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Philippe Thouvenin, La Source

aïku

Philippe Thouvenin avait commencé une exposition à la Galerie La Source en 2020, à Fontaine-lès-Dijon. Elle avait été brutalement interrompue par le confinement. Il fut de retour en mai 2022. (Et ce n’était pas tout à fait la même exposition qu’en 2020)…

Cette nouvelle exposition a gagné en unité, concentration et épuration. Il y a un vrai fil d’Ariane à suivre d’une salle à l’autre. L’artiste, toujours passionné d’art japonais, s’est recentré sur le thème de l’arbre: sculptures en bois, peintures sur papier, dessins d’arbres… La scénographie, aussi, tient le coup. Dans les salles du 1er étage, Philippe Thouvenin s’est appliqué à reconstituer des ambiances de jardin zen ou de temple, avec d’élégants kakémonos, des personnages de sages, moines ou pasteurs…

Chaque œuvre est associée à un haïku, ce qui contribue aussi à l’unité, à l’harmonie et à la simplicité. On sent nettement les liens entre les œuvres et d’une salle à l’autre. Il y a une ambiance…

Donc, on oublie l’incohérence de l’autre expo, son côté fouillis et un brin prétentieux. On apprécie celle de 2022, on s’y plonge avec plaisir, on se laisse facilement prendre par la main.

Le travail de Philippe Thouvenin est toujours aussi minutieux. Encre ou aquarelle, tout est dans la subtilité. Le détail est roi. La recherche de la perfection est là. Finesse, délicatesse… On est dans un univers oriental sans laideur, sans violence, sans conflits, sans obstacles… Luxe, calme et volupté!

Quelque part, ça fait du bien, cette utopie!

C’est bien agréable, tout ça! C’est bien joli!

J’attends cependant davantage de l’art. Encore faut-il s’entendre sur la signification et le contenu de ce mot « art »!! Un large débat que nous mènerons un jour sur ce blog!!!! Ok?

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Salon de Fontaine

Jean-Pierre Déon

Salon des Artistes, Centre Pierre Jacques, Fontaine-lès-Dijon, en mai 2022

Lucile Pattar

Il a le mérite d’exister, ce Salon de Fontaine. Depuis 50 ans, il offre à des peintres et sculpteurs la possibilité de montrer leur travail. Tant mieux. Notez que certains d’entre eux, depuis longtemps, n’ont plus besoin de cette vitrine pour être connus et reconnus, mais ils persistent… Chaque année, cependant, place est donnée à des nouveaux. C’est bien.

2022, c’était l’anniversaire de ce Salon. 13 ex-invités d’honneur et une bonne trentaine d’autres artistes exposent. Ma préférence ne va pas forcément à ceux qui, à l’heure du vernissage, avaient droit à l’estrade en compagnie des personnalités locales. Leur célébrité internationale ne me fait pas courir. Les « pointures » ne vont pas toujours à mon pied. Et la virtuosité ne m’émeut pas, même si je l’admire souvent. L’art, tel que je le conçois, -je l’ai assez rabâché-, va bien au-delà. Je choisis parfois la maladresse plutôt que la virtuosité, pour y pêcher humanité, mondes intérieurs, mystères de vie…etc.

Quelques mots sur des artistes (parmi ceux qui m’ont attirée):

Il se trouve que Atsing et Sabien Witteman ont décidé de montrer des peintures différentes de ce qui est noté sur leur cartel de présentation! Et des vues de maisons tous les deux! Au lieu de leurs personnages habituels! Mais, chez eux, le réel perd de toute façon sa consistance. Les paysages vus au travers d’une vitre (de voiture?), déformés, ou voilés deviennent incertains et nous font douter de la réalité.

Sabien Witteman

Christine Vadrot, elle aussi, nous emmène dans des paysages aux frontières de l’imaginaire. Comme découpés, sortis de leur environnement, recadrés au point d’en devenir des abstractions.

Micheline Reboulleau nous étonne par sa grande acrylique (elle, l’aquarelliste !!). Des camaïeux de rouges pour nous mettre simplement face à face avec une femme assise, tête baissée. On reste un moment, des questions sur les lèvres, elle dort, elle pleure, elle pense? C’est une scène immobile et pourtant si vivante…

Micheline Reboulleau

Viola Montenot, au pastel (qui convient si bien au malaise des situations, à leurs peurs et enfermements) elle raconte des tentatives de fuites, des emprisonnements dans des rouages et des labyrinthes. Mais, cette fois, elle dit tout cela en couleurs vives…et le ciel est bleu! Espoir!

