Escapade à Strasbourg pour l’exposition « Continents noirs » de la plasticienne Annette Messager au musée d’art contemporain (janvier 2013).
Les visiteurs parlent, pour l’œuvre d’Annette Messager, de pessimisme, de désespérance, de détresse, de désolation, de vision morbide … Que sais-je encore … C’est sûrement vrai, à priori. Mais je ne retiens certes pas ces idées-là en premier après une visite aux « continents noirs » de Strasbourg !
Cette artiste me donne l’impression de bouillonner de vie, au contraire. Et quand on a, comme elle, l’esprit autant créatif, inventif, fantaisiste…. on n’est pas dans la totale détresse, si? . Et quel humour aussi! Et quelle force dans sa façon d’imposer un univers, de concevoir un monde, de créer une ambiance!
Moi, je sors d’une exposition d’Annette Messager plutôt ragaillardie et le sourire aux lèvres ! L’art contemporain féminin, dans son cas, me ravit ! Tout n’est pas perdu, je me dis!
Première salle de cette exposition strasbourgeoise: -Les pantins d’Annette Messager dansent au souffle des ventilateurs, fantômes errants, silhouettes dépouillées de leur chair, carcasses flottantes, fantoches grotesques… Leurs ombres au mur, qui se tortillent allègrement, paraissent presque plus vivantes qu’eux. Le visiteur se promène dans cette forêt impressionnante, frôle les robes vides, les poupées mortes, les sacs plastique tout gonflés, les animaux fantastiques … Il perd pied. Il est ailleurs.
Ensuite viennent les salles du noir. Noires sont les têtes des balais (1). Noire est la grande écriture qui bave sur les murs (2). Noires sont les choses des hommes qui s’amoncellent et empêchent le globe terrestre de respirer (3). Noirs sont les fragments de vie qui flottent au-dessus de nos tête (4).
(1) les balais sont un des refrains de Annette Messager. Ce sont de drôles de petits personnages qu’on peut costumer… Et puis, ambivalence entre l’objet de ménage (donc décerné à la femme au foyer !) et le moyen de locomotion des sorcières !!
(2) « désir », « chance » sont écrits en noir sur les murs, avec des lettres formées de filets, ce qui communique un côté coulant, effiloché, brouillon à ces mots chargés de sens. Quant à « jalousie », il est barré du mot « love » écrit avec des morceaux de peluches.
(3) cette installation, intitulée « sans légende », est faite d’objets sculptés dans un aluminium noirci, comme calciné: des cônes (chapeaux de sorcières? bombes ? jeu de société? ) , des chaussures, des animaux, et même des œuvres de Giacometti….Tout un tas de choses qui s’entassent et étouffent peu à peu un globe terrestre qui essaie de gonfler, telle une montgolfière lumineuse, mais en vain. Un éclairage savant fait se mouvoir la scène sur les murs, agrandissement impressionnant… Et l’horloge du temps tourne , imperturbable.
(4) la salle « continents noirs » présente plusieurs formes noires, carbonisées, suspendues au plafond, morceaux de vaisseaux spatiaux éclatés, débris de cités incendiées (ou autres…). Des ampoules au bout de ficelles se balancent régulièrement, scandant une nouvelle danse d’ombres sur les murs.
Et puis, il y a cette peluche aux entrailles apparentes, au ventre grand ouvert, écartelée par des outils menaçants… (mais les entrailles sont d’adorables peluches baby, prêtes à naître) … Et une autre installation au grand plastique transparent, mu par des mini-ventilos, qui couvre de ses larges vagues de tsunami un ensemble d’objets noirs. … Il y a de très beaux dessins également…
Pourquoi une œuvre serait-elle moins bonne si elle exprime cauchemars et peurs? Pourquoi occulter les noirceurs de l’existence? Je ne comprends pas les gens qui placent ce critère de valeur à un travail d’artiste : « c’est bien mais c’est vraiment trop désespérant ». Je ne vois pas le rapport.
Je n’ai pas l’audace de mettre des photos. Allez sur les sites comme celui de Lunettes Rouges ou de la plasticienne elle-même
Les deux structures d’art contemporain de Dijon ont réuni des œuvres de leur collection respective. « Le Frac s’invite au Consortium » disait le titre de l’expo. Au moins 40 années d’art contemporain représentées ici. (rue de Longvic). (Janvier 2013)
J’ai toujours du mal à être émue, troublée, intéressée ou même surprise lors de mes visites au Consortium… Cet art-là me laisse froide ou, à la rigueur, amusée (je prends des fous-rires quand il ne faudrait sans doute pas…). Je m’ennuie ou, au pire, m’énerve.
