L’exposition « Reprises » de Mélanie Berger, aux Ateliers Vortex, à Dijon, 70 rue des Rotondes, était à voir en juin2025. Du mercredi au samedi, 14-18h.
Avec Mélanie Berger (avec son travail exposé en tout cas!), dans la grande salle blanche et lumineuse du premier étage des Ateliers Vortex, on se sent bien… Quel est son secret? Je crois qu’elle a pensé à nous en montant son exposition: nos attirances, nos respirations, nos repos, nos réflexes, nos envies… Elle nous guide par la main! C’est une scénographie calculée et réussie.
Ses dessins et peintures ont une discretion, une modestie, une simplicité apparentes qui ne nous en mettent pas plein la vue. Rien de spectaculaire. Tant mieux. Ce sont des feuilles de papier (ou de toile) assemblées, parfois superposées, parfois enroulées. Elles sont peintes. La palette est plutôt douce, à tendance jaune et verte, avec mille nuances et quelques pas de côté vers des rouges orangés. Le geste pictural de l’artiste est là: court, volontaire, énergique.
Au mur ou au sol, ces feuilles colorées s’offrent comme des livres à feuilleter du regard. Ou comme des manuscrits anciens à effleurer des yeux respectueusement. Les différentes épaisseurs et matières créent la variété et les transparences. Un côté géométrique et « rangé » de ces assemblages nous rassure en quelque sorte: on suit des lignes (bien marquées par des baguettes métalliques). C’est encore une façon de nous guider.
Quand on sait que Mélanie Berger a repris des fragments d’oeuvres anciennes, on comprend son titre d’expo « Reprises ». Ambiguïté du mot: en couture, on rapièce ainsi certains défauts de tissus en superposant des pièces rapportées, ce sont des « reprises » aussi!
En tout cas, travail de plasticienne qu’on ne peut pas prendre à la légère. On est dans une musique, dans une balade au milieux de paysages etc… Il se passe quelque chose dans cet espace du Vortex, c’est sûr.
J’ai envie aujourd’hui de vous parler d’une sculpture que j’ai vue dans l’atelier de Céline Roblin, bronzière, à Fontaine Française (21), à l’occasion de ses portes ouvertes (avril 2025). Un visage de bronze dans un arbre…. !
Cette artiste est sculptrice (la terre, l’argile). Mais elle poursuit le processus jusqu’à fabriquer ses moules, et à y couler le bronze en fusion etc. Elle travaille à l’ancienne (fonte à la cire fondue). Bref, je ne rentre pas dans le détail technique, je n’en suis pas capable, mais allez la voir. Elle vous expliquera. Elle « maîtrise toutes les étapes de fabrication » dit-elle sur son site… (https://www.celine-roblin.fr/). C’est assez rare pour être signalé.
Elle s’est peu à peu spécialisée dans le végétal. Et c’est ça qui m’a touchée. A partir de feuilles, de brindilles et de morceaux d’écorce, elle réalise des pièces de bronze, fines, déchiquetées, dentelées… Ce contraste entre la matière naturelle, brute, et le métal précieux est particulièrement intéressant.
Maintenant, il faut manipuler cette idée pour parvenir à des oeuvres qui ne soient pas seulement « jolies » et décoratives. Céline Roblin cherche. Elle dit qu’elle « extrait les âmes du bois »…. C’est tout à fait ça. Mais côté technique, souvent, elle se heurte à des obstacles. D’un côté elle a le végétal, de l’autre la pièce de bronze dont elle est issue (empreintes d’écorce devenues objet d’art). Comment les marier sans tomber dans le « facile », l’artificiel? Plaquer une petite branche de bronze sur le tronc d’un arbre… ce n’est pas l’idéal! Pas suffisant.
J’y arrive! A ce coup d’émotion que j’ai eu devant une des oeuvres de Céline Roblin!
