A la Galerie La Source, à Fontaine-lès-Dijon, Jean Yencesse a proposé une rare exposition en décembre 2021. Intitulée dans un sourire « Eroticet thanatoc, le tic-tac de nos jours ».
C’est peut-être d’abord une certaine ambiance couleurs qui m’enveloppe dès le seuil franchi. Des bleus, des gris. Des teintes profondes, sobres, peu communes. Je fais quelques pas, attirée par des éclats de blanc et auréoles de lumières venus des toiles de Jean Yencesse. Petits espaces radieux au coeur d’un monde difficile. On est entre les Maternités des peintures primitives et l’Enfer de Dante!
Et puis, c’est la rencontre avec ces étranges personnages aux yeux vides, aux bras démesurés, aux corps fragmentés, détachés de la réalité… Ils ne sont pas là pour eux. Ils représentent quelque chose. Et mon émotion en est plus forte. Ils ne sont pas des portraits. Ils incarnent l’amour. L’amour tendre, sexuel, familial, humain. Mais aussi l’amour cruel, brut, diabolique.
Ils sont faits de peu de traits. Parfois une simple ondulation suffit à évoquer un corps féminin. Mais le trait est épais, à la Rouault. Et, comme dans un vitrail, le sujet s’emboîte dans un cercle ou un ovale. Les couples s’enlacent, s’enroulent, fusionnent en une chorégraphie souple et ronde.
Ainsi, de salle en salle, se déploient des scènes de bonheur, de douleur, de mort, de rêve, de cauchemars… La vie.
Au fait! Savez vous qui est Thanatos? (cf le titre de l’expo) . Un dieu grec (mineur) personnifiant la Mort….
Et n’oubliez pas de vous pencher sur les études de Jean Yencesse, dans les vitrines. L’artiste a plus d’un tour dans son sac (céramique, modelage, pliages papiers, photos macro, montages photos, peinture…) Vous n’avez pas tout vu!
La Bibliothèque nationale de France, à Paris, a donné à voir une exposition de Giuseppe Penone, en hiver 2021, « Sève et pensées ».
Arbre-Livre (extrait)
Décidément, j’ai toujours eu des chocs dans les expositions de la BNF! Barcelo en 2016, Kiefer en 2017! Et, cette fois Penone! De grandes forces artistiques et poétiques qui résonnent dans ce lieu du livre et de la connaissance.
Giuseppe Penone continue son travail sur le végétal commencé en 1969. Dans l’immense salle qui lui est consacrée, il présente plusieurs œuvres. Différentes mais qui créent une unité solide.
« Sève et Pensée » (l’œuvre qui a donné le titre à l’expo) : S’allonge un ruban de 30 mètres, une fine toile de lin sur laquelle apparaissent l’empreinte légère d’un tronc d’arbre et une écriture serrée qui l’accompagne. C’est le travail de « frottage » de l’artiste (frotter avec des feuilles le tissu posé sur le bois d’une branche ou d’un tronc). L’arbre laisse sa trace. Délicate, à peine marquée et colorée de vert. Elle est comme imprimée. On pense au principe du Saint-Suaire. Et un long texte l’accompagne, écrit à la main par l’artiste, sans respiration, sans ponctuation. Comme la sève qui coule…Lien entre l’homme et l’arbre. Complicité.
Sève et Pensée (extrait)
« Arbre-Livre » , contre le mur, est une sculpture absolument poignante. De simples poutres sont posées là, comme un livre géant ouvert. Elles ont été creusées par l’artiste et, au cœur de chacune d’elles, apparaît un petit arbre sans écorce, encore lové dans le bois. Comme un bébé-arbre, nu, niché dans l’œuf avant de naître. L’artiste aurait ainsi dévoilé le secret intime de l’arbre…
Arbre-Livre (extrait)
Mais cette impression n’est pas la seule ressentie devant l’œuvre. On peut aussi croire que cette jeune pousse, écorchée vive, a été greffée sur la poutre. Et soudain, l’idée de souffrance et de blessure jaillit. L’homme est intervenu. Il a transformé l’arbre en poutre avec ses outils, il l’a évidée, puis il a déshabillé une branche, la fixant ensuite dans le pli de chaque poutre ouverte… L’image n’est pas la même! Mais une œuvre qui mène à plusieurs réflexions et émotions …ça me plaît!
