Cet hiver 2017, l’exposition, à la Galerie Alain Margaron, à Paris (5 rue du Perche), consacrée à l’artiste et écrivain Fred Deux, s’intitulait « Une vie sur la table à dessin ». Titre à plusieurs sens.
On comprend que Fred Deux n’a vécu que pour le dessin. On comprend aussi que ses dessins disent toute sa vie et tout son être. Et on comprend enfin que cette table à dessin lui sert (symboliquement) de table chirurgicale, de table de dissection. Physique et psychique. L’encre, la mine de plomb, le graphite ou l’aquarelle fouillent l’anatomie de l’homme. Corps et âme.
Le crayon de Fred Deux pénètre à l’intérieur des corps (de son corps?) et en extrait des fragments. Formes molles, gluantes, sanguinolentes, translucides parfois. Tissus organiques, membranes, viscères, cartilages. Il écarte les peaux, ouvre les cages thoraciques, creuse les cerveaux. Il cherche dans les profondeurs. Il sort les réseaux internes, pour les emmêler ou les démêler. Pour les examiner. Les comprendre.
C’est une introspection.
C’est une quête.
Le dessin de l’artiste mènerait ainsi à la connaissance de l’humain. Le corporel se confondant avec le mental. L’un rendant visible et tangible l’autre. Et aller au bout des choses. Débusquer le pourquoi de la naissance et, par-là même, de la mort. L’une et l’autre sont absolument présentes dans l’œuvre dessinée de l’artiste.
Et puis, sous le crayon de Fred Deux, naissent des êtres étranges. Hybrides. Sortis d’un imaginaire à la Giger (des Alien). Inquiétants. Monstrueux.
extrait
Raconté comme ça, le travail de Fred Deux n’est guère engageant! Et pourtant, on est fasciné. (Je ne parvenais pas à quitter la Galerie! Qui, d’ailleurs, est un très beau lieu, accueillant et chaleureux). Chaque dessin est d’une beauté étonnante. Traits et teintes délicats, retenus, presque en douceur, harmonieux. On pense à des planches anatomiques, précises et belles. Sauf que…le réalisme s’est métamorphosé en une recherche spirituelle.
J’avais découvert Fred Deux à travers seulement deux ou trois dessins vus à l’abbaye d’Auberive en septembre dernier: « Etre en vie et envie d’être ». Et en ce moment, jusqu’à début janvier 2018, une grande expo se déroule à Lyon en son honneur (musée des BA).
Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
A la Galerie Thaddaeus Ropac du Marais, à Paris, j’ai vu ce mois d’octobre 2017, « The beginning of something else » de Wolfgang Laib, artiste allemand très influencé par l’Inde.
Ce fut étrange, car l’exposition devait me faire entrer dans une sorte de spiritualité. J’attendais cet instant en marchant dans la rue. Je m’y préparais. J’avais hâte d’entrer en méditation.
Badaboum. La grande salle claire et blanche où avaient été déposés 6 gros blocs de granit noir de forme ovoïde… était envahie par un groupe d’étudiants (des Beaux Arts?). Ils étaient assis ou accroupis au sol, carnet et crayon en main. Sacs, écharpes, papiers et manteaux jonchaient le sol. La prof circulait de l’un à l’autre, donnant ses consignes (à voix basse, faut reconnaître) .
Les oeufs cosmiques, les Brahmanda, sensés représenter la création du monde, selon les textes sanskrits, allaient devoir redoubler d’énergie pour m’entraîner dans leur aura positive. Quant à la frise des 28 grands pastels blancs sur papier blanc qui faisaient procession autour des murs, elle avait intérêt à diffuser très fort son aimant d’immatérialité et d’intemporalité…
Bon, restons zen. Ignorons ces gentils jeunes gens. Faisons abstraction. Enjambons les sacs et laissons venir…
Eh ben, ça marche. Peu à peu, l’effet sacré de l’installation s’est imposé à moi. Les lourdes pierres se sont soudain mises en apesanteur. Les dessins à peine visibles sur les feuilles du mur sont sortis lentement de leurs nuées. J’étais bien. Une force douce s’échappait des oeufs noirs. Un souffle impalpable émanait des blancheurs dessinées aux murs.
