« Rouillé-collé- des collages immédiats », c’est le titre en forme de jeu de mots qu’a choisi Luc Quinton pour son exposition à la Galerie La Source, Fontaine-lès-Dijon. A voir jusqu’au 24 mars. Du mercredi au dimanche 15h30-18h30.
Luc Quinton se dit plasticien colleur d’histoires. Et j’avais en effet souvenir de sa première exposition à La Source, il y a quelques années, où il présentait des collages classiques, papiers sur papier: un vrai livre d’images. Un grand spécialiste du collage.
Aujourd’hui, le travail est différent. Ainsi que le résultat pour le visiteur. Les collages sont là, mais sur des supports surprenants. Du vieux bois ou du métal rouillé, des pièces de rebu. De la lessiveuse à la plaque de cuisinière, en passant par un bout de carrosserie. J’avoue préférer les pièces qui sont tellement sorties de leur contexte qu’on ne reconnaît plus l’objet d’origine.
détail de la photo précédente
En tout cas, les fonds rouillés offrent une belle richesse de couleurs et de lignes. Et, en général, les collages de Luc Quinton jouent habilement avec.
Il faut souvent dénicher le petit collage qui se cache dans un coin d’une grande tôle tordue et rouillée! Intéressant contraste entre ce support imposant, voyant, volumineux et la mini image venue s’intégrer là timidement. Une barque, des chameaux, une marquise, un mendiant, un départ en exode, un insecte, une charrette de foin… Ils ont tous leur place. Ils ne sont pas là par hasard. Leur destinée passe par cette vieille plaque de fer abandonnée ou cette planche usée et fatiguée…L’une expliquant l’autre, peut-être. Leur rencontre est émouvante (ou leurs retrouvailles, pourquoi pas). Il y a des correspondances entre eux.
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Mais dans cette expo, j’ai vu aussi des choses maladroites, qui, pour moi, ne présentaient pas d’intérêt, telles ces cannettes écrasées, collées quelque part. Ou, parfois, des collages qui prenaient trop de place par rapport au support. Certaines œuvres de Luc Quinton ont un raffinement dans la modestie et l’épure que n’ont pas certaines autres qui en font trop ou qui tombent dans la trivialité (dans le sens « commun »).
Le Consortium de Dijon a accueilli l’artiste américaine Emily Mae Smith en 2019. (37 rue de Longvic, du mercredi au dimanche 14-18h (20h le vendredi). C’était à voir comme un rafraîchissement, sans oublier quand même tout le côté « culturel » que contient cette oeuvre.
La petite brochure du Consortium explique que Emily Mae Smith fait partie des artistes qui ne « nagent pas dans le sens du courant ». Oui, d’abord, c’est de la peinture! Et une peinture léchée, lisse, figurative, drôle et relativement facile d’accès. Pas très habituel, en effet, en art dit contemporain! Mais on a le droit d’apprécier! Même si le côté décoratif, amusant et coloré domine.
Les références et emprunts sont nombreux chez cette artiste. Et ce n’est pas trop difficile de les trouver: art nouveau, surréalisme (Magritte surtout), pop art, Mikey, quelques peintres classique (Hokusaï par exemple, ou peintures du XVIIIème siècle) etc. Bien sûr, il a dû m’en échappé beaucoup!
D’une paire de chaussures à talons aiguilles géante à une paire de lunettes démesurée, d’une langue malicieuse à une paire de moustache à la Dali, on se régale de sa fantaisie. Son thème favori est un balai. Symbole de la sorcière, certes, mais surtout des travaux ménagers auxquels la femme a été longtemps assujettie. Et le balai de Emily Mae Smith se métamorphose en personnages qui mêlent féminité et masculinité : un phallus habillé d’un long pagne ou affublé d’une queue de sirène!
Emily Mae Smith raconte des petits contes modernes, imagés, illustrés, moqueurs. Des petites fables acides ou souriantes. Elle lance comme des petites énigmes à décrypter ou des chansonnettes acidulées pleines d’allusions coquines ou révoltées. Ses formats sont variés, adaptés à son sujet.
Son oeuvre est très personnelle, utilisant tout un passé (ou un présent) artistique qui lui sert de signifiant autant que le sujet traité. Sa peinture est narrative, mais ce qu’elle dit est intéressant.
