« Les nuits sont des jours en panne », exposition de la photographe Elodie Régnier, hall de l’ABC, Dijon. Jusqu’au 9 juillet. Du mardi au samedi, 13h-18h.
Dès la rue, sur la vitrine, une photo avec blanc d’Espagne… Puis, dans le hall de l’ABC, le travail de Elodie Régnier. Un nom dans le monde de l’art et de la photo: lauréate au prix jeune talent (2012), travail comme assistante des photographes Martin Parr et Alessandra Sanguinetti.
Mais ce n’est pas pour ça que je vais m’intéresser à ce qu’elle présente ici. C’est juste parce que ça m’a interpelée. Au départ, des photos. Puis, elle intervient. Découpages, déplacements, effacements, reprise à l’encre de Chine… Les tableaux obtenus sont constitués de fragments. Des personnages à différents plans sans souci de perspective, des morceaux de monuments (dont elle modifie les noms aux frontons). C’est un regard très vrai sur le monde, notre regard habituel qui effleure rapidement, qui oublie, qui confond, qui déforme, qui recrée à notre façon… C’est le sien.
Des cartons bourrés de cartes postales en noir et blanc, photos prises par elle, Elodie Régnier accueillent le visiteur. Prises en Inde, à Marseille, au Japon, à Calais… On a le droit d’en prendre (merci!), ça fait partie de son installation. Là aussi des façons de voir le monde. Par petits bouts. Émouvant.
Visite, en ce mai 2016, de l’atelier d’Alain Steck, qui faisait portes ouvertes…
Son adresse, à Alain Steck, c’est « rempart Tivoli ». Il n’habite pas une rue, mais un rempart! Autant dire à l’intérieur d’un mur (muraille? fortification?) Ce n’est pas vrai, mais j’aime l’image! Et quand on ouvre la porte et qu’on s’enfile dans sa demeure, on n’est pas loin de se prendre pour un passe-muraille! On a un peu l’impression de se glisser dans une fente… J’écarte les bras, je touche les deux murs qui se font face!
L’étroit couloir passé, entrée, vestiaire (des blouses de peintres sont pendues là) ou réserve… on pénètre dans son espace de vie et de travail. Est-ce que je peux parler de « mansarde« ? J’aime bien ce mot. Idée d’intérieur, d’intime et même de vie marginale, de vie d' »artiste »! Sauf que mansarde évoque petit volume et que dans cette mansarde-là, chez Alain Steck, on respire allègrement! L’espace n’est pas large, certes. Mais il y a de la longueur et de la hauteur! Et plein de poutres qui s’entrecroisent. Drôle d’endroit!
Les peintures grands formats d’Alain Steck s’y sentent bien. Sûrement. L’artiste a même surélevé ses portes pour qu’elles puissent passer! Il les a stockées au fond de l’atelier. On les voit, en enfilade. Une foule de toiles qui attendent sagement. On chemine à leurs pieds. On s’enfonce dans le labyrinthe. Elles se montrent ou se cachent. Tournent le dos ou se retournent. On a envie d’engager la conversation avec ces grandes dames… Tant de choses à nous confier, sans doute! Toutes les phases de vie et de travail de notre hôte sont là! Intimidant! Elles cohabitent. Celles du passé et celles du présent. Celles d’une période et celles d’une autre. Celles de « no lands » ou celles de « a beautiful day »… ou celles du retour d’Inde etc. (les visuels ne correspondent pas avec ces exemples)
Et puis, on revient au centre de ce lieu où deux ou trois sièges accueillants nous tendent leurs bras. On est juste sous le toit. Comme à l’abri. On a un verre à la main. Alain Steck, debout, parle de ses dernières toiles qu’il a posées devant nous. En particulier, « The last state of things » . Il regrette que les gens, souvent, « s’arrêtent au sujet »… Ce marigot plein de détritus, par exemple…
Non loin, sa table de peintre: palette de taches, pots de pinceaux et montagne de gros tubes de couleur! En face, à demi dissimulés par les peintures, des piles de dossiers, des rangées de CD de musique, des alignements d’outils, des cartons d’archives… « La peinture est un désordre! Donc, il vaut mieux être assez ordonné, soi-même! » dit-il.
