C’est d’abord un jardin. Oui, au 19 rue Magenta, à Dijon, insoupçonné derrière un portail et une grille, l’artiste Benvinda Miguens Velez entretient un bijou de jardin. Dans une sorte de fouillis ordonné s’épanouit une foisonnante végétation. Rien de très haut, pas de grands arbres. Plutôt à hauteur d’yeux ou au ras de terre. Des buissons fleuris, des buis taillés, des guirlandes de capucines, des fougères et des lierres, des plantes grasses naines, de minuscules bassins d’eau avec bambous et nénuphars… On se dit, en voyant ces plantes vivre avec autant d’allégresse, que la petite dame qui habite ici possède un pouvoir…
Au fond, au bout d’une des petites allées de poupée, s’ouvre « Le Petit Atelier » (panneau!). A peine, quoi?, dix m2 de surface. Benvinda explique qu’elle peint au sol. « Je mets de grands papiers par terre et je pose mes toiles dessus. J’utilise des peintures très fluides qui couleraient si je peignais sur chevalet. » Une seule fenêtre à volets de bois peints en vert et poignée à l’ancienne. Murs et plafond clairs. Meubles à tiroirs où tout le matériel de l’artiste est consciencieusement rangé. A côté, « mon coin à vivre » dit-elle. Toujours très petite surface agrémentée d’une verrière qui fait couler une jolie lumière. Benvinda a construit elle-même cette partie du domicile.
On ressort dans le jardin si proche, si présent. Un auvent tendu sur fer forgé prolonge l’atelier. On est à l’abri tout en étant dehors. D’ailleurs, partout ici, on se sent « à l’abri »! Pas envie de retrouver la ville et la vie extérieure!
Etrangement, Benvinda a, dans ses toiles et parfois ses sculptures en raku, un sujet privilégié: la foule. On en est loin pourtant! Chez elle, c’est plutôt un ermitage. Mais super accueillant.
Précision: J’ai pris les photos le jour des Portes ouvertes (collectif 13+). L’artiste n’était pas au travail, mais en exposition chez elle. Cliquez dessus pour agrandir.
En septembre 2011, les cimaises de la Maison des associations de St-Apollinaire ont accueilli le travail de Fuggio (Paule Fumoleau). L’artiste montrait son parcours depuis ses premiers figuratifs et modelages jusqu’à ses abstractions.
Non, Fuggio n’est pas inspirée par le Japon, elle vous le répète gentiment et patiemment! Même si son travail de recherche sur la gestuelle aboutit souvent à des idéogrammes proches d’une écriture asiatique. Elle s’intéresse au graphisme et à « la trace laissée par le geste », voilà tout. « Le trait a sa propre vie » dit-elle.
Cette expo raconte son chemin d’artiste vers l’abstraction. Comment elle a appris d’abord à épurer, à réduire les couleurs pour mieux jouer sur les formes etc.
Ses dernières peintures manifestent encore une évolution. Elles s’éloignent un peu du graphisme, tout en restant dans le mouvement, l’élan, le geste ample. L’abstraction devient peut-être encore davantage spirituelle. « Aller plus loin » dit-elle. Et elle reste fidèle à ses rouges et noirs.
Côté sculptures, ce qui m’a toujours séduite chez Fuggio, ce sont les relations étroites entre celles-là et ses peintures. Quand elle dégote chez les ferrailleurs de superbes formes vieilles et rouillées, qu’elle fait revivre en une seconde existence (sans pour autant ni les déformer ni les modifier), on a l’impression de voir le graphisme de ses toiles passer en 3 D! Rapports évidents! Etonnant!
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« Résonnances » est le titre que la sculptrice Christine Jouvenceaux avait choisi pour son exposition à la galerie La Source, l’automne 2011 (Fontaine-lès-Dijon). Cette petite dame filiforme, à la (très) longue chevelure rousse et aux yeux bleu profond, fait naître de troublants personnages.
Une armature métallique, des textiles, de la résine, du plâtre, du bois flotté…Christine Jouvenceaux use avec habileté de matériaux qui lui conviennent pour sculpter l’homme. L’homme dans sa dualité: à la fois fragile-vulnérable et, malgré tout, capable de grandeur et de force.
Son humanité se courbe, tombe, rampe. Elle ploie sous le fardeau de la vie. Elle souffre dans son corps. Elle ressemble à un Christ de chemin de Croix ou à un Don Quichotte désespéré. Mais elle sait aussi se relever, s’entraider, s’envoler, trouver la voie!Voilà l’impression que laisse cette exposition assez émouvante.
Ces sculptures à la chair déchiquetée, écorchées vives, à l’allure squelettique, au visage douloureux sont vraiment belles.