En fait, j’écris ce papier AVANT l’expo qui a lieu à la Galerie La Source, à Fontaine-lès-Dijon, du 26 janvier au 17 février 2019 (du mercredi au dimanche, 15h30-18h30), intitulée « Histoire Naturelle ». Je serai absente à ce moment-là. Mais je suis allée voir le travail de Vincent Crochard dans son atelier-show-room, au cœur d’un hameau du Jura. Extra!
Vincent Crochard est un artiste. Un vrai! Donc un vrai créateur. Dans le sens où il « donne naissance ». Il parle d’ailleurs lui-même d’accouchement. Les volumes qu’il réalise sont les fruits de ses entrailles! Ses envies, ses désirs, ses manques, ses rêves ou ses cauchemars prennent forme. Deviennent tangibles.
Il travaille par séries. Chacune a ses propres thème et matériau. Il va au bout de son idée, puis, recommence à zéro, sur une autre voie. Malgré tout, d’une série à l’autre, son univers est toujours à peu près le même. Fantastique, féérique, sensuel, organique, mi-végétal mi-animal… Il relève du vivant, de toute façon. Prenons la série qu’il nomme « Digestion ». Des agglomérats de torchis associés à de la bourre de peluche et des fragments de couverture… Résultat, de sympathiques sculptures aux formes arrondies, dont le côté rustique est adouci par le doudou! L’artiste dit avoir voulu créer des nids. C’est vrai, un côté fermé, caché, secret, juste ouvert discrètement d’un côté par une fente ou autre petit orifice. Nids, ou matrices peut-être? Cocon, refuge? On tue l’enfance en dépeçant son nounours, mais on fait intervenir celui-ci dans une métamorphose qui l’entraîne dans une autre existence. On est entre mort et vie (ou renaissance).
Vincent Crochard joue avec les tissus, la ficelle, la frisure de bois, le charbon de bois, le sable, la terre, la bouse…Et le visiteur voit, lui, des épines, des poils, de la fourrure, des écailles, des pattes, des racines, des coquillages, des tentacules! Il voit grouiller, frémir, onduler… Il ne sait plus! Et c’est merveilleux. Il est passé de l’autre côté du miroir. Il est dans un monde inconnu où les références habituelles sont chamboulées, où les contraires sont frères! Il est dans l’ambigu en permanence. Vincent Crochard est sculpteur, mais il travaille aussi, en partie, comme un artisan, utilisant par exemple beaucoup la couture, les travaux d’aiguille. Dans son délire d’imagination, il a un côté minutieux. Il fabrique consciencieusement des pièces et fignole chacune d’elles, pour en faire de beaux objets uniques et harmonieux. cliquer sur les visuels pour agrandir
Cet hiver 2018-19, il fallait longer les grilles du jardin Darcy, à Dijon. Des artistes de 13+ ont participé à leur façon à la journée mondiale de lutte contre le Sida. Chacun a exprimé quelque chose de personnel sur le sujet.
Les oeuvres ont été photographiées. Les photos tirées sur bâche. Et les oeuvres exposées sous vitre. (Dommage! Les reflets sont bien embêtants!) Mais la visite vaut le coup.
Beaucoup, beaucoup de japonisme à Paris cette année 2019! Dans l’immense choix des expos, il y a celle-ci au musée du Quai Branly: « Fendre l’air ». Un hommage rendu à la vannerie japonaise. Beau. . Mon choix du mois de décembre 2018.
Ce sont d’abord des paniers destinés à l’art floral (Ikebana) pour la cérémonie du thé. C’est d’abord un artisanat japonais inspiré de celui des chinois. Et puis… évolution, libération. L’art de la vannerie japonaise devient unique.Toute la complexité du Japon est là: un pays à la fois audacieux en toutes technologies modernes, et attaché à ses savoir-faire qui respectent la tradition. Dans une scénographie raffinée, les pièces uniques (œuvres d’art) sont admirablement mises en valeur dans cette expo. Anciennes ou actuelles, elles passent de l’objet utilitaire à la véritable sculpture contemporaine (utilisation de l’ordinateur mais fidélité à l’extraordinaire technique ancestrale). Un art codifié, virtuose, singulier…On en reste baba! Et l’expo est bien renseignée par textes et vidéos nombreuses.
