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Le choix du mois, mars 18, icônes

En mars 2018, j’ai fait une visite du centre orthodoxe russe, quai Branly, à Paris, tout près de la Tour Eiffel. Vous savez? Ces 5 bulbes couverts de feuilles d’or, qui surmontent un élégant bâtiment tout blanc (architecte Wilmotte).  Et il s’est trouvé qu’une exposition d’icônes s’y déroulait.

Très documentée, cette expo remettait en mémoire les techniques et les représentations incroyablement codifiées de l’art de l’icône. J’ai aimé m’approcher au plus près de ces tableautins religieux datant du XVIIème au XIXème siècle (aucune vitre, aucune barrière!).iconesToutes peinte à la tempera à l’oeuf, sur « levkas » (enduit de craie liée à de la colle chaude), elle évoquent des scènes des Livres sacrés. « Dormition de la Vierge », « Descente aux Limbes » etc. Connaissant peu la religion orthodoxe, je me retrouvais dans un monde lointain, étrange et étranger. Mais c’était prenant. Je retrouvais bien un peu de ma culture chrétienne de mon enfance, mais avec tant de différences cependant.

anachorètes en prière (détail)

anachorètes en prière (détail)

Les images avaient à la fois un caractère réaliste (des portraits, semble-t-il) et complètement assujetti aux symboles, aux traditions, aux croyances. Les artistes, que mettaient- ils d’eux-mêmes dans ces peintures? Si contraints qu’ils étaient par les lois, les habitudes ancestrales, les tabous etc.

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Consortium, Dijon, février-mai

Une nouvelle expo au Consortium , hiver et printemps 2018. Quatre artistes principaux. Suivant les salles et les oeuvres, je suis passée allègrement du désespoir à l’emballement. Avec des passages par le simple intérêt. Donc, finalement, de quoi bien se remplir.

Découverte de Jay Defeo, une américaine morte en 1989, connue à partir des années 50, avec la Beat Generation. Célèbre pour sa peinture-sculpture, « the Rose », qui obligera la démolition d’un mur pour l’extraire de son lieu d’expo! (l’illustration ci-dessous ne correspond pas à cette histoire! C’est une toile du Consortium)De Feo

Je passe sous silence une certaine installation avec des lampes de poche: ah non! Zut!

Parmi les collègues qui entourent Jay De Feo, j’ai retrouvé Tobias Pils que j’avais déjà noté ici comme intéressant.Tobias Pils

La salle, pour moi, la plus réussie, est celle de Mathew Lutz-Kinoy. Ce jeune artiste américain, touche-à-tout (danses, théâtre, performances, vidéos, peintures…), a installé là d’immenses toiles et quelques petites céramiques sur tatamis. Un ensemble cohérent dans la mesure où le point de départ est François Boucher, peintre du XVIIIème siècle. Et nous voilà plongés dans une ambiance château XVIIIème. Rien de vraiment défini. Juste des impressions, des sensations. Des harmonies de couleurs poudrées, comme déteintes, vieillies.M.Lutz-KinoyExtrait Le visiteur se promène, plongé dans le passé, mais en même temps bien présent dans sa modernité. Un exploit. Ce que savent faire les (bons) artistes: partir d’un sujet et le malaxer pour en faire une oeuvre à la fois référente et personnelle. Utiliser le vécu, le connu, l’ancien, le déjà-fait…Et puis, pétrir tout cela, gratter, enlever, ajouter, déformer et reconstruire…

Passons à Rebecca Warren, artiste anglaise et son expo « Tout ce que le ciel permet ». Ses sculptures déconcertent au premier abord.  Formes longilignes vaguement humaines (à la Giacometti) , hautes et maigres silhouettes qu’on pense féminines. Triturées, boursouflées, dégoulinantes de rose bonbon ou de bleu « Poupina »…Rebecca Warren En fait, ce sont de grands bronzes qu’elle a repeints. On imagine tout ce que portent en elles ces figures étranges: histoire de la sculpture, vie personnelle de l’artiste, idées féministes etc. Elle réalise d’autres sculptures: un petit peuple d’entités, du même genre, tortillés, déséquilibrés…A la limite de l’homme et de l’Alien.  Et puis, il y a ses structures en métal et ses mini « vitrines » avec néon (là, pas compris ni senti quoi que ce soit).