Alain Steck parle bien se son travail.
Un jour, je m’attellerai à une écriture à moi sur son travail! Aïe!
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Au Consortium, l’exposition L’Almanach 16 était installée au printemps 2016
Depuis février, début de cette expo, j’ai repoussé ma visite. Pas trop envie! Et puis, me suis décidée! 18 artistes exposent. Et…pas de lien entre eux. Ni par l’époque, ni par les matériaux, ni par le style etc. A priori ce n’est pas grave. Mais moi, j’ai souffert de ce passage du coq à l’âne, de salle en salle.
Ce que j’ai retenu parmi ces 18, dans l’ordre des salles arpentées:
Alessandro Pessoli et son animation sur le personnage farfelu de Fortunello (créé à l’origine par un comédien italien, début XXème). L’artiste a peint chacune des images d’un film de ce comédien. Huile, acrylique, pastel, tempéra etc. Et voilà ces milliers de « photos » qui passent, se succèdent, s’emboîtent, se superposent, se juxtaposent, se métamorphosent… C’est rapide, loufoque, poétique et coloré. Fortunello, malheureusement, chante. Et là… Carrément insupportable! (voix acide, criarde, et, bien sûr, incompréhensible).
Georges Pelletier, ensuite. Il est céramiste. Jolies réalisations d’argile et de métal, agrémentées de petites lumières intérieures. Ce sont des objets très décoratifs (il y a même des miroirs) que l’on mettrait volontiers dans son salon ou sa chambre (ce monsieur a d’ailleurs créé des luminaires pour Bobois dans les années 60!) . Mais que vient faire cet artisan au Consortium? S’il y a derrière ce choix une raison, genre faire entrer l’artisanat d’art dans la « haute société » de l’art contemporain, pourquoi pas. Mais dites-le. Manifestez-le.
Et voici Shirley Jaffe, américaine, née en 1923. Ses peintures ont des structures colorées, des éléments graphiques noirs, des motifs géométriques. Et tout cela est éparpillé sur fond de toile, souvent blanc, en compositions maîtrisées. Une écriture un peu à la manière de Miro. Une musique un peu à la manière de Kandinsky. Quand l’art quitte le figuratif et s’exprime seulement grâce à la couleur et aux formes… Toute une époque. Intéressant.
Didier Vermeiren, lui, a occupé une grande salle où ses sculptures dialoguent étrangement bien dans cet espace. Son art minimal a quelque chose qui touche. On ne sait pas trop pourquoi. Des cubes, des plaques… En pierre, en plâtre… Des petits parallélépipèdes en bois, superposés sur une colonne… Des « boîtes » creuses en bois aux faces découpées…Du noir. Du blanc. Des objets anguleux, rigides, lourds… L’ensemble est cohérent. Des photos, au mur, en parallèle à l’oeuvre sculptée, répondent aux socles qui occupent le sol. Oui, des « socles ». C’est ça l’essentiel de l’oeuvre de cet artiste. Sa recherche. Il les creuse, les « retourne » (comme un gant), les raccourcit etc. L’un de ces socles est en pierre noire, comme une tombe en marbre, posée sur une mousse polyuréthane: idée d’écrasement. On attendrait les statues qui seraient debout sur ces socles… Un Rodin. Un Carpeaux. Mais non. Fantômes.
Peter Wächtler, aime la culture populaire, nous dit-on (petit livret toujours fourni au visiteur du Consortium, merci!). Cette grande aquarelle sur papier raconte ce qui se passe au coeur d’une cité, fourmille de détails, décrit la simplicité et la difficulté de vivre ici. L’artiste fait preuve de modestie, de naïveté, d’humour, de réalisme et refuse de se prendre la tête. Ses céramiques qui montrent des poulpes, crabes ou serpents en train de combattre à mort sont volontairement de facture grossière mais ne manquent pas d’allure. Ces bestioles figées soudain dans leur extrême violence ne laissent pas indifférent.