« Les yeux fermés »: Au mur, une plaque de marbre blanc a été travaillée par l’artiste, de façon à dégager les veines. Étonnamment, ce réseau évoque un arbre et ses branches ou racines. De chaque côté, deux paupières géantes sont dessinées avec de vraies grosses épines d’acacia. Contraste terrifiant entre la fragilité de l’œil et l’agressivité guerrière de l’épine. (On pense à la couronne d’épines du Christ). Là encore, la douleur surgit, malgré la beauté du résultat. Là encore, le regardant est confronté à plusieurs sensations, plusieurs références. J’aime!
Le reste de l’expo est en relation étroite avec ces œuvres.
Dessins, gravures et autres »frottages » (« Vert du bois ») font écho. Une expo qui fait un tout. Partout, en filigrane, on sent l’idée de la trace et de l’empreinte, celle, entre autre, de nos doigts qui se rapproche tellement des anneaux de croissance des arbres…
« A la vie à la mort », c’était l’exposition de Pascale Serre à la Galerie La Source de Fontaine-lès-Dijon. En novembre 2021.
Vous ne le savez pas encore, quand vous traversez le petit jardin de La Source, mais vous vous apprêtez à quitter les réalités de ce monde.
Laissez-vous faire. C’est fascinant. Pascale Serre a les clés des univers que vous allez visiter, tirez la porte de la Galerie et pénétrer dans le premier.
Vous entrez dans « la collection de mes morts », dit-elle. Sur toiles grand format, directement agrafées sur les murs, voici les portraits de tous ceux qu’elle a aimés et qui sont partis. Ils ne sont pas morts (lisez le poème affiché au mur, près du bureau). Ils sont là. Toujours présents au monde. Cette salle vous est douce. Les personnages peints sur un fond sombre (beau noir-bleu-nuit spécial Pascale Serre!) sont un peu rigides, comme s’ils posaient pour la photo, mais auréolés de lumière et accompagnés de leur animal totem.
Ne revenez pas sur Terre… Montez lentement l’escalier. Vous allez passez la seconde porte de votre voyage initiatique. (Le hasard fait bien les choses, vous avez 7 seuils à franchir! Chiffre divin!) A gauche, voici « La ronde des sorcières ». Au sol, le cercle magique. Ce sont les animaux qui le forment: loup, araignée, cerf… Ils sont peints sur tissu. Magnifique. (Pas n’importe quels textiles: des chemises, combinaisons ou jupons de nos grands-mères). Un peu de sorcellerie aussi, bien sûr…Vous verrez!
Puis, arrive la salle qui vous entraîne dans le passé. Celui de l’enfance. Un monde invisible, enfoui, disparu. Et pourtant bien vivant quand quelqu’un le garde en vie. Têtes de poupées, palettes de peintres (revisitées!), peintures et comptines peuplent ces rêves et cauchemars d’enfance. « On n’est pas chez les Bisounours » annonce l’artiste. On est d’accord. Mais, heureusement, l’art ne choisit pas de n’exprimer que les jolies petites fleurs roses de la vie.
Continuez votre chemin. Ici, le corona virus a inspiré Pascale Serre. On se régale de petites aquarelles toutes plus dramatiques, drôlatiques et esthétiques… les unes que les autres.
Vous allez ensuite rencontrer ses petits animaux en terre cuite qui ont tous une âme…. Vous vous arrêterez dans la salle consacrée à St-François d’Assise qui n’avait pas son pareil pour vivre la médiation entre l’homme et les esprits de la nature. Et vous vous amuserez à regarder le travail à quatre mains sur le thème de la Tête de Mort, que Pascale Serre a réalisé avec une jeune fille de sa famille.
Et, tout au long de ce parcours, vous aurez vu des branches, des bois de cervidés ainsi que des bois peints rappelant les bâtons de chaman. Vous aurez aussi remarqué le rôle essentiel de l’écriture qui résonne avec le dessin et la peinture. Le discours, la parole servent à la communication et à la survie.
L’exposition est riche, racontant la mort et la vie, la vie et la mort, qui ne font qu’un. L’artiste a créé une ambiance envoûtante et a construit et mis en scène son expo avec passion.
A L’ABC, passage Darcy, Dijon, l’artiste chinoise Li Hezhi, récemment diplômée des Beaux Arts de Dijon, proposait « La 8ème nuit de la semaine », l’automne 2021.