C’est une sculpture où elle a réussi à donner l’étrange impression d’une métamorphose en train de se faire sous nos yeux. On ne sait pas si l’humain se transforme en végétal ou si c’est l’inverse. Quelque chose est en marche, en tout cas. Un visage émerge d’un tronc d’arbre. Comme s’il naissait d’un autre corps. Quelques lambeaux restent collés ici ou là, ou commencent à se détacher… Des morceaux de peau qui hésitent entre l’écorce et l’épiderme. Ils sont de bronze. Mais semblent de bois… Figés soudain, brillants, raffinés, immortels… Parfois insoupçonnables, camouflés. Parfois bien visibles, révélés. La mutation est en cours…
Il y a du fragile et du puissant à la fois dans cette sculpture. La femme qui apparaît est à l’état de masque inachevé. Une façade. Une créature à peine finie. En devenir. Par contre, la force de vie est là, bien présente. Debout. La nature va gagner, quelle que soit la forme, humaine, minérale, végétale … Les souffles vitaux vont s’unir pour poursuivre…
Toujours compliqué pour moi d’apprécier ce genre de manifestation artistique, vous le savez. Je suis de plus en plus allergique! Allez! j’en tire des bons et des mauvais côtés. Salon de Fontaine, centre Pierre Jacques, jusqu’au 27 avril. 14h30-19h Entrée libre
Les bons côtés cette année:
-1 L’invité d’honneur Nurcan Giz. Une mise en page de formes colorées, de masses qui s’opposent ou qui se jouent de transparences. Un équilibre d’espaces de peinture., vivant, bougeant…Des compositions qui ont du sens. La peinture comme un langage, comme une façon d’agir sur ce qui existe…Le pouvoir de la peinture…
-2 Beaucoup de noms nouveaux parmi les artistes. Enfin! Des découvertes (pense à Marie Christine Bringer, ci-dessous, Carole Lamas…)
-3 Et toujours contents des retrouvailles avec ceux que l’on suit dans leur recherche et leur évolution de vrais artistes (pense à Francis Orzel ci-dessous, Daniel Carette…)
-4 Toujours le plaisir , quand même, de s’arrêter devant une oeuvre ou deux qui touche, qui rabiboche avec le monde incertain et difficile d’aujourd’hui!!
Les mauvais côtés:
-1 encore des placements à contre jour, lamentables pour ceux des artistes qui ont eu cette malchance
-2 encore des peintures de deux artistes différents, sur deux panneaux côte à côte, qui se « cognent » , qui se font mal… Il faut une certaine habitude et une certaine culture pour en oublier un et se concentrer sur l’autre. Aucune mise en valeur ni de l’un ni de l’autre. (je pense en particulier à Claude Haberstich, extrait ci-dessous))
-3 On aurait aimé en savoir davantage sur l’invité d’honneur. Un petit panneau, autre qu’une analyse de son travail (excellent, par ailleurs)? ça nous oblige à chercher par nous même.! C’est une pointure. Le Salon n’est donc pas fier de l’accueillir? (Les Musicales , elles, en font beaucoup plus à ce sujet!!!)
-4 encore des forces très inégales dans les travaux présentés. Pour un public souvent peu capable de faire la différence, c’est dommage. Oui, il en faut pour tous les goûts, mais ce serait mieux d’aligner à peu près les qualités (avec des genres différents, on peut rester dans une bonne gamme de travail). Ici, il me semble voir du haut de gamme et du bas de gamme! Manque de cohérence.
-5 Des retrouvailles lassantes d’artistes qui ne changent pas d’un poil leur travail depuis des dizaines d’années… Où vont-ils donc? Une affaire qui marche, sans doute, pourquoi se fatiguer? bon! Pas plus d’effort que ça! Ce ne sont pas de vrais artistes! (pas de nom pour ne pas faire mal…) Et certains, par contre, qui partent dans tous les sens, ce qui ne ressemble en rien à une recherche. Ils manquent de personnalité, de profondeur, d’expression intime etc. Un peu de techniques diverses et variées, de l’amusement… (toujours pas de nom, pour éviter de choquer)
cliquer sur les visuels pour agrandir et…. bon Salon! Allez-y!
Quand Florian Bonfillon, artiste plasticien, diplômé de l’école des Beaux Arts de Dijon, a été invité par le Rez-de-Jardin il a proposé de réaliser une oeuvre in situ tout au long de sa présence dans ce lieu. C’était une première pour la petite Galerie fontenoise. Enthousiasme pour cette nouvelle expérience!
