« ici et là » est une catégorie de ce blog qui relate mes petites découvertes d’artistes au gré de mes rencontres…
Voici ce que j’imagine (admirative) quand je suis devant les peintures de Anne Girard…(une dijonnaise)
C’est comme si elle collectait des éléments et qu’elle les assemble ensuite sur son papier ( Anne Girard peint surtout sur papier).
Naît alors une construction bien à elle. Faite de forces qui s’équilibrent. De dialogues entre les matières. Voit-on peut-être des tissus, du verre, du métal, des briques… ?
Ou alors ?…
Son œil perçoit une réalité. Et, au lieu de la reproduire, elle la démonte et la manipule. Elle en extrait les pièces essentielles. Élimine les autres. Corrige des lignes. Sélectionne quelques éclats de lumière. Cherche les ombres cachées. Repère les couleurs qui ont imprimé la mémoire. S’insinue derrière les apparences. Bref, change le regard.
Et puis, le pinceau de Anne Girard va replacer tout cela. Avec les cassures et les appuis nécessaires. Avec les douceurs, les heurts et les ajouts. Avec les harmonies qui lui sont propres.
La composition finira par tenir ! Miraculeusement !
On aura envie de tourner autour, comme s’il s’agissait d’un volume.
Parfois, sur le papier, un objet réel surgit, inattendu, coquilles d’œuf ou fruit. On l’accueille avec bienveillance ! Tel un petit rappel que l’artiste regarde les mêmes choses que nous. Mais qu’elle a juste le pouvoir d’en faire une œuvre…C’est pas rien !
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Fred Content est dijonnais. Il est sur Facebook.
Il s’essaie à l’acrylique, à l’huile, au fusain, au pastel, à l’encre… Et il tente même avec succès la terre cuite. Où va-t-il ? On ne sait trop. Fred Content part à l’aventure. Et il aime ça. Tâtonner, expérimenter… Parce qu’il sent que c’est en lui, et que, un jour ou l’autre, ça doit s’échapper et se concrétiser. Il peint. Il dessine. Jamais il n’est passé par une école ni un cours d’art. Mais une gentille petite fée s’est sans doute penchée sur son berceau, glissant en lui quelques dons. Le travail et la recherche font le reste.
Et un embryon d’œuvre peu à peu se construit.
Sa peinture présente des fonds en balayages très travaillés. Sortes de grands souffles d’où émergent souvent des formes fantasmagoriques. En état d’apesanteur, quelque chose flotte. Des villes incertaines, des êtres irréels, des végétaux improbables, des nébuleuses… Toujours un univers de commencement du monde (le thème de l’explosion est aussi une constante chez lui), de gestation ou de naissance.
L’artiste dit voir d’abord des couleurs dans son esprit, avant d’aborder la toile. C’est vrai que chacune d’elles est plutôt dans un camaïeu. Voici du bleu aquatique, du rouge passion, du noir mystérieux, de l’ocre ou de brun de terre.
Les personnages que crée Fred Content sont à tête ronde (« j’aime le rond, le cercle, le cycle ! » dit-il) , souvent comme entourée de bandelettes. Des personnages hybrides. Une vie mi-humaine, mi-végétale.
Le travail de cet artiste donne en tout cas l’impression d’une sincérité qui s’exprime avec enthousiasme. Il dit les émotions personnelles, les bouillonnements intérieurs, les cris, les élans…
Fred Content a réalisé aussi une série tout à fait séduisante d’encres en noir et blanc et en petit format, sur un sujet poétique fort sympa, qu’il s’est trouvé : . « Si les arbres faisaient des nuages » .
Premier week-end d’août 2014, la manifestation annuelle (la quinzième) EVAsion des arts, dans cinq villages de l’Auxois. Un truc formidable! Je vous le conseille pour…..l’année prochaine!
Plein de bénévoles, des habitants sympas qui prêtent leur grange ou garage, un jury et sans doute des municipalités qui donnent des coups de pouce… et du coup, une bonne trentaine d’artistes venus de partout en France qui s’installent pour deux jours. Les espaces d’expo sont beaux comme tout: poutres, foin, vieux outils, mangeoires, tas de bois, terre battue, murs en pierre …Dans l’état! Ou presque. L’artiste met à profit son lieu (non choisi par lui) pour mettre au mieux son travail en valeur. Je sais que ce n’est pas une opération unique en son genre. On en voit fleurir un peu partout. Mais je connais celle- la et, croyez- moi elle est assez réussie.
