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Pascale Serre , son Grand Journal

Jusqu’au 25 janvier, Hôtel de Vogüé, rue de la Chouette, à Dijon, s’est installée une étonnante oeuvre de Pascale Serre. Son Journal intime, sous forme d’une immense fresque. Tous les jours sauf lundi, 12-18h. A voir, vite !

La peinture de Pascale Serre m’a toujours étonnée et séduite par son mélange de puissance et de naïveté, son côté à la fois primitif et contemporain. C’est sans doute de Marc Chagall que sa peinture me rapproche le plus. Mais n’avançons pas davantage dans les références ! C’est Pascale Serre, voilà tout ! Avec son geste pictural ample et vif qui raconte et raconte encore !

Pascale oui! D’autant plus, qu’on assiste ici presqu’à une séance d’hypnose qui va nous faire descendre dans les profondeurs de son intime. Cette oeuvre monumentale, qui s’étale sans vergogne dans la salle la plus célèbre des hôtels particuliers de Dijon, faisant allègrement oublier cheminée, lustres, plafond et innommable papier peint verdâtre, vous envoûte dès l’arrivée et vous avale dans son demi-cercle magique.

A la fois manuscrit, roman graphique, Bible, Livre des heures, art rupestre, ouvrage liturgique … ça défile devant nous. Comme dans un rêve, tout se mêle et s’enchaîne sans loi. Quelque chose qui flotte entre vécu et rêve, entre enfoui et révélé. Images et écritures disent les souffrances, les blessures, les jouissances, les influences et rencontres etc. Toute cette matière vivante, ce matériau qui façonne quelqu’un: Pascale …

Et puis, il y a la seconde salle. Celles des boiseries. Même scénographie grandiose. Séance de chamanisme ! On s’enfonce un peu plus profond dans la mémoire et le ressenti personnel! Impressionnant ! Totems, animaux fétiches, passages de la vie à la mort… Des scènes représentées émane une forte émotion.

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Jean-Daniel Hutter, Rez-de-Jardin

Du 9 janvier au 1er février 2026, le Rez-de-Jardin propose une petite surprise ! Jean-Daniel Hutter, « un monsieur de Dijon » comme il aime se nommer sur les réseaux, fait une exposition originale et pittoresque , « Sous enveloppe ! ». 11 rue d’Artois, 21121 Fontaine-lès-Dijon . Vendredi 14-19h samedi et dimanche 11-19h sans interruption. Présence de l’artiste en permanence (et retrouvez-le sur Instagram)

https://www.instagram.com/un_monsieur_de_dijon?igsh=YTZnaHJ0YzYyNHkz

De son bureau de fonctionnaire, il avait 1 panorama superbe sur Dijon. Photos et dessins s’en suivent (une habitude de toujours chez lui). Dijon devient son thème préféré.

Et il joue avec les éléments, les détache, les multiplie (les « clone »!) les déplace, les change de taille, les parsème sur son paysage, leur donne vie et mouvement…Il propose une autre interprétation des choses pour le regardeur. (sculptures et monuments bien connus des dijonnais, iconiques même, sont malmenés !…Tout en restant eux-mêmes)

La réalité est modifiée. Elle est utilisée par l’artiste comme des pièces de jeu, ou des pièces d’expérimentation, de manipulation. Elle devient, pour lui, presque une matière à travailler. Pas de métamorphose spectaculaire, mais quelques simples opérations…

Il sait inventer, imaginer, rêver… en utilisant les outils que sont les technologies diverses (photocopieur, ordinateur, tablette graphique…) mais également le stylo plume qu’il aime encore manier.

Et ces images fabriquées par lui (avec la complicité des machines) sont reproduites sur d’ anciennes enveloppes en papier Kraft, usagées, récupérées, gardées de longue date, collectionnées dans le bureau. Comme si ses rêveries devant les fenêtres de son lieu de travail s’étaient imprimées sur son matériel quotidien…

Il lui arrive aussi de crayonner ce qu’il voit posé sur son bureau, stylo, agrafeuse, cuter… Un paysage au plus près celui-là, juste sous ses yeux. Et ce quotidien-là, aussi, subit des transformations entre les mains de l’artiste, agrandi, reproduit sur un support… Il passe dans le monde de l’art.

Les couleurs, chez cet artiste sont discrètes. Mais elles comptent. On remarque le rouge des croquis rapides faits « sur le motif », le noir du trait de plume qui suit les contours des architectures dijonnaises, les divers beiges du papier Kraft, rosés ou grèges. Ce n’est évidemment pas la palette d’un peintre. Ce sont les teintes du crayon, du stylo, de l’encre de bureau, du papier d’emballage etc. Son univers à lui.