Thomas Saraceno avait carte blanche au Palais de Tokyo, à Paris, et ça donnait « On air » , une exposition hors du commun mi-poétique, mi-scientifique, mi-philosophique… C’était en décembre-janvier 18-19.
Cet artiste contemporain fait travailler des ouvriers, comme beaucoup d’autres… Mais ces ouvriers sont des araignées. Il les collectionne chez lui, dans son atelier. Et, pour cette expo, il a installé 76 toiles d’araignées dans de grandes salles plongées dans l’obscurité (ou presque, l’éclairage étant très subtile, juste pour mettre en valeur les tissages des fils de soie de ces dames les araignées). Pas de vitre. Le visiteur circule dans le noir, entre des structures invisibles où s’accrochent ces bijoux de dentelle incroyables. Thomas Saraceno a fait travailler plusieurs races d’araignées ensemble. Pas habituées à cohabiter, les pauvres! Il les dirigeait un peu, stoppant le tissage quand bon lui semblait. Résultat, une installation d’abord artistique. Maîtrisée. Harmonieuse. Émouvante. Mais, ça va plus loin (et on n’a pas fini avec cet artiste!) . Les vibrations des fils et le travail de tissage de certaines ouvrières encore présentes sont sonorisés, amplifiés par des micros!
Et on va de surprise en surprise. Voici un « instrument de musique » fait de grands fils de soie d’araignées tendus à l’horizontale. Ils vibrent en fonction des mouvements des visiteurs, de leur souffle, des ventilations etc. Les vibrations sont traduites en fréquences sonores.
Et puis, voici des stylos attachés à des ballons de baudruche! Ils dessinent sur des papiers posés au sol, traçant des « aéroglyphs ». Et après, ça se complique (pour moi!): Essayer d’entendre le mouvement des particules flottantes! Ecouter les fréquences radio générées par les météorites! Constater les principes de la thermodynamique! ça devient super technique…. Thomas Saraceno mène des projets avec des chercheurs de haut niveau et aboutit à des inventions expérimentales, comme ces formes volantes mues par l’énergie solaire et le vent (vidéo superbe à voir dans l’expo). Il étudie avec passion comment habiter les airs, sans énergie fossile….(cf sa communauté « Aerocène ») Enfin, dans une grande salle lumineuse, le visiteur se déplace dans un immense réseau de fils, comme s’il marchait à l’intérieur d’une gigantesque toile d’araignée. Il peut faire vibrer les fils (reliés à des amplificateurs d’infrasons) et ainsi se laisser baigner dans une sorte de musique venue de l’au-delà!!! cliquer sur les visuels pour agrandir
« Tenir ensemble » était une exposition, dans le cadre des « Nuits d’Orient », à la fois engagée et interactive ( je vais essayer de vous expliquer!) en novembre- décembre 2018, salle de la coupole, 1 rue ste-Anne à Dijon. Partenariat de la Ville de Dijon et des Inventifs.
Pascale Angelot a peint des dizaines de petites toiles (30×30) pendant plus de deux ans. Ce travail a démarré d’une colère. Colère face au « protectionnisme », à la « peur » et à la « fermeture », ces réactions choquantes devant l’ampleur des mouvements migratoires.
Pascale Angelot a souhaité « explorer graphiquement le TENIR ENSEMBLE ». Elle pense à un « paysage multiculturel » qui pourrait se créer peu à peu dans notre nouveau monde qui se forme aujourd’hui, rempli de métamorphoses en tous genres.
Elle propose donc « une installation Non installée ». Elle place ses petits carrés, tous différents, alignés sur le mur. Dans une configuration aléatoire. Une complexité appelée à être modifiée à tout moment. C’est là que vous, visiteur, vous entrez en jeu.
Après avoir lu la démarche et le mode d’emploi (papier affiché à droite en entrant dans la salle) vous pouvez librement vous emparer d’une des toiles (ou de plusieurs), qu’elle soit au sol, sur le mur ou dans la structure grillagée (symbole des bateaux de migrants) et…à vous de placer, déplacer, enlever, remplacer! Le mur des petits carrés est en perpétuelle mutation.
