Le travail de Christine Coste, vu à la Galerie Grès (Paris) en avril 2022,m’a interpellée.Ce n’était qu’une partie de ce qu’elle fait habituellement: sculptures céramique, dessins et peintures, performances.
J’ai vu des formes vivantes, à peine nées. J’ai cru voir des lambeaux de placenta. Des peaux aux fines écailles. Des mues. Je sentais partout une vibration de cellules. (Christine Coste travaille par petites mailles, sur la toile et sur la surface de ses céramiques, comme si elle façonnait des choses, cellule après cellule, pour leur transmettre vie)
Sculptures et peintures se faisaient écho pour me dire le mystère du vivant. Je regardais cette sculpture de la série Capsule3D, et c’était un sexe de femme, mais aussi un fossile dans le secret d’une pierre, ou un arbre blessé qui montrait son coeur, ou une coquille ouverte….
Les formes organiques glissaient d’une peinture à une sculpture (et inversement). Imperceptiblement, se faisaient des métamorphoses, des unions…Ici, une silhouette humaine, là une créature indéfinie. Des corps, toujours, ou des fragments de corps. Sans vraie identité. Mais ultra présents.
Les peinture apportaient leurs transparences fragiles, leurs coulures et leurs magnifiques couleurs vives plus ou moins voilées. Les céramiques apportaient leur solidité foncée et leurs lignes sans bavure.
Vous avez compris que cette artiste, à mon avis, est à suivre, absolument!
Aujourd’hui, ce n’est pas d’une exposition dont je vais vous parler. (Avril 2022)
C’est d’un projet. Un projet que mon mari et moi montions pièce par pièce depuis plus de six mois. Et, aujourd’hui, nous sommes obligés de l’abandonner. Le rêve est mort.
Nous avions l’intention d’acheter un local à Dijon pour y accueillir les expositions d’artistes plasticiens. Ceux-ci, nous le savons, ont très peu d’espaces, dans la proche région, pour montrer leur travail. Même si la Ville de Dijon, avec beaucoup de bonne volonté, leur en propose généreusement plusieurs, mais pas toujours appropriés.
Notre souhait était d’ouvrir une Galerie d’art à but non lucratif. Nous avions déniché un lieu idéal en plein Dijon. Les volumes, la lumière, la surface…
Nous nous projetions déjà dans ce lieu. J’imaginais déjà tel ou tel artiste y installer son travail. Nous étions conscients que le chemin à parcourir jusqu’à la première expo serait long et chaotique. Mais nous nous sommes engagés sur ce chemin la fleur au fusil! Les démarches ont commencé. Les rendez-vous. Les mails. Les coups de fils. Les devis. Les demandes. Les attentes. Les formulaires. Les refus. Les réunions…
Mon mari, surtout, s’était attaqué à l’administratif. Moi, je suivais le processus comme je pouvais… Et je remplissais un carnet d’idées, d’adresses, de noms, pour l’avenir de la Galerie. Nous parlions peu de notre projet autour de nous. Prudents. Seul un petit noyau de connaissances était au courant. Et nous nous faisions un peu aider (mais certain professionnel pas forcément au top…). Plusieurs fois notre moral a chuté! Très bas! Mais nous remontions la pente rapidement.
En dernier lieu, nous avons rencontré trois personnalités de la mairie de Dijon et de la Métropole. Formidables d’écoute, de compréhension et de soutien… Mais malgré leur bonne volonté, les bâtons dans les roues sont restés accrochés… Et l’échéance du compromis de vente approchait, nous avions pris contact avec ces personnes-là, hélas, un peu tardivement, nous n’avions plus le temps d’espérer et d’attendre une solution.
Deux obstacles, surtout, ont fait capoter l’affaire:
-Les contraintes démesurées et très rigides de l’accès PMR (personnes à mobilité réduite) pour ce local ouvert au public. [nous étions bien entendu déterminés à accueillir les personnes à mobilité réduite dans notre galerie, mais les conditions réclamées dépassaient l’entendement….et notre budget.]