Dans le hall, un rouleau de 10m de long, suspendu, ondule pour nous raconter le journal intime d’un chat… Celui-ci était le compagnon de Li Hezhi pendant le confinement, et il perdait ses poils! Elle les a récoltés! Et elle a écrit une petite histoire avec ce drôle de médium, en se mettant à la place de l’animal!
Journal du confinement d’un chat (extrait)
C’est sympa. Un petit côté peinture rupestre ou BD enfantine ou tapisserie et broderie naïves. C’est délicat. C’est gentiment poétique. Mais c’est quand même du travail de confinement, avec les moyens du bord! D’ailleurs, il me semble que, ce que j’ai pu voir du travail des artistes en général pendant ce fameux confinement, reste léger…Inventif, certes, mais sans force réellement créative. Il faut encore du recul. On verra.
Par contre, les dessins et gravures sur bois de Li Hezhi, qui occupent le reste de l’exposition, sont super intéressants. Elle dessine ses rêves. Réellement ses propres rêves! Au matin, souvent, elle s’en souvient et les couche sur papier (écriture ou croquis).
Au stylo aiguille, elle a construit des « îles isolées » sur de grands papiers blancs. Une île cerveau, une île montagne, une île paysage, une île ville. La vie y fourmille. De véritables ruches. Animaux, fleurs, vagues, villes, chemins, travaux des champs, mines, usines, montgolfière, arbres… Le tout, emmêlé, serpentant, mouvant, superposé… Mais étonnamment architecturé et harmonieux. Comme dans les rêves, les dimensions et proportions sont fantaisistes, les moments et actions sont simultanés. On s’y perd, mais ça tient!
le bord de la ville (extrait) (gravure)
La série de petits formats (gravures sur bois) est jubilatoire. De la tragédie à l’humour.
une gravure de la série « rêves-abîme »
L’installation, dans une pièce noire, était fermée pour cause de panne. Très très dommage.
Au Cellier de Clairvaux, bd de la Trémouille, Dijon, les artistes de 13+ ont proposé à l’automne 2021 une exposition, « Ni queue ni tête ».
Pascale Serre
Pas si fofolle que ça , l’expo! On pouvait s’attendre à davantage de délire! Quelques chouettes clins d’oeil, quand même! Quelques sourires, quelques sympas méli-mélo…Et même quelques réflexions sur l’expression « ni queue ni tête », prise au pied de la lettre!
On s’assoit devant l’excellente vidéo de Jean-Philippe Jarlaud qui fait défiler « le bazar d’une vie », avec ses télescopages d’images, ses chocs de rencontres à peine éphémères, ses flashs d’instants… On tourne autour de quelques drôles d’installations (Bruno Chevreau, André Mugneret...). On se penche sur le bel inventaire de Pascale Serre, objets de magie, fétiches ou talismans, petites peintures pleines d’humour et de réflexion, cœurs à vendre…
Les yeux écarquillés, on lit le petit livre blanc de Monique Riond, en terre cuite, qui évoque la mort de la dernière licorne! Et on essaierait bien de jouer aux dés, aux balles, aux dominos, aux toupies, mais Odile Massart à tout transformé d’un coup de baguette magique en porcelaine ou terre cuite (même le marteau et les lunettes!) On s’arrête devant la peinture-collages de Micheline Reboulleau, admiratifs: c’est beau et puissant!
D’autres peintures nous font tourner la tête, François Lepoivre, Francis Orzel, Lucile Pattar, Sylvie Perron…
Je crois que ce sont les compositions de gravures de Odile Massart et d’Evelyne Lagnien, ainsi que le « Mille-pattes confiné » de Michèle Millerot qui m’ont le plus touchée. A vous de voir… Où vont vos préférences?
A Dijon, en octobre 2021, à l’Hôtel Despringles (ancien Rectorat, rue Monge), avec le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), des artistes présentaient une belle expo, « Espoir exil ».
Fabienne Durupt
On sent, chez la plupart des artistes exposants, que le sujet les a particulièrement touchés. Règne ici, dans cette expo, étrangement, un silence rempli de cris et de larmes, de bruits d’armes ou de naufrages. La souffrance suinte partout. La mort aussi. Mais également une grande compassion.
L’art exprime autrement que le font les médias… On savait tout cela. Bien entendu. L’exil forcé, la perte, la séparation, la peur au ventre, l’inconnu, le rejet, le mépris, l’incompréhension, la solitude, la pauvreté, le découragement… Mais l’artiste le dit à sa façon. Et, souvent, son travail nous atteint davantage qu’une photo (de reportage).
