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Itinéraires Singuliers, 5 artistes

Mercky

Marige Ott, J-Yves Chevilly, Isabelle Frémin, Frank Mercky, Anne-Valérie Dupond sont en résidence un peu partout en Bourgogne Franche Comté (Beaune, Besançon, Yonne etc) et ils ont été invités à exposer dans le bel espace prévu à cet effet, au coeur de la Chartreuse, pendant toute la durée du festival de Itinéraires Singuliers.Dupond

 

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Claude Brugeilles, Orangerie

La 4ème biennale de l’association Itinéraires Singuliers battait  son plein en Bourgogne Franche Comté et à Dijon en cette fin d’hiver 2016. Il fallait courir à la Grande Orangerie (jardin de l’Arquebuse), ouvert tous les après-midi à partir de 14h, et à l’espace d’exposition du CH de la Chartreuse (mardi, samedi et dimanche, 13h30-17h, voir un autre article du blog)). Le thème de ce festival était cette année « la quête ».

Arrêtons-nous aux extraordinaires Don Quichotte de l’artiste Claude Brugueilles, à l’Orangerie.Brugeilles

D’habitude, les oeuvres réalisées à partir d’objets de récupération me font juste sourire mais me laissent indifférente, tellement ça reste de la bricole et de l’astuce, sans signification, sans expression profonde. On est loin de l’art.

Ici, avec Claude Brugeilles, j’avoue que je reste baba! Ses Don Quichotte géants m’impressionnent par leur folie, leurs délires, leur présence souveraine, leur allure princière. Et, surtout, par la force qu’ils incarnent, celle du rêve inaccessible, du but impossible à atteindre, de la voie qu’on s’est tracée… même inabordable. Un thème émouvant, riche et universel, croqué ici en quelques moules à tarte, théières, corbeilles, râpes, tuyaux ou pédaliers.Brugeilles2

L’artiste a su, certes, utiliser des objets du quotidien chinés dans les décharges, mais en mélangeant les matières, en comblant les vides avec je ne sais quelle mousse de polystyrène ou quels tissus plastifiés. C’est travaillé comme un matériau à part entière. D’où un volume de vraie sculpture. Ce ne sont pas simplement des choses soudées les unes aux autres. Il a également unifié ses montages avec des patines ou des vernis qui communiquent parfois des airs de bronze à ses structures.

On oublie que ces structures sont faites de bric et de broc. On saisit l’ensemble. Ce ne sont plus des assemblages. Ce sont des personnages de théâtre qui portent en eux un monde, une idée, une émotion, une histoire.Brugeilles3

Et voici donc ces Don Quichotte ailés ou à roulettes, démesurés, trainant leur Sancho Pansa ou leur moulin à vent, chevauchant une Rossinante céleste, écarquillant des yeux de croyant naïf, fiers de leur quête folle.Brugeilles4

La scénographie est à signaler aussi. Elle est intelligente. Peu d’éclairage (bravo aux petites ampoules à l’ancienne, diffusant une lumière chaude qui tremblotte) et un labyrinthe de cloisons faites de pierres engrillagées. On est ainsi maintenu dans une ambiance d’incertitude, d’imaginaire, où tout est possible.

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Petites infos dijonnaises

Yan-Pei Ming expose à la Villa Médicis, à Rome, jusqu’au 19 juin. Ce sont ses « impressions romaines ». Elles rejoindront ensuite la France, le centre d’art de Sète. Ming prépare une expo pour la fin de l’année à la Romanée-Conti!

Le collectif des A4 Designers (4 jeunes femmes dijonnaises) a mis en place une nouvelle création (mars 2016): le « Big Band » , une structure en mélèze avec châssis métallique qui s’allonge devant l’entrée du Parc de la Colombière. On peut s’y asseoir, s’y allonger, y papoter, y méditer, y pique-niquer, s’y reposer de son jogging… Vous avez déjà vu une de leurs oeuvres devant l’hôtel de Vogüé, un banc du plus bel effet qui renouvelle agréablement le mobilier urbain. Et leur future création, à découvrir bientôt, se situera à la Minoterie.

Pascale Serre, Galerie La Source

Au printemps 2016, Pascale Serre a présenté « Rêves flottants » à la Galerie La Source de Fontaine les Dijon.