Votre geste est à vous! Il peut être d’ordre esthétique, plastique, politique, social, sentimental…
Vous avez aussi la possibilité de ne rien faire du tout! Simplement regarder un à un tous ces tableaux ou regarder l’ensemble qu’ils constituent. De toute façon, la réflexion viendra. Ou au moins le plaisir de voir ces peintures abstraites et collages, dont beaucoup vont vous toucher. Qu’ils représentent ou non, symboliquement, des personnes exilées, déplacées, errantes, rejetées, solitaires, perdues, déracinées…
On n’a finalement qu’une envie, c’est d’y retourner plusieurs fois pour constater les mouvements divers et variés que va prendre le mur de Pascale Angelot! J’espère que des photos sont faites régulièrement!
Belle journée d’automne 2018 pour la passer dans le grand voilier Vuitton! Reflets, lumières et ciel bleu… Et puis, des moments fortissimo (i?) au cours des longues contemplations dans les salles d’expo: Jean Michel Basquiat et Egon Schiele.
« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux »! Allons-y avec Musset! Il a raison! Je me sens toujours moins concernée par l’art joyeux! Va savoir pourquoi! Donc, avec ces expos, je suis comblée! Détresse et rage sont les deux points essentiels de Schiele (1890-1918) et Basquiat (1960-1988).
Quelque chose de poignant me retient à chaque dessin de Egon Schiele. J’en oublie la foule des visiteurs autour de moi. Aquarelle ou gouache et crayon ou fusain…Et c’est tout. Là, déjà, se situe la force de l’expression. Pas de blabla. Ce qui doit être dit est dit, en peu de traits, en peu de touches, bien appuyées là où il faut.
L’anxiété et la souffrance ne sont pas bavardes.
L’âme torturée est dessinée sous la forme de ces corps tordus, disloqués, fragmentés, distendus. Pas exagérément (il reste de l' »académie »), mais juste assez pour créer le malaise du visiteur. La mort est présente, souvent, comme cachée, là, sous le vivant. Le regard, aussi, est fascinant, pénétrant et inquiétant: Schiele (beaucoup d’autoportraits) nous regarde. Interrogatif et dur.
Oublions ses grandes peintures, peu convaincantes, et ses « copies » de Klimt. Oublions également qu’il n’y a pas ou peu d’érotisme dans les œuvres exposées ici. Tant pis. Reste la puissance foudroyante de ces dessins virtuoses. Et l’expression d’un drame intime rarement aussi éloquente.
Avec Jean-MichelBasquiat, on change de registre. Même s’il est question également de chaos intérieur… C’est l’Amérique, c’est la rue, ce sont les années 80… Le combat n’est plus le même. Certes, on sent la même fougue, la même hâte à crier la souffrance et la rage (comme s’ils pressentaient qu’ils allaient mourir à 28 ans, tous les deux).
Le format n’est plus le même, non plus, ni le support, ni la technique . C’est le mur, la palissade, l’acrylique, le collage… Les couleurs éclatent, les traits sont jetés au large sur le support. De grandes figures noires nous font face, terriblement présentes et vivantes. Chaque détail de leur corps crie quelque chose. On l’entend…
Et Basquiat écrit. Il fait des énumérations, des listes, des colonnes de mots. Obsessionnelles. Disséminées sur la composition picturale. Elles sonnent, rythmées comme du slam. C’est étonnant.
extrait
Les deux œuvres de ces artistes bouleversent. Pas de la même façon. Mais, bon sang, l’art a des choses à dire, et les dit mieux que n’importe quoi d’autre…
Paris, Beaubourg, Le Cubisme (1907-1917), 2018-2019. Treize salles… C’était grand!
Je me suis intéressée à cette grande expo. Je l’ai vue d’abord comme un rappel historique et culturel (c’est vrai qu’elle a côté pédagogique certain). Quand et où commença le fameux cubisme. Que voulaient donc faire ces peintres révolutionnaires. Ensuite je me suis régalée d’œuvres que je n’avais encore jamais vues (Ce Picasso décidément! On n’en finit pas d’en découvrir!). Mais j’ai saturé…. Les trois dernières salles, je ne voyais plus rien, je traversais, à la recherche d’un dernier siège pour soulager mon dos, c’est tout! Seule, sur la fin, la sculpture m’a tirée un peu par la main ! Je me suis un brin attardée pour Henri Laurens, Brancusi, Modigliani….