-La copropriété, qui a finalement refusé de dialoguer avec nous, alors que nous avions besoin de certaines autorisations (PMR, sorties de secours etc…)
Vidés de notre énergie, tristes et amers, nous ne sommes pas prêts de recommencer une telle expérience. Nous avons été confrontés à l’absurdité et à la médiocrité, à la petitesse et à la bêtise. L’ampleur de notre déception tient, non seulement à notre propre échec, mais à la constatation que beaucoup de ceux qui veulent avancer, faire, créer, bouger……… sont muselés, empêchés, entravés…….. Admiration à ceux qui parviennent malgré tout à réaliser leur projet!
Mais il faut dire que l’art, et la culture en général, n’ont pas bonne presse. « Non essentiels » , n’est-ce pas!!! Eh ben, si! L’art est essentiel à notre liberté, à notre équilibre mental, à notre survie …
Dans l’église Saint Philibert, rue Michelet à Dijon, il y eut, au printemps 2022, une exposition de Françoise Le Corre, « La texture de l’infime ou le diapason du là ».C’était à voir!
La grande église Saint Philibert, la très grande église Saint-Philibert se fait protectrice. Voilà qu’elle abrite de toutes petites choses. Toutes frêles. Elle a intérêt à perdre sa vilaine habitude de laisser choir des débris de pierre ou de sel depuis ses voûtes et ses piliers. Elle retient sa respiration de vénérable blessée. En son sein, ont été déposés de minuscules objets qui pourraient bien avoir un caractère aussi sacré qu’elle, du moins quand elle n’avait pas encore été « désacralisée ». Il semble qu’elle tienne à en prendre soin, en souvenir de cette époque.
Etonnante église, donc, qui accepte avec modestie qu’on ne lève plus trop les yeux vers son architecture. Nous sommes tellement absorbés par notre quête: dénicher les mini-trésors que l’artiste Françoise le Corre propose à notre regard. Sous cloche, sous verre, bien éclairés et grossis par des effets de loupe, voici un minuscule coquillage, une nouille anodine, un trognon de crayon, ou un brin de papier millimétré… Ils deviennent de vrais petits miracles de beauté. Des reliques que l’artiste nous invite à vénérer.
L’art du millimètre
C’est l’exposition des contrastes et des contraires. Le lieu est un géant, mais les objets des petits riens. Les sujets sont très modestes, mais leur présentation très raffinée. Les oeuvres sont simplissimes, mais la scénographie muséale.
C’est aussi l’exposition du regard, de l’émerveillement, de l’attention. Elle met en évidence quelque chose qu’on a tendance à oublier: savoir s’arrêter, se taire, se pencher, observer… (J’ai une amie qui a un carnet où elle écrit ses petits émerveillements du jour. Voilà! C’est une liberté à reconquérir. Ne pas se faire avoir par un environnement matériel trop envoûtant, absorbant et dominateur. Ne pas négliger l’essentiel…. Bôf! Je radote! Mais tant pis!).
La focale du silence
C’est aussi l’exposition des questionnements. Par exemple, Françoise Le Corre met en mouvement certaines oeuvres (plateaux tournants, vidéos, ombres). Et, là encore, c’est l’occasion de prendre le temps. Stop! Attendre de voir les métamorphoses des choses, les différentes formes qu’elles prennent. Stop! Penser à la réalité (laquelle?), la vérité (laquelle?), le jugement (doute?), la croyance (question?) et même l’impermanence et l’éphémère.
Derviches Transmissions
C’est aussi l’exposition aux mille portes. De la simple contemplation à la réflexion philosophique… Les jeux de mots, les clins d’oeil, les symboles, les références littéraires, historiques ou artistiques sont là. A nous de prendre (ou pas). C’est offert, mais pas obligatoire! On choisit sa porte…
Trou de mémoire
En sortant de l’église Saint-Philibert, on se sent encore plus fragile qu’avant, mais les yeux grand ouverts…Je crois qu’on a gagné en équilibre!
Dans cette expo, ne manquez pas la vidéo de l’entretien de Françoise Le Corre avec Valérie Morisson. Et prenez les intéressants papiers proposés à l’entrée.