Pierre Keller (né en 1945, école d’Art de Lausanne) utilise, lui, le polaroïd. Un travail sur l’image. Images de l’instant, rapides, narratives, chargées de l’émotion du moment, sans esthétique, à collectionner etc. Je laisse la parole à ceux que cela touche et passionne…

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Y.P.Ming, Galerie Ropac, Paris

La Galerie Thaddaeus Ropac du Marais (7 rue Dubelleyme), à Paris, nous a offert une vingtaine de peintures de Yan Pei- Ming à voir au printemps 2018. Un régal!

Sur le grand mur blanc du fond, le pape Paul III zyeute du coin de son oeil coquin (lubrique?) la jolie Suzanne à moitié nue. Les deux toiles côte à côte… Bien vu! Drôlement irrévérencieux! Parfait!  Et revoilà le pape Paul III sur le mur de droite, deux fois représenté, encadré par une scène porno. Et, sur le troisième mur, c’est au tour d’un cardinal d’être le voisin de femmes nues.Ming2

L’exposition a double intérêt:  montrer des huiles et des gouaches (rares aussi chez lui) de Ming sur un sujet qu’on lui connaît peu, le nu et l’érotique. Et leur associer ses célèbres portraits pontificaux, dont sa reprise du Titien.

Haut, au-dessus de la porte, un autoportrait géant surveille le tout.Ming

Au-delà de la virtuosité du geste pictural de Ming, on apprécie ici le choc des époques (une jeune femme avec son téléphone portable non loin d’un pape du XVIème siècle), le choc des idées, des cultures, des réalités, des morales, des genres. C’est l’expo des chocs et des contrastes. Même dans les couleurs:  ces messieurs de l’Eglise sont peints de grands balayages rouges, pourpres ou bleus. Les femmes sont peintes en dégradés de blanc et gris clair.Ming3

Belle confrontation, donc. Avec, pour point commun, le brio bien connu du peintre chinois-dijonnais! Coulures et toniques coups de pinceau créent la lumière, le volume, les lignes…etc

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13+, à l’Hôtel Despringles

En mars 2018, le collectif 13+ donnait à voir une exposition intitulée « Diptyques, Triptyques et + » . C’était dans le bel Hôtel Despringles (ancien rectorat) rue Monge. Entrée 47 rue Crébillon. 

Je me fie à mes photos! Quand je prends en photo, c’est que je suis en état d’enthousiasme, d’émotion, d’étonnement ou de plaisir! Quand je ne prends pas en photo, c’est que je sens un goût de déjà vu, ou que ça ne me correspond pas, ou que c’est franchement vide d’intérêt et de sens.Jarlaud

Donc… Une quarantaine de photos prises à cette expo de 13+! C’est plutôt un résultat satisfaisant! Je ne me suis pas déplacée pour rien! Les artistes (que je connais pour la plupart) ont innové pour beaucoup. Même si chacun reste dans sa trajectoire de travail personnel. De belles idées ont jailli.reboulleau

(Je viens de me rendre compte que je n’ai pas tout vu….Zut. J’ai loupé une salle ou quoi? Ne faites pas comme moi, surtout! Par exemple, j’ai raté les retables de Pasale Serre…  Bon! A refaire)

Petite balade devant mes photos, pour raviver le souvenir de ma visite: oeuvres métalliques abstraites de Mireille Barrelle dès l’entrée, peintures en vues rapprochées de Thirion, silhouettes érotiques de Micheline Reboulleau, céramiques en installation de Monique Rion, paravent de Evelyne Lagnien, poésie en noir et blanc du photographe JP Jarlaud, transparences grillagées de F.Orzel, imaginatives gravures et aquarelles de Odile Massart, ardoise de Marc Mugnier…. Et encore plein d’autres créations…Massart

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Jean-Claude Sgro, Galerie La Source

A Fontaine-les-Dijon, la Galerie La Source a accueilli au printemps 2018 « Corps Accord » du peintre Jean-Claude Sgro. Du mercredi au dimanche compris, 15h30-18h30.

Disons-le tout de suite, j’ai été déçue. J’arrivais à la Galerie avec le souvenir d’une expo de Jean-Claude Sgro, en 2011, dont les dessins et peintures m’avaient semblé extrêmement forts.  Je voyais encore ces femmes au corps opulent et glorieux qui défilaient d’un bon pas, avec pour seul habit leurs chaussures à talons. Et il y avait de belles compositions de corps féminins emmêlés, à peine réalistes. Quelques traits énergiques qui donnaient le mouvement et quelques couleurs puissantes pour dynamiser l’ensemble. Le geste était sûr et l’artiste donnait à voir sincèrement ce qu’il ressentait à propos de son sujet préféré, le corps des femmes.