Sinon, L’Almanach 16 nous fait la surprise d’accrocher des peintures du XVIIIème et du XIXème siècle! Oui, oui! Un artiste qui a fait des copies de Raphaël. Un autre qui a fait des toiles dans le style de Courbet. Choc! Surprise! Perplexité! Mais j’y ai pris du plaisir!
Dernière chose à retenir de cet Almanach: le déplacement de toiles de Claude Rutault. De celles qui occupent la façade du Consortium depuis 2012: « L’adresse ». Sept d’entre elles ont été retirées de leur place au mur, puis peintes en bleu (alors qu’elles étaient blanches), et accrochées dans une des salles dont les murs ont été eux aussi peints en bleu. Ton sur ton. (Cohabitation de la toile avec son mur, idée de cet artiste). A la place des oeuvres disparues, sur la façade, on a apposé des petites toiles bleues (mais on distingue, dessous, la trace des toiles enlevées), comme ces « bons de déplacement » que l’on voit dans les musées lorsqu’une toile a été prêtée à un autre musée ou partie en restauration et a laissé place vide au mur… Cette idée d’un travail d’artiste qui bouge, qui quitte provisoirement son emplacement d’origine (la « matrice » dit Rutault), qui se modifie pour l’occasion, qui vit une autre vie…Cette transhumance… Donne matière à réflexion.
Les visuels sont de Annie, merci à elle! Cliquer pour agrandir, en deux fois, et voir les noms des auteurs
La Fondation Louis Vuitton, à Paris, a reçu des artistes chinois contemporains, mais j’ai manqué cette exposition « Bentu », qui se terminait le 2 mai, et je le regrette. Par contre, dans la Collection, j’ai pu voir dernièrement quelques chinois malgré tout. Et j’en étais ravie, non parce qu’ils sont de Chine! Mais parce que leur travail de plasticiens m’intéresse ! Et j’ai un ou deux autres petits commentaires à faire à propos de ma visite à Vuitton.
D’abord, Yan Pei–Ming, notre dijonnais!! Un magnifique diptyque et une grande toile sombre m’ont donné la chair de poule. J’ai oublié le titre de cette dernière. C’est l’Acropole d’Athènes sous un ciel très tourmenté et couvert d’oiseaux de mauvaise augure. Comme toujours avec Ming, je stoppe un moment devant cette peinture noire. Je ne vois pas grand chose. Du noir. Mais, peu à peu, je distingue une lueur ici, un filet de lumière là-bas, une étendue « liquide » au premier plan… Et puis, il y a de plus en plus d’oiseaux dans le ciel! Des nuées, que je n’avais pas distinguées au premier abord. Inquiétante toile (et prémonitoire? Elle date de 2012. La Grèce n’avait pas encore sombré). Superbe toile inspirée. Brossée d’un geste ample. Pratiquement monochrome, mais bouillonnante de forces vives.
A côté, deux toiles aux bleus sombres, intitulées « Les temps modernes ». Celle de droite: dans la nuit, une foule de personnes est rassemblée, en cercle, autour d’une zone lumineuse (ou est-ce simplement la lune que l’on devine au creux des nuages et qui dirige ses rayons au sol ?). Silhouettes d’errants, de revenants…? Cérémonie de sorcellerie? Ces humains semblent ensuite s’engager sur un chemin qui serpente jusqu’à un horizon très lointain (Ah! les profondeurs des peintures de Ming!). Ont-ils manqué cette petite maison, aux allures de chapelle éclairée, qui les attendait dans l’obscurité, entre les arbres? (tableau de gauche). En tout cas, des humains bien paumés… Cette toile est profondément silencieuse et mystérieuse.
Zhang Huan m’a également beaucoup impressionnée avec ses peinture et sculpture réalisées au moyen de cendres d’encens récoltées dans les temples bouddhistes. En particulier « Sudden Awakening », belle tête de bouddha au crâne ouvert d’où s’échappe une fumée d’encens.