(11 rue d’Artois, Fontaine-lès-Dijon. Horaires pour CETTE EXPO-CI vendredi 14h30-18h30; samedi et dimanche 10h30-18h30; en mars 2025
Une métamorphose pour le Rez-de-Jardin! Un grand papier craft au mur du fond, scotché jaune et noir : on est en travaux…! Une table submergée de petit matériel de gravure. Des rouleaux de papier neuf, des planches de séchage, un rétroprojecteur, des fils électriques…. Le sol accueille de-ci de-là des bouts de papier ou de ficelle que personne ne songe à balayer…Parfois, un volet se ferme et les projecteurs s’éteignent, l’artiste travaille le dessin sur son mur du fond, là où le projet est en gestation.
Florian Bonfillon bosse toute la journée dans cet atelier improvisé. Il reçoit les visiteurs: démonstrations avec sa presse, explications, échanges. Il montre des oeuvres accrochées aux cimaises du Rez-de-Jardin (qu’il puisse rester aussi un lieu d’exposition et que l’artiste puisse y faire découvrir des travaux aboutis)
En fait, Florian Bonfillon joue ici le jeu de la résidence d’artiste.
Il est arrivé avec quelques ébauches d’idées en tête. Et il avance. Dans la lumière de la création. Tantôt en clair-obscur, à tâtons, tantôt en illuminations réjouissantes. Une recherche. Des doutes. Bref, un boulot d’artiste plasticien.
Son travail ? En tout cas ce que je perçois maladroitement. Quelque chose de géographique. Une vision cartographique du monde. Florian Bonfillon a toujours eu de l’intérêt pour les cartes. Et son travail y fait référence sans cesse. On entrevoit des courbes de niveaux, des flèches, des chiffres, des coordonnées, des tracés pointillés, des zones hachurées… Des codes, quoi… Mais des codes qu’il se réapproprie. Peut-être pour mettre le doigt sur d’autres réalités de notre existence…qui elle aussi est codée.
Mais le monde n’est pas toujours mis à plat! Le plan prend soudain du relief (en dessins ou en volumes). Et voilà, par exemple, des strates géologiques…Bien sûr, ça nous évoque les couches sédimentaires qui constituent nos vies, mais ce n’est peut-être pas aussi évident que ça!
En tout cas, dans ce travail de Florian Bonfillon, l’humain a sa place. Toujours. C’est même l’essentiel. Il parle de l’homme. Les cartes racontent les routes, les frontières, les métamorphoses des peuples et des politiques des pays. Circulations et obstacles. Ouvertures et fermetures. C’est ce dont l’artiste parle… Une histoire de représentation.
Autre aspect de son travail, mais dans la même lignée: il utilise des sortes d’arrêts sur image, pris dans Google Earth. Mais il se spécialise dans les bugs, les erreurs, les manques. Il les « chasse », les piste… Significatif! Les dessins qu’il en tire montrent donc de fausses réalités, ou des réalités déformées. Des instants vrais mais qui débloquent!
Ecrivain (aussi), Florian Bonfillon peut vous étonner…
En mars 2025, Le Trigram, rue Charles Dumont à Dijon, exposait l’artiste photographe Philippe Calandre. « I. A. Icy & Arid ». Du jeudi au samedi 14-18h30.
C’est black! Mais quel beau noir!
Et dans la blancheur de la Galerie Le Trigram, se dessine comme un graphisme au long des murs. Philippe Calandre expose ses photos noir et blanc. Classique. Au cordeau. Dans l’épure d’une scénographie bien calculée.
Le temps de s’habituer à la raideur des lignes entre-aperçues au premier regard, on se laisse haper par ces étranges images-poèmes. Des architectures massives, des constructions industrielles, des fragments de fausses ruines modernes… Le tout planté au milieu de zones désertiques. Improbables paysages. La lumière traverse des fenêtres inutiles, des ouvertures mortes. Un lourd silence est tombé sur ces lieux de solitude. La photo montre une réalité. Mais pas forcément celle qu’on attendrait… Il y a ambiguïté. Tout a l’air vrai. Mais le téléscopage de certains éléments amène le doute…
Philippe Calandre travaille le photomontage. Ses oeuvres sont des assemblages. Il fabrique de nouveaux espaces. C’est une transcription du réel. Et on avance volontiers vers ces horizons et lointains mystérieux, attirés par l’inconnu. L’univers créé par l’artiste a quelque chose de séduisant… Côté « matière », on se régale devant les tirages sur toile: couleurs mates, impression de fusain ou de pastel sec…
Dijon a la chance d’avoir cette Galerie Le Trigram , qu’on se le dise! Elle reçoit des artistes (des pointures!) qui, souvent, nous seraient inaccessibles au fond de notre petite province!! Si! Si! Et elle sait aussi s’intéresser à des artistes locaux. Merci.