Edith Basseville au Rez-de-Jardin

En décembre 2025, Edith Basseville exposait « Rien ne se perd » au Rez-de-Jardin, 11 rue d’Artois, 21121 Fontaine-lès-Dijon. Vendredi 14-19h, samedi et dimanche 11-19h. Exceptionnel.

C’est la première fois que le Rez-de-Jardin, ce « petit lieu improbable » (dixit l’artiste de ce mois de décembre, Edith Basseville !) accueille une artiste professionnelle. En elle-même, l’expression ne signifie pas grand chose pour moi. Je veux dire quant à la qualité de l’oeuvre.

Par contre, c’est sûr … Edith Basseville est une artiste vraie ! Profondément artiste ! Toute sa vie en est imprégnée. Sa recherche est permanente. Son travail est un tout. Elle « fait oeuvre ».

Et le Rez-de-Jardin est bien honoré de recevoir une telle personnalité du monde de l’art contemporain! Elle vit près de Semur mais elle est présente, tout sourire, chaque week-end, jusqu’au bout du temps de son expo, prête à répondre aux questions, à commenter, à expliquer … La visite est super agréable.

Edith Basseville présente une de ses séries, la dernière en date, Rien ne se perd. Partir de chutes de ses oeuvres, des « rebuts » dit-elle. Les prendre comme nouvelle matière. Leur donner une seconde chance. Les « revaloriser ». Et ce travail, comme toujours chez cette artiste, est d’une extraordinaire subtilité. Se mêlent collages, empreintes, interventions au crayon, monotypes, gravures etc. Une complexité (technique et temporelle) à peine soupçonnée mais qui communique, l’air de rien, une belle richesse.

Edith Basseville travaille sur le vivant, ses mouvances, ses cycles, sa fragilité. Et le Rez-de-Jardin vibre de toutes ces ondes, ces vagues, ces ondulations, ces répétitions et variations infimes. Perception de l’invisible. Sensation du tout petit ou du tout grand. Voyage dans les éléments: bulles d’air ou d’eau, cernes du bois, nervures du végétal …

Au mur du fond trône une grande et belle gravure sur bois. Début d’une nouvelle série que l’artiste appelle Tout se transforme. J’aime cette continuité dans le travail de l’artiste. Faite de renouvellements dans la constance. (cliquez sur les visuels pour agrandir)

https://www.edithbasseville.com/

Edith Basseville (@edithbasseville)

Galeries permanentes :
✦ PARIS – 1er – Galerie dHD
✦ PARIS – 6ème – Galerie Sagot Le Garrec
✦ BERLIN – Kreuzberg – Galerie Sievi

Vente d’œuvres en ligne :
Galerie dHD + Plateforme Artsy
Galerie Sagot Le Garrec
Plateforme Voar

LEIT motifs, Galerie L’Escale

Le collectif d’artistes LEIT motifs a exposé début décembre 2025, 4 artistes, Virginie Barthélémy, Patrick Carroué, Sylvie Denizot, Joë Fernandez, à la Galerie l’Escale de Talant, esplanade Michèle Soyer, « Merveilleux Ordinaire ». mardi, jeudi, vendredi 14-18h30; mercredi 10-12h30 et 14-18h30; samedi 10-12h30. Questions !

Cette exposition de LEIT motifs à Talant m’a fait me poser quelques questions !

Dès l’affiche, déjà, je n’ai guère envie de m’y rendre. Ce fond noir, avec photo dans les gris et blancs, sans vaiment d’attache du regard, accompagnée d’un titre qui annonce le contraire de cette ambiance grisouille: « merveilleux ordinaire « ! Bon ! Allons voir quand même, par curiosité.

Dans le hall, à l’accueil, je stoppe, le dit d’annoncer mon intention de visiter l’expo. Et peut-être d’avoir quelques infos. La personne présente, fort aimable avec la maman qui inscrit son fils à une animation communale, ne me regarde pas une seconde, même quand son dialogue prend fin. Elle se lève et disparait par derrière. Je jette un oeil dans une vitre, pour m’assurer que je ne suis pas devenue un fantôme .

Je me dirige donc vers la belle salle de la Galerie: me voilà sur place ! Zut ! Impression de grand vide … ! Rien qui attire ! Des choses dispersées…

L’astuce talantaise pour faire voir de l’art à tout le monde c’est que la traversée de la Galerie est obligatoire pour aller dans la bibliothèque ! Bien pensé ! Sauf que, le temps que je visite tranquillement l’expo, personne ne s’y arrête. Et c’est mercredi, parents et enfants circulent allègrement dans ces lieux de culture.