Bon! Cette fois, il en fut de même. Les déchets, cartons, et autres ferrailles, même détournés, même (vaguement) métamorphosés… j’ai de la peine à y voir un quelconque « travail » d’artiste. Tout me paraît posé là. Posé.
J’ai juste vibré trois ou quatre fois, sentant enfin un élan créatif intense chez l’auteur:
-Une toile de Richter, « Merlin »… Géniale!
-Une œuvre de Valérie Snobeck (j’avais déjà admiré son travail, cf mes archives de blog, en juillet 2012)
-Une installation vidéo de Rondinone: 24 télévisions côte à côte qui jouent avec des images en miroirs, en kaléidoscope… Un homme et une femme marchent au rythme d’une musique lancinante, chacun de son côté, dans un décor urbain d’architecture géométrique moderne et froide. Ils ne se rencontreront jamais. Le montage est subtile.
-Une sculpture-installation de Jessica Stockholder (cf visuel ci-contre) de grands tapis d’orient (ça sent bon la laine, que l’on retrouve d’ailleurs en pelotes empilées au pied de l’œuvre) et de longues poutres de bois qui composent une sorte de bateau des airs. Rencontre de matières, couleurs et volumes.
-Et puis, quelques photos de Man Ray, un portrait de Ming...
-L’installation « Prom » de Amy O’Neil a l’intérêt de recréer une ambiance tristounette et presque malsaine de fin de fête: bouteilles vides renversées, confettis, baudruches et serpentins abandonnés, fouillis indescriptible où le visiteur circule un peu gêné. Le décor est celui du film d’horreur (qui passe en boucle sur un écran par terre) « Carrie au bal du diable »: allusion aux bals traditionnels de fin d’année des promos américaines. Mais là encore: des objets existants, simplement posés (même pas par l’artiste elle-même, elle était absente pour l’installation). Pauvre…. Pauvre, oui. C’est le mot qui me vient souvent à la bouche quand je visite une expo d’artcontemporain (en un seul mot, comme a décidé de l’écrire Olivier Céna de Télérama!!).
Merci au jeune homme qui a accompagné notre visite pour combler nos lacunes en artcontemporain!
A la Galerie La Source, à Fontaine-lès-Dijon, Elisabeth Kubicki a accroché ses toiles en décembre 2012. Une exposition qui s’intitulait « Au delà des apparences ».
Elisabeth Kubicki dessine et peint en élève consciencieuse. Quelque chose dans son travail (j’aurais de la peine à préciser quoi! C’est une intuition) dit encore cette avancée timide, cette recherche laborieuse. Mais qu’est-ce qu’elle réussit bien, malgré tout, à nous toucher et à nous faire entrer dans son univers !
Son univers? La nature. L’exposition est ainsi construite qu’on chemine de salle en salle du plus intime et du plus intérieur, au plus extérieur et au plus ouvert. La vision s’élargit. On est d’abord au cœur de la matière. Comme du macro. Cristal de roche, écorce… On se régale de ce voyage au sein du minéral ou du végétal. A ne plus savoir ce qu’on regarde: la frontière du réel est vite franchie. On est entré dans l’invisible. (Dommage, certaines de ses peintures sont encore trop « décrites » à mon goût.)
Et puis, peu à peu, c’est le grand angle ! On prend du recul. On commence à « voir » la représentation de la réalité. Et, finalement, (1er étage, salles du fond) on se retrouve devant des paysages… ( après être passé sous terre, dans de magnifiques grottes ).
Bien entendu, j’ai un petit faible pour ses visions très rapprochées des choses de la nature. A force de zoom… l’indicible apparaît. Et c’est bien le rôle de l’artiste de nous entraîner dans l’ineffable. Sinon, c’est juste du copier-coller …Et la réalité perçue par notre œil, on connaît …
En début d’année 2012, à Dijon, le chœur de l’église Sainte-Chantal (rue Eiffel) a renouvelé son look. Je suis allée voir.