En janvier-février 2025, l’artiste-photographe Jean-Philippe Jarlaud exosait au Rez-de-Jardin, « Orée ». 11 rue d’Artois, 21121 Fontaine-lès-Dijon. Vendredi 14-19h; samedi et dimanche 11-19h. (Présence de l’artiste en continu.)
Cette exposition de photos n’en n’est pas vraiment une! Pas de jolies images encadrées et vitrées! (Ouf!) L’artiste Jean-Philippe Jarlaud se transforme plutôt en conteur. Il propose un récit photographique intitulé « Orée ». Quelque chose de linéaire, accompagné d’un poème lu et de quelques objets (cf le visuel, plus loin ci-dessous)… Une installation, plus qu’une exposition.
Alors… on se campe devant le premier panneau de photos.
Happés par le texte, on lit. Début de l’histoire de ce personnage qui a franchi l’orée (une frontière, un entre-deux…) et va se perdre dans la forêt…On se surprend ensuite à lire les images comme on lit les textes. On suit du regard. On va à la ligne. Puis, on passe au paragraphe suivant. On avance. On chemine. S’il y avait des pages, on les tournerait.
C’est juste suggéré. Photos et mots d’un artiste qui semble nous chuchoter à l’oreille. Mais on prend part pleinement à cette pénétration dans le monde de la forêt. Ses bruits, ses regards, ses apparitions, sa magie, sa violence parfois… On participe!
Ce conte que Jean-Philippe Jarlaud a composé, on peut le prendre de diverses façons. Réaliste ou symbolique. Concret ou allégorique.
C’est, évidemment, bien davantage qu’une promenade dans les bois, l’appareil photo autour du cou.
C’est d’abord une leçon d’humilité: apprivoiser ce territoire étranger à l’homme, tenter de s’y adapter, de le comprendre, sans être un intrus, un destructeur, un ennemi, un dictateur…. Et, peu à peu, peut-être, se métamorphoser, pour mieux s’intégrer à lui. « Je voudrais sentir que je fais partie du cercle des minuscules, des poilus, des plumeux, des écailleux… » Oublier son propre état. S’imprégner du végétal et de l’animal, jusqu’à devenir …ça.
« Je me végétalise » dit le personnage créé par Jean-Philippe Jarlaud.
Ce n’est certes pas un hommage à l’humain! L’homme n’est présent, dans cette histoire, que comme le chasseur! « Je suis chez les hommes qui portent la guerre ». On voit de loin un petit bout d’urbanisation que l’on s’empresse de fuir! Les traces de l’homme ne sont pas des pieds nus , mais des empreintes de grosses roues! Bouh! Le vilain prédateur!
L’homme, finalement, a perdu son identité primitive. Au coeur de la forêt, le personnage sent intuitivement qu’il fait partie de cette vie-là mais qu’il n’est pas encore tout à fait prêt à l’assumer. « Je suis celui qui marche entre deux mondes ».
Ce n’est pas la première fois que je parle d’Anne Auger sur ce blog. La dernière, c’était je crois pour son expo à la Ferronnerie, à Dijon. Mais cette fois je suis allée dans son atelier à Bévy où elle faisait portes ouvertes les week-ends avant Noël 2024!Une autre façon de regarder son travail (et on est si bien accueillis!)
Avec Anne Auger, c’est d’abord la matière. Ces grosses toiles de jute, venues de sacs récupérés, qu’elle maroufle sur de lourds chassis en toile de lin. Elle les peint ensuite avec des peintures qu’elle fabrique elle-même, parce que « les acryliques du commerce n’offrent pas de couleurs assez vraies et puissantes ». (visuel ci-dessous, extrait)
La trame du textile, ses effiloches, ses bourrelets, ses ourlets … sont les accidents sur lesquels vit souvent la peinture d’Anne Auger. Les rouges raisin , les bleus métal, les orange brique, les jaune lumière, les bruns bois… Autant de teintes fortes et tranchantes, que le support, quand il est rugueux, rend encore plus présentes.