Viola Montenot

J’ai aimé aussi Francis Orzel et ses courbes, circulations, flux, ondoiements, flottements …. Compositions aux teintes sourdes, à l’harmonie minutieusement travaillée. Martine Challaux-Bertet, et ses petites abstractions huile et pastel, subtiles et élégantes, qui renvoient à quelques états d’âme intimes. Allan Ryan et ses tableautins, dans le style illustration onirique, composés de mini touches comme des points de tapisserie.

Allan Ryan

Et quelques autres encore que j’ai appréciés: Guerry, Javouhey, Pearsh, Lamaille, Lu, Pouzet…

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Harald Stoffers

J’avais envie de reprendre ma catégorie « Choix du mois », abandonnée depuis très longtemps (décidément, c’est souvent que je la laisse tomber et que je la ressuscite de temps à autre!!!) Donc, en avril 2022, voici ce qui m’a frappée parmi les œuvres vues en région, chez moi, ou à Paris.

Chez Christian Berst, spécialisé art brut, dans sa Galerie du 3ème, à Paris (passage des Gravilliers), je suis tombée en contemplation devant une des lettres de Harald Stoffers.

Autiste profond, interné depuis 30 ans, cet allemand semble s’être trouvé une identité par la parole écrite et une forme d’expression qui lui convient. Il trace inlassablement des lettres à l’encre noire ou colorée, en lignes très serrées, sur des feuilles de papier blanc. On pense à des vagues, à des milliers d’oiseaux perchés sur des fils, à des empreintes digitales, à des courbes de niveaux…Ses missives ont parfois plusieurs mètres de long.

Il arrive que les lignes ne portent plus de mots…Vides, mais qui suivent le même rythme que les autres. Comme si l’artiste se laissait emporter par le mouvement. Le tempo devient plus important que la signification-même de ce qu’il trace sur le papier.

Parfois, les lettres et les chiffres s’allongent démesurément, s’étirent, rompant le rythme, lâchant la cadence. Et on débouche sur les Lettres-Partitions. L’écrit est musique. La page est partition. L’alphabet est notes de musique.

C’est ce que j’ai vu à la Galerie Berst. Impressionnant rouleau de papier couvert de cette composition graphique superbe, énergique, mouvante…Le tracé, un peu tremblotant, dessine des horizontales et quelques verticales. Il se blottit, compact et dense. Ou, plus loin, se détend, aéré et ample. C’est fascinant. Et c’est beau.

L’artiste a trouvé sa matière, les signes tracés avec le stylo (ou marqueur). Sa substance. Il a trouvé son moyen de communiquer, de dire, de crier, de chanter. C’est à la fois concret (il forme de réelles lettres d’alphabet et de réels chiffres, il dessine des phrases réelles, il s’adresse même à des personnages réels, à sa mère en particulier) et à la fois abstrait comme une œuvre d’art non figurative.

Je crois que c’est pour toutes ces raisons que j’ai aimé ce travail : esthétique, expression intime et sens profond. L’écriture compulsive d’un homme aux sérieux problèmes mentaux … qui devient une œuvre.

Harald Stoffers est exposé partout, FIAC, Musées et Galeries dans beaucoup d’endroits du monde…J’espère que cette célébrité involontaire et le fait que son art passe entre les mains de marchands ne le corrompt point! (en même temps, c’est grâce à cela que je l’ai découvert! Pff!)

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Christine Coste, Paris

Le travail de Christine Coste, vu à la Galerie Grès (Paris) en avril 2022, m’a interpellée. Ce n’était qu’une partie de ce qu’elle fait habituellement: sculptures céramique, dessins et peintures, performances.

J’ai vu des formes vivantes, à peine nées. J’ai cru voir des lambeaux de placenta. Des peaux aux fines écailles. Des mues. Je sentais partout une vibration de cellules. (Christine Coste travaille par petites mailles, sur la toile et sur la surface de ses céramiques, comme si elle façonnait des choses, cellule après cellule, pour leur transmettre vie)

Sculptures et peintures se faisaient écho pour me dire le mystère du vivant. Je regardais cette sculpture de la série Capsule3D, et c’était un sexe de femme, mais aussi un fossile dans le secret d’une pierre, ou un arbre blessé qui montrait son coeur, ou une coquille ouverte….

Les formes organiques glissaient d’une peinture à une sculpture (et inversement). Imperceptiblement, se faisaient des métamorphoses, des unions…Ici, une silhouette humaine, là une créature indéfinie. Des corps, toujours, ou des fragments de corps. Sans vraie identité. Mais ultra présents.

