C’était dans un nouvel espace d’expositions, à Dijon, 27 rue Ch.Baudelaire et c’était des photographes dijonnais qui avaient accroché leurs « 8 regards décalés sur la ville ». C’était en février 2017.
L’exposition est très sage, très rangée (je veux dire dans sa présentation). Chaque artiste a ses oeuvres bien encadrées, à peu près toutes du même format, bien accrochées à égale distance les unes des autres, ses petits textes explicatifs (parfaits, d’ailleurs) bien propres, bien nets, avec des polices bien identiques les unes les autres. Non, je me moque! Mais en fait, les photos sont super intéressantes. Révélant des personnalités différentes, des façons variées d’interpréter des lieux. Les artistes, à la fois, gardent en mémoire la réalité et recréent quelque chose à partir de cette réalité.
Des quartiers de Dijon sont dépeints ici. Le marché de gros, les Lentillères, la fête foraine de la Foire, la rue d’York, le quartier du canal etc. Mais, peu importe la géographie. On n’est pas à l’office du tourisme. On attend plutôt des atmosphères, des petits récits, des créations poétiques, des sensations étranges, des recherches plastiques…Et on a tout ça!
Il y a des superpositions qui « réenchantent le quotidien » (Jessica Vuillaume) Des ambiances nocturnes aux graphismes durs et inquiétants, telles des nouvelles fantastiques (Pascal Reydet). Des petits assemblages de lignes et de couleurs qui fouillent le détail et composent des tableaux, ou même des volumes (C. Charraud). Des envoûtements colorés de manèges en fête (JP. Jarlaud). Des visions personnelles de lieux oubliés, ruinés, délabrés qui -pour cela même- livrent une beauté émouvante (J. Jacquel et B. Béros).
Je reviens sur ma première remarque. J’ai toujours envie de voir des photos d’artistes présentées autrement! En format géant. Sans cadre. Dans un grand cahier à feuilleter. Par terre à contempler de haut. Suspendues au plafond. Etc. Les expos photos sont toujours trop conventionnelles pour moi!
Evidemment, ne vous fiez pas à mes visuels de mauvaise qualité! Juste le dit de vous donner envie d’aller admirer les vrais! Cliquez dessus quand même pour agrandir, en deux fois, et voir le nom des auteurs
3 expos proposées par Le Consortium, rue de Longvic, Dijon. Je parlerai de deux, celle de Rodney Graham et celle de David Hominal. C’est déjà bien, car ça me demande un effort! (Jusqu’au 19 février, 14-18h)
Pour Rodney Graham, qu’est-ce qui m’a décidé à écrire? D’abord un commentaire positif de Pascal Lazzarotti (merci à lui) sur mon blog à propos de cette expo, puis une visite « sur le pouce » avec Marion comme bon guide, et enfin un article dans Libé signé J.Lavrador.
[Mais c’est quoi cette tendance aujourd’hui à faire croire qu’on est tous capables d’être artistes? Voyez l’émission de télé « A vos pinceaux », l’expo de Nancy « Tout est permis » etc. L’art dégringole, sous prétexte de non élitisme ou je ne sais quoi. Cherche-t-on à nous faire admettre que l’art n’est pas si haut que cela, que l’artiste n’est pas forcément admirable ni respectable, qu’une oeuvre mauvaise et amatrice possède toutes les qualité à partir du moment où elle exprime quelque chose?… Mais c’est quoi, ça? Je dis cela car l’exposition du canadien Rodney Graham a elle aussi cette idée en demi-teinte. Le titre est « You should be an artist », vous devriez être un artiste. Ben voyons!]