Zhang Xiaogang, lui aussi, ne laisse pas indifférent avec son oeuvre « My Ideal ». Il a réalisé une série d’enfants, peinture et sculpture, nus à partir de la taille, laissant voir leur sexe, habillés d’uniformes qui révèlent une classe sociale ou une profession. Attitudes figées, fidèles à l’image d’une éducation embrigadée. Sur la toile, grise, lisse (avec seules couleurs rouge d’un corps et vert d’un costume), le regard de ces gamins déguisés en adultes est affolant. Il glace.
Enfin, Ai Weiwei a posé son « Tree » dans une salle, grand arbre reconstitué, fabriqué avec plusieurs tronçons de bois. Il a quelque chose de dramatique ce blessé, ce greffé, ce végétal mi-réel mi-artificiel…
Je ne parle pas du reste, pour ne pas paraître trop bavarde, et parce que ce sont des oeuvres moins proches de mes goûts.
Passons aux artistes non chinois!!! (entre Monumenta et Collection, cette journée parisienne fut chinoise!). Le sieur Buren a oeuvré in situ sur la Fondation Vuitton… Et le fier vaisseau blanc de M. Gehry a soudain perdu de son élégance et de sa classe! 3 600 vitres ont été recouvertes de filtres colorés, comme d’habitude avec Buren. 13 couleurs tout ce qu’il y a de primaire. D’où un Arlequin sans grâce, voire vulgaire et réducteur (on a l’impression que cette belle architecture a un peu rétréci) Allez…. Il faut dire que le jour de ma visite, il pleuvait et que l’oeuvre manquait de lumière solaire… Allez!
Au sous-sol de la Fondation (Grotto), par contre, une belle découverte! Olafur Eliasson a installé « Inside the Horizon » (je ne l’avais encore pas vu) et c’est un jeu extraordinaire de reflets, de lignes de fuite et de fuites de lignes! Son alignement de colonnes à miroirs et à mosaïque jaune soleil, le long de la « rivière », donne des perspectives variées à l’infini. Un rêve pour les photographes!
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Mai 2016. Journée parisienne sous la grisaille. Visite du Monumenta, au Grand Palais, confié cette année au plasticien d’origine chinoise Huang Yong Ping. Déception.
L’installation de Huang Yong Ping s’intitule « Empires ». C’est à dire que nous somme face à une représentation symbolique de ces grandes sociétés internationales, que l’on nomme « empires », qui dirigent la vie économique mondiale. Voilà. L’allégorie est simpliste. Tout le monde comprend très vite. Vous allez voir!!
En pénétrant dans le Grand Palais, on se trouve soudain confrontés à des murs de containers empilés, de ceux qui s’entassent sur les zones portuaires. Ici, il y en a carrément 305, et la pile la plus haute monte à 17 m… Ils portent les sigles de groupes plus ou moins connus. Ils ont les couleurs habituelles de ce genre de grosses caisses (bleu, marron, moutarde, gris, bordeaux…). Et ils sont moches…C’est normal. On ne leur en demande pas davantage.
Un gigantesque portique de levage (67 tonnes, quand même!) n’a pas été oublié là, comme on pourrait le croire, mais fait partie de l’installation « artistique ». Super héros moderne, capable de lever ces tonnes de stockage, comme sur un petit doigt…Admirable!
Posé en équilibre entre deux tas de containers, telle une arche, un colossal bicorne de Napoléon prolonge l’idée d’Empire. Vu? Vous savez: convoitise du pouvoir, désir tyrannique de la toute puissance et tout ça.
Ondulant au-dessus de ces huit raides collines abruptes, un squelette de serpent géant, en alu, explique, à la façon chinoise, que le pouvoir est éphémère… C’est lui le plus beau de cette installation. Sûr! Encore qu’ il évoque immanquablement Jurassic Park ou une Montagne Russe de fête foraine (remarque de l’une de mes complices de visite d’expo!). Mais il faut avouer que ses 254 mètres et 133 tonnes de vertèbres et côtes métalliques font un superbe écho à l’architecture tout en courbes (métalliques elles aussi) de la nef.