Pas mal, monsieur Wolfgang Laib … Merci.
Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
Le blog a passé la Manche! Exceptionnelle expositioncet hiver 2017, à la Royal Academy of Arts du peintre américain Jasper Johns (né en 1930). « Something resembling truth » retraçait 60 ans de carrière. J’avoue que cet artiste m’était inconnu, alors qu’il est une vraie légende, apparemment, au même titre qu’Andy Warhol par exemple (pas grand chose à voir, sinon…). Et il fait aussi partie des artistes les plus chers du monde! (jusqu’à 80 millions de dollars, une de ses œuvres vendues!). Mais il semble qu’en fait, les Américains aient pris ses tableaux représentant leur drapeau comme des emblèmes patriotiques! Erreur! Jasper Johns n’avait pas vraiment cette intention!
Vierge et naïve, je me suis donc plongée dans cette expo sans aucun apriori! Plongée dans l’inconnu. (J’avais bien déjà aperçu quelques uns de ses « flags », mais sans y prêter attention.)
Et je me suis facilement prise au jeu de la découverte.
Les thèmes déclinés à l’infini, ça me plaît. Au départ, des sujets simplistes: drapeaux, cartes de géographie, cibles, chiffres, lettres. « Les choses que l’esprit connaît déjà », dit l’artiste. Sur des dizaines d’années, il a repris inlassablement ces sujets. Une obsession? Non, une belle exploration menée par un artiste dans l’âme.
Devant la toile… on ne voit plus un drapeau ou une carte des Etats Unis, on voit… un tableau. Il y a des déformations, des effacements, des coulures, des accidents, des empâtements… La peinture a gagné. Le dessin, aussi: ainsi ces chiffres dessinés au charbon, de 1 à 9, qui s’empilent, tel un défilement numérique, jusqu’à donner une abstraction, car seuls quelques parties de chiffres se devinent encore, à force d’être superposés. Le résultat est intéressant et beau à la fois. Le sujet, chez Jasper Johns, n’est que prétexte. Il est séparé de sa réalité pour devenir objet pictural.
Jasper Johns, qu’on étiquette facilement peintre dada, intègre parfois des objets à ses toiles, comme Rauschenberg (un temps son amant et compagnon d’atelier): fourchette, balai, tasse. Objets du quotidien, en dérision. L’impression qu’il ne veut surtout pas sacraliser l’art.
Jasper Johns a tendance à avoir une texture sculptée dans ses toiles, avec une peinture à l’encaustique assez épaisse, des inserts d’objets, des rajouts de charnières ou de fils, des écartements qui ouvrent la toile en fente pour voir le mur à l’arrière… Quand même, on sent le peintre, là derrière, toujours. On sent le geste et la matière bien présents. Et, du coup, les œuvres sont non seulement passionnantes pour leur travail de recherche (philosophique?) mais aussi séduisantes par leur valeur esthétique. Même si cela ne représente sans doute pas l’objectif de cet artiste.
Les dernières œuvres (il a aujourd’hui 87 ans) sont plutôt du côté surréaliste. Avec des assemblages d’images. Des compositions autour de ses souvenirs. Il est hanté par les étranges mécanismes de la mémoire. Mais, de toute façon, il n’a jamais lâché ses œuvres antérieures, rebondissant sans cesse dessus, jouant de l’une à l’autre, comme en ricochets. Pour le visiteur ce peut être amusant de distinguer telle ou telle réminiscence d’une toile passée dans une toile plus récente. Donc, que ce soit les séries sur un thème identique ou les rappels incessants des travaux passés, l’œuvre de Jasper Johns s’enroule comme une vague sans fin.
Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
A Fontaine-lès-Dijon, Galerie La Source, automne 2017, les expositions s’enchaînent et ça tient la route! Cette fois encore, on s’est fait plaisir avec la venue de Françoise Utrel et ses « DéS-éQUILIBRES ».
Tout au long de cette expo, une forme nous suit.
On assiste à ses déformations, à ses métamorphoses. Oui, parfois elle mue. Elle se fait caillou, beaucoup. Mais aussi petit organisme. Ou rocher imposant. Enrubannée parfois, habillée de lanières textiles ou végétales. Emprisonnée parfois, dans un réseau de lianes. Étouffée aussi, au creux des vagues d’un magma tourbillonnant.
Et la forme, quand elle est gros galet, lisse ou rugueux, peut se retrouver suspendue. Empilée avec d’autres. Juste un fil les retient. L’équilibre est improbable. La situation si fragile… Éphémère? On suit tout cela. Étrange voyage initiatique.
Et, en fait, c’est la toile qui donne naissance à cette forme et à ses avatars. Françoise Utrel lui communique une telle matière riche et féconde… Comme une matière primitive, capable d’engendrer des formes de vie. Oui, ce volume qui nous suit depuis le début nait du fond de la toile elle-même.
Et on se dit que les mésaventures de cette « forme » ressemblent décidément bien à nos existences.
Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
Septembre 2017. Qu’est-ce qui m’a fait vibrer le plus (en art) ce mois-ci? J’hésite.
J’hésite entre une nouvelle visite sur le site de Christine Delbecq et des gravures d’Odile Massart à l’exposition de la Coupole. Pas pareil. Bon,j’essaierai une autre fois d’écrire sur Odile Massart, quand je connaîtrai mieux son travail. Allons-y pour Christine Delbecq et ses mots!
Dans son atelier, j’ai vu que Christine Delbecq était repartie dans une réalisation de l’un de ses « Murs qui tremblent ». Je me suis donc rendue sur son site, après plusieurs mois sans visite. J’avais presque oublié comment elle sait écrire. Comment elle sait dire le pourquoi de ses projets. Quelques mots d’elle, et ça y est… On se sent bien (mieux) devant son travail de plasticienne. Il suffit de ces trois-quatre lignes pour qu’on soit (r)assurés, confirmés dans notre rapport à ses travaux. On avait bien déjà un peu pressenti des choses… On avait déjà osé exprimer des impressions, des visions, des réactions. Mais quand c’est dit par elle…Et que ça correspond… Ouf! Le plaisir devient fluide. Le parcours sur son chemin d’artiste se fait maintenant sans heurt. On avance, on recule, on improvise, on invente, on interprète, on imagine, on explique, on éclaire, on pénètre…
C’est drôle comme j’ai besoin de ses paroles ou de ses écrits à elle, Christine Delbecq, pour apprécier encore mieux son travail. Ses travaux, je sens qu’il s’y passe toujours quelque chose. Et que c’est important. En moi, une vapeur, une buée, une chaleur. Mais informe. Sans squelette. Je cherche des mots (j’adore ça, d’habitude! Poser des mots sur une oeuvre d’art et je l’ai déjà fait pour elle, mais c’était il y a longtemps) et ils ne viennent pas. Ou ils sont si mal à propos…Ou timides…Incertains.
J’ai donc relu ou lu tout ce que Christine Delbecq met dans son site. « Marcher les jours », « Chambre d’écho », « Dans le grand blanc », « Chaos Carton » etc. etc.
J’ai aimé quand, à propos de son travail, elle parle de « remachage discret », d' »une même idée mâchonnée, ruminée, ingérée et digérée ». Quand elle écrit « ébranler le point de vue ». Quand elle évoque « notre rapport à l’immense ». Et, sur « Les PetitsRouges », « élans et rencontres, suspensions et arrêts ». Sur « MarcherLesJours », « un paysage tissé par les liens ». Sur « LesMursQuiTremblent », « les vibrations du mur, les échos qui prolongent toute expérience ». Et plein d’autres choses encore! Certes, son oeuvre est en première place par rapport à ce qu’elle en dit! Mais malgré tout… ça se complète d’une certaine manière.