Après quelques travaux de chauffage et peinture, la Galerie La Source, à Fontaine-lès-Dijon, a rouvert au printemps 2022 pour l’exposition de Patricia de la Gorce, céramiste, et Brigitte Brosset, artiste textile: « De fil en argile ».
Un travail à quatre mains. L’une crée la pièce en terre cuite (raku, émaux…), l’autre crée la pièce tissée (différentes sortes de fils de couleurs variées), qui vient s’intégrer à la première. Les deux matières se marient alors, pour aboutir à l’oeuvre finale.
La terre et le fil apportent chacun son caractère et sa texture. Si différents. Mais si complémentaires. L’alliance des contraires! Parfois le métal entre en jeu également.
Comme les deux artistes sont présentes tout au long de l’exposition, vous pourrez discuter avec elles. Elle parlent volontiers de leurs passions respectives et racontent l’aventure de chaque oeuvre avec enthousiasme. Brigitte Brosset, la céramiste, donne naissance à la première partie de l’oeuvre, après consultation commune sur le projet. Patricia de la Gorce, l’artiste textile, intervient alors directement sur l’objet (qui n’est pas encore complètement abouti, il est encore dans les limbes!!). Elle s’adapte aux teintes délicates et nuancées des émaux, elle cherche l’harmonie dans le choix des fils. Et de ses doigts et de l’aiguille elle va faire éclore l’oeuvre finale.
L’ensemble exposé est agréable pour les yeux. De loin, comme de (tout) près. Très esthétique. Le soin apporté à chaque oeuvre est admirable (je trouverais d’ailleurs cela presque trop propre, rangé, ordonné et un peu raide!!) . L’habile association des deux matières est très intéressante: le lisse- brillant et le rugueux-cotonneux, le dur et le souple, le large et le fin, le plat et le relief…
Bon, ici, il est plutôt question d’artisanat d’art. Mais pourquoi pas? La frontière est si ténue! Derrière ces jolies pièces exposées, je vois un esprit créatif, un sens de la composition, un souci d’harmonie et d’équilibre, une sensibilité aux couleurs etc.
Patricia et Brigitte ne se livrent pas plus que ça. Je ne devine aucune expression de l’intime, aucune traduction de l’indicible… Or, c’est ce que je cherche habituellement dans l’art… « Art, je veux de toi ce qui m’est inaccessible, inaccessible…! »
Dimanche, je suis allée à Gray. Ou plus exactement à Arc-lès-Gray. S’y déroulait le Salon « D’arts d’arts ». Le 7ème du nom (comment avais-je pu loupé ça toutes ces années?) Organisé par le Rotary avec quelques partenaires, cette manifestation regroupe une bonne trentaine d’artistes et se présente comme un « vrai » salon… Chaque exposant bénéficie d’un îlot. Beaucoup mieux que ce que j’ai pu voir ailleurs, ici et là : panneaux grillages et paravents, accrochages disparates, rideaux et nappes de secours, bâches cache-misère, triste promiscuité des oeuvres…
Dans l’ensemble, la qualité était là aussi. Parfois, à la frontière entre artisanat et art, mais pourquoi pas? La diversité également était là. Et il y avait foule. Tant mieux!
Bien sûr, comme je suis (avec l’âge!) de plus en plus difficile et exigeante, je n’ai vraiment accroché que sur une petite dizaine d’artistes. Sans délaisser ni mépriser les autres pour autant!