Comme j’aurais voulu me sentir littéralement écrasée par cette fameuse mondialisation effrayante! Écrabouillée, moi, petite humaine de rien du tout, lilliputienne dans un monde de brutes dominateurs! Eh ben rien du tout! J’ai cheminé tranquillement au milieu des containers, j’ai pris des photos marrantes, j’ai mangé une salade César à la cafétéria en tournant le dos à l' »oeuvre »… Rien senti. Rien ressenti. Zut. Loupé.
Je devais pas être en forme!
Petit retour en mémoire sur les anciens Monumenta qui, eux, m’avaient bien plu et émue: le Léviathan d’Anish Kapoor et l’étrange cité des Kabakov.
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Le peintre d’origine chinoise, Atsing, ami et disciple de Ming, que j’avais découvert au musée archéologique en 2009 et que j’ai retrouvé au Salon des artistes de Fontaine les Dijon (invité d’honneur) sera le choix de ce mois d’avril.
Ces jeunes gens, peints par Atsing, sont de ceux que l’on rencontre au quotidien dans nos rues citadines. Les voilà grandeur nature devant nous. Deux par deux. Ils nous font face, nonchalants, ou vaquent à leurs occupations, en se tournant le dos. C’est du figuratif, pas de doute. La représentation du sujet est précise. Lunettes, chaussettes, baskets, cigarettes…! (L’artiste a utilisé, dit-on, des photos de magazines. D’où, parfois, une impression de pose)
Qu’est-ce qui fait, alors, que l’on perçoit un malaise en regardant ces personnages? Pas si réalistes que ça… Plutôt irréels. Désincarnés. Un souffle les ferait s’évaporer. Ils n’ont pas de volume, pas d’épaisseur, pas de poids, pas de consistance. Ils ne sont que des images faciles à découper, coller, décoller, déplacer. (Eh! Oui! les photos de magazines!)
Ces individus s’ignorent entre eux et nous ignorent. Absents. Abstraits. Muets. Flottants.
La technique employée par Atsing, proche de la fresque, la palette faite de pastels très doux, le ton mate, la retenue des couleurs presque transparentes… Tout cela contribue à communiquer une impression de flou et d’inexistant. Ces êtres n’existent pas (ou plus).
Les objets peints par l’artiste, eux aussi, sont anonymes, vides de signification, éteints…
C’est une vision étrange de notre monde contemporain. Mais peut-être pas si folle que ça. Ces jeunes gens ont quelque chose de virtuel, comme l’univers dans lequel beaucoup d’entre eux croient exister. A force de vivre par procuration (et à toute vitesse), à travers des photos, des images, des importances d’apparences, des faux amis de réseaux sociaux, des idées toute fabriquées par les médias…ils se perdent…
Atsing me fait penser à Zhu hong, autre artiste chinoise dijonnaise, qui travaille également sur l’idée de disparition (mais plutôt celle des souvenirs, des choses du passé…). Même ton mat, même transparence fantomatique…
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Salon des artistes, centre Pierre-Jacques, Fontaine les Dijon, printemps 2016. Excellent invité d’honneur: Atsing.
Je ne vais pas radoter et redire comme chaque année mon malaise quant à ce type de manifestation. « Salon » et « Artistes » ne vont pas ensemble. Point.
Consciencieusement, j’ai fait mon tour au centre Pierre-Jacques bien sûr. Pour l’invité d’honneur d’abord, Atsing, que j’avais vu exposer au musée archéologique en 2009 et que j’aime beaucoup. Artiste chinois, ami et disciple de Ming, il peint des personnages (et quelques objets) grand format, avec une technique proche des fresques. Ces gens-là, on ne les rencontre pas vraiment. Ils glissent. Ils passent. Étrange impression de réalisme (ce sont bien des jeunes gens vus dans nos rues… Les mêmes en tout cas) opposé à un flou fantomatique. Où est le réel? J’aime cette incertitude.
Je redirai un mot sur Atsing dans ma rubrique « choix du mois » que je vais essayer de reprendre enfin.