Cette fois, j’ai eu l’impression que l’artiste avait trop amplifié ce qui était encore discret il y a 7 ans: la couleur prend une place plus importante, les flashy sont nettement plus nombreux, le coup de pinceau s’est élargi, les compositions se sont chargées. En outre Jean Claude Sgro tente une nouvelle technique, il peint sur altuglas. Il ajoute aussi, ici et là, des petites feuilles d’or ou d’argent. Il dirige notre regard avec des sortes de flèches ou de traits. Tout cela donne la sensation que la peinture cherche à vous attirer, à vous plaire…Quelque chose de brillant…Qui enlève le côté sincère que suggéraient les oeuvres de 2011.Sgro

Bien sûr, le dessin est là. Le trait toujours aussi sûr. On se régale de croquis de toutes tailles éparpillés sur la surface peinte. Les corps de femmes sont toujours chantés en hymnes à la joie… Mais peut-être avec un côté exagéré et forcé, qui ne me convient pas. La seule oeuvre qui me séduit est celle choisie pour le carton d’invitation! C’est du Sgro sans pompe ni trompette. Sgro2

Et puis, quel dommage d’avoir repris un titre d’exposition déjà utilisé en 2014 par un autre artiste!! (Je suis persuadée que ce n’est qu’un hasard, mais zut! )

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Bernard Beros, photos, Espace Baudelaire

En mars 2018, à l’espace Baudelaire (27 rue Baudelaire, Dijon, quartier Toison d’Or) expo photos de Bernard Beros. 14-18h, du lundi au vendredi. Accompagnée de textes de Michel Lagrange.  A voir……

Avec un appareil argentique, depuis son 5ème étage, Bernard Beros a surplombé la place Grangier et saisi des instants changeants d’ombres et de lumières, des passages éphémères de piétons, des jeux de lignes et de teintes. Ce sont des haïkus en photos. Rien de trop. Juste le graphisme, augmenté de la petite touche d’humanité. (Et une épure qu’on admire sans vitre, ça ne gâche rien!!)

J’ose à peine glisser ici un visuel. Tant pis et pardon! (Je choisi un diptyque). Beros

Et j’ai joué de 4 et 5 pieds pour ces quelques vers en me plantant devant 4 photos (vous devinerez lesquelles en allant voir l’expo!)

Noires et blanches. Lignes coupées. Lignes alignées. Et la fameuse… petite tache rouge.

Béton rose poudré. Lignes cerclées. Lignes carrelées. Et le damier… bleu à sept côtés.

Couleur brique pâle. Disque quadrillé. Un cadran solaire. Et le pas noir… qui saute le pas.

Palette cendrée. Rugosité. Mur de pierres à plat. L’envie de plonger…sur le petit bleu

 

 

Le choix du mois, février 18, une boutique

Le texte qui suit n’est pas une publicité!

Juste envie, pour ce mois de février 2018, de vous diriger vers une boutique d’artisanat à Dijon, que vous connaissez peut-être déjà: Au Bois d’Amourette, 7 rue Vauban.amourette

Une foule d’objets variés, issus d’un bel artisanat de qualité, vous fait tourner de l’oeil dans ce magasin! (au sens propre!) On ne sait plus où donner du regard! Des couteaux aux bijoux, en passant par les mugs, les bouchons, les montres et les bavoirs! etc etc!!

La maîtresse des lieux propose elle-même sa propre production: des miroirs.

Mais comme la frontière entre artisanat et art est très poreuse, on peut aussi trouver des bronzes et autres sculptures (en raku par exemple).IMG_20180227_143743

Bonne visite à vous!

Vicenta Valenciano, galerie Charron, Paris

Hiver 2017-18 (quand il a neigé sur Paris!!) la Galerie Charron, Paris, 43 rue Volta, accueillait « Transgression » de Vicenta Valenciano. Petite visite.

Son idée, à cette artiste, Vicenta Valenciano, est de faire de la peinture sans support (elle appelle ça « liquid painting »). Je ne connais pas sa technique. Mais n’empêche que le résultat a quelque chose d’à la fois léger, agréable et mystérieux. Le principe de la peinture qui vivrait en indépendance,( qui vivrait sa vie!) me plaît assez. Une entité libre. Que l’on peut déplacer, sculpter, poser, manipuler…Les oeuvres sont entre volume et peinture. Entre espace et surface.