Par contre, prévoyez une bonne journée ou même deux! Il faut prendre son temps pour s’imprégner de l’œuvre et pour discuter avec l’artiste. Marcher entre chaque espace ou reprendre sa voiture. Et si jamais vous craquez (comme moi!) et que, en plus, vous achetez…
Bref! Je suis loin d’avoir visité toutes les expos des villages. Mais j’ai bien apprécié celles que j’ai vues. Même si ce n’est pas mon goût parfois, la passion et l’enthousiasme de l’artiste sont contagieux!
Voyons! De qui je pourrais vous parler?
Jean-Claude Allard et ses photos-peintures! Il photographie et recadre un élément (mur, bois, terre, végétation…tout ce qui lui tombe sous son oeil averti!), il l’extrait de son contexte et voilà un tableau abstrait parfait! (Pas de macro photo, non, non). Il a le sens de la composition et de la matière comme un peintre.
Sophie Bidot, céramiste, et sa technique des terres enfumées. Les grosses sphères réalisées ainsi, parfaites, lisses, irisées, sont des objets irrésistibles de beauté. Comme des Terres avec des continents nouveaux. Les galets, eux, plus brillants, glacés, translucides, sont attirants aussi. Tels de sublimes cailloux que la nature, pour une fois, n’a pas su faire!
Bernard Froment, et ses vieux bois ressuscités! Il intègre du verre dans des morceaux de bois. Il marie les deux matières, et ça donne des pièces fortes très personnelles.
Nicolas Canu, invité d’honneur cette année (représenté par la Galerie Schwab, de Paris), et ses grandes toiles fougueuses. L’expression est puissante, le geste nerveux, la couleur parlante. Son grand triptyque, en particulier, nous fascine par ce visage d’homme et ses deux mains face à nous… Deux autres peintures sombres ont quelque chose de Caravage (dit son ami qui l’héberge ici dans son atelier, Guy Lachot!). Par contre, j’ai un peu de mal avec ses dessins caricatures…
Vu aussi les photos sur papier aquarelle de Claudine Siegfried, si raffinées, les monotypes de Régis Bouvier aux douceurs de couleurs et de lignes à s’y perdre comme dans une rêverie, les lavis et les fusains de Charlotte Tommy-Martin avec leur impalpable réalité (j’avais écrit sur son travail dans ce blog en février 2014, cf archives). Les installations du collectif Indeed 2.0 (musique, vidéo etc, sur la notion de peur enfantine) et de B.Chanfrault (textiles) ont su créer un climat particulier, chacune dans son style.
Désolée pour les autres.
Les villages en question sont: Villy, Villeberny, Salmaise, Dampierre et Verrey-sous-Salmaise. Association E.V.A. Essor des vallées de l’Auxois
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L’exposition du FRAC , aux Bains du Nord, rue Quentin à Dijon, s’intitulait « Tulkus 1880 to 2018 » et rassemblait 516 photos de ces Tulkus…qui sont (le saviez-vous?) les réincarnations de maîtres bouddhistes tibétains. C’est l’artiste plasticienne Paola Pivi qui, en 2010, a débuté ce projet original: retrouver tous les portraits photographiques des tulkus. Elle s’est donné jusqu’en 2018 pour enrichir sa collection. Œuvre en cours, donc. L’expo dijonnaise venait après Turin et Rotterdam
Idée folle pour une artiste, qui a d’ailleurs l’habitude de dérouter et de provoquer: Paola Pivi court le monde (elle se fait aider bien sûr!) pour récupérer des images de tulkus et elle les donne à voir (Elle en a 1100). Ce phénomène culturel du tulku l’a, semble-t-il, fascinée quand elle en a pris connaissance (sans doute grâce à son mari né au Népal). L’omniprésence de ces images dans les pays pratiquant le bouddhisme tibétain, leur diversité et, surtout, leur caractère sacré l’ont intéressée, au point que leur collecte et leur rassemblement… elle en fait une œuvre.
Cette œuvre, on peut l’aborder de différentes manières. 1- Son côté historique est forcément intéressant: la plus ancienne photo de l’expo date de 1873. Avant le portrait photographique du tulku, existait la peinture. Un seul exemplaire est montré ici. On peut observer chaque cliché, lire les cartels (quand on en a la possibilité!), comparer les costumes, les trônes, les personnages etc . On peut penser aux aspects politiques Tibet-Chine. 2- Le côté culturel est également passionnant. Cette tradition de l’image du tulku est étonnante: elle a, pour le croyant, le même pouvoir sacré que le tulku lui-même. 3- Enfin (et c’est quand même essentiel!) il s’agit d’un acte artistique. « Il y a une volonté revendiquée, une intention d’artiste » souligne Astrid Handa-Gagnard, la directrice du FRAC Bourgogne.