Les peinture apportaient leurs transparences fragiles, leurs coulures et leurs magnifiques couleurs vives plus ou moins voilées. Les céramiques apportaient leur solidité foncée et leurs lignes sans bavure.

Vous avez compris que cette artiste, à mon avis, est à suivre, absolument!

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Une grande désillusion…

Aujourd’hui, ce n’est pas d’une exposition dont je vais vous parler. (Avril 2022)

C’est d’un projet. Un projet que mon mari et moi montions pièce par pièce depuis plus de six mois. Et, aujourd’hui, nous sommes obligés de l’abandonner. Le rêve est mort.

Nous avions l’intention d’acheter un local à Dijon pour y accueillir les expositions d’artistes plasticiens. Ceux-ci, nous le savons, ont très peu d’espaces, dans la proche région, pour montrer leur travail. Même si la Ville de Dijon, avec beaucoup de bonne volonté, leur en propose généreusement plusieurs, mais pas toujours appropriés.

Notre souhait était d’ouvrir une Galerie d’art à but non lucratif. Nous avions déniché un lieu idéal en plein Dijon. Les volumes, la lumière, la surface…

Nous nous projetions déjà dans ce lieu. J’imaginais déjà tel ou tel artiste y installer son travail. Nous étions conscients que le chemin à parcourir jusqu’à la première expo serait long et chaotique. Mais nous nous sommes engagés sur ce chemin la fleur au fusil! Les démarches ont commencé. Les rendez-vous. Les mails. Les coups de fils. Les devis. Les demandes. Les attentes. Les formulaires. Les refus. Les réunions…

Mon mari, surtout, s’était attaqué à l’administratif. Moi, je suivais le processus comme je pouvais… Et je remplissais un carnet d’idées, d’adresses, de noms, pour l’avenir de la Galerie. Nous parlions peu de notre projet autour de nous. Prudents. Seul un petit noyau de connaissances était au courant. Et nous nous faisions un peu aider (mais certain professionnel pas forcément au top…). Plusieurs fois notre moral a chuté! Très bas! Mais nous remontions la pente rapidement.

En dernier lieu, nous avons rencontré trois personnalités de la mairie de Dijon et de la Métropole. Formidables d’écoute, de compréhension et de soutien… Mais malgré leur bonne volonté, les bâtons dans les roues sont restés accrochés… Et l’échéance du compromis de vente approchait, nous avions pris contact avec ces personnes-là, hélas, un peu tardivement, nous n’avions plus le temps d’espérer et d’attendre une solution.

Deux obstacles, surtout, ont fait capoter l’affaire:

-Les contraintes démesurées et très rigides de l’accès PMR (personnes à mobilité réduite) pour ce local ouvert au public. [nous étions bien entendu déterminés à accueillir les personnes à mobilité réduite dans notre galerie, mais les conditions réclamées dépassaient l’entendement….et notre budget.]

-La copropriété, qui a finalement refusé de dialoguer avec nous, alors que nous avions besoin de certaines autorisations (PMR, sorties de secours etc…)

Vidés de notre énergie, tristes et amers, nous ne sommes pas prêts de recommencer une telle expérience. Nous avons été confrontés à l’absurdité et à la médiocrité, à la petitesse et à la bêtise. L’ampleur de notre déception tient, non seulement à notre propre échec, mais à la constatation que beaucoup de ceux qui veulent avancer, faire, créer, bouger……… sont muselés, empêchés, entravés…….. Admiration à ceux qui parviennent malgré tout à réaliser leur projet!

Mais il faut dire que l’art, et la culture en général, n’ont pas bonne presse. « Non essentiels » , n’est-ce pas!!! Eh ben, si! L’art est essentiel à notre liberté, à notre équilibre mental, à notre survie …

Merci donc à nos artistes !

Françoise Le Corre, St-Philibert

Dans l’église Saint Philibert, rue Michelet à Dijon, il y eut, au printemps 2022, une exposition de Françoise Le Corre, « La texture de l’infime ou le diapason du là ». C’était à voir!

La grande église Saint Philibert, la très grande église Saint-Philibert se fait protectrice. Voilà qu’elle abrite de toutes petites choses. Toutes frêles. Elle a intérêt à perdre sa vilaine habitude de laisser choir des débris de pierre ou de sel depuis ses voûtes et ses piliers. Elle retient sa respiration de vénérable blessée. En son sein, ont été déposés de minuscules objets qui pourraient bien avoir un caractère aussi sacré qu’elle, du moins quand elle n’avait pas encore été « désacralisée ». Il semble qu’elle tienne à en prendre soin, en souvenir de cette époque.