Virginie Barthélemy

Je me débrouille comme je peux avec les papiers déposés sur une table. Plan de l’expo, document de visite (très bien)… J’analyse les numéros, les noms, les emplacements. Je fais plusieurs allées et venues d’un mur à l’autre pour comprendre l’objectif et le sens de cette expo, et, surtout, qui fait quoi. Je me sens seule. Si seule.

Joë Fernandez (ci-dessus)

Ouf ! Je commence lentement à prendre plaisir: des traits, des empreintes, des reflets, des superpositions, des « écriffures » (j’adore!), des transparences … J’y suis enfin ! Tout est d’une grande subtilité. Délicatesse et discrétion. Quelques végétaux séchés glorifiés. Quelques traits à l’encre de Chine pour dire les herbes. Quelques traces de plantes mémorisées. Les artistes font leur boulot !! Voir ce qu’on ne voit pas. Repérer ce qu’on a laissé de côté. Et, en faire quelque chose. De presque sacré. L’artiste intervient sur le réel. C’est son rôle, je crois.

Virgine Barthélemy (ci-dessous)

Sylvie Denizot (ci-dessus)

Sans doute suis-je tombée le mauvais jour. Cette exposition mérite qu’on y attire du monde, qu’on accueille le visiteur, qu’on le guide un peu etc. Ce ne fut pas le cas pour moi. Et je me mets à la place de celui qui débarque ici, sans être trop habitué à ce genre de visite. Bouh …

En partant, j’ai revu la dame de l’accueil. Elle a fait un gros effort (après avoir retiré son sourire de sa face) en acceptant de me poser des flyers du Rez-de-Jardin , petit lieu d’art à Fontaine-lès-Dijon, dans son présentoir.

Echanges à claire-voie, Galerie La Source

La Galerie La Source, Fontaine-lès-Dijon, a accueilli en novembre 2025 l’exposition « Echanges à claire-voie » de deux artistes Michèle Millerot et Francis Orzel. Du mercredi au dimanche compris, 15h30-18h30.

Avec quel soin minutieux ils ont travaillé la mise en scène de leurs oeuvres ! Incroyable ! On l’imagine, pas à pas, en cheminant de salle en salle au premier étage. Chaque détail compte, le choix des pièces exposées, leur assemblage, leur positionnement, les éclairages… On sent les réflexions, les décisions difficiles, les multiples modifications, les questions, les discussions …

Et le résultat est concluant ! On est bouche-bée ! Happés ! Touchés !

Francis Orzel et Michèle Millerot ont réussi à inventer un univers bien à eux et à nous en ouvrir les portes. Leur propre bonheur à monter une telle exposition nous est communiqué.

De son travail de plasticienne sur les tissus anciens et sur tous les napperons, linges, accessoirs et habits du passé, Michèle Millerot passe à une réflexion sur l’écoulement du temps, sur la mémoire, sur les souvenirs familiaux, les liens entre générations. Une douce nostalgie. Les installations comportent des objets, des photos, des écrits, des personnages en silhouettes …

Et Francis Orzel, autre artiste plasticien, se glisse dans ce monde-là avec une aisance étonnante, lui qui, depuis quelques années, est dans une recherche inlassable sur le carton ondulé. Ses tableaux donnent à voir des paysages improbables, profonds, harmonieux, mouvants, transparents … Et, ici, il rejoint les dentelles et broderies de Michèle Millerot.

Il sort (enfin !) ses « trames » du fond de son atelier, celles qu’il utilisait quand il faisait de la peinture à l’aérographe, et partage ainsi, parfaitement, avec Michèle, cette ambiance presque insaisissable, fantomatique et lointaine de certaines parties de l’expo.

La salle d’accueil, au rez-de-chaussée, ne plonge pas tout de suite dans le monde que l’on va découvrir à l’étage. Mais, déjà, on fait connaissance avec leur travail « ajouré » (comme disent eux-mêmes les deux artistes) qui joue avec les lumières et les plans, qui entrelace les lignes, qui fait bouger les ombres … Un avant-goût des cabinets mystérieux et ouatés qui nous attendent après l’escalier !

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Aline Isoard – Galerie Le Trigram

A la Galerie Le Trigram, 29 rue Charles Dumont à Dijon, l’invitée début 15 novembre 2025 était Aline Isoard, artiste plasticienne bourguignonne. « Géométrie du paysage » est le titre. Du jeudi au samedi 14-18h.