En fait, le poids de ces images et de leur récolte, avec ce qu’elles contiennent de foi, d’Histoire, de vie(s) , de mort(s), de rencontres, de chemins, de questions…fait l’œuvre.
Il faut reconnaître que la visite de l’expo « Tulkus » laisse une impression assez troublante….pour qui veut bien se laisser imprégner par une certaine spiritualité…Tous ces regards de maîtres bouddhistes qui vous fixent! La disposition des photos sur les murs des salles des Bains du Nord n’a pas de but chronologique. Ni autre (pas de message!). C’est purement visuel. Divers formats, couleurs, noir et blanc… On se laisse envouter par ce « temple » … Par cette accumulation (qui fait son effet, comme toujours)… C’est à la fois pesant et léger. Fort et incongru. Zen et intimidant.
dans cette expo le visiteur n’a pas le droit de photographier. Le FRAC a eu l’amabilité de m’en envoyer (des officielles). Cliquez pour l’agrandir (en deux fois) :indispensable.
« Dijon habité » est le titre de ce nouveau « Dijon vu par ». Des photos projetées sur une toile géante, au centre du salon Apollon (Hôtel de Ville). L’artiste est la photographe Anne-Sophie Ropiot. C’était à voir l’été 2014
En montant les escaliers vers le Salon Apollon, vous entrez déjà dans l’univers de Anne-Sophie Ropiot: les marches dessinent une grande photo… Ensuite, dans la salle obscure, vous vous plantez devant la projection et vous vous laissez charmer par ce Dijon nocturne hanté par d’étranges personnages genre « Grand Maulne »… Bon! Vous avez vite mal aux jambes ou au bas du dos! Et vous regrettez que la mairie n’ait pas songé à vous offrir des bancs! Mais, tant pis, au diable la souffrance physique devant tant de jolis rêves et cauchemars… La balade vous emmène dans toutes sortes de lieux dijonnais, que vous vous amusez à tenter de reconnaître. Gare, Parc de la Colombière, Musée des BA, Bibliothèque, canal, place Darcy, muséum, chapelle des élus, cour du musée de la vie Bourguignonne etc.
Mais c’est une vision très personnelle de ces lieux que vous offre l’artiste. Soudain, y apparaissent, incongrus, des êtres masqués et déguisés, sortis d’un carnaval imaginaire. Ombres ou ectoplasmes. Sorcières ou héros légendaires. Fantômes ou créatures fantastiques. Le décor est réel (la photo aussi!!), mais peuplé si bizarrement. .. Vous vous mettez à douter maintenant. Derrière l’apparence, vit tout un univers insoupçonné. Venu d’un passé qui jamais ne meurt. Venu des croyance ancestrales. Venu de l’enfance avec ses contes et ses cauchemars.
Vous repérerez sans doute les références au cinéma, à la littérature et aux arts plastiques que l’artiste a glissées… Moi, je n’ai pas tout vu!
Les photomontages, les superpositions, les mises en scène.. Anne-Sophie Ropiot sait utiliser les moyens qui lui permettent de communiquer une autre vie à un lieu. Ou une vie qui lui est propre, mais sous-jacente, invisible, inconnue. Travail d’artiste intéressant, même s’il n’est pas écrasant d’originalité.
Pour prolonger cette expo, les deux statues du Salon reçoivent des projections de photos et perdent de leur superbe! Et c’est très amusant!
Davantage artiste plasticien que photographe, ici, au musée du Jeu de Paume, à Paris, le colombien Oscar Muñoz donnait à voir une fascinante exposition l’été 2014. Il présentait ses « protographies »…
Vous entrez dans une grande pièce sombre (la chambre noire?) et, sur des tables, vous avez l’impression que sont posées des photos (des portraits) et que la main de quelqu’un en choisit de temps en temps une pour la glisser dans l’eau d’un évier. L’image se dilue instantanément, ne laissant que d’infimes trainées noires qui quittent la feuille en ondulant, pour être avalées par la bonde. Le papier est devenu vierge. Il s’agit bien sûr d’une projection venue du plafond et, la vidéo passant à rebours, vous voyez la même main glisser la feuille blanche dans un autre évier pour récupérer les poussières d’image qui vont se redéposer sur la feuille et restituer le visage. Et, inlassablement, le processus se renouvelle avec toutes les photos de la table. L’illusion est impressionnante.