Sinon, au fil des panneaux de ce Salon, je me suis arrêtée… Parce qu’il y a forcément quelques oeuvres qui valent qu’on fasse des stops! Pour ma part, ce fut Muriel Bonnard qui me valut le plus long arrêt! Ses silhouettes courbées par la douleur, lovées sur leur souffrance solidaire (peint après les attentats parisiens)…
Et puis, en vrac, j’ai apprécié Fabienne Adenis,
J’avoue que plusieurs choses ne m’ont vraiment pas passionnée, genre petites ballons mignons dans le ciel bleu, jolis avions et automobiles, gentils pingouins, trompe-l’œil redondants, paysages d’un classique affligeant etc…! On me dit « il en faut pour tous les goûts »!
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Printemps 2016, la Galerie La Source, à Fontaine-lès-Dijon, recevait le peintre Philippe Guerry. Une exposition qui s’intitulait « Longues nuits ».
En marchant dans les salles de la Source, le regard fasciné par les toiles de Philippe Guerry, j’avais le seul mot « noyé » qui ne cessait de passer et repasser dans ma tête. Ces femmes de la nuit -et quelques hommes- peints par l’artiste me semblaient « noyés ».
Pourquoi ce mot? – Premièrement, à cause de la manière de peindre. Le geste pictural est sinueux, mouvant. Le pinceau trace des petites méandres. Et, du coup, les formes colorées ondulent, comme si elles étaient immergées. Les femmes de Philippe Guerry se diluent dans l’eau…Ou s’y enfoncent? Une dominante bleue contribue aussi à évoquer l’eau… En arrière plan, souvent, un miroir, un aquarium, des fumées de cigarette, des vapeurs d’alcool… Tout pour perdre pied… – Deuxièmement, en raison de ce que semblent dire ces portraits. Des êtres en attente. Solitaires. Oisifs. Muets. Désabusés. On n’est pas loin de penser qu’ils sont perdus (noyés). Ces femmes, ruinées par la vieillesse, à quel espoir se raccrochent-elles de séduire encore, de paraître sexy, de plaire par leur corps? Y croient-elles donc encore? Et ces hommes qui traînent dans les bars de nuit, vautrés, à la recherche de quoi? Amour? Amitié? Jeunesse perdue?
N’en déplaise à ceux qui n’aiment que la peinture guillerette, celle de Philippe Guerry montre « un univers désolé, tourmenté, plein de désillusion » comme le disait en filigrane Claude Martel qui présentait le peintre au vernissage. La tragédie de l’humanité est bien là. Le temps qui passe inexorablement, détruisant tout sur son passage et rompant les liens.
Cependant, quelque chose nous fait très plaisir! C’est l’énergie avec laquelle cet artiste peint, use et abuse de la couleur, croit en son art, construit puissamment un univers, exprime avec force des sentiments universels, traduit avec sensibilité et lucidité le ressenti de ces personnages rencontrés, bref traduit leur âme… Ouf! !!! (Claude Martel parlait d’ailleurs aussi de « vie intense », de « générosité et tendresse » à propos de Ph. Guerry)
L’artiste, obsédé par la guerre de 14, consacre une petite salle à ce sujet douloureux. Mais l’essentiel de l’exposition ne repose pas sur ce thème-là. A voir quand même. Force et expression.
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La Fondation Gianadda, à Martigny, en Suisse, a accueilli au printemps 2016 une belle exposition du peintre d’origine chinoise (né en 1920, naturalisé français en 1964, mort en 2013) Zao Wou-Ki. Tous les jours, 10-18h.
Une petite envolée hors de la Bourgogne pour voir Zao Wou-Ki à Martigny (Suisse)….ça vaut le coup!
L’expo est à peu près chronologique, et, donc, les premières peintures montrées sont figuratives, influencées par Cézanne ou Klee. Mais très vite on passe à la période abstraite et c’est magnifique.