Le travail plus récent de l’artiste a gagné en sérénité. Les personnages sont moins torturés. Cela me plaît moins! (c’est personnel!)
Et l’artiste présentait au 1er étage de la galerie une série d’oeuvres inspirées de bouddhas. Je n’adhère pas du tout à cette façon de mettre en scène, d’une façon « folklorique », des objets d’une religion qu’on croit connaître extérieurement. Tissus, poufs, bâtons de parfum…Non! L’art n’a pas besoin de ça. Ses « astres », par contre, sont intéressants (bas-reliefs de résine et de sable).
A noter ses petits animaux, sur le pallier, dans la même veine que ses personnages. Bien!
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« Bois sauvés des eaux, bois sauvés du temps » , au musée archéologique, est une exposition technique et scientifique. Elle est en partie l’oeuvre du laboratoire ARC-Nucléart dont la mission, depuis 40 ans, est de restaurer les objets du Patrimoine en matériaux organiques, le bois en particulier. On vous dit tout, et en détails, sur ce travail. C’est intéressant, bien sûr, très pédagogique et bien présenté. Côté objets et oeuvres, j’ai retenu la petite embarcation qui, je crois, date du Vème siècle. Extraordinaire squelette de bois. Et les ex-votos des Sources de la Seine, bien entendu. Toujours étonnants. (Voyez les photos grand format qui jalonnent l’expo. Superbes!). Pour ce qui est du « bois sec » , et non gorgé d’eau, je me suis arrêtée devant une vierge du XVème, un Christ en croix du XVIème et des têtes de Christ.
Je rappelle que cette catégorie « textes en résonance » contient des choses écrites par moi, librement, inspirées par l’œuvre en question (en général je n’écris que sur des œuvres que j’apprécie!)
On nous croirait tous sortis d’un moule. Ou peut-être avons-nous séjourné dans quelque tuyau étriqué. Comme si on nous avait coulés dans des conduits, par paquets de dix ou de cent. Des gaines de chauffage ou autre ventilation. Serrés, coincés, nous nous serions extirpés tant bien que mal de tout ça.
Nous voilà marqués à vie.
Je sais que mon visage semble avoir été écrabouillé entre les mâchoires de je ne sais quel étau. Pareil pour mes compagnons de route.
Moi, je suis pâle comme une morte, mais j’en ai vu des rubiconds, des jaunes citron ou des gris souris. Une vraie troupe de clowns …
L’œil hagard, nous sommes tous des effarés.
Habitués à vivre en espace exigu, nous tenons le moins de place possible. La tête rentrée dans les épaules, les bras rachitiques ou racornis…Nous sommes entassés, empilés, emboîtés.
Parfois, je me demande si nous n’avons pas vécu aussi enfermés dans de vieilles armoires. Sinon, où aurions-nous dégotté tous ces tissus ringards qui nous habillent de bric et de broc ? Ces carreaux Vichy façon nappe de bistrot, ces rayures et petits pois façon papiers peints d’antan ? Moi, je porte une espèce de blouse-tablier de grand-mère qui ne va guère avec ma bouche pulpeuse (que j’aime souligner de rouge à lèvre). Et Marcel est affublé d’une chemise de bagnard ou de malade mental, assortie d’une cravate totalement démodée. Ma copine Julie, elle, est vêtue d’un patchwork débile et cacophonique.
J’en ai assez d’avancer avec cette bande de neuneus. Ils me collent. Me poussent. Me bousculent.
Quelque part, on nous a piégés, c’est sûr. Piège à rats.
Nous sommes propulsés en ligne droite, raides comme des piquets (il n’y a que nos yeux et nos genoux qui font des ronds…), craintifs, tendus et soumis.
Je sens que je vais bientôt crier. Tenter une sortie. Me désempêtrer de cet amas humain. Réapprendre à tourner la tête. A me déhancher et à zigzaguer toute seule.
Mais, malgré tout, je me demande si mes congénères ne vont pas me manquer…
L’artiste Vally a accroché de nouvelles toiles au restaurant (et bar à vin) « L’autre entrée des Oenophiles » , 19 rue Berbisey, à Dijon. On apprécie l’énergie de sa peinture dans ses portraits. (juin 2011)
Évènement en juin 2011: l’ouverture du (nouveau) Consortium , rue de Longvic. Un espace pour l’art contemporain de 4500 m2 qui va faire partie des grands de ce monde…Orgueil de Dijon. A juste titre. Mais quand même…
J’ai été surprise (agréablement) par l’espace et le volume offerts ici dorénavant à l’art actuel. Des endroits ouverts sur l’extérieur, mais abrités (avec parois amovibles), des grandes façades vitrées qui laissent voir les immeubles anciens voisins, beaucoup de salles de diverses dimensions, un long plan incliné…C’est un bel endroit, à n’en pas douter, créé par l’architecte Shigeru Ban (le même que Pompidou Metz).