Avec cette artiste, on est entre deux eaux, entre deux mondes, entre mort et vie, ou entre deux vies… Toujours dans un entre-deux. D’où le mot si juste de son titre d’exposition: « flottant ». Pascale Serre nous livre des images. Ou plutôt des visions. Dans une étonnante pénombre de fond d’océan ou de forêt magique, apparaissent des êtres vivants, femmes ou animaux. Ils flottent. Mi-réels, mi-fantastiques. Fantômes. Réincarnations ?…serreCe sont surtout ses magnifiques couleurs sourdes, et surtout ses bleus, qui font notre admiration. Partout, la note est sombre. Quelques éclats clairs ici et là, seulement. Quelques transparences. Les figures dessinées sur cette surface picturale sont souvent assez naïves, un peu comme du Klee. Mais, finalement, ce n’est pas très important… Des visions passagères. Immatérielles, dans cet univers féérique. Entre contes et mythologies.

En fait, je crois qu’on entre de façon indiscrète dans le riche monde intérieur de Pascale Serre. Elle nous y invite, en tout cas. Dans ses expériences personnelles. Dans ses émotions, ses douleurs, ses souvenirs, ses métamorphoses de vie… La couleur et le dessin racontent tout ça.serre3A noter aussi les écritures qui sont souvent insérées dans l’oeuvre de Pascale Serre. Des citations littéraires. J’aime bien ce mariage des arts. Cette double poésie. Cette complémentarité.

L’expo montre également des aquarelles, des dessins et des séries de peintures petit format (sur un thème, les 4 éléments, par exemple) de cette artiste, qui fut l’élève de Pierre Alechinsky et qui vécut longtemps au Danemark.

serre2

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les artistes de 13+ à la Coupole

13+ a fêté ses 20 ans et c’était vraiment « la fête » à La Coupole! Chacun des artistes avait travaillé sur le thème. Et danses et  lectures et musiques et Happening (une toile géante collective) .. accompagnaient ici et là l’exposition. C’était à la Coupole, rue Ste-Anne, Dijon, en mars 2016

Massart

Le vaste espace de cette « Coupole » est bien occupé par le collectif 13+, chacun y a mis ses idées, son énergie, son imagination et sa sensibilité perso. Dans l’ensemble, on sent une bonne copinerie entre eux!

Comme ça, comme ça vient, voici ce que j’ai retenu.

Les lampions d’Evelyne Lagnien, qui laissent apparaître des visages par transparence. OrzelLes harengs en folie de Micheline Reboulleau. Les danseurs de monsieur et madame Lepoivre...(madame signe CKL Marchal)    etc etc.

D’autres choses encore à voir, bien sûr, dont je vous laisse la découverte. Une expo sympa. Sans prétention.

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Paris (3), Weiwei, au Bon Marché

C’était en février, 2016,  le Bon Marché, à Paris, accueillait des œuvres de Ai Weiwei, artiste chinois bien connu pour ses actions et ses prises de position (en ce moment concernant les migrants) qui sont, pour lui, autant d' »œuvres d’art », puisqu’il affirme qu’étant artiste, tout ce qu’il fait est de l’art…

Mais attachons-nous aujourd’hui seulement à parler de ces étonnantes sculptures qui flottent, suspendues sous les verrières, au cœur du grand magasin de luxe Le Bon Marché. Une bonne vingtaine de créatures fabuleuses, réalisées à partir d’une structure en bambou (souvent largement apparente) habillée de papier de soie blanc. Il s’agit de créatures mythologiques issues de la tradition chinoise. Un homme à huit têtes, un oiseau à tête de dragon, des poissons volants, un poisson à queue de serpent et tête de bœuf, un homme avec ailes et bec d’oiseau etc. Des petits éclairages à l’intérieur de ces êtres fantastiques leur communiquent une allure de grandes lanternes.weiwei2

L’ensemble de cette installation s’intitule « La chanson du blanc ».weiwei

L’artiste a également dessiné le long de l’escalator central un dragon qui ondule et serpente sur la rampe. En noir et blanc, rappelant les encres chinoises. C’est « Le dragon escaladant ».

Dans les vitrines, rue de Sèvres, Weiwei a repris quelques unes de ses œuvres qui ont marqué sa carrière. En résumé pourrait-on dire. Des formes en fins bambou évoquent certains de ses travaux mais font aussi allusion à d’autres artistes (Duchamp, entre autre, qu’il admire) ou, encore une fois, à la mythologie chinoise. Chaque vitrine est une petite mise en scène. Les formes (une bicyclette, une figurine de légo, un Chinois, une lanterne…) découpent l’espace de façon très aérienne. Parfois, en raison des reflets sur la vitre, on a un peu de peine à bien les discerner.weiwei3

Enfin, à l’une des entrées du magasin, dite Entrée sur l’Art Contemporain, Weiwei à installé un mur de selfies. Des centaines de photos couvrent la surface. Lui. Toujours lui. Mais le plus souvent en compagnie de quelqu’un. Car, les rencontres sont essentielles dans sa vie. Famille, amis, visiteurs de son atelier, artistes… Il est l’artiste le plus connecté au monde grâce aux réseaux sociaux. C’est une de ses « actions » d’artiste, ou de ses « actes » si vous voulez.