L’expo permet de suivre facilement l’évolution de la recherche picturale de ces messieurs Picasso et Braque (et des autres…). Passionnant. Et du coup, on a devant les yeux pleins d’exemples de ces éclatements en facettes, de cette géométrisation, de ces lignes structurelles, de ces visions frontales qui font l’intérêt du mouvement cubiste. Certes, il y a un côté systématique et technique (donc un peu « sec ») mais ces inventions et ces expériences sont quand même extraordinaires : on est entre 1907 et 1917, ne pas oublier!
Mais quelle horreur, par contre, quand on découvre certaines œuvres exposées aux Salons de l’époque!! Du Gleizes ou du Le Fauconnier! J’ai senti un besoin chez eux de faire du cubisme absolument, mais tout en gardant la lisibilité du tableau. Plaire encore, ne pas faire trop scandale, mais suivre les mouvements au goût du jour! A mon avis c’est raté pour beaucoup! (je ne mets pas de visuels!!!) N’arrivent pas à la cheville de Picasso ou Braque!
Ce qui m’a plu dans cet immense panorama du cubisme, c’est la plongée dans l’époque, avec les réactions du public et des critiques complètement déboussolés et effarés! Ce sont les influences qui ont construit peu à peu ce mouvement: art « primitif », art ibérique, Cézanne etc. Ce sont les recherches, parfois très intellectuelles, de ces assemblages, ces stylisations radicales, ces aspects sculpturaux des peintures . Tout cela clairement montré et expliqué. Et puis j’ai aimé les petits volumes faits de morceaux quelconques…papier, tôle… Comme des collages en trois dimensions. (guitare, verre d’absinthe, abstractions diverses)
Cliquer sur les visuels pour agrandir ou voir les noms des auteurs
Le musée de Dole a proposé à l’été et l’automne 2018 une grande rétrospective de l’oeuvre de Auguste Pointelin (1839- 1933). Belle découverte pour moi. Vous pouvez voir des œuvres de lui à Dijon, Dole, Arbois, Lons le Saunier, Besançon etc.
En regardant les peintures de Pointelin (1839-1933), on évoque d’abord Corot puis Courbet. Peintres de paysages. Mais, très vite, on sent Pointelin se différencier. Très vite la nudité de ses paysages nous frappe. Et très vite on aborde avec lui quelque chose d’unique à cette époque: le non paysage. Enfin! J’appelle ça ainsi! Et je trouve extraordinaire qu’un artiste, au tout début du XXème siècle, débouche, à force de travail, sur une espèce de spiritualisation du paysage. Ce dernier se vide tellement, se simplifie tellement, s’absente tellement qu’il devient plutôt une rêverie, une méditation…
Et, encore plus extraordinaire, non seulement la réalité n’est plus vraiment représentée, mais en outre l’image n’est même pas belle. Oui, à la fin de sa vie, il peint des tableaux qui ne correspondent plus du tout à l’esthétique conventionnelle. Là n’est pas son but. Au temps des impressionnistes qui s’enivrent de couleurs, Pointelin, lui, fait dans le sombre. Très sombre. Et la toile sur laquelle il peint est grossière, ce qui donne une rugosité à l’image. Les masses et les lignes se réduisent. Certes, tout cela ne fait pas du « joli »!
Cette expo chronologique permet de voir comment l’artiste en est arrivé là. Peu à peu, les arbres, l’eau, les nuages aux douceurs de couchant et autres détails concrets sont éliminés. Ne reste souvent qu’une ligne d’horizon entre ciel et terre… Étonnant. Et très moderne! Mais dès le début du parcours de l’expo, on perçoit d’ailleurs quelque chose d’évanescent dans les paysages de Pointelin. Les lumières sont fragiles, celles du couchant ou du lever, les arbres sont fins, peu nombreux, au feuillage léger. L’ensemble est estompé, silencieux, presque endormi. On ne s’étonne pas de constater peu à peu la disparition de tout cela.
Un mot sur l’accrochage : gênée par les éclairages, souvent mal dirigés, si bien que l’ombre du gros cadre doré et tarabiscoté (d’époque, mode de la fin XIXème!) ourle le haut de la peinture! Charmant! Et puis ces tableaux sombres pour la plupart seraient éclairés moins au-dessus…. Je suppose que ce serait mieux. Je sais! Eviter les brillances, pas simple! La bonne idée, c’est d’avoir plusieurs fois enlevé le cadre! Ouf!
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