’humour sa façon d’envisager la peinture.
Pour parler du travail d’Eliane Martinand, il faut donc passer, comme elle, par les mots piquer, croiser, spirale, vrille, salto, enrouler …! Le mouvement, quoi! On sent un pinceau impatient et dynamique entre ses doigts! Avec elle, les vignes et les cactées vibrent et dansent autant que les rougeoiements volcaniques! La couleur aide à cette mise en mouvement. Franche, rythmée et travaillée.Le mouvement est visible aussi dans ses approches et ses reculs! Un gros plan. Un plan plus large. Puis à nouveau un zoom… Etc! Et quand Eliane Martinand fait ainsi marcher sa focale variable, elle joue avec l’abstraction. C’est bien connu: un plan rapproché, le fragment d’une réalité cerné et grossi perd de son caractère figuratif. Joëlle Farenc sculpte. Et elle le fait avec passion. On devine son rapport passionnel avec la terre qu’elle travaille. Elle sculpte le vivant. A l’expo, on verra des écureuils et des chats! Mais l’humain, aussi. Expressions du visage ou attitudes, c’est ce qui intéresse Joëlle Farenc. Sans doute, surtout, les dualités, les différences, les oppositions, les contrastes…Tout ce qui fait l’être vivant. La matière est attaquée avec énergie, communiquant vérité et spontanéité au sujet. Et la pose des patines, très variées, semble faire entrer définitivement les pièces dans le monde de l’art universel. Cliquer sur les visuels pour agrandir (important, pour les sculptures en particulier)
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