Emmanuelle Grand, artiste plasticienne et créatrice de vitraux, a réalisé deux vitraux qui sont suspendus dans le chœur. Un Christ et une colombe. Très différents des anciens vitraux, toujours en place, par leur taille, leur format et leur position, ils cohabitent cependant admirablement. L’artiste a beaucoup travaillé sur les jeux de transparence et de lumière, et c’est réussi. J’aime beaucoup aussi l’idée de suspension…
D’autre part, elle a dessiné un nouveau mobilier où sont incrustées également des pièces de vitraux. C’est beau.
Quant aux boiseries du chœur, elle les a repeintes (un travail collectif avec Christine Delbecq je crois) . L’éclairage de cet après-midi-là où je suis entrée dans l’église ne m’a pas permis de voir vraiment les marbrure, les nuances et les mouvements. Je ne les ai découverts que sur des photos regardées après-coup!
Emmanuelle Grand faisait partie du collectif Hypothèse 222 avec Christine Delbecq et Alain Steck. Ils ont participé à l’opération 50 ans d’amour, à Bombay, avec les enfants des rues et des artistes indiens.
En novembre 2012 , Zockor était à La Source (Fontaine les Dijon). Un petit délire qui bousculait la Galerie fontainoise! Rock and roll !
La Source s’est mise au pop le temps d’une expo; ça change et ça fait du bien! Lapins gros yeux, loups grandes dents, spermatozoïdes énervés, squelettes pressés, singes agités, nounours hargneux, créatures bizarroïdes fiévreuses… Tout ce petit monde défile en frises, comme sur papier peint. Répétitif à souhait. Le graphisme est réjouissant. Les couleurs souvent vives. On est dans l’univers de la BD, de la chambre d’enfant… Quoique…Certaines pièces du premier étage montrent des oeuvres (plutôt noir-et-blanc) qui affirment une attitude adulte (oui, oui).
Zockor est un artiste qui déménage, qui provoque, qui s’éclate… Et c’est revigorant. ( On évoque Combas, bien sûr. Même esprit. )
Son rire en peinture est un brin moqueur. Nos contemporains en prennent plein la figure!
J’ai beaucoup apprécié ses « cartes postales »! . « Le pays des tronches rabougries »… Par exemple! ou celui des « blablateries ». C’est tellement bien vu !!
Dans ses textes, dans ses titres, Zockor prouve qu’il manie aussi les mots, avec jeux (de mots), astuces, imagination, humour (noir), cocasseries etc.
A Chevigny-saint-Sauveur (au Polygone, fléché) , pour la troisième année , le Salon Art Actuel a proposé une palette de vingt peintres et sculpteurs. Octobre 2012.
Je me suis pris quelques bonheurs, ici ou là, en longeant les panneaux habilement placés dans cette grande salle du Polygone (qui, à priori, est assez ingrate ! Il faut savoir en tirer parti!) . J’ai eu l’impression que la sélection de Patty Prince, l’organisatrice de ce Salon, s’affinait d’année en année …
Parmi les meilleurs souvenirs de ma visite:
François Gauchet reste l’un de mes préférés (quand je pense qu’il a été refusé à la Galerie La Source, ça me fend le coeur… Reposera-t-il candidature?) Etonnante impression que la peinture mène sa main. Que la peinture le magnétise. Qu’elle dirige la danse. Qu’elle est toute puissante. Mais c’est une peinture qui sait où elle va. Et elle trace, étale, coule, applique, recouvre…avec un beau sens du rythme plastique. Chaque toile est le petit récit d’un moment quotidien.
http://francoisgauchet.over-blog.com/
Gérard Zaurin m’a laissée pantoise. Fouillé, son dessin est d’une remarquable qualité . Mais ce sont surtout les sujets traités qui m’ont intéressée au plus haut point. Avec cet artiste, on a l’impression de descendre sous la terre, à l’intérieur d’une tombe. Lambeaux de squelettes et de linceuls… S’entremêlent et se tordent des membres ou des morceaux de corps, parfois comme ficelés dans des bandelettes de momies. Mort et douleur de l’homme entortillé dans ses contraintes, ses peurs, ses ambiguïtés, ses complexes… Mais jouissance peut-être aussi.
http://zauringerard.canalblog.com/
Yves Hasselmann m’a beaucoup intéressée. Il est peintre et compositeur. Il allie musique et peinture. Il présente ici une seule oeuvre, conjuguée en variations (sa « Family ») . Quatre blocs bleus cernés d’un gros trait noir, posés en équilibre les uns sur les autres, sur fond gris et jaune. Et reproduits…Comme une phrase musicale. Un CD accompagne sa présentation.
http://www.hasselmann-peintre.com/l
Parmi les abstraction nombreuses qui fleurissent ici, je retiens celles de Igor Mysiats qui fait circuler à grande vitesse ses signes de couleur, explosant en feux d’artifice, ou rangeant son écriture-éclaboussure dans un cadre plus sage.