Pour sa sculpture, même amour de la matière. Métal, terres cuites, effets d’émaux… L’artiste travaille par assemblages. Des pièces récupérées ou créées par elle-même, dont elle fait des compositions très personnelles. Totems, fétiches, engins, machines…
Peintures et sculptures fonctionnent ensemble, finalement! Les mêmes personnages ou animaux aux lignes « cubistes », les mêmes drôles de véhicules, la même impression de robustesse et d’énergie.
Les scènes que Anne Auger réalise parlent de départs et de voyages. Combiens de roues et roulettes, de carosseries, de moteurs, de bateaux (qui évoquent parfois des enclumes!!) … Il faut partir! Mais avec des pieds, aussi, ou des ailes, ou des rêves! Chez elle, à côté de la puissante dynamique de ses oeuvres, c’est aussi l’humour, les délires, les désordres, les destructurations, les oppositions…
Savoir qu’elle fait aussi du noir et blanc, des dessins, des petites sculptures de jardin etc…. Elle sait diversifier!
En décembre 2024, la Galerie La Source à Fontaine-lès-Dijon, a exposé Malo A., peinture animalière, « De poils et d’Or-Acte VII » Du mercredi au dimanche, 15h30-18h30
Contrairement aux peintres animaliers dont j’ai rencontré le travail ici et là dans la région, celle-ci m’a convaincue. Malo A. (Malaurie Auliac, de Naulay) a quelque chose en plus.
Certes, elle fait de l’hyperréalisme. Et vous savez que cette formule me laisse froide (ou a plutôt tendance à me hérisser le poil!) Admirable technique. J’applaudis…mais c’est tout; ça s’arrête là. L’art n’a pas à me restituer le réel. Franchement j’ai bien d’autres moyens à ma disposition pour le voir. Le véritable artiste, au contraire, pour mon plus grand bonheur, essaie de transformer le réel, ou de le montrer de façon différente, et, surtout, de façon personnelle et originale. Un autre regard.
Et, dans les oeuvres de Malo A., je rencontre quelqu’un.
Derrière son ours ou son aigle, je sens d’abord une grande sensibilité artistique, et, en plus, une solide expérience des arts graphiques. Au service de sa peinture animalière, elle met tout un savoir-faire qui va de l’enluminure à la calligrahie, en passant par la miniature et la restauration à la feuille d’or (restauration des biens culturels, en particulier d’oeuvres graphiques). C’est cette richesse cachée qui fait que l’on s’arrête devant ses tableaux, happés par une étrange impression
Les animaux de Malo A. émergent du fond de la peinture, auréolés de mystère, transfigués, presque sacralisés… Comme les saints des icônes anciennes. Ils nous fixent de leurs yeux doux, comme s’ils arrivaient d’un autre monde. Leur beauté est telle qu’elle semble irréelle. Un rêve.
Cette artiste crée un petit univers bien à elle dans chacune de ses peintures, que ce soit sur papier, sur bois etc.
On peut à la fois s’extasier devant la perfection du détail, et s’émouvoir de ces portraits d’animaux qui évoquent ceux de certains de nos arrières-grands-parents, plus proches de la fiction que de la réalité. Des personnages tellement mis en scène… Loin de leur quotidien… Mais tellement beaux dans leur image sollennelle, installée pour l’éternité.
Tels sont les animaux de Malo A.
Pour les présenter au public, il leur faudrait toute une scénographie qui corresponde à leur côté « ancestral », « sacré »… Les traiter comme des objets souvenirs précieux.
Ce n’est pas le cas à La Source. Trop de lumière, trop d’espace vide sur les murs. Un certain manque d’ambiance chaleureuse, un peu vintage, un peu musée de la chasse à Paris! Bref, manque de cocooning!
Par contre, l’artiste a la bonne idée de proposer les week-end une animation pour voir son travail en direct.
cliquez sur les visuels pour agrandir (ils ne parviennent pas de La Source mais de son expo à l’Essor à Dijon!)