Une telle installation est très représentative des réflexions de l’artiste. D’une œuvre à l’autre, d’une salle à l’autre, vous retrouvez cette même idée d’images évanescentes, éphémères, fragiles, instables… Voici des photos sur des rideaux de douche (impressions sur du plastic mouillé), comme si les gens avaient laissé leur ombre … Voici une main qui peint un visage dont les traits s’effacent peu à peu, fondus par la chaleur… Voici un autoportrait visible en miroir à la surface d’une petite quantité d’eau tenue dans le creux de la paume; il va inévitablement mourir, au fur et à mesure que l’eau s’écoule entre les doigts… Voici des portraits réalisés sur du sucre qui s’imbibe plus ou moins de café… Voici la photo satellite géante d’une ville, sur laquelle vous marchez, et qui se craquelle jusqu’à presque devenir invisible: en fait, elle est sous un verre sécurit qui se brise peu à peu… Effet garanti!
Et ainsi beaucoup d’autres trouvailles de Muñoz qui toutes parlent de la vie si précaire, de la mémoire si fluctuante, du temps impossible à fixer. Qui disent la disparition, la perte… La visite de cette expo laisse un trouble. On est sans cesse entre vrai et faux, entre vie et mort, entre illusion et réalité. On marche au milieu des fantômes. Lumières et sons (très important le son ici, guettez le bien!) contribuent à créer cette ambiance irréelle.
Quand on pense que la photo peut « immortaliser » un lieu, un être, un évènement, on se trompe. C’est dérisoire d’y croire. Tout est appelé un jour à s’évanouir, à tomber dans l’oubli. Voilà ce que nous apprend Oscar Muñoz.
Christine Delbecq s’est lancée il y a quelque temps dans une démarche passionnante, liée à son travail de plasticienne. Il s’agit d’un échange de correspondances. Elle a envoyé des « lettres » sans écriture, sans mots (au sens classique). Des lettres sur draps, des lettres en lanières de tissu, des lettres rédigées avec des centaines de petits fragments papier collés etc … Et elle a attendu des réponses à ses courriers. Et elle en a reçu. Beaucoup. De toutes sortes. Preuve que quelque chose est passé, qu’un courant a circulé, que des liens peuvent exister en dehors de toute convention…
Elle a intitulé ce travail « marcher les jours ». En juillet, une présentation par elle-même sera à voir dans la revue (sur Internet) « Terre à ciel ». Elle cherche un philosophe, un écrivain, un critique d’art… qui pourrait s’intéresser à ce travail de plasticien et dialoguer avec elle: christine.delbecq@gmail.com
Au moment où elle a débuté ce travail, j’ai composé ce petit texte en résonance… qui peut aussi être considéré comme une réponse à la première missive qu’elle m’a fait parvenir.
Pour une absence de mots
J’ai des choses à dire. Mais je n’ai plus les mots pour le dire.
Et je ne sais même pas quelles choses. Puisque je n’ai plus les mots pour le dire.
Les mots. Je ne sais pas où ils sont. Perdus en cours de route. Usés. Oubliés. Noyés. Évaporés.
Et aujourd’hui je suis à ras-bord. Besoin d’essorer (exprimer, je crois). Besoin urgent de me déverser. De faire couler.
Alors quoi ? Dire sans dire. Écrire sans écrire.
Crier, danser. Barbouiller ou cogner. Pleurer ou suer.
Ou tricoter, tisser, broder. Ah oui ! C’est ça. Si je tirais le fil ?
Le fil épistolaire. Je crois que, lui, le tissu, il peut me recevoir. Moi et mes silences qui parlent.
Je vais aimer la trame pour enfiler, faufiler.
Et voilà l’aiguille qui avance et tangue, enfonce, jaillit. Les ciseaux découpent des petites pièces. La colle, le stylo, Pourquoi pas.
Étonnant, le contact textile. Le son. La résistance.
La danse du trait sur la texture. J’enroule des phrases muettes et illisibles.
Parfois, elles me devancent. Je cours après. Je ris de n’avoir ni orthographe ni grammaire. Libre, libre.
J’enchaîne et je me déchaîne. Mes doigts se promènent.
On doit croire que je joue du piano. Mais c’est plutôt du silence que j’écris.
Plein de petits bidules trottent et piétinent maintenant le long de la trame.
J’écris. J’écris. Et je ne sais même pas pour qui.