Elle ne gratte pas la photo comme d’autres le font, souvent avec rage, dans le but d’effacer un mauvais souvenir par exemple. Dans ce cas-là la griffe est visible, et, éventuellement, elle cherche à cacher quelque chose ou quelqu’un. A l’éliminer. A le faire oublier.

Aline Isoard gratte, oui. Mais tout en délicatesse, le geste léger. Elle enlève quelque chose de ses photos, oui. Mais c’est juste une poudre de surface qu’elle retire par endroits. Elle « dépigmente » dit-elle.

Quand cette fine pellicule a disparu, jusqu’à faire apparaître le blanc du papier parfois, la photo se métamorphose doucement. Discrètement. Elle offre soudain une matière au regard. Comme une peinture ou un dessin. On pense au pastel sec ou au graphite. Elle devient objet. L’intervention de l’artiste a permis au réel de se montrer autrement. Une frontière est franchie. Passage à l’art !!

Aline Isoard, en plus, a un rituel: elle prend ses photos depuis la voiture, en roulant, côté passager (!). Et elle ne cherche pas à tricher. Les reflets ou l’essui-glace du pare-brise peuvent être présents ! Les sujets sont souvent ceux de la banalité des bords de route. Pas d’humains, pas d’animaux. Ombres et végétation ou ponts d’autoroutes. Mais l’image acquiert de la personnalité et de l’originalité grâce au travail-même de la plasticienne, à son intervention.

Ces prises de vue en mouvement ont leur importance. On est dans un trajet. Dans un passage, décidément… Il y a comme un glissement d’un état à un autre.

Autre chose de très intéressant aussi: Aline Isoard laisse toujours un fragment de la vraie photo dans son oeuvre (au centre, la plupart du temps), une partie qui n’a pas été touchée par ses outils. La réalité montre encore le bout de son nez! Comme un écran qui diffuserait encore quelques restants de cette réalité (plate et lisse!) Peut-être un point de départ d’où l’on est partis, avant de s’échapper « ailleurs »!

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Joëlle Bondil, Galerie Le Trigram

L’exposition de la plasticienne Joëlle Bondil s’intitulait « Polysème » . C’était à la Galerie Le Trigram, rue Charles Dumont, à Dijon. Automne 2025. Du jeudi au samedi, 14-18h30 (C’était un retour de résidence de l’été, au Trigram).

C’est bien elle. On la rencontre pour la deuxième fois à la Galerie Le Trigram. Et on la « remet » (comme on dit). Sauf que… elle ajoute, en quelque sorte, des couplets au refrain. (Elle avait exposé en 2023)

Joëlle Bondil est toujours comme une brodeuse de fils, une dentelière, une tisseuse de réseaux éthérés. Evoquant cartographie ou maillage textile, son dessin scrute le très petit, fouille le dedans… Ou, peut-être, cherche la trame des choses. Poésie délicate et paysages rêvés.

Toujours la même, donc. Mais avec un approfondissement de la réflexion, une avancée dans la démarche. « Polysème » est le titre si bien choisi de son expo. Polysème parce que, au sein d’une même entrée, il y a plusieurs significations (oui ! J’ai cherché le mot dans le dictionnaire !) . L’artiste expérimentes diverses techniques. Décline son sujet en divers matériaux.

Et on marche à ses côtés, de céramique en tissus, de graphite en monotype, de cire en encre…Ce travail sur le processus créatif est bien intéressant !

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Dagmar Cyrulla, Galerie La Source

A Fontaine-lès-Dijon la Galerie La Source s’offrait l’artiste australienne Dagmar Cyrulla! C’était à voir absolument! Automne 2025 Du mercredi au vendredi 15h30-18h30, samedi et dimanche 15-18h30.

C’est une excellente surprise que cette exposition de rentrée à La Source! Il y a assez longtemps qu’on n’avait pas vu une qualité de dessin et peinture comme celle-ci dans cette belle Galerie de Bourgogne! Et tout en étant dans la modernité.

Dagmar Cyrulla peint des scènes intimes, quotidiennes. D’un pinceau à la fois vif et maîtrisé, elle parle de la femme. Dans sa vie privée. Dans sa relation au corps, à la solitude, ou à l’enfant et à l’homme… L’artiste la surprend dans la chambre, la salle de bain, le salon…

On est tentés d’évoquer Edward Hooper dans ce qu’il y a de silence, de secret et presque d’irréel dans les scènes peintes par Dagmar Cyrulla. Quelque chose s’est arrêté. Est-ce à cause de notre regard indiscret? Le temps s’est figé. Les mouvements et les gestes sont stoppés dans leur élan.