Si je me calme, je vous décris un deux mots le travail de cet artiste! De très grandes photos, installées en diptyques ou triptyques dans des caissons lumineux (l’éclairage vient de l’arrière et m’a fait penser aux diapos de ma jeunesse). L’artiste ne prend pas la photo, mais il fait la mise en scène. Scrupuleuse, détaillée (reconstitution exacte d’un environnement des années 60, par exemple). Il s’agit de portraits. Un hippie, un réalisateur de cinéma, un gardien de phare, un artiste amateur, un artiste raté… Rodney Graham, déguisé, grimé, incarne chacun de ces personnages imaginaires. Et il présente parfois, quand il s’agit d’artistes, à coté de la photo, des oeuvres concrètes, réalisées par lui-même, du même acabit que celles vues ou devinées sur l’image. Il endosse donc l’identité de ses personnages jusqu’au bout. (A savoir, ces peintures ou volumes sont de médiocre qualité artistique.)
Impression d’ensemble? Un réalisme extrême, augmenté encore par la forte lumière arrière. Les décors sont à la fois justes et faux. Vrais et artificiels. Volontairement emblématiques. C’est raide et propre comme les photos anciennes qui n’avaient aucune vie ni aucune spontanéité. Mais c’est fait exprès! Ce jeu du faux-vrai est intéressant. Et puis du kitch, des clichés… Et des traits d’humour, également, qui font du bien au regardant (la jolie caméra bleue du XVIIIème siècle!). Le fait que l’auteur se mette lui-même dans la peau de chacune de ses créatures m’a interpellé également. Ces avatars sont ambigus. D’ailleurs, l’oeuvre flotte dans une ambiguïté permanente: passé-présent, réel-irréel, sérieux-loufoque, beau-moche, voulu-involontaire etc. Que croire? Qui croire? La vidéo « Lobbing Potatoes at a gong » est dans la lignée du reste de l’expo. En tout cas, le travail de Rodney Graham questionne l’art, c’est sûr. Mais je refuse d’acquiescer à « you should be an artist »!!!
Avec David Hominal, autre problématique. Cette fois c’est un peintre qui expose. Mais son rapport à la peinture semble complexe.
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En balade à Paris, en janvier 2017, je suis entrée dans plusieurs Galeries et j’ai retenu ça:
-1- L’exposition « Plis » à la galerie Collection (Ateliers d’Art de France) , 4 rue de Thorigny, à Paris.
On y voyait des livres sculptures (Julie Auzillon), des origamis de céramique (A.Marie Casenaz), des soieries transcendées (Sophie Guyot), des papiers de soie sculptés (Maryse Dugois) etc.
Simone Pheulpin, elle, sculpte le coton brut. Elle travaille des bandelettes écrues et rêches. Les tourne, enroule, coupe, serre, enfonce, assemble, superpose. L’architecture de tout cela, ce sont des milliers d’épingles invisibles (structure intérieure qu’elle a eu l’idée de radiographier! étonnant!). Sous ses doigts, apparaissent alors des formes denses et rigides. De beaux volumes qui occupent magnifiquement l’espace et s’entourent d’une aura fascinante.
-2- Un peu plus loin, dans le quartier, à la Galerie Odile Ouizeman, 12 rue des coutures St-Gervais, Jérémy Gobé exposait.
Là aussi, un travail textile. Décidément, un matériau à ne pas négliger! Et, surprise! Jérémy Gobé rend hommage à Simone Pheulpin. Il réalise des pièces en coton à l’aide de la technique qu’elle a inventée, après avoir rencontré et admiré l’artiste. Et il a même fini une de ses pièces: travail à quatre mains. Lui, il aime dénicher des petits meubles anciens et les métamorphoser en leur greffant une forme textile. Comme un ajout, une excroissance qui en font des structures hybrides. Ce petit mobilier devient poésie malgré lui! Il oublie sa première définition, sa fonction originelle et entame une nouvelle existence.
En plus, dans la galerie, l’artiste a posé son installation « La liberté guidant la laine ». D’immenses tricots aux motifs jacquard des années 70 ont envahit l’espace. Tendus, déformés par d’invisibles protubérances, ils calfeutrent les murs mais donnent surtout l’impression d’une matière vivante née de ceux-là précisément. Même immobile, elle semble respirer, se mouvoir mystérieusement et se rapprocher des visiteurs qui s’aventurent dans la salle. Voilà les bon vieux pulls de notre enfance (pour nous les 60-70 ans!) devenus géants, qui se mettent à proliférer et à pousser telle une peau gigantesque. Quelque chose du passé qui remonte à la surface et tente, par l’artiste et sa création, de demeurer vivant.