La Source, à Fontaine-lès-Dijon, est une Galerie d’art…Certains l’oublient parfois en y installant une brocante (si,si!). Mais quand arrive l’exposition des ateliers de l’artiste plasticienne Nadine Morel, personne ne songerait à s’en offusquer. Des élèves? Eh ben oui! Mais le travail présenté a une qualité et un niveau à mettre en catégorie « art »!.. Pas de doute. De la maternelle à l’adulte. Juin 2014.
Cette année, la consigne première était la ligne (tronc commun à tous les cours) . De ce point de départ, ont découlé divers travaux, diverses réflexions, diverses études. Et, résultat, on passe par des entrelacs de rubans de papier peints, des dessins d’échangeurs d’autoroutes, des mains-territoires, un écho au peintre Titus-Carmel, des assemblages de découpages – collages en positif et négatif pour « apprendre à composer un tableau » etc… Tout ça occupe des murs entiers de la Galerie. Des accumulations, des collections qui deviennent elles-même des œuvres. Soit on s’attarde sur un détail, soit on laisse le regard tourner dans ces ensembles étonnants où tout est différent …tout en étant identique. L’art de la variation!
Pour renseignements sur les ateliers de Nadine Morel: association La Sardine Eblouie.
L’exposition de juin 2014, à la Galerie Axeltae serait-elle son chant du cygne? J’ai trouvé le maître des lieux, Alexandre, bien tristounet… Déjà, il ferme tout l’été, échaudé par l’ouverture de l’an dernier en juillet-aout. Et la suite? On reste évasif. La rentrée? On parle du soutien d’une oeuvre d’art éphémère au centre ville. Très bien . Mais la Galerie? Peut-être survivra-t-elle sous une autre forme… Franchement je serais triste – et je ne serais pas la seule- si ce bel espace fermait ses portes.
En attendant, il fallait aller voir ce que proposent les deux jeunes artistes plasticiens dijonnais sous le titre « Recherches et développement » (bôf, le titre pas alléchant!), Ramya Chuon et Julien Chateau.
En bons plasticiens contemporains qu’ils sont, ces deux garçons se creusent la cervelle. Dans leur atelier dijonnais, ils sont en expérimentation. C’est un « Petit laboratoire de formes potentielles » . (cf leur site).
Donc , ils cherchent. Ils questionnent. Tous les deux s’interrogent en ce moment sur l’idée d’évolution. Scrutant tout ce qui est mutations, transformations et autres métamorphoses. Un travail de scientifique mais qui aboutit à un vrai travail de plasticien (ouf!). D’ailleurs, Julien Chateau s’intéresse en même temps à l’acte créatif. Leur oeuvre est en lien avec leur recherche « savante » . Voyez plutôt cette sculpture « évolutive » de Ramya Chuon. C’est un beau volume blanc, teinté de lueurs bleutées, qui évoque une matrice. On y verrait volontiers un utérus. Ou en tout cas n’importe quelle cavité où se développerait une vie… Il l’appelle « L’Incubateur ». Et malgré son harmonie, elle n’est pas terminée. L’artiste lui a déjà ajouté des pièces, et en ajoutera sans cesse d’autres… En effet, cette sculpture est faite d’une quarantaine de petits fragments emboîtés les uns dans les autres. Un puzzle en 3 D. Et c ‘est une forme en devenir.
Pour prolonger cette oeuvre, l’artiste a placé de grandes toiles abstraites, peintes d’un geste dynamique au brou de noix, et des photos macro, grand format, prises au coeur de « L’Incubateur ». Tout cela est lié. Une belle unité.
Julien Chateau, lui, joue un peu les démiurges: il fait naître des cristaux et invente des paysages! Un peu chimique et artificiel, tout ça , mais voilà des choses intéressantes qui se passent! A l’intérieur d’un bocal, qu’il a enfermé dans un haut coffret de sa fabrication, avec astucieux systèmes de protection (températures et lumières), se développe peu à peu une cristallisation. Devant nous, lentement, se forme quelque chose qui ressemble à un minéral. A l’atelier, l’artiste fait naître aussi des paysages en terrarium. Il les photographie. Le résultat: des images numériques aux cimaises de la Galerie, du plus bel effet, montrant les phases de cette nature qu’il a recréée: un début, telle l’aube d’un monde, une maturité, puis un déclin.
L’exposition allie des qualités plastiques, ce qui n’est pas pour me déplaire, et des regards réfléchis sur notre rapport au monde, ce qui est habituel en art, actuellement… C’est une exposition séduisante!
Axeltae, 16 rue M.Servet, Dijon. Du mardi au samedi, 14-18h.
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