Dans le Hall de l’ABC, passage Darcy, à Dijon, « Abysses » , en octobre 2017. Un travail de Muriel Carpentier.
C’est avec une vidéo que Muriel Carpentier m’avait interpellée il y a quelques années. Un collier de glaçons qui fondaient autour du coup d’une femme. La peau frissonnait. Les gouttes glissaient. Les « perles » d’eau gelée s’amenuisaient peu à peu. Génial.
Cette fois, il y a encore vidéo, mais pas que…Autour du thème des abysses, la jeune artiste (des Beaux Arts de Dijon, c’est ici sa première expo solo) décline dessins, photos et installation.
A l’entrée, deux simples tréteaux peints en violet et éclairés d’une simple lampe de bureau accueillent quelques superbes encres colorées de l’artiste. Belle idée. Bien mieux que accrochées au mur. Car…on les regarde du haut. On « plonge » dedans. Pour voir de mystérieux organismes aux belles transparences. On ne sait pas encore qu’on va descendre beaucoup plus profond encore!
Continuons notre plongée en apnée. Aux murs, des dessins minutieux et fouillés nous font rencontrer quelques créatures en mutation. Mi-végétales, mi-animales.
Allez, on s’aventure derrière le rideau noir! Un décor de roches noires que je définirais volontiers comme volcaniques nous entoure. On ose marcher un peu. Mais des flaques d’une étrange matière aquatique, mi-visqueuse, mi-mousseuse, nous arrêtent. Une lumière venue des profondeurs les éclaire par dessous. Danger! On n’avance pas le pied! ça semble sans fond! Venu des entrailles, ce liquide remue lentement, au rythme des sons qui résonnent autour de nous. Échos de grottes, craquements, glouglous…Avons-nous atteint le ventre de la terre? Ce liquide est-il fécond? Il passe par une palette de couleurs magnifiques, du glauque au rouge feu. Est-il bouillant ou glacial? Va-t-il en jaillir une de ces créatures inconnues qui vivent dans les abysses, de celles vues sur les dessins de Muriel Carpentier?
L’exposition est courte. Peu de choses. Mais on est convaincu. Sa projection vidéo « Descente en eaux troubles » s’associe à ses dessins « Captures » et « Paliers » et à ses photos pour créer un univers et transmettre des sensations, voire des réflexions.
On peut terminer par le book de Muriel Carpentier et constater qu’elle est ouverte à plusieurs domaines de création, seule ou en collectifs. Elle construit peu à peu une oeuvre. A suivre.
Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
L’Abbaye de Auberive (Haute Marne) est un centre d’art contemporain, entre autre ( aussi concerts, conférences etc). Son propriétaire, Jean-Claude Volot, est grand collectionneur d’art. Particulièrement intéressé par l’art singulier (art brut) et les arts populaires. Chaque année, en été, l’abbaye présente une exposition. 2017 a été marquée par « Opiums? », qui proposait une grande partie du fonds de l’Abbaye et quelques autres oeuvres. Le tout sur le thèmes des croyances, des religions, des dévotions, des addictions diverses et variées. Jusqu’au « culte » rendu à Mao! Une exposition très très complète
Parmi la quantité d’œuvres présentées, j’ai envie de parler de celle de Yolande Fièvre, son « Petit peuple pour des pierres ». Des créatures faites d’argile séchée sont assemblées en une sorte de cérémonie, sur un sol jonché de terre. Il semble que certaines soient décapitées. D’autres seraient bicéphales. De fins branchages ont poussé dans leur corps et jaillissent tels des membres. Ils s’emmêlent pour former au-dessus d’eux comme un dais de procession. Trois animaux, d’argile eux aussi, de la taille de gros chiens, suivent ce rituel. Mais ces êtres étranges ne seraient-ils pas des buissons animés de vie quasi humaine? Oui. Les ramures ont une âme. La nature a une âme. Voilà sans doute ce que dit l’installation de l’artiste. En tout cas, c’est bouleversant. Plongeon dans les ancestrales croyances, et dans nos propres rêves, cauchemars et imaginaires.