Celles de Guillaume Vervandier, aussi, qui fait fonctionner ses masses comme des forces qui s’affrontent ou s’unissent. Valérie Le Blévec est un peu dans le même cas.
Une remarque particulière pour le travail original d‘Anaïs Eberspecher. Pas de peinture, ici, mais un tissage de rubans adhésifs du plus bel effet.
Côté sculptures, Monique Riond est là et c’est tant mieux. On adore toujours ses personnages discrets, timides, sages, mais si présents et si vivants… Il faut parfois aller maintenant les dénicher dans leur petite maison!
Ne pas ignorer aussi Emmannuelle Seys, qui a quelques pièces fortes sur la condition humaine. Guillaume Martin n’est pas à oublier, avec ses créatures filiformes de fer ou de bois, entre végétal et humanoïde. Christelle Dupaquier est de retour avec ses petites filles espiègles et audacieuses: plaisir!
J’ai donc cité mes préférés…
Cliquez sur les visuels pour agrandir et pardon pour la pas très bonne qualité!
Une triste nouvelle m’attendait à mon retour d’un voyage lointain en octobre 2012. Une nouvelle à laquelle je m’attendais, certes….On sentait venir la chose. La galerie Nü Koza battait de l’aile…Elle ferme, ça y est…..
La formidable aventure de ce collectif d’artistes aura tenu 4 ans. Bien sûr, on nous dit que seule la galerie est morte, que le collectif continue de vivre quelque part, écartelé, nomade…Bôf. J’ai de la peine à croire.
Ainsi, Nü Köza n’aura pas résisté au départ de l’un de ses principaux piliers, le plasticien Fabien Lédé.
Les « Résurgences » du peintre Michel Tosca étaient à voir (absolument!) à la galerie La Source de Fontaine-les-Dijon,en septembre 2012.
Vous allez visiter cette exposition le nez au mur! Et vous allez scruter de (très) longs moments ces étonnantes miniatures si raffinée, comme ciselées. On pense à de fines gravures, très travaillées. Mais non. Ces petites abstractions sont faites au pastel et plume ou pointe sèche.
Dans une sobriété de teintes (mais souvent subtiles et indéfinissables, quand ce ne sont pas des gris-noir-blanc), l’artiste fait naître d’inimaginables univers. Entre photo satellite, planche de botanique, planétarium, image de microscope…..On hésite! Au coeur de ces étranges petits mondes, ça fourmille, ça tourbillonne, ça serpente, ça buissonne, ça se ramifie, ça prolifère… Des créatures embryonnaires des premiers âges terrestres, des vies de fonds d’abysses, des morceaux de planètes, des éclats de galaxies…
Michel Tosca griffe, gratte, trace, couvre, fouille… En si peu de surface, il en dit tellement! Parfois, on croit même discerner quelque écriture cunéiforme. Et on a un peu l’impression de tourner les petites pages de son grand livre, chapitre après chapitre (ses œuvres sont regroupées par diptyques, triptyques ou autres ensembles.)
pas de photos mais je vous invite à aller voir le site de M.Tosca: http://www.micheltosca.com/index.php/fr/
Pour l’inauguration de son tram, la Ville de Dijon avait demandé à l’artiste Cédric Verdure d’installer une de ses créations de Land-Art. Dans la nuit, se sont donc mises à vivre 64 sculptures de grillage, sur l’esplanade Erasme, dans le campus universitaire: Les Elfes de lumière.
Cette magie n’a duré que deux soirs de suite ( 1er et 2 septembre 2012).
Une armada de créatures éthérées, immatérielles… semble avancer vers on ne sait quel but. Fines, légères, élégantes. Voiles aux vents, elles jouent de lumières et de transparences, elles n’ont d’existence, d’ailleurs, que grâce à cela. L’éclairage coloré, qui varie sans cesse ses teintes, leur communique volume et dimensions. Étonnant.
L’autre artiste (essentiel) de cette magie est le concepteur lumière Timothé Toury. Allez voir son site: www.timothetoury.com
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