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En janvier 2017, je me suis rendue à Besançon pour une autre raison que l’art. Mais je n’ai pu m’empêcher ( dans cette ville de L’Atelier Contemporain, un de mes éditeurs préférés! Livres d’écrits sur et par des artistes) de rendre visite à la Galerie Omnibus. Et là… Belle découverte du plasticien Florent Wong. Expo 18 rue de la Bibliothèque.
« Le dessin est une plante carnivore » dit quelque part Florent Wong. Ou encore, « l’organe graphique nous envahit ». C’est en effet l’impression que donne le travail de cet artiste. Il a le crayon dévorant! Et allègrement créatif. Son trait tourbillonne. Et, de ce tour (comme le tour du potier) émergent des vies. De ses lignes en tornades jaillissent silhouettes, visages, animaux esquissés, objets etc.
Tout est dans tout. On est dans l’ininterrompu. Les êtres engendrent d’autres êtres. Ce sont des fusions et des confusions. Rien de cloisonné, ni de définitif. Tout s’enchaîne. C’est le Grand Vivant, comme dirait François Cheng, un auteur aimé de Florent Wong.
Pastel gras, aquarelle, crayon… l’artiste mêle les techniques. Parfois ce sont des assemblages, comme posés sur une soucoupe volante ou un bout de planète flottant dans un espace inconnu. Une petite restriction, cependant, pour ses huiles. J’apprécie moins.
Allez voir ses petites vidéos d’animation sur son site. Génial! (florentwong.fr)
Cliquer sur les visuels pour agrandir , en deux fois . Et pardon pour la mauvaise qualité des clichés. Je n’avais pas mon matériel à moi!
L’Encadreur, 30 rue Charrue, Dijon, a accueilli dans sa boutique le sculpteur Philippe Monnot de la Nièvre. Tout en carton! Une belle découverte! (hiver 2016)
l’écorché
Des petits bouts, des gros bouts. Que des morceaux de carton recyclé (armature en zinc? à vérifier…). Un travail d’assemblage, de puzzle, de collage, de montage… mais bref, de sculpture! Philippe Monnot expose un gorille géant (il a été obligé malheureusement de ne mettre que le tronc, la bête entière mesure plus de 2 m et ne passait pas la porte!). Quelle allure! Géante aussi sa tête de taureau. Un beau trophée sur le mur! Et l’écorché, et Mickel Jackson… Certaines pièces ont été peintes de telle sorte que l’on soit trompé sur le matériau! On croirait du métal! Bien vu! Je crois que cet artiste a l’habitude de sculpter des animaux, des hommes lapins etc, mais pas forcément dans cette matière cartonnée! C’est assez étonnant à voir.
gorille, extrait (le cri!)
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je note: vu des sculptures en matériaux de récup d’un certain Dominic Gubb (Pays de Galle) , ceux en carton ressemblaient étrangement à ceux de PH. Monnot.
Je choisis une salle! A La Source, au premier étage, à gauche! En novembre (jusqu’au 18 décembre) Edith Nicot et Anne-Marie Kelecom exposent « Réflexion » dans cette Galerie de Fontaine les Dijon. Et la salle N°1 est ma préférée! Elle reflète d’ailleurs toute l’expo…Symbole de la Vie, avec ses forces et ses fragilités.
version une
Au sol, sur des socles blancs, la céramiste (AM Kelecom) a installé de grosses pièces en raku. Puissantes. Impénétrables. Des blocs lisses, sphériques. Comme d’imposants récipients. Comme des contenants. Mais qui ne pourraient plus recevoir aucun contenu. Leur surface est marbrée, tachetée, tigrée. Dans des camaïeux de gris, noirs, blancs: le feu a laissé des traces sur leur corps, dessins ou petites explosions. Ces masses sont posées là, depuis des millénaires semble-t-il. Jaillies du sous sol de la Terre. Les mémoires d’une métamorphose colossale. Des objets témoins.