Bien sûr, un lieu dédié à l’art contemporain se doit d’être blanc et d’aspect glacial. Gagné. Il l’est. Le lieu s’offre aux oeuvres, nu, immaculé, froid, anonyme. Normal…
Les oeuvres, parlons-en. Nous aurions besoin, nous, pauvres visiteurs non initiés, de quelques soutiens…Elles restent souvent muettes pour nous. Elles ne se livrent pas comme ça…Une petite explication, un petit commentaire, s’il vous plaît…Qu’on nous guide, qu’on nous donne des clés (ce sont justement des portes ouvertes je sais en ce moment!). Et notre intérêt pour l’art actuel n’en sera que plus grand.
J’ai trouvé intéressantes certaines créations. Mais j’ai eu du mal à savoir qui en était l’auteur. Les cartels, au mur, identifient mal les artistes et leurs oeuvres. Oui, je sais, les valeurs ont changé et les objectifs aussi. L’artiste s’efface…Ici, c’est un laboratoire où cherchent et cogitent des gens. Peu importe leur nom, hein? Peu importe leurs vibrations persos et leur ressenti intime. On n’en est plus là.
J’y retournerai au Consortium. ça c’est sûr. Il va s’y passer des choses concernant la création artistique de nos contemporains et ça me touche. Je ne veux pas rester indifférente à tout cela.
Comme d’habitude, la catégorie « visite d’ateliers » ne comporte pas de commentaires sur les œuvres de l’artiste. Juste une ambiance. Une atmosphère que j’aime bien.
Zone commerciale de Quétigny, face à un marchand de cheminées et voisin d’un garage Citroën, discrètement, un chevalet posé dehors signale l’atelier du peintre Daniel Carette. Un petit bâtiment de type industriel avec logement au premier étage…Entrons.
Si vous avez l’œil perçant, vous allez dénicher un petit panneau conservé quelque part dans l’atelier de Daniel Carette, plutôt inattendu: « ÉLECTRICIEN EN INTERVENTION »! C’est que cet artiste fut d’abord un technicien électricien…Et que son atelier actuel était déjà le sien alors qu’il travaillait dans cette branche, et qu’il s’était mis à son compte.
Un atelier qui devient… atelier…L’artisan ouvrier qui devient artiste (ou l’a-t-il toujours été?)
L’entrée. Un coin sombre. Un rideau qu’on soulève pour passer côté atelier. Regard discret sur des dizaines de toiles rangées sagement dans l’ombre, sans doute anciennes et plus ou moins oubliées. Et -tiens!- des piles de boîtes d’œufs! On n’ose demander à quoi elles servent!
ça y est, on est dans l’antre du peintre. Un sympathique et nécessaire fatras vous entoure. Étrangement, l’installation électrique est plutôt fouillis! Les fils pendouillent! Compteurs, branchements, interrupteur et éclairages semblent avoir été installés à la va comme j’ te pousse! Le tableau électrique est tout de guingois!
L’important n’est pas là! Tout, ici, respire le labeur. Tout reflète la longue marche qu’a accompli l’artiste (et qu’il poursuit). Les témoins de son inlassable travail sont présents partout: dessins de nus, portraits, paysages, natures mortes, monotypes et moulages occupent tous les espaces encore libres. Une accumulation de travaux tous azimuts qui en dit long sur la recherche tant technique que thématique.
Un pêle-mêle qui vit aux côtés du poêle et de son seau à charbon, de la petite chaîne Hi-Fi, de la cafetière, de quelques vases et pots (qui doivent bien avoir une histoire! Une raison d’être!) Il y a même une marionnette à fils qui sourit là-haut!
L’œil, peu à peu, s’habitue à l’apparent désordre. On voit les vitrines, les tiroirs, les placards, les mallettes, les boîtes…On voit les outils de sculpteur, les palettes empilées, les chevalets entassés, les tubes, les pinceaux…Et Daniel Carette fait émerger des toiles, vous les montre, raconte l’évolution de son travail, dit ses passions, ses souvenirs, ses projets, ses timidités, ses enthousiasmes… « Je ne suis bavard que dans mon atelier! »
On ressort, tout étonné de retrouver la zone commerciale de Quétigny. On avait oublié que cela existait dehors.
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La galerie La Source, à Fontaine-lès-Dijon, a accueilli une exposition commune. Deux artistes. Un peintre, Isabell Köstler (allemande) et un sculpteur, Joël Petot. En mai 2011, c’était à voir. En particulier pour l’excellente fusion entre les deux œuvres.