Ce sont peut-être les petits formats, nombreux au premier étage de la Galerie, que je préfère. Ils conviennent parfaitement au caractère « domestique », intérieur… à l’abri des regards (!) de ces tableaux. Dans la salle du rez-de-chaussée, les grands formats sont évidemment une réussite aussi. On y apprécie mieux le geste pictural, le travail de la matière et de la couleur.

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Anne Girard, « Livres etc… » au Rez-de-Jardin

En septembre 2025 exposait la plasticienne Anne Girard dans le petit espace d’art de Fontaine-lès-Dijon, Le Rez-de-Jardin, 11 rue d’Artois. Vendredi 14-19h. Samedi et dimanche 11-19h.

Rien au mur pour cette exposition ! L’artiste Anne Girard a choisi de montrer « l’objet livre ».

En îlot central du petit espace Rez-de-Jardin, donc, des volumes. Posés, dressés, suspendus, ouverts, fermés, roulés, étalés, pliés… (J’aime l’ambiguïté du mot « volume » : à la fois une sculpture qui occupe l’espace et un synonyme d’ouvrage relié)

Tout est dans le « etc… » du titre de cette expo ! Car, bien sûr, ce ne sont pas vraiment des livres ! Mais plutôt des intuitions de livres, des évocations, des suggestions…Autre chose, quoi ! Des « etc… ! » (Il y a même des « livres » qu’on ne peut pas ouvrir! )

Présenter un objet tout en ne le montrant pas réellement ! Et, à sa place, en présenter un autre qui le figure ! Qui convoque notre mémoire, nos références, nos images, nos réflexes. Tout ce que nous avons enregistré sur le sujet « livre ». Nous permettre ainsi d’apprécier cette réinvention du livre par l’artiste.

Et le papier ? Essentiel dans le travail d’Anne Girard. Depuis très longtemps. « J’aime sa souplesse, sa fragilité, sa générosité ». Il est ici le support des émotions, sensations, récits, souvenirs… Tel un vrai livre… mais sans mots !

On se demande parfois si la matière n’intéresse pas davantage l’artiste que le contenu spirituel lui-même. « J’utilise des détails de mes peintures, gravures, dessins, monotypes, je les déchire et les recycle. Je manipule, j’assemble, je superpose, j’efface. Je retravaille toute cette matière avec des encres, des craies, de l’acrylique. »

C’est aussi ce qui nous plaît dans l’œuvre de Anne Girard. La richesse du geste, des techniques variées et des réutilisations des œuvres passées fait de chaque pièce une aventure plastique passionnante.

Plaisir, en plus, d’avoir le droit de toucher, ouvrir, feuilleter… Et, comme toujours au Rez-de-Jardin, l’artiste est là en permanence pour qu’on puisse échanger avec elle.

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Joseph Ginet, Dole

En juillet 2025, une rétrospective de l’oeuvre de l’artiste plasticien sculpteur Joseph Ginet. avait lieu au cloître de l’Hôtel Dieu, à Dole, Jura. Une organisation de Mac2 (Festival musique classique et art plastique) 15-19h.

Qu’il les dessine sur le papier ou les construit dans l’espace, en bois, bronze, terre cuite oxydée, fonte ou céramique (Raku), les lignes de l’artiste Joseph Ginet donnent la direction du ciel. Ou plutôt, réunissent terre et ciel.

Dans cette exposition rétrospective de l’Hôtel-Dieu de Dole, j’ai tenté de regarder ses sculptures extérieures depuis la galerie supérieure… Mauvaise idée! Elles perdaient de leur verticalité. Aplaties, soudain! Or, ce sont des oeuvres qui se dressent. Qui « tiennent debout ».

Noires et dressées, elles impressionnent d’abord par une sensation d’équilibre. Quelque chose qui « tient », qui peut vous prendre la main et vous faire traverser les obstacles les plus branlants… Et puis, vient l’impression de paix, de silence, d’élévation. A l’intérieur, dans la salle du cloître où se prolonge l’expo, les pièces qui accueillent le visiteur ont la sagesse et la noblesse des moines… En dialogue avec l’architecture du lieu, et avec les dessins aux murs. (J’en aurais peut-être exposer moins, pour garder l’idée d’épure, et mettre davantage en valeur les sculptures, mais c’est un choix)

Ce qu’on apprécie aussi dans ce travail de Joseph Ginet c’est la matière. A la fois travaillée et comme restée brute… L’artiste intervient dessus. (Ou bien il la fabrique lui-même). Il crée des formes. Il associe, il superpose, il fend etc. Mais la matière reste première.