De nombreux polyptyques très grand format sont particulièrement impressionnants. De près ou de loin, il faut s’attarder devant. Y entrer peu à peu. Des chemins de lumières et des zones d’ombre nous font cheminer vers un horizon attirant mais qui semble inaccessible. Des masses brassées, des failles, des balayages, des batailles de lignes, des giclures, des coulures, des empâtements, de douces transparences….. On voit tout cela. Et on ne peut s’empêcher de faire allusion à des paysages (de l’eau, des rochers, des feuillages, des herbes…). Pourtant, c’est évident que Zao Wou-Ki ne peint que l’invisible. L’inexprimable (autrement que par la peinture). Oui, des paysages intérieurs.
Dans ces toiles, il se passe toujours quelque chose. Beaucoup de choses! Des agitations s’enchaînent avec des périodes de sérénité. La couleur est reine pour exprimer des bouillonnements ou des repos.
Mais, en même temps, l’artiste construit ses toiles. Le geste, souvent puissant et énergique, ne jette pas la peinture n’importe où et n’importe comment! Le visiteur le plus inhabitué à l’art en est conscient. Quelle différence avec certaines abstractions que les auteurs osent exposer sous prétexte qu’ils ont couvert la toile de taches, de traits ou d’aplats…! Ici, les forces sont dirigées, volontairement opposées , maîtrisées. Les tensions sont coordonnées. C’est de la musique. Sans fausses notes.
Le lieu, Fondation Gianadda, avec son grand espace, son volume et ses perspectives, se prête admirablement à ces oeuvres monumentales.
Une partie de l’exposition est aussi consacrée aux encres. Et là, c’est le noir et blanc. C’est le silence. C’est l’intimité. C’est la pureté. La calligraphie chinoise adaptée à l’Occident.
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Au Frac (Bains du Nord) de Dijon, rue Quentin, l’espace qui a vitrine sur rue (autrefois, boutique) présente une oeuvre de Joana Vasconcelos, acquise par le Frac. C’est une guêpe géante. A voir. Intéressant.
Cette guêpe fait partie d’une série de sculptures animalières de l’artiste portugaise, en céramique, couvertes d’une enveloppe en crochet. Elle a voulu prolonger l’oeuvre du céramiste portugais R.Bordalo Pinheiro qui fonda une faïencerie en 1884 et créa des animaux à échelle démesurée. Elle a repris ses dessins originaux et sauvé beaucoup de ses moules. Cette guêpe est donc l’une de ses céramiques refaites, mais qu’elle a choisi d’habiller d’une délicate robe en mailles crochetées.
Le textile est une de ses matières de prédilection. En particulier dentelles et crochets, pratiques traditionnelles de son pays: Joanan Vasconcelos rend toujours hommage au travail manuel, à l’artisanat. Pratiques, aussi, considérées comme « féminines » : la femme est un fil conducteur de son oeuvre (interrogations sur son statut). L’artiste travaille avec un atelier d’une trentaine de personnes: architectes, ingénieurs, couturières, brodeuses etc. Ici, la robe de la guêpe a été réalisée par des dentelières des Açores. (Vous remarquerez que l’artiste n’a pas beaucoup mis la main à la pâte dans cette affaire! )
Les animaux qu’elle couvre ainsi de dentelles sont, la plupart du temps, de ceux qu’on a tendance à vouloir tuer: lézards, crapauds, serpents, guêpes… Elle en fait des objets précieux! Décorés, protégés! Non seulement ils changent d’échelle mais aussi de registre! Et ce petit animal a soudain une grande ambiguïté et un lourd fardeau: à la fois belle et monstrueuse, vraie et réaliste, dangereuse mais transformée en objet de luxe, momifiée, statufiée, porteuse d’une identité nationale etc etc etc .
La guêpe du frac porte le nom de Guigone (de Salins), épouse de Nicolas Rolin fondateurs tous deux des Hospices de Beaune en 1443. Pièce unique, elle fait partie d’une série de 6 guêpes qui toutes portent le nom d’une femme qui a marqué l’histoire locale du lieu où chacune des guêpes est installée.
Cette oeuvre est intéressante parce qu’elle étonne, elle choque, elle fait penser…
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