L’expo s’intitule « Rencontre de noirs ». Et pour une rencontre c’est une rencontre…Le travail de l’un prolonge celui de l’autre, le complète, l’adoucit ou le renforce…Isabelle Köstler peint des masses noires, denses et géométriques, posées sur des fonds pastels et délicats. Ces abstractions énergiques trouvent leur écho dans les sculptures de Joël Petot. Lui aussi dresse des formes noires, des volumes abstraits, faits de bois calciné (au chalumeau). Vous en verrez dès votre arrivée dans le petit jardin de La Source.
Chez l’artiste masculin, les lignes sont souples et souvent arrondies. Chez la femme, plutôt rigides et carrées!! Mais, souvent, ses masses noires « filent » et laisse s’échapper comme un cheveu, qui s’envole en boucle et transmet un peu de légèreté au tableau. Quelques effilochages délient la matière. Pas vraiment de transparences dans ces noirs profonds mais de courtes fenêtres en leur coeur qui font ouverture.
J. Petot fait naître une seconde vie aux morceaux d’arbres qu’il façonne et métamorphose par le feu. Les noirs obtenus ont une brillance, une lumière, un rendu étonnant…Du Soulage! Parfois, s’ y incorporent des pièces de verre (petits vitraux réalisées par Emmanuelle Grand). Parfois aussi, des langues d’humus continuent l’œuvre au sol. L’ensemble du travail de cet artiste est un hommage à la nature. La voilà entrée en Galerie, presque sacralisée. J.Petot vous convie d’ailleurs à écrire un vœu pour cette terre aimée, la nôtre, et à planter votre petit billet dans une arche de bois et d’herbes : opération sauvetage en quelque sorte, telle une Arche de Noé.
Il est sûr que les séries de noir et blanc d’I.Köstler laisseraient à la longue une impression de redite s’il n’y avait les cônes, les enroulements, les vasques, les fuseaux de J.Petot.
Et n’oubliez pas de faire marcher aussi votre sens de l’odorat en vous penchant sur les pièces du sculpteur!
Une grande bâtisse ancienne dans la campagne. Avec corps de ferme, chapelle, granges …Nastia loge dans une petite partie de ces habitations. Vous traversez son mini-jardin qui s’abrite derrière une haute rangée de lilas. Et vous entrez dans son espace de vie et de travail. Il semble ne pas exister de rupture entre les deux, même si le vrai atelier de la plasticienne se situe au premier étage. Nastia, la petite dame brune qui vous accueille, est une artiste jusque dans l’arrangement de son logis. Avec un minimum de moyens, elle a su créer une ambiance où l’on se sent bien. De quelques tissus blancs et éclairages discrets, elle s’est fait un foyer chaleureux.
L’atelier de Nastia? Ce sont deux longues tables couvertes d’une toile cirée blanche. Accumulés dessus (mais joliment rangés), des pots de pinceaux, crayons, pinces, ciseaux…Et autres mini outils. Et puis des boîtes à trésors, chinés dans les brocantes ou dans les sentiers autour de chez elle. Tout servira un jour. Entrera dans une œuvre. Parfois, un travail en cours: une tête sculptée qui émerge, une toile qui attend…
Depuis qu’elle s’est installée dans ce coin de Bourgogne, à l’orée des bois, Nastia est très inspirée par la nature. Encore davantage qu’avant. Elle poursuit actuellement un travail sur la forêt. Peintures aux tendances plus figuratives qu’auparavant (et plus grands formats), petites sculptures mariées à des morceaux d’écorce…Elle multiplie ce qu’elle appelle ses « ex-voto » (des gentils esprits de la forêt!) , ses « racines » (entre algues et branches)…
A l’occasion de ses week-end porte ouverte (8-15 et 22 mai), vous avez peut-être vu aussi ses sculptures en métal, délicat hommage au vent, ses « boîtes » qui mettent en scène de drôles de petits mondes, ses « cires », bas-reliefs aux diverses incrustations, et quelques peintures abstraites. Peut-être également ses « médailles », étranges visages aux références lointaines.
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Pour mieux connaître Nastia, cf mon billet de juin 2009 (archives du blog « Older entries », N°6)
Nastia a accueilli le public les samedi et dimanche des w-end suivants 8, 15, et 22 mai 2011. Mais vous pouvez toujours prendre rendez-vous avec elle au 03 80 95 31 26.
Nastia Mallet. Le hameau Le Pavillon. 21580 Courlon.
(Route N459, Is-sur-Tille — Grancey-le-Château, au carrefour de la route pour Courlon)
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