version verte
Au-dessus de ces beaux volumes impressionnants flottent les sculptures de la plasticienne art-paper (E. Nicot). Nuages, vapeurs, fumées, brumes… Le moindre souffle les fait osciller. Elles sont légères, translucides, impalpables. Elles sont célestes. Nées du soupir d’un ange? Ou nées de la respiration des boules terrestres qui cohabitent ici avec elles? Elle seraient leur reflet? L’image de leur passé? Ou de leur avenir? Elles seraient les bulles de leurs pensées…
version nuit
En tout cas, l’opposition entre le travail de Anne-Marie Kelecom et Edith Nicot se fait harmonie. Ils parlent du même monde. Émotions plastiques (entre autre) assurées!
version noir et blanc
version lumière électrique
Je me suis amusée à travailler une même photo de cette installation de la salle 1, en 4 versions! Vous me direz laquelle vous préférez!! (Cliquez pour agrandir, en deux fois)
Décembre 2016, Galerie La Source de Fontaine les Dijon, « Réflexion » de Anne-Marie Kelecom et Edith Nicot.
Rencontre étonnante de l’art de la terre et de l’art du papier. Deux artistes qui s’opposent et se rejoignent à la fois. Une exposition autant en contrastes qu’en harmonies. Pas anodine! Je vous la conseille.
– D’abord, les chocs (aussi intéressant plastiquement que philosophiquement!).
Les céramiques (raku) d’Anne-Marie Kelecom, puissantes, denses… réunies aux travaux de papier de la plasticienne Edith Nicot, aériens, transparents… C’était à tenter! Côté terre et côté ciel! Côté sol et côté air! Pourrait-on dire. Leur rapport à la matière est, en lui-même, différent, semble-t-il. L’une broie, malaxe, mélange, pétrit, façonne, brûle. Quand elle raconte qu’elle prend à bras le corps ses énormes pièces sorties du four à plus de 1000°, on la croit! C’est physique. On est dans le lourd, le dur, le brûlant. Il y a une certaine violence dans l’acte créatif du céramiste. L’autre étale, coupe, froisse, plie et plisse (papiers de soie), décolle et déploie (fibre de mûrier). Un geste répétitif, délicat, on lui dit parfois « méditatif ». Celui de la couturière, de la dentelière. Et le résultat est fin, léger, presque impalpable.
– Et maintenant, les points communs.
L’expo le démontre. Les deux artistes captent et propulsent des énergies. Ici, il y a une dynamique de vie. On sent des commencements de possibles. Toutes deux interrogent le vivant, sa naissance, son essence, sa genèse, ses métamorphoses. Dans le minéral, dans le végétal… Terre devenue roche, ou plantes devenues papier. Explosions volcaniques, ou éclosions de cocons. Jaillissements organiques, ou vapeurs de nuages.
[Petite parenthèse: Les contraires, finalement, ne sont peut-être pas aussi évidents qu’on veut bien le dire! Les pièces en céramique sont fragiles! Elle cassent. Les pièces en papier, au contraire, sont solides! Si! Si! Et la céramiste a un travail « sportif »? Mais la plasticienne paper, quand elle trempe, mélange, triture et fait cuire ses végétaux pour fabrication de son papier… elle y met aussi du muscle! Et les céramiques sont aussi capables d’être en suspension que les papiers! Etonnant!]