Est-ce le rôle de l’artiste, d’ailleurs, de révéler, de montrer, de dénoncer, de culpabiliser? C’est une satanée question. Je me la pose souvent!
Pascale Serre (extrait)
N’empêche, cette expo contient des œuvres qui abordent le sujet sous des angles très divers. Et la plupart sont émouvantes et sincères. Il y a les poétiques, les symboliques, les conteuses, les indignées, les réfléchies, les compatissantes, les douces, les violentes… !
Evelyne Lagnien (extrait)
Me reviennent au hasard quelques oeuvres qui m’ont marquée: -L’installation de Mireille Barrelle, avec la marche de ses caminantes, les baluchons, les barques de vies brisées -Les embarcations suspendues entre deux eaux, de Fabienne Adenis. -Les adaptations de grands classiques (Botticelli, Michel Ange…) pour dire la douleur de l’exil, de Fatimane -Les gravures de Odile Massart, en particulier celles des « passeurs et passants », sans oublier son petit « livre de la jungle » (de Calais) -Les sculptures de Eliane Martinand, surtout « franchir le mur » – La série de photos de Jean-Philippe Jarlaud « Au neuvième jour… » -Les petits personnages de Fabienne Durupt, entre prison et espoir. -Les petites terres cuites de Pascale Serre qui parlent de honte et de mort (et sa série de photos). -Le grand tableau de Evelyne Lagnien qui évoque de façon originale et suggestive le terrible anonymat des émigrés. -Le courant implacable de Francis Orzel qui entraîne inexorablement… Le « peuple abandonné » de Hbyba Harrabi. -La sculpture-mobile de Michèle Millerot « A tous les vents ». -Les photos de camps de Roxanne Gauthier. ETC.. je ne peux pas citer tout!!
Le week-end 8-9-10 octobre 1921, une première a eu lieu à Dijon! Une Foire d’Art Contemporain! Prévue pour les galeristes et les collectionneurs, mais aussi pour les visiteurs lambdas comme moi. L’évènement valait le coup d’être ici évoqué.
J’ai acheté mon billet sur Internet. Première surprise: 12 euros seulement! (sans réduction). Rien à voir avec certaines Foires parisiennes ou autres…
Palais des Congrès. Une bonne trentaine de stands. Une présentation aérée et harmonieuse (tous ont des parois tendues de toile blanche). Les œuvres sont bien mises en valeur. Parfois cependant j’étais un peu perdue dans la position des enseignes présentant les noms des Galeries! Celle-ci? Ou celle d’avant? Ou celle d’après?!!! Pas grave.
vue de la Galerie Art Sablon
Je ne suis ni galeriste ni collectionneuse, mais je ne me sens pas dédaignée pour autant! Même pas intimidée! L’accueil est bienveillant et pas trop commercial! On me donne les commentaires spontanément, en avance même sur mes questions.
De Belgique, de Suisse, du Luxembourg, de Paris, de Belfort, de Besançon, de Metz, de Strasbourg, de Chagny, de Haute Saône, de l’Ain etc sont arrivés les artistes et galeristes.
Dijon est représenté par le Frac (vidéos), l’ENSA, l’atelier chiffonnier, les ateliers Vortex et Interface. C’est peu.
L’essentiel: le travail des artistes présentés. Eh bien, malgré ma crainte de ne tomber que dans un art contemporain que j’ai de la peine à apprécier, j’ai déniché plusieurs œuvres qui m’ont intéressée, ou troublée ou même bouleversée. Je soupçonne les organisateurs d’avoir cherché à varier les travaux exposés et à ne pas écœurer trop vite leurs visiteurs « provinciaux » ou néophytes… (ou les deux!!!)
Quelques noms qui me restent en mémoire, Sophie Pouille et sa Grisaille (Peinture sur verre) qu’elle « sculpte » minutieusement pour des effets de reliefs noir-et-blanc étonnants. Anaïs Lelièvre et ses feuilletages organiques de papier ou céramique en noir-et-blanc qui remontent aux premiers feux de l’univers.
Anaïs Lelièvre
Raphaël Galley (dijonnais) et ses boîtes de jeu inventives, belles et folles, un travail du bois de designer et plasticien à la fois.
Raphaël Galley
Anne Bothuon et ses extraordinaires femmes (dessins ou volumes) touchantes, drôles, douloureuses, provocantes, au choix.