Un dernier mot à propos du Bon Marché : bravo pour son implication dans le domaine de l’art et des artistes. Partout sont exposées des œuvres pérennes ou passagères d’artistes contemporains.

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PARIS (1), Anselm Kiefer, Centre Pompidou

Printemps 2016,  Anselm Kiefer était au Centre Pompidou de Paris avec une rétrospective de son parcours des années 60 à aujourd’hui. Un évènement que je ne voulais pas manquer…

J’avais déjà vu l’exposition de Kiefer à la Bibliothèque nationale Mitterrand de Paris (cf archives de mon blog, novembre 2015). J’avais été époustouflée. Mais cette fois, j’ai été davantage bousculée. Le visiteur est renvoyé d’une image de solitude effrayante à une image terrible d’anéantissement et de destruction… Il est sans cesse confronté (sauf dans une des dernières salles) à la mort, au drame, à la violence…  Mais c’est tellement puissant! Unique! Et souvent d’une beauté terrifiante!Kiefer.cendre

Toujours dans la démesure, Kiefer semble vouloir exprimer un bouillonnement intérieur perpétuel et des tensions contradictoires qui l’habitent. Il paraît être en grand désarroi. Il aimerait sans doute posséder le pouvoir divin de dominer la Vie et la Mort. Toujours il utilise dans son travail, mêlés à la peinture, des matériaux tels le sang, la terre, la cendre, le plomb… Comme s’il espérait (re)créer, à la manière d’un dieu. (Re)façonner. Faire (re)naître… Il crache une matière épaisse sur ses toiles géantes, lance un geste pictural rageur et désespéré, bousille des objets qu’il place dans des vitrines, brûle des livres, tente l’alchimie, construit pour démolir…Kiefer.vitrine

Les horreurs de la guerre de 40 et le Nazisme l’obsèdent. Mais son travail est si large et si profond que, inévitablement, on y devine la folie meurtrière et destructrice qui court le monde depuis toujours et continue de courir aujourd’hui. Ses grands tableaux magnifiques de bâtiments allemands bombardés, ruinés et abandonnés sont des images universelles et éternelles (dont des aquarelles)… Elles font mal.Kiefer.aquarelle

Dans la démesure aussi, les sources et références auxquelles Kiefer s’attache. En vrac, je vous cite la Kabbale, les mythes égyptiens, l’Histoire Romaine, Mme de Staël, Wagner, des poètes français ou allemands, le Talmud, l’Évangile etc. Pourquoi ? Parce que la culture peut peut-être sauver le monde. Et l’artiste, en particulier, peut conjurer toutes ces volontés effroyables d’abattre le monde. (Kiefer met des palettes de peintre souvent quelque part dans ses tableaux pour cette raison). L’artiste aurait une mission (?)Kiefer.Varus

Il se raccroche donc aux penseurs, aux grands esprits, aux artistes… Ses peintures les citent souvent: des portraits avec leurs noms écrits dessous, car Kiefer utilise l’écriture à tout moment dans son travail, comme s’il voulait appuyer, souligner, confirmer ce qu’exprime déjà la peinture. Par l’art, Kiefer matérialise ses propres tumultes intérieurs et ceux de l’Histoire, mais il a besoin de le dire encore et encore…frénétiquement.

Ici, à Beaubourg, nous avons loupé une installation monumentale de Kiefer (au Forum). Dommage. Mais la vidéo du hall de la Galerie 1 en montre, ainsi que des images de son super atelier! Tout cela est titanesque! Souvenez-vous de son Monumenta au Grand Palais en 2007…

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Entrepôt 9, …….à l’envers (srevne ‘l)

Galerie Barnoud (Entrepôt 9 à Quétigny, bd de l’Europe, mer.vend.sam. 15-19h. ) en février-mars 2016, l’exposition s’intitulait « Tous les tableaux sont à l’envers », un titre clin d’oeil qui, à priori, m’interpelle. Mais, j’avoue que je suis restée un peu sur ma faim! Oui, je suis pénible, je sais!