« Movimenti » était le titre de l’expo de Pascale Angelot au Rez-de-Jardin, 11 rue d’Artois, Fontaine-lès-Dijon. En novembre 2024 Vend 14-19h sam et dim 11-19h
Souvent m’est venue la pensée de cette surface à peindre, avant que l’artiste n’intervienne. Un truc sans intérêt, neutre, inerte. Et qui prend vie au premier coup de pinceau. Qui s’anime, Qui devient essentiel. Etonnant!
Et, avec Pascale Angelot, je suis au coeur de cette histoire-là. Son rapport à la surface est particulièrement sensible je crois. Au point qu’on a parfois l’impression que c’est du fond même qu’elle extrait ses formes et ses lignes. Ou en tout cas de son fond à elle, celui qu’elle a d’abord créé en travaillant la toile (mais ça, c’est de moins en moins vrai, semble-t-il sur son cheminement).
Chez Pascale Angelot, sur ce champ libre, donc, circulent des tracés, des contours, des cellules… Ils bougent, se déforment, se cognent, s’évanouissent parfois. Derrière eux (ou devant?) apparaissent des ombres. Comme les traces laissées par un déplacement. Quelques lignes à peine effacées ou vaguement devinées dans la brume.
Le tableau est fait de ces éléments en mouvement, qui naissent, se métamorphosent, se rencontrent, meurent et peut-être ressuscitent. Et qui abandonnent là leurs empreintes (ou leurs cicatrices), leurs traînées d’insecte, le souvenir de leur passage.
C’est bien sûr la couleur qui mène le jeu: un trait gras et noir, une tache vive jaune ou bleue, un plan blanc cotonneux, une ligne rouge en zig-zag… Et la lumière joue également son rôle en sculptant aussi du relief, en faisant naître du volume.
Oui, la surface inerte du début a bien changé! Ce sont maintenant des organismes qui s’organisent dans un grand lieu de vie!
Courte video de Signature LSF à regarder ci-dessous:
L’Hostellerie, parc de la Chartreuse à Dijon, proposait l’expo de Maria Manuela et Elise Geoffrion « Peaux d’âmes » cet hiver 24-25. Du mercredi au dimanche 14-17h30.
Maria Manuela, déjà vue une année précédente (mais vite fait et dans de mauvaises conditions) à l’exposition d’Itinéraires Singuliers à St-Philibert, m’a passionnée par le foisonnement formidablement créatif de ses oeuvres. Sur de grands textiles, elle peint, brode, tisse, colle … Et ce sont alors des brouhahas de couleurs, de personnages, de végétaux, de paysages, d’animaux qui vous embarquent dans d’invraisemblables récits!
La vie qu’elle imagine sur ses tissus est drôle, rêvée, mélancolique ou dure… Enfantine, rurale, familiale ou d’actualité… Avec souvent un petit côté naïf. Avec, aussi, des références au folklore de son pays le Portugal (mais on peut évoquer la Roumanie ou autres cultures traditionnelles). L’artiste fourmille d’idées. Elle accumule les éléments, les entasse, les empile, les superpose, sans toutefois oublier l’organisation et la composition de son oeuvre. On n’étouffe pas! On se promène!
Les pièces de l’Hostellerie accueillent cette expo aux côtés de celle de Elise Geoffrion, les tapisseries de Maria Manuela, suspendues aux murs, dialoguent parfaitement avec les sculptures de celle-ci.
Elise Geoffrion ramasse toutes sortes de choses dans la nature. Une collection qui lui sert de matériaux pour faire naître un petit peuple de sympathiques personnages… L’idée n’est pas originale! Nombre d' »artistes » fonctionnent de cette façon! Mais Elise Geoffrion a le chic pour se démarquer de cette foule de faux créateurs!!
Comme Maria Manuela, elle assemble des morceaux. Une touche-à-tout! Papier, filasse, champignons, courges, bois, terre, tissus, cuir, grès… Quand les trouvailles de sa quête sont insuffisantes, elle fabrique elle-même. Et ses petits êtres ne ressemblent à rien! Et c’est tant mieux! Entre ex-voto et statuettes magiques. Ils pourraient être les santons d’une crêche universelle, au-delà de toutes les croyances…
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