Ne vous imaginez pas que la peinture flotte, comme ça, immatérielle et fantomatique, dans l’espace de la Galerie! L’artiste l’a domptée!

Quelques coulures noires s’entortillent, saisies au vol et déposées délicatement sur cartons blancs, à peine tenues, en respiration, puis faites prisonnières dans un cadre derrière une vitre. Belle abstraction, comme des calligraphies échappées d’un manuscrit et qui dansent follement, ivres de leur liberté.Valenciano

Des portraits aussi, comme décollés de leur support, (décalcomanies!). Formes peintes aériennes. Repositionnées sur quelques fils d’on ne sait quelle matière transparente (plexiglas fondu et redurci?). On voit ces figures un peu comme à travers une surface d’eau. Sans vraie réalité. Lointaines. Troublées. Valenciano2

J’ai moins aimé ses autres portraits. L’artiste a voulu montrer et prouver que ses peintures n’avaient pas d’épaisseur, puisque pas de support. L’une d’elle tourne sur un socle, enfermée entre deux plaques de verre (plexiglas?) .Pour moi, ça, c’est juste froid et technique.

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Le choix du mois, janvier 18, musée de la chasse!

En ce janvier nouveau, j’ai découvert le Musée de la Chasse et de la Nature à Paris! Jamais je n’y serais allée s’il n’y avait eu carte blanche à l’artiste conceptuelle Sophie Calle! Et je ne suis pas la seule dans le cas! Le jour où j’ai fait la queue sur le trottoir, dans cette rue des Archives, les passants s’étonnaient d’une telle queue pour …. le Musée de la Chasse! Quel succès d’un coup! Ils levaient le nez et comprenaient qu’un évènement s’y déroulait et expliquait cette foule!

Franchement, la présence du travail de Sophie Calle ne m’a pas émue outre mesure. Certes, je me suis bien amusée à « chasser » les oeuvres, ici et là, dans la profusion des collections du musée lui-même. Un vrai jeu de piste. Mais sa vie n’étant que l’éternel sujet de son travail, je me lasse de son père et de sa mort, de ses amants, de ses chats, des souvenirs intimes de sa mère etc. (Elle a elle-même des animaux empaillés chez elle et les a mis en scène ici.)CalleLes céramiques de l’autre artiste qui accompagne Sophie Calle dans cette expo, Serena Caronne, sont presque plus intéressantes: un mur de poissons morts, une peau de lion blanc au sol, des chauve-souris, des fumées de licorne…

J’ai surtout découvert ce musée! Complètement baroque! A la manière des cabinets de curiosité d’autrefois. Je me suis régalée de ces invraisemblables accumulations de tableaux, meubles, armes, trophées, lustres, vitrines, animaux empaillés, objets de toutes sortes… muséechasseC’est une promenade dans un bel hôtel particulier, qui vous raconte par le menu  la chasse et les chasseurs (et les chassés!), depuis la préhistoire. Un drôle de phénomène, cette chasse, décidément. Et un drôle de lieu, ici. Un peu fou. Fascinant!

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A l’attention de Manoli

« J’ai cru voir des pétales, des feuilles, des fragments d’écorce, des fossiles. Mais j’ai rêvé, non ? Ou alors, j’ai levé un voile, poussé une porte et franchi une frontière.Celle qui permet de passer chez les fées. Oui, j’ai pénétré dans un conte de fée.

Les végétaux sont en fait devenus des objets précieux. Ils sont blancs, aériens, fins, translucides..  Seules quelques rugosités rappellent peut-être l’origine naturelle de ces bijoux de porcelaine qui lévitent soudain devant moi et jouent parfois les carillons cristallins.

Les grès, eux, hésitent joliment entre pierre et sculpture. La magie intervient. Et la métamorphose se réalise. Et certains se sont même laissés visiter par la fée qui leur a incrusté des yeux de joaillerie.

Plusieurs fois, je détecte des petites cicatrices sur les objets raffinés qui occupent ici l’espace. Comme des empreintes de corps organiques. Ou des traces laissées par un animal ou un humain.

Ils retiendraient donc la mémoire ? Stopperaient le temps ? »

La fée s’appelle Manoli Gonzalez, sculptrice-céramiste.

Décembre 2017