Etonnante église, donc, qui accepte avec modestie qu’on ne lève plus trop les yeux vers son architecture. Nous sommes tellement absorbés par notre quête: dénicher les mini-trésors que l’artiste Françoise le Corre propose à notre regard. Sous cloche, sous verre, bien éclairés et grossis par des effets de loupe, voici un minuscule coquillage, une nouille anodine, un trognon de crayon, ou un brin de papier millimétré… Ils deviennent de vrais petits miracles de beauté. Des reliques que l’artiste nous invite à vénérer.

L’art du millimètre

C’est l’exposition des contrastes et des contraires. Le lieu est un géant, mais les objets des petits riens. Les sujets sont très modestes, mais leur présentation très raffinée. Les oeuvres sont simplissimes, mais la scénographie muséale.

C’est aussi l’exposition du regard, de l’émerveillement, de l’attention. Elle met en évidence quelque chose qu’on a tendance à oublier: savoir s’arrêter, se taire, se pencher, observer… (J’ai une amie qui a un carnet où elle écrit ses petits émerveillements du jour. Voilà! C’est une liberté à reconquérir. Ne pas se faire avoir par un environnement matériel trop envoûtant, absorbant et dominateur. Ne pas négliger l’essentiel…. Bôf! Je radote! Mais tant pis!).

La focale du silence

C’est aussi l’exposition des questionnements. Par exemple, Françoise Le Corre met en mouvement certaines oeuvres (plateaux tournants, vidéos, ombres). Et, là encore, c’est l’occasion de prendre le temps. Stop! Attendre de voir les métamorphoses des choses, les différentes formes qu’elles prennent. Stop! Penser à la réalité (laquelle?), la vérité (laquelle?), le jugement (doute?), la croyance (question?) et même l’impermanence et l’éphémère.

Derviches Transmissions

C’est aussi l’exposition aux mille portes. De la simple contemplation à la réflexion philosophique… Les jeux de mots, les clins d’oeil, les symboles, les références littéraires, historiques ou artistiques sont là. A nous de prendre (ou pas). C’est offert, mais pas obligatoire! On choisit sa porte…

Trou de mémoire

En sortant de l’église Saint-Philibert, on se sent encore plus fragile qu’avant, mais les yeux grand ouverts…Je crois qu’on a gagné en équilibre!

Dans cette expo, ne manquez pas la vidéo de l’entretien de Françoise Le Corre avec Valérie Morisson. Et prenez les intéressants papiers proposés à l’entrée.

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De fil en argile, La Source

Après quelques travaux de chauffage et peinture, la Galerie La Source, à Fontaine-lès-Dijon, a rouvert au printemps 2022 pour l’exposition de Patricia de la Gorce, céramiste, et Brigitte Brosset, artiste textile: « De fil en argile ».

Un travail à quatre mains. L’une crée la pièce en terre cuite (raku, émaux…), l’autre crée la pièce tissée (différentes sortes de fils de couleurs variées), qui vient s’intégrer à la première. Les deux matières se marient alors, pour aboutir à l’oeuvre finale.

La terre et le fil apportent chacun son caractère et sa texture. Si différents. Mais si complémentaires. L’alliance des contraires! Parfois le métal entre en jeu également.

Comme les deux artistes sont présentes tout au long de l’exposition, vous pourrez discuter avec elles. Elle parlent volontiers de leurs passions respectives et racontent l’aventure de chaque oeuvre avec enthousiasme. Brigitte Brosset, la céramiste, donne naissance à la première partie de l’oeuvre, après consultation commune sur le projet. Patricia de la Gorce, l’artiste textile, intervient alors directement sur l’objet (qui n’est pas encore complètement abouti, il est encore dans les limbes!!). Elle s’adapte aux teintes délicates et nuancées des émaux, elle cherche l’harmonie dans le choix des fils. Et de ses doigts et de l’aiguille elle va faire éclore l’oeuvre finale.