Anne Bothuon
Jean-Damien Charmoille et ses paysages saccagés par lui-même, puis repeints par-dessus, différents, fragmentés, blessés.
Jean-Damien Charmoille
Djisi de Horta Pereira, sortie des Beaux Arts en 2019, et sa façon de raconter sa famille africaine, avec tresses démesurées et textiles. Clémentine Lecointe (BA 2018) et sa passion de la couleur, et ses tissus teints. Richard Moszkowicz, du Créham-Bruxelle (créativité et handicap mental), avec ses couches de couleurs bien rythmées et parsemées d’écriture et de chiffres. Martin Paaskesen et son « luggage » (sac d’os!!). Et des dessins de Man Ray, et des variotypes de Luc Doerflinger, et les grandes sculptures en acier de Robert Schad .
Martin Paaskesen
Et bien d’autres.
Côté prix, j’ai peu regardé, mais ce que j’ai vu était abordable, la Foire privilégiant, en outre, les sérigraphies, aquateintes, monotypes etc. moins chers que des originaux.
Donc, opération business, bien entendu, comme toute Foire, mais je me suis laissée séduire par l’art, malgré tout! Et par ceux qui, apparemment, en sont passionnés.
L’automne 2021, Talant participait à la manifestation « Octobre Rose ». A la Galerie et à la bibliothèque.
Vous dire d’abord que ça fait plaisir de voir à nouveau s’ouvrir la porte de la Galerie Brassens à Talant. (Et toujours agréablement accueillis).
A l’occasion de « Octobre Rose » , elle présente deux parties: d’abord un travail avec des habitants de la ville accompagnés par l’artiste Matthieu Louvrier. Trois grandes toiles aux dominantes roses, qui évoquent subtilement la femme, sa force et sa faiblesse, sa souffrance et sa capacité de bonheur. Sur le mur d’en face, sont accrochés les essais et préparations. Belle idée.
les essais préparatoires
une des 3 grandes toiles
Puis, un travail de l’artiste Anouk Van Renterghem.
Cette dernière montre un intéressant « parcours ». Une série de dessins à l’encre qui suivent les moments d’une vie au travers d’attitudes corporelles: flexibilité, équilibre, lâcher prise…etc
« ce qui reste »
« l’ascension »
Plus loin, à la bibliothèque, est montré un autre travail de Anouk Van Renterghem, celui de l’illustratrice qu’elle est. Des petits tableaux qui résonnent aux côtés des écrits de Louise Dupré: son livre « Roses ».
Vous dire quand même que je m’inquiète à nouveau du tournant que prend la Galerie de Talant. Elle se dit « art contemporain ». Mais on est plutôt pour l’instant dans l’amateurisme (même si c’est franchement réussi et guidé par un plasticien), et dans l’illustration. La prochaine expo est également loin de l’art. Ce sont des photos des voyages de deux aventurières de la région, certes d’excellente qualité (je les connais) et sans doute dans une scénographie sympa (j’anticipe). Mais où est le temps où on allait voir, dans cette Galerie, Zhu Hong, Christine Hach ou Elsa Tomkoviak, par exemple?
Le travail socio culturel réalisé par Matthieu Louvrier est admirable. Mais n’y aurait-il pas un autre lieu pour l’exposer? La Galerie étant, elle, utilisée par des plasticiens et accueillant les habitants venus voir leur travail de créateur. (Pédagogie, découverte, ouverture, connaissance, développement de la sensibilité… avant de se lancer soi-même dans le geste créatif si nécessaire)
Christo et Jeanne-Claude ne l’auront pas vu. Décédés maintenant tous les deux. Mais le projet si bien préparé, fignolé, réfléchi, calculé…Le projet tellement rêvé, tellement espéré par ces deux artistes aura été réalisé. Toute leur équipe l’a fait… Elle a empaqueté l’Arc-de-Triomphe … c’était fin septembre 2021
Je ne sais pas s’il triomphe davantage qu’avant, mais je peux vous dire que l’Arc ainsi empaqueté de gris argenté a fière allure et il impressionne. J’ai ressenti une vraie émotion quand je me suis retrouvée dessous. Comme si ce géant avait quelque chose à me dire.
On hésite entre un sentiment de pitié pour ce grand prisonnier dans sa camisole (!) et un sentiment de modestie devant cette grande chose qui vous écrase de sa magnificence. Au choix!