Cette exposition engage le visiteur dans une réflexion thématique assez enthousiasmante. Tout tourne autour de l’envers, de l’endroit, du sens dessus dessous, du bon sens, du mauvais sens, de la réversibilité, du recto verso etc.  Intéressant parce que le doute s’installe. Le côté convention pose question, la relativité également. On est dans l’ambiguïté. De quoi gamberger!

Les auteurs de cette expo ont approfondi l’investigation de façon admirable! Leur recherche s’en va en Histoire, en psychologie, en philosophie, en littérature, en science et technique, en sémantique etc, ça part dans tous les sens (c’est le cas de le dire!) Du gros boulot! Mais mais….

Il a fallu illustrer à tout prix cette enquête… Et j’avoue avoir senti un caractère un peu laborieux. Œuvres d’art quand même (on n’oublie pas que l’Entrepôt est une Galerie d’art), donc, on voit, par exemple, un monochrome d’Olivier Mosset et on s’interroge:  qu’est-ce qui nous dit que le sens d’accrochage est le bon? Rien. On voit aussi des peintures circulaires, quadrillées, abstraites…Même question.

On a trop souvent l’impression que l’œuvre est choisie non pour son intérêt propre mais juste parce qu’elle colle au sujet.

Il y a cependant quelques œuvres légitimes, je dirais, et attendues, comme ce dos de tableau magnifiquement photographié par Philippe Gronon (son exposition à Dijon de dos de tableaux m’avait fascinée) ou cette photo de Philippe Ramette qui, du coup, a été positionnée de telle façon que la perturbation du regard n’existe plus (la cravate dressée est le seul indice!) ou encore les peintures écran de Cécile Bart à lire pile et face.

Sinon, l’expo est une succession de cartes postales, de publicités, de BD, de vieux journaux, d’illustrations libertines, d’images à regarder dans un miroir… Beaucoup de cogitations pour ça…tursic et mille

Je choisis de vous mettre une oeuvre de Ida Tursic et Wilfried Mille en visuel (ci-dessus), non parce qu’elle reflète bien le sujet de l’expo mais tout simplement parce que j’ai aimé cet agrandissement d’une feuille d’essuyage de pinceaux (Abs 031). Ce grand tableau, accroché sur un papier peint aux motifs répétitifs, est bien sûr à l’envers, et par conséquent, les coulures remontent!

Cliquer sur le visuel pour agrandir, en deux fois. J’ajoute qu’on est toujours super bien accueillis à l’Entrepôt, la médiatrice sait vous dire tout sur tout!

 

 

le choix du mois, janvier 2016, Zaugg

Ce mois-ci, j’ai découvert, à la librairie du Consortium, un livre datant de 1989, de l’artiste Rémy Zaugg qui est en fait 27 « esquisses perceptives du tableau » regroupées sous le titre « Constitution d’un tableau ».

Rémy Zaugg est devant le tableau « La maison du pendu » de Cézanne et il note et nomme ce qu’il perçoit. Soit une simple dénomination de ce qu’il voit: un arbre, un chemin, un toit, le ciel… Soit une description plus picturale: touches, taches, plans, tons…

Il distribue les mots sur la page comme le pinceau pose les touches de couleurs. Cézanne a peint et Zaugg dépeint!

Pas de phrases. Pas ou peu de ponctuation. Juste des mots à la place de la peinture.

Tantôt l’artiste note seulement quelques détails de l’œuvre de Cézanne (en les situant sur la page au même endroit qu’ils sont sur le tableau, laissant tout le reste en blanc), tantôt il couvre entièrement la page  d’annotations (comme la surface du tableau a reçu toutes ses couleurs, mais restituant bien les touches fragmentées de Cézanne).Zaugg

C’est évidemment illisible! Trop ennuyeux! Lassant! Mais j’ai trouvé ce travail absolument passionnant pour ce qu’il représente d’observation approfondie du tableau et d’acuité du regard. Il oblige à prendre conscience très finement de sa propre perception devant une œuvre d’art.Zaugg2

Un travail à faire avec des élèves! Non?

Non seulement, il faut examiner la peinture minutieusement, mais en outre, il faut dégotter le terme exacte et idéal. Celui qui dit le mieux possible la couleur utilisée par l’artiste. Voici des exemples de la palette de vocabulaire de Zaugg: « grandes touches claires rosées », « ombre bleutée violacée », « petite pointe de rouge pur sur le clair orangé », « forêt gris violet bleuté » (les gris sont d’ailleurs ou bleutés, ou violacés ou ocrés ou jaunes etc!!)

Le travail de peintre de Rémy Zaugg me laisse ordinairement froide, il est une énigme pour moi. Mais là…. son usage des mots…  j’ai aimé!!