Voici un échantillon:
Guillaume Martin
Denis Pérez
Danielle Lequin
Jean Rieux
Patricia Goussard
Corinne Déchelette
Habiba Harrabi
Cliquer sur les visuels (c’est important pour voir l’oeuvre en entier) pour agrandir
A Dijon, aux Ateliers Vortex, rue des rotondes, Flora Moscovici a exposé « Revêtement, cicatrices polychromes » au printemps 2022
Profitez de la présence d’une oeuvre de cette jeune artiste parisienne à Dijon. Rendez-vous vite aux Ateliers Vortex. Les couleurs de Flora Moscovici investissent le lieu. Enfilez les protège-chaussures et pénétrez dans cette salle que s’est appropriée l’artiste. Foulez ces flaques de couleur aux doux reflets vaporeux. Vous vous croyez dans un monde virtuel. Les nuées bleutées, rosées, ensoleillées, rougeoyantes couvrent mur et sol. Et tout est changé…
La peinture ici est toute puissante. C’est une entité. On pourrait retirer l’architecture, elle demeurerait malgré tout. A elle toute seule, elle abolit les murs et le sol. Et vous vous laissez imprégner par elle. Vous flottez grâce à elle.
Flora Moscovici réutilise ici des bâches qu’elle avait exposées, verticalement, en extérieur, à Paris, pour une oeuvre géante. Ce sont des fragments. Ils habillent à nouveau un espace (re-vêtement?). Ils redimensionnent cet espace, ils l’éblouissent, le réinventent.
Flora Moscovici est une vraie chercheuse coloriste! Ses jus de peinture valent le déplacement et votre visite!
Le Consortium, 37 rue de Longvic à Dijon, a proposé une exposition de 5 artistes contemporains au printemps 2022.
–Sergej Jensen, artiste danois né en 1973.
Les toiles de Sergej Jensen sont bien des toiles!! Mais elles ne servent pas forcément de support à de la peinture. Il y en a un peu, ici ou là, mais plutôt timide, l’essentiel étant dans les pièces de tissus qui garnissent la surface (encore que la toile brute est parfois également laissée en réserve.)
Provenant, pour la plupart, d’anciennes toiles de l’artiste, laissées pour compte, déchirées, découpées, ces lambeaux s’assemblent tant bien que mal pour former un tableau. Non! Rien à voir avec du patchwork! Les couleurs, les rythmes, les compositions et la destination elle-même sont à mille lieues!
Ces oeuvres de Sergej Jensen ont un goût de nostalgie. A cette époque (l’artiste commence ce travail dans les années 2000), où est passée la peinture? Elle a perdu sa place primordiale en art, dit-on. Ses toiles à lui seraient un rattrapage, un pis aller, ou un geste de dérision, ou même une pauvre moquerie…je ne sais pas. Quand on pénètre dans la salle, on a d’abord, le temps d’un éclair, l’impression d’être devant des peintures…Et puis, on voit les coutures maladroites, les effilochages ratés, les déchirures, les plis, les trous, les lignes bancales et les imperfections diverses. Les teintes sont tristes ou pâles, délavées, lessivées. Une image de pauvreté. De déclin.
C’est un travail qui peut nous atteindre, dans la mesure où l’on sent que cet artiste cherche peut-être à rafistoler la peinture qui se meurt, la récupérer à travers son support lui-même. Tout en montrant que ce sauvetage est dérisoire. On a le droit d’y voir une certaine beauté. Car l’artiste reste artiste et il ne se fiche pas complètement des compositions. Le plaisir esthétique existe, pour moi, dans cette salle, bien évidemment.
–Nathaniel Mary Quinn est un artiste afro-américain né à Chicago il y a une quarantaine d’années.
Depuis quelques temps, sa spécialité est le portrait composite. Un travail de peinture, proche du collage. Avec fusain, gouache, pastel, acrylique etc, il assemble des fragments formant un visage hybride. D’apparence souvent monstrueuse, évoquant parfois les gueules cassées de la première guerre mondiale… Des visages fracturés, déstructurés. On pense aussi à Bacon.
« Chacun de nous est une cacophonie d’expériences » dit Nathaniel Mary Quinn. Il exprimerait donc cet amalgame que constitue chaque vie. Ses portraits seraient ainsi formés de morceaux de mémoire et d’inconscient.
J’ai peur, malgré tout, que cet artiste ait trouvé là un « système » et s’y tienne, montrant beaucoup de brio dans ses réalisations, mais ne cherchant pas plus loin. J’espère me tromper.