L’ensemble exposé est agréable pour les yeux. De loin, comme de (tout) près. Très esthétique. Le soin apporté à chaque oeuvre est admirable (je trouverais d’ailleurs cela presque trop propre, rangé, ordonné et un peu raide!!) . L’habile association des deux matières est très intéressante: le lisse- brillant et le rugueux-cotonneux, le dur et le souple, le large et le fin, le plat et le relief…

Bon, ici, il est plutôt question d’artisanat d’art. Mais pourquoi pas? La frontière est si ténue! Derrière ces jolies pièces exposées, je vois un esprit créatif, un sens de la composition, un souci d’harmonie et d’équilibre, une sensibilité aux couleurs etc.

Patricia et Brigitte ne se livrent pas plus que ça. Je ne devine aucune expression de l’intime, aucune traduction de l’indicible… Or, c’est ce que je cherche habituellement dans l’art… « Art, je veux de toi ce qui m’est inaccessible, inaccessible…! »

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Salon d’Arts d’Arts, Gray

Dimanche, je suis allée à Gray. Ou plus exactement à Arc-lès-Gray. S’y déroulait le Salon « D’arts d’arts ». Le 7ème du nom (comment avais-je pu loupé ça toutes ces années?) Organisé par le Rotary avec quelques partenaires, cette manifestation regroupe une bonne trentaine d’artistes et se présente comme un « vrai » salon… Chaque exposant bénéficie d’un îlot. Beaucoup mieux que ce que j’ai pu voir ailleurs, ici et là : panneaux grillages et paravents, accrochages disparates, rideaux et nappes de secours, bâches cache-misère, triste promiscuité des oeuvres…

Dans l’ensemble, la qualité était là aussi. Parfois, à la frontière entre artisanat et art, mais pourquoi pas? La diversité également était là. Et il y avait foule. Tant mieux!

Bien sûr, comme je suis (avec l’âge!) de plus en plus difficile et exigeante, je n’ai vraiment accroché que sur une petite dizaine d’artistes. Sans délaisser ni mépriser les autres pour autant!

Voici un échantillon:

Guillaume Martin
Denis Pérez
Danielle Lequin
Jean Rieux
Patricia Goussard
Corinne Déchelette
Habiba Harrabi

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Flora Moscovici, Vortex

A Dijon, aux Ateliers Vortex, rue des rotondes, Flora Moscovici a exposé « Revêtement, cicatrices polychromes » au printemps 2022

Profitez de la présence d’une oeuvre de cette jeune artiste parisienne à Dijon. Rendez-vous vite aux Ateliers Vortex. Les couleurs de Flora Moscovici investissent le lieu. Enfilez les protège-chaussures et pénétrez dans cette salle que s’est appropriée l’artiste. Foulez ces flaques de couleur aux doux reflets vaporeux. Vous vous croyez dans un monde virtuel. Les nuées bleutées, rosées, ensoleillées, rougeoyantes couvrent mur et sol. Et tout est changé…

La peinture ici est toute puissante. C’est une entité. On pourrait retirer l’architecture, elle demeurerait malgré tout. A elle toute seule, elle abolit les murs et le sol. Et vous vous laissez imprégner par elle. Vous flottez grâce à elle.

Flora Moscovici réutilise ici des bâches qu’elle avait exposées, verticalement, en extérieur, à Paris, pour une oeuvre géante. Ce sont des fragments. Ils habillent à nouveau un espace (re-vêtement?). Ils redimensionnent cet espace, ils l’éblouissent, le réinventent.

Flora Moscovici est une vraie chercheuse coloriste! Ses jus de peinture valent le déplacement et votre visite!

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Le Consortium, février-mai 2022

Le Consortium, 37 rue de Longvic à Dijon, a proposé une exposition de 5 artistes contemporains au printemps 2022.

Sergej Jensen, artiste danois né en 1973.

Les toiles de Sergej Jensen sont bien des toiles!! Mais elles ne servent pas forcément de support à de la peinture. Il y en a un peu, ici ou là, mais plutôt timide, l’essentiel étant dans les pièces de tissus qui garnissent la surface (encore que la toile brute est parfois également laissée en réserve.)

Provenant, pour la plupart, d’anciennes toiles de l’artiste, laissées pour compte, déchirées, découpées, ces lambeaux s’assemblent tant bien que mal pour former un tableau. Non! Rien à voir avec du patchwork! Les couleurs, les rythmes, les compositions et la destination elle-même sont à mille lieues!

Ces oeuvres de Sergej Jensen ont un goût de nostalgie. A cette époque (l’artiste commence ce travail dans les années 2000), où est passée la peinture? Elle a perdu sa place primordiale en art, dit-on. Ses toiles à lui seraient un rattrapage, un pis aller, ou un geste de dérision, ou même une pauvre moquerie…je ne sais pas. Quand on pénètre dans la salle, on a d’abord, le temps d’un éclair, l’impression d’être devant des peintures…Et puis, on voit les coutures maladroites, les effilochages ratés, les déchirures, les plis, les trous, les lignes bancales et les imperfections diverses. Les teintes sont tristes ou pâles, délavées, lessivées. Une image de pauvreté. De déclin.