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Christine Curtenelle, Galerie La Source

A Fontaine-lès-Dijon, la Galerie La Source accueillait en février 2016 l’artiste Christine Curtenelle.

Vous ne la connaissez sans doute pas. Jeune femme frêle, sensible et modeste, elle a très peu exposé jusque là. Son travail est indéfinissable mais attachant. Des toiles abstraites, dont l’originalité repose sur d’étranges réseaux de lignes qui parcourent la peinture et semblent organiser l’ensemble. « C’est assez obsessionnel! Je m’accroche à ces traits! Ce sont mes repères! » avoue-t-elle en souriant.

Comme on est indécrottables, on cherche forcément des ressemblances, des références, des allusions, des évocations! Et nous voilà partis dans les idées de courbes de niveaux sur cartes, d’anneaux de croissance des arbres, de tissu cellulaire observé au microscope, de maillage, de strates, de fissures… Et tout cela est sûrement un peu vrai!!Curtenelle

Les fonds sont riches et travaillés, faits de couches successives de peinture, plus ou moins grattées. Mais aucune impression d’épaisseur, de lourdeur. Christine Curtenelle a la touche légère, la couleur douce et nuancée, la transparence fréquente.

Et ses fameuses lignes ne sont pas de simples traits tracés à la va-vite. Eux-aussi sont travaillés. Parfois, on croit voir une empreinte de ficelle ou de fil de fer rouillé. La surface picturale est intéressante par elle-même mais, grâce à ces fins petits rails, elle prend une signification autre, une vie et un mouvement extraordinaires. Le regard se laisse guider.Curtenelle2

Si l’on en croit le titre de l’exposition « In », on est à l’intérieur… Intérieur de la matière. Intérieur du végétal, du minéral, de l’organique. Mais aussi, intérieur de la pensée, de l’émotion. C’est sûr, on est « dedans ». Dans quelque chose d’habité.  « Je travaille sur ce qui ne se voit pas. Je cherche à traverser les apparences » dit Christine Curtenelle.

Il va falloir que cette artiste avance encore dans ce sens, approfondisse (et affine à la fois ) sa recherche…

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Voici un extrait de la présentation de Claude Martel faite au vernissage de cette exposition. A lire pour bien apprécier le travail de C. Curtenelle.

« Christine Curtenelle est curieuse, elle est allée voir derrière la façade. Elle a tenté de saisir l’objet convoité à sa racine : cellules microscopiques, écailles, troncs d’arbres, paysages vus d’avion ou détails d’aile de papillon observés au microscope, présentent un même rythme et contre rythme qui se répondent, qui s’articulent, comme dans une composition artistique réalisée par l’homme. L’artiste nous révèle une correspondance secrète entre la nature et l’âme humaine. Elle veut    « atteindre, au-delà de la forme, le mystère même de l’être. » ainsi que le souhaitait Paul Klee.
Les végétaux, les animaux, les minéraux la composition d’un paysage, tout cela excite sa pensée et sa force créatrice. Elle fouille les profondeurs, analyse, démonte et met à nu. Son œuvre est avant tout picturale ce n’est nullement le reflet de la réalité, l’objet disparait au profit d’une composition plastique faite de lignes, de couleurs, de matière et de transparence. Elle nous offre une vision poétique et sensible du réel.

Le travail présenté n’est qu’une étape. Le dernier tableau de l’exposition nous dévoile l’œuvre à venir. Son objectif futur est de ramener le monde visible aux seules règles élémentaires de sa grammaire formelle. Elle va tenter d’oublier sa sensibilité particulière pour accéder à une expression universelle .D’œuvre en œuvre, elle va simplifier les formes, résumer, condenser, sacrifier l’individuel à l’universel, le détail ou l’ornemental au seul souci d’exprimer l’essentiel.

En franchissant le mur des apparences, Christine démontre que la matière est structurée géométriquement. Les formes sont donc partie intégrante du réel comme de l’esprit. La géométrie étant un phénomène universel, au-delà des limites de notre propre monde, l’artiste va convoquer le cercle, le carré, la ligne droite, pour nous faire partager sa propre vision du monde. Elle ne rejette pas le réel elle ne fait qu’en reconstituer les aspects secrets dans toute leur diversité.

Nous attendons sa prochaine exposition avec impatience, la galerie lui est ouverte. Nul doute qu’elle saura nous convaincre de son talent, comme elle le fait aujourd’hui avec ses premières réalisations, pleines de poésie, de sensibilité et de sincérité. »

Claude Martel
Galerie la source
Janvier 2016