–Tursic et Mille, duo d’artistes, nés en 1974, l’une en Serbie, l’autre en France, qui se sont rencontrés à l’école des Beaux Arts de Dijon.
On n’aborde pas le travail d’Ida Tursic et Xilfried Mille comme ça! D’un simple coup d’œil! J’avoue qu’ils m’ont toujours interloquée par leurs provocations, leurs audaces, leur apparent je-m’en-foutisme, leur vulgarité assumée… Cette fois encore, je me suis accrochée aux murs pour rester, et continuer à visiter l’expo! Tant de teintes exagérément flashy, tant de sujets nunuches, tant de mauvais goût, tant de blagues à deux sous, tant de fausses peintures enfantines… J’ai pris le parti d’en rire, me disant que les artistes eux-mêmes, si ça se trouve, se sont bien amusés en créant ces installations.
Certes, Tursic et Mille nous bousculent, brouillent nos pistes habituelles, détrônent des poncifs… Si jamais on découvre, dans une toile, un extrait à la beauté « classique », un visage, un morceau de paysage, ils s’empressent de nous contrarier en lui ajoutant un pioupiou grossier ou un gribouillage mauve du plus vilain effet! Pas question de se laisser aller!
Leurs « shape-paintings » , tableaux-objets, et leurs cadres de tableaux m’ont interpellée, dans la mesure où intervient un artisanat au service de la peinture. Ainsi qu’un souci de changer l’aspect et la présentation traditionnelle des galeries de tableaux. Cadres découpés (nouvelles formes géométriques) et socles travaillés, silhouettes d’arbres ou de chiens taillées dans le bois avant de recevoir une œuvre picturale…
Dans cette expo, pas de pornographie ni d’images de films ou de magazines recyclées par la peinture, travail le plus connu de Tursic et Mille, mais une reprise de ce qui avait été présenté en 2021 au Havre. C’est intitulé « Tenderness ». Autant vous dire que la tendresse, chez moi ne passe pas par les chienchiens, ni par les barbouillis roses, ni par les cartes postales kitsch des années 30!!
Un moment étonnant, dans cette expo: un tapis de pommes pourries et de mégots …en bronze peint! A voir!
–Elizabeth Glaessner, née aux Etats Unis en 1984
Grandes toiles aux couleurs translucides, aux lignes floues, aux formes inconsistantes … Des personnages qu’on dirait constitués de caoutchouc, comme des ballons de baudruche … Des scènes oniriques sorties d’hallucinations …
De transparences en mouvements fluides, de déformations du réel en apparitions planantes, l’oeuvre de Elizabeth Glaessner a suffisamment d’étrangeté pour ne pas me laisser indifférente!
-Je n’ai malheureusement rien à dire à propos de Bertrand Lavier. Son travail ne semble pas me concerner.
Au Cellier de Clairvaux, boulevard de la Trémouille, à Dijon, exposition des peintres Anne Girard (papiers) et Catherine Goursolas (toiles) de l’association Les Inventifs. En février 2022.
De plus en plus, je remarque que paie l’effort des artistes plasticiens pour améliorer l’installation et la présentation de leurs oeuvres, et pour les supports choisis qui « se lâchent » et se diversifient.
Allez au Cellier de Clairvaux voir l’exposition de ces deux peintres! La scénographie qu’elles ont choisie change le regard du visiteur lambda. Pas de routine, des cassures de perspectives, un jeu de volumes et de surfaces… Pratiquement rien d’accroché aux murs. Et très peu d’oeuvres encadrées-vitrées traditionnellement (ouf!)
Voilà! On se balade sur ce parcours avec beaucoup de plaisir.
Anne Girard se plaît à travailler sur et avec le papier. La peinture restant son médium privilégié. Donc… Peindre le papier. Le déchirer en fragments, les coller sur d’autres papiers, repeindre encore, et, au final, composer un ensemble qui tient… Elle aime les assemblages. Collages ou non. Souvent à l’intérieur de petites surfaces. Elle construit. Elle bâtit. Et son pinceau sait évoquer la sensation de la pierre, de la brique, du tissu, du papier, du carton, du verre… Architectures intimes, toujours en limites d’équilibre, toujours solides. La palette est sobre et joliment musicale.