La visite est pleine de surprises. Entre barrière de galets et coussins sous-marins, salle obscure et univers des planètes, bijoux de murs et boules de vie, mutants et germes de vie, mini kimonos et sculptures en kozo. Approchez vous des petites céramiques et porcelaines qui forment la barrière, au rez-de-chaussée, toutes différentes, et certaines gravées, en écho au drame des migrants. Levez le nez, pour ne pas manquer certaines oeuvres suspendues. N’oubliez pas la lampe de poche à votre disposition à l’entrée de la chambre noire etc. Oui, la scénographie a son importance dans cette exposition. Cliquer sur les visuels pour agrandir , en deux fois
En novembre 2016, une journée de doux soleil à Paris! Pour la première fois, ma visite au musée Marmottant pour l’exposition « Hodler, Monet, Munch » .
D’abord, petite balade au jardin du Ranelagh, juste en face, dans les dernières couleurs d’automne. Arrivée au chic hôtel particulier Marmottant du XIXème siècle. Etonnement, le long de la rue, devant les palissades ornées d’affiches sur Monet, Munch et Hodler. Des gros plans d’une très bonne qualité (cf mon détail de photo juste là, ci-dessous, incroyable!). J’entre au musée.
Je ne suis pas fana des impressionnistes. Peut-être trop vu dans ma jeunesse: mes premiers pas en histoire de peinture moderne! Les salles Monet, donc, je les traverse vite. Agréablement surprise, tout de même, devant ses recherches chromatiques qui aboutissent à des tableaux abstraits du plus bel effet, peu connus (de moi!). Et voici l’expo temporaire. D’intéressants rapprochement entre les trois peintres Hodler, Munch et Monet.
Toujours passionnante, cette obsession qu’ils avaient de rendre les fameuses « impressions » qu’offre notre regard sur la nature: un couchant, de la neige, le soleil vu de face, l’herbe, le brouillard etc . Leur travail à tous les trois sur les contrastes intenses et audacieux de couleurs est émouvant: se confronter à l’inimaginable richesse de la nature! Mais leur peinture va plus loin encore.
Les paysages de montagne de Ferdinand Hodler (suisse, 1853-1918) s’éloignent du réalisme jusqu’à devenir des méditations devant les paysages… La chaîne des Alpes, tant de fois peintes par lui, à toute heure du jour, avec ou sans mer de brouillard, se rapproche, par sa répétition même, davantage d’une réflexion que d’une observation.
Avec Edouard Munch (norvégien, 1863-1944) on est encore plus dans l’image mentale du paysage. D’un geste pictural nerveux, il réunit les éléments de la nature (et les maisons…) par des lignes ondulantes: tout se tient. On est à l’intérieur. Comme aspirés par ces mouvements sinueux qui emportent tout dans leur danse obsédante.
Les oeuvres de Monet choisies à l’occasion de cette exposition suivent la démarche des deux premiers artistes… Mais, il me semble, avec moins de profondeur. Moins d’engagement personnel. Moins d’intériorisation. Moins d’apport humain. Monet reste dans la recherche technique, je crois.
J’ai aimé aussi les autoportraits de Munch et de Hodler. Ce dernier, en particulier, est touchant et surprenant (ci-dessous).Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
A St Apollinaire, dans la médiathèque, en nov. 2016, la plasticienne Nadine Morel a proposé « sur le fil ». Peintures et sculptures. (Dans le cadre de l’opération « un artiste, une oeuvre » de cette Médi@lude admirable)
Samedi matin, je me pointe à la Médiathèque de St Apo. Cette visite était dans mes tablettes depuis le 2 novembre. La plasticienne Nadine Morel expose. C’est assez rare par chez nous. Très envie de voir, d’autant que je connais et suis un peu son travail depuis près de 15 ans.Je commence à faire tourner mon regard, dès l’entrée dans cette petite galerie lumineuse qui me fait toujours penser à ces délicieux passages couverts parisiens. Je m’imprègne doucement de l’ambiance morélienne : profondeurs marines, rouilles d’épaves, rubans d’écritures enfouis, couleurs ardentes et travaillées, calligraphies amples et mystérieuses…Et puis, bien évidemment, les petites sardines argentées qui me clignent de l’oeil en traversant les toiles, petits signes éternels de Nadine Morel, symboles d’infini, de fécondité…
Derrière moi, soudain, un grand souffle (les feuilles des livres de la bibli ont failli voler!). Arrivée de l’artiste. D’un pas solide et d’un bonjour tonique. Elle vient rencontrer ses collectionneurs, dit-elle. Pas que… La visite de l’expo, accompagnée par Nadine Morel elle-même, était bien au programme de ce samedi, à cette heure-là. Ravie, je me coule dans le groupe des visiteurs.