C’est un travail qui peut nous atteindre, dans la mesure où l’on sent que cet artiste cherche peut-être à rafistoler la peinture qui se meurt, la récupérer à travers son support lui-même. Tout en montrant que ce sauvetage est dérisoire. On a le droit d’y voir une certaine beauté. Car l’artiste reste artiste et il ne se fiche pas complètement des compositions. Le plaisir esthétique existe, pour moi, dans cette salle, bien évidemment.

Nathaniel Mary Quinn est un artiste afro-américain né à Chicago il y a une quarantaine d’années.

Depuis quelques temps, sa spécialité est le portrait composite. Un travail de peinture, proche du collage. Avec fusain, gouache, pastel, acrylique etc, il assemble des fragments formant un visage hybride. D’apparence souvent monstrueuse, évoquant parfois les gueules cassées de la première guerre mondiale… Des visages fracturés, déstructurés. On pense aussi à Bacon.

« Chacun de nous est une cacophonie d’expériences » dit Nathaniel Mary Quinn. Il exprimerait donc cet amalgame que constitue chaque vie. Ses portraits seraient ainsi formés de morceaux de mémoire et d’inconscient.

J’ai peur, malgré tout, que cet artiste ait trouvé là un « système » et s’y tienne, montrant beaucoup de brio dans ses réalisations, mais ne cherchant pas plus loin. J’espère me tromper.

Tursic et Mille, duo d’artistes, nés en 1974, l’une en Serbie, l’autre en France, qui se sont rencontrés à l’école des Beaux Arts de Dijon.

On n’aborde pas le travail d’Ida Tursic et Xilfried Mille comme ça! D’un simple coup d’œil! J’avoue qu’ils m’ont toujours interloquée par leurs provocations, leurs audaces, leur apparent je-m’en-foutisme, leur vulgarité assumée… Cette fois encore, je me suis accrochée aux murs pour rester, et continuer à visiter l’expo! Tant de teintes exagérément flashy, tant de sujets nunuches, tant de mauvais goût, tant de blagues à deux sous, tant de fausses peintures enfantines… J’ai pris le parti d’en rire, me disant que les artistes eux-mêmes, si ça se trouve, se sont bien amusés en créant ces installations.

Certes, Tursic et Mille nous bousculent, brouillent nos pistes habituelles, détrônent des poncifs… Si jamais on découvre, dans une toile, un extrait à la beauté « classique », un visage, un morceau de paysage, ils s’empressent de nous contrarier en lui ajoutant un pioupiou grossier ou un gribouillage mauve du plus vilain effet! Pas question de se laisser aller!

Leurs « shape-paintings » , tableaux-objets, et leurs cadres de tableaux m’ont interpellée, dans la mesure où intervient un artisanat au service de la peinture. Ainsi qu’un souci de changer l’aspect et la présentation traditionnelle des galeries de tableaux. Cadres découpés (nouvelles formes géométriques) et socles travaillés, silhouettes d’arbres ou de chiens taillées dans le bois avant de recevoir une œuvre picturale…

Dans cette expo, pas de pornographie ni d’images de films ou de magazines recyclées par la peinture, travail le plus connu de Tursic et Mille, mais une reprise de ce qui avait été présenté en 2021 au Havre. C’est intitulé « Tenderness ». Autant vous dire que la tendresse, chez moi ne passe pas par les chienchiens, ni par les barbouillis roses, ni par les cartes postales kitsch des années 30!!

Un moment étonnant, dans cette expo: un tapis de pommes pourries et de mégots …en bronze peint! A voir!

Elizabeth Glaessner, née aux Etats Unis en 1984

Grandes toiles aux couleurs translucides, aux lignes floues, aux formes inconsistantes … Des personnages qu’on dirait constitués de caoutchouc, comme des ballons de baudruche … Des scènes oniriques sorties d’hallucinations …

De transparences en mouvements fluides, de déformations du réel en apparitions planantes, l’oeuvre de Elizabeth Glaessner a suffisamment d’étrangeté pour ne pas me laisser indifférente!

-Je n’ai malheureusement rien à dire à propos de Bertrand Lavier. Son travail ne semble pas me concerner.