C’est beau comme une statue antique (drapés, plissés). C’est beau pour le volume harmonieux, pour le jeu des lumières et pour l’idée de la métamorphose de ce monument. Le temps de quelques semaines, il vit une autre vie. L’étoffe révèle sa forme, elle en fait un bel objet, pur, sans Histoire ni histoires, une oeuvre d’art…
C’est peut-être ce que l’Arc empaqueté voulait me souffler à l’oreille…
Au Consortium , 37 rue de Longvic, à Dijon, fin 2021, c’était l’expo de Genesis Belanger, Jill Mulleady, Nicolas Party, Heji Shin.Il y avait aussi une rétrospective de Bertrand Lavier jusqu’au 22 mai 2022 et , toujours, « Nex-York The Eighties » (part 2).
Genesis Belanger: Cette artiste de 43 ans a installé ici quelque chose qui ressemblerait à un appartement coquet et accueillant. Les objets sont traditionnels: lampe, plante verte, table, lit, bibelot (ce sont en fait des sculptures en grès)… L’ambiance est douce et feutrée. On imagine qu’on va se mettre à table, après avoir été accueillis par une maîtresse de maison…Une aimable dame qui nous aurait fait à manger (essentiel dans la vie d’une femme!) et qui prendrait sagement sa pilule de contraception! (Là aussi, nourriture et médicaments sont en grès!)
Mais, comme dans les romans ou les films fantastiques (ou les conte de fées auxquels l’œuvre fait aussi penser), il y a brutale rupture. Quelque chose fait soudain douter de la réalité. Une étrangeté inquiétante vient casser notre tranquillité. Parmi les objets et les éléments de nourriture se sont glissés des membres arrachés à leur corps, un pied, une main, une oreille… Visiblement féminins (ongles peints).
Et là, on comprend. Les délicates sculptures en grès ou porcelaine, couleur pastel, sages et mignonnes annonçaient la tragédie.
A interpréter chacun à sa façon. Peut-être une vision de la condition de la femme étouffée, bouffée par les rôles que la civilisation lui a imposé, ceux de gentille maîtresse de maison-cuisinière-maman-femme de ménage-décoratrice… En tout cas, il y a une apparence et puis, une réalité. Un contraste entre la surface visible et la vérité cachée. L’œuvre est subtile, bien mise en scène, agréable au regard et …elle dérange. Bref, l’art plastique tel qu’il me plaît: qui montre, qui suggère, qui interroge, qui apporte un plus…. Et tout en sensibilité. Sans forcer le trait.
Nicolas Party : L’artiste suisse de 40 ans livre ici une expo spectaculaire et très plaisante à visiter. Il a peint directement sur les murs de monumentales fresques en noir et blanc. Une foule de personnages caricaturés sortis tout droit de tableaux de Jean-Baptiste Boilly (1825). Des tronches qui vous fascinent, vous font rire, et vous envahissent! Le sol, lui, est ponctué de têtes vivement colorées, de style plutôt naïf. Petites ou géantes sculptures qui, elles aussi, prennent hardiment leur place dans le lieu.
Une autre salle montre des objets peints en gris et blanc sur les murs, en trompe l’œil (ciseaux, grappe de raisin, couteau géants…copiés eux aussi chez Boilly), surmontés de natures mortes modernes aux joyeuses couleurs saturées.
On aime le contraste entre couleurs et noir et blanc, entre passé et présent, on aime les sur-dimensions, et la volonté d’harmonie esthétique (le côté décoratif est évident.) Sans chercher d’autre objectif à ce travail.
Jill Mulleady: Dans le travail de cette artiste quadragénaire, j’avoue m’être un peu perdue. J’ai erré. Tentant de pécher un symbole, une allégorie, une référence, une histoire… Essayant de relier les objets (lampe Baccarat, carcasse de lit Napoléon III, tapis chinois en loque, statue de Sainte-Véronique du XIVème siècle, lavabo etc) aux toiles accrochées aux murs. J’ai erré. Pestant après cet art contemporain-là qui cherche la petite bête, coupe les cheveux en quatre, cherche midi à quatorze heure. Sur les toiles, certaines scènes et certains personnages m’ont cependant parfois touchée: un je ne sais quoi de tristesse, de silence, d’attente. Je sentais qu’on me racontait quelque chose.
Heji Shin: je me garderais bien de commenter quoi que ce soit à propos du travail de cette photographe. J’en suis incapable. Seul son coq monumental (hall d’entrée), mâle agressif à souhait, m’a laissée baba !
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