Dans la pièce à côté, un autre « petit peuple », celui de Jephane de Villiers. Une foule de mini personnages hallucinés se regroupe autour d’un énorme animal (lui aussi d’argile séchée) ou s’agglutine sous une espèce de cage faite de ronces. On imagine des populations soumises à une divinité…ou quelque chose comme ça. Là encore, une installation bouleversante.
Le sculpteur Marc Petit occupe une place de choix dans cette Abbaye d’Auberive. De très nombreux bronzes sont à voir en extérieur comme en intérieur. Et on se laisse prendre par ses sombres personnages accablés, tourmentés, ravagés de souffrance. L’artiste ne leur a laissé que la peau sur les os. Une peau parcheminée, ridée jusqu’à la déchirure. Ils sont à la fois légers comme des fantômes et lourds comme des humains qui avancent sous le poids de tous les malheurs du monde. Ils avancent, et même ils dansent. Jambes, bras et mains graciles dessinent des chorégraphies. Mais c’est « la danse macabre ». La mort, déjà, avant même d’être mort. La mort à l’intérieur de la vie. Ou le contraire. La matière même de ces sculptures, entre terre souple manipulée par les doigts de l’artiste et rigidité cadavérique du bronze est extraordinaire.
L’exposition m’a laissé plein d’autres résonances vibrer en moi: Un Christ en bois du XVIIème siècle aux côtés d’un Christ en bois de Tanzanie. Des maternités de Côte d’Ivoire en bois associées à des Vierges à l’enfant de France ou d’Italie. Une collection de petits bénitiers. Une sculpture pieuse d’art populaire mexicain. Des peintures de Nitkowski, de Correia, de Rustin… Des dessins de Fred Deux. Un Combas. Une collection de porcelaines de la propagande Mao…
Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois, et voir le nom de l’auteur
Jusqu’au 1er octobre, Galerie La Source, Fontaine lès Dijon, Eric Schenker expose « Écritures de l’instant ». Du mercredi au dimanche inclus, 15h30-18h30. Présence de l’artiste les week-end.
Une qualité de cette exposition d’Eric Schenker c’est l’évident réseau de correspondances que l’artiste a tissé entre les œuvres. Aux colonnes répondent d’autres colonnes. Aux graphismes répondent d’autres graphismes. Mais ce n’est jamais ni tout à fait semblable ni tout à fait différent. Subtilités des échos.
L’expo s’ouvre sur trois colonnes blanches grand format. L’entrée d’un temple! Sur leurs quatre faces quelques élégants signes à l’encre noire attendent qu’on les déchiffre! Et, surprise, sur chaque peinture accrochée aux murs, on distingue une petite excroissance blanche, garnie de ces mêmes graphismes (ou leurs cousins, en tout cas). Comme si les colonnes de l’entrée se projetaient en miniature ici.
Trois belles céramiques occupent aussi ce rez de chaussée. Colonnes elles aussi. Mais chaotiques, bousculées. On y retrouve les traces de la mystérieuse écriture (assez proche, décidément, de la calligraphie).Gagné! A l’étage, les volumes en grès alternent avec les encres et les peintures, prolongeant le travail du rez de chaussée. Beau dialogue. On évoque souvent l’archéologie: émouvantes pièces ruinées qui gardent des empreintes du passé. On pense à une inspiration orientale: traits d’encres épurés ou caractères de style asiatique sur grosse toile.
Pour moi, Eric Schenker reste avant tout un céramiste. Même si j’aime les parallèles avec les dessins.
Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
Il y a un an, j’avais écrit un texte sur son travail, qu’il a utilisé pour son carton d’invitation. Je le remets ici:
Ça tient…
Quand Eric Schenker dessine, il bâtit.
De quelques traits d’encre, il construit.
Ses architectures sont des défis à l’équilibre et à la verticalité.
Je me demande si ses échafaudages tiennent davantage par leurs pleins que par leurs vides.
Parfois des lignes légères s’échappent de la construction.
Ténues, flottantes.
Je crois deviner ici et là une échelle ou quelques marches improbables.
Ça tient…
Mais ces graphismes pourraient bien être des ombres.
Les ombres de sculptures rêvées.
Des possibles. Des éventuels.
Car, soudain, oui, le dessin prend matière.
Il devient volume.
Eric Schenker échafaude en grès.
Des choses dressées. Debout.
Des stèles, des totems, des menhirs, des tablettes, des colonnes…
A La Maison Rouge (qui fermera malheureusement ses portes dans quelques temps….), 10 Bd de la Bastille, Paris, expo « Inextricabilia ». Eté 2017
Une fois n’est pas coutume, je vais m’adresser à quelqu’un, aujourd’hui, dans mon blog. M’adresser à monsieur Philippe Dagen, critique d’art au journal Le Monde. Que je lis toujours avec intérêt et admiration.
Monsieur, votre papier sur l’exposition « Inextricabilia » de La Maison Rouge, à Paris, m’a glacée. Cette froideur intellectuelle. Inébranlable. Mon Dieu! Alors que tout, ici, parle de malaises profonds et d’appels angoissés. De croyances à des forces supérieures et invisibles, qui serviraient de bouées de sauvetage. De vies compliquées, avec des recherches interminables pour les expliquer et, peut-être, pour mieux les supporter. Qu’on soit artiste plasticien, malade psychiatrique, prêtre ou simple croyant (tribus africaines ou religions occidentales), ici, on est poussé à ficeler, tisser, enrouler, plier, attacher, nouer, emmêler, enchevêtrer… Pourquoi? Chacun sa raison. Chacun son besoin. Vous vous demandez, monsieur Dagen, si le terme « magique » (sous-titre de l’exposition) est bien adapté. Mais oui! Bien sûr! Tous ces gens qui disent, disent, disent et redisent, à leur façon, avec bouts de tissus, fils de laine, cheveux, fibres végétales ou languettes de papier, tentent de capter, quelque que soit la finalité de leur geste, une force indicible et inconnue. Tous, sans le savoir vraiment, sont en quête de quelque chose qui les dépasse et qui pourrait modifier la réalité. Et leur faire du bien.
Oui, monsieur, des objets fabriqués aux 4 coins du monde et du temps, sont ici rapprochés, juxtaposés, confrontés…C’est le but de cette expo. Vous dites qu’il y a confusion et que ce « confusionisme est « peu réfléchi » et « erroné ». Tout se tient. Tout est lié (c’est le cas de le dire!). Pas ou peu de frontières entre tout ça. Derrière, il y a l’humain qui se pose des questions et s’ingénie à trouver des réponses. Aucun racisme, aucune exclusion: chacun a sa place. Et ne pas négliger aussi la plastique de tous ces objets exposés. C’est beau, souvent. Tout simplement beau. Beau, sans doute parce que, justement, il y n’a pas d’intention esthétique (mais bien autre chose).
Je suis sortie de cette « Inextricabilia » troublée et presque ensorcelée. C’est fort. Très fort. (On aurait pu bien sûr ajouter à cette expo beaucoup d’autres artistes qui seraient dans le thème…Mais c’est suffisant)
Pardon monsieur Dagen de vous avoir contredit… Respect.
Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois, et voir le nom de l’auteur.
Petit coup de coeur, ce mois-ci, pour l’exposition de EVA, dans des villages. (cf « retour d’expos »). Voici juste quelques photos de peintures de Anne Procoudine-Gorsky:
cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois
Commentaires récents