Habituée à la pédagogie, à la transmission, elle trouve les mots, les anecdotes et les attitudes qui conquièrent son public.
Voici donc… – Comment elle travaille depuis 25 ans, avec rigueur, constance et passion. Comment elle fonctionne à partir d’un texte de compositeur, son moteur (toujours le même, celui qui débute par « sur le fil… »). Comment elle superpose les couches de peinture, les use, les reconstruit, les couvre, les creuse etc. Comment elle y intègre des papiers d’écritures venues des quatre coins du monde. Comment elle calligraphie des fragments de phrases. Comment elle peint trois toiles en même temps. Comment elle procède. Comment elle avance.
Et puis encore… La solitude de l’artiste. L’entrée en peinture (« comme en méditation ») et les longues heures de travail. Son rapport physique à la matière, tel un sculpteur. Sa fidélité aux trois axiomes: « support, outil, geste ». Son envie d’exprimer les idées de passage, d’éphémère, de mémoire, de traces. Ses moments à elle de grands « cataclysmes » suivis de grands calmes.
Déjà plus d’une heure qu’on l’écoute. Captivant. Les questions prolongent la rencontre. On n’a pas bougé… mais on a parcouru toutes les phases de ces années de création qui sont présentées là, dans ce couloir. Et, pour la néophyte que je suis encore, il faut bien dire que l’évolution entre la première toile et la dernière n’est pas évidente. A quelques nuances près, on retrouve ses mêmes strates de pigments et sa façon identique de faire remonter en surface les premières couches, ses déclinaisons de teintes à l’intérieur des séries, ses lignes géométriques, ses collages de rangées d’écritures chinoises, arabes, hébraïques…Je choisis de publier un détail d’une des toiles de Nadine Morel pour vous conseiller de vous approcher ! Cliquer pour agrandir, en deux fois
En parallèle aux peintures, l’artiste présente quelques sculptures. Légères silhouettes de femmes (sirènes?) faites de simple papier sur armature mais qu’on prendrait volontiers pour du bois peint ou de la terre cuite.
Roxanne Gauthier et Robin Laromanie ont exposé à la Galerie Wilson, Dijon (2 cours Gén. de Gaulle) . Vendredi, sam. et dim. 14-18h30
Des artistes photographes! Je suis contente de les voir exposer dans ce joli espace feutré de la Galerie Wilson.
J’ai suivi un peu Robin Laromanie avec son « album » sur FaceBook intitulé « Sur le fil du dérisoire ». Je le retrouve ici avec des images en noir et blanc argentique (sujet, La Bretagne) et des grands formats carrés couleur (sujet, Les fruits et légumes en macro). C’est différent. Plus travaillé. Tout aussi attachant. -J’ai retenu des premières, surtout, ces grands espaces (air, ciel, eau…) où pointe une vie toute seule et toute petite (voile, promeneurs, mouette…). Cadrages intéressants et frissons d’émotion. -Les deuxièmes frisent l’abstraction. Banane, kiwi, tomate, aubergine et endive, en plans super rapprochés, révèlent quelques mystères. Prises de vue audacieuses et plaisirs de peintre.
Roxanne Gauthier aime les portraits et les mises en scène. Sa série de « La Chambre jaune » invente une drôle d’histoire un brin surréaliste. Images composées habilement dans une maison abandonnée et ruinée. Jeux de couleurs et de situations.
Deux excuses à demander à ces artistes! A Robin Laromanie, de lui avoir pris une image sur FB et à Roxanne Gauthier d’avoir plutôt mal photographié une de ses oeuvres à la galerie………………..
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