Anne Girard
Anne Girard
Cette exposition trace des lignes géométriques. Avec les deux artistes, on est dans les carrés et les rectangles! Et, avec elles deux, cette exposition est debout! Dans la verticalité! Ainsi, Catherine Goursolas a posé au sol ses toiles, souvent en diptyques, et on les regarde à livre ouvert.
Catherine Goursolas
Catherine Goursolas et ses grandes couleurs, couvrantes et coulantes. Parfois ourlées, en bordure, ici ou là, d’une trouée de ciel plus clair. Son geste pictural et son amour de la couleur sont prodigues. Si d’aventure ils s’égarent dans une éventuelle figuration, l’expression de la couleur l’emporte toujours sur le sujet.
Galerie Valérie Delaunay, à Paris, rue de Montmorency, en janvier-février 2022, le commissaire Yves Sabourin avait mis en place une exposition qui s’intitulait « Médium Textile, suite ».
Le textile comme médium plastique, ce n’est pas nouveau. C’est même très courant aujourd’hui. Mais cette exposition dans une Galerie parisienne est particulièrement séduisante. D’abord par sa variété (14 artistes) et par les habiles mariages entre les pièces. Une expo où l’on suit le fil, et où on ne le perd pas! Intelligemment construite, pas comme une mise en scène, mais comme un poème.
Et pourtant, le geste créatif est si différent d’une oeuvre à l’autre. Entre le travail à la loupe d’un infime fil de soie brodé… et l’assemblage de gros pans de tapisseries anciennes…etc
Dominique Torrente
Ce que j’aime ici, c’est que les cases explosent, les étiquettes et les tiroirs se volatilisent, les frontières temporelles s’effacent. Aussi bien, le fil se fait pinceau ou crayon, le tissage se sculpte, les canevas deviennent des volumes, le macramé et le tricotage sont arts plastiques, la dentelle est en fil de pêche et flotte dans l’espace, les travaux d’aiguille de grand-mère sont expression artistique contemporaine…Les matériaux et les époques se mêlent. Une artiste associe grès et tapisserie, un autre intervient directement sur une tapisserie d’Aubusson du XVIIIème,
Arnaud Cohen
une autre encore augmente la photo en brodant par-dessus…
Isabelle Bisson-Mauduit
Et il y a celle qui redessine des pierres en les habillant de feutre blanc, et celle qui utilise un carnet de croquis pour y suspendre (aux spirales du carnet!) ou y coller ses drôles de petits sujets en mailles.
–Al’espace d’art L’Hostellerie, dans le parc de la Chartreuse, Dijon, une exposition de Mario Chichorro était à voir au printemps 2022
Est-ce que ce sont les pièces d’un puzzle géant qui, une fois assemblées, formeraient une sorte de genèse de l’humanité? Est-ce que c’est une Bible racontée en images? La Bible façon Mario Chichorro?
Aux murs des salles de L’Hostellerie (décidément j’aime de plus en plus ce lieu d’art!) sont accrochées des dizaines de bas-reliefs très colorés. Telles des cellules bourrées de vies. Une foultitude de personnages se serrent dans de petits espaces. Ils se casent dans leurs étroites fenêtres d’existence. Tous les vides sont occupés.
Ces êtres « soumis à aucune loi » (dixit l’artiste lui-même) affichent des visages cabossés, tordus, grimaçants…Parfois, l’un d’eux s’est échappé et a atteint une grande dimension. Mais il devient alors le support d’autres vies. Car Chichorro peint dans les moindres recoins. Toute surface peut accueillir un dessin. Et les scènes se multiplient à l’infini, relevant de fables, de contes, de légendes, de chansons…Comiques, érotiques, mystiques… Tout un univers secret et personnel.
Cette boulimie de couleurs, d’images, de reliefs et cette absolue liberté de l’artiste n’empêchent aucunement une maîtrise, une architecture, une harmonie… Et les sculptures sur pied sont également étranges et merveilleuses!
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