Recevoir un email pour chaque nouvel article?

Loading

Luc Schuiten, Latitude 21

Latitude 21, (33 rue de Montmuzard, Dijon) a proposé, après le confinement du printemps 2020, un petit tour dans l’univers poétique, beau, illuminé et plein d’espoir de l’architecte belge Luc Schuiten. Samedi 14-19h. De mardi à vendredi, 9-12h et 14-18h.

Il y a en lui un peu de Léonard de Vinci et de Folon, un peu de jeu vidéo et de science fiction… Du bout de son crayon, de sa plume et de son pinceau d’aquarelle, Luc Schuiten nous invite à entrer dans un monde imaginaire. Mais ce monde imaginaire a bien l’intention de devenir un monde réel, dans un avenir le moins lointain possible.

L’architecte Luc Schuiten invente des véhicules, des maisons, des villes…. pour qu’un jour ils existent et sauvent notre planète.

Nous sommes donc en 2150 ou 2500, dans la ville biomimétique, volent des dirigeables à ailes battantes et roulent des tramodulaires. Les maison sont bioclimatiques ou même des habitarbes. Les matériaux de construction sont des organismes vivants. Le but est d’utiliser dorénavant toutes les extraordinaires ressources du vivant, sans les détruire pour autant.

Une utopie, pour cet artiste-architecte, c’est un possible qui n’a pas encore été expérimenté (et non un impossible)…

Dès 1968, Luc Schuiten (né en 1944) a été militant écologique, créateur, inventeur. Il avait déjà le souci d’autres choix de vies. Il agissait pour un monde nouveau à bâtir.

Parcours de sculptures, Malans (70)

Depuis 2013 l’association Ile Art ouvre gratuitement au public un parcours de sculptures contemporaines dans la nature. Enfin j’ai découvert cette balade séduisante entre chants d’oiseaux, rayons de lumière et bruissements de feuilles d’arbres. C’est à Malans, en Haute Saône, non loin de Pesmes, rue des Châteaux. (petite brochure explicative gratuite à l’entrée du chemin)

Vous pouvez agrandir les visuels en cliquant dessus

Tout est bien pensé, ici. Le sentier sans difficultés de marche, balisé discrètement mais efficacement, les sculptures non loin du cheminement mais parfaitement intégrées dans leur coin nature, des passages aménagés (escalier, allée en planches rustiques…) en osmose avec la forêt… Liberté de circuler, avec simplement quelques rares et discrets rappels à notre vigilance, sans excès aucun… J’en reste baba!!!! C’est si rare qu’on nous prenne pour des « grands », qu’on fasse confiance en notre bon sens et qu’on nous mette face à notre responsabilité.

Je n’ai pas vu les quarante sculptures. Mais j’ai malgré tout beaucoup apprécié ma promenade, d’œuvre en œuvre (je n’en signale ici que très peu, malheureusement). La première, rencontrée sur mon circuit, est « Onde sonore » de Denis Pérez (résine).

Je l’ai plutôt appréhendée comme une peau. Une mue. Ou une carcasse. Quelque chose d’abandonné là, trace d’une ancienne vie. Magistralement placée dans une dénivellation du relief (ici existaient des carrières), la sculpture plane au-dessus de nos têtes. Plus loin, nous verrons une autre création de cet artiste: « Envelopper la lumière » (bronze). Que j’ai ressentie (cette fois!) comme un capteur de sons, comme le pavillon d’un instrument de musique géant. Une belle forme à-demi enroulée, prête à retenir ce que lui offre la nature: sons ou lumières.

Karl Chilcott est un des artistes qui m’a interpellée. Il utilise des pierres blanches des carrières locales (de Malans) pour réaliser des voies et des cascades…Éboulements et empierrements que les mousses recouvrent peu à peu, qui s’intègrent au paysage tout en intrigant, malgré tout, le promeneur. Une de ces coulées de pierres aboutit à une extraordinaire bibliothèque!

Rangés sur de grandes étagères en acier (aspect rouillé), les livres sont des pierres plates! De différentes tailles. A s’y méprendre! Des cailloux aussi riches en mémoire, en culture, en savoir que des livres. Belle idée! Le poids des livres!!!

Autre artiste que j’ai retenue, Claudia Dietz. Elle crée un petit monde d’étranges créatures (pierre reconstituée ou pierre de sable) qui jouent les gardiennes du lieu.

Certaines, à l’allure de manchots, sont installées sur une petite hauteur, au creux de leur nid de branchages, et ce sont les « sentinelles de la forêt ». Ailleurs, ce sont plutôt de gros vers, à la peau plissée, qui rampent sur le sol, gueule ouverte… Ce sont « les animaux de la lune »… Univers fantastique ou de science fiction. La nature cache des vies insoupçonnées.

Je citerais encore Jérôme Marcel qui a réalisé un mikado géant en bois peint, suspendu entre les arbres, mouvant et gaiment coloré. Cette vision légère et ludique, insolite au cœur de la végétation, attire l’œil.

On prend plaisir à approcher cette installation, à la contourner, à guetter le courant d’air qui fait osciller les longues perches. Esthétiquement, aussi, cette « danse des Hommes » est une réussite.

La balade passe par le parc d’un château dont les immenses pelouses portent de nombreuses sculptures en acier de l’artiste suisse Andrea Malaer.

Fred Content, Hôtel de Vogüe.

En juin 2020, Fred Content a exposé des fusains à l’Hôtel de Vogüe, rue de la chouette, Dijon: « Möbius ». 10-20h

C’est de la danse et de la musique. Si on veut. Mais qui découlent d’un geste, atterrissant sur du papier. Main et fusain ont suivi le rythme de l’âme. Ou de quelque chose, en tout cas, arrivant de l’intérieur, de l’intime, du personnel. Un rythme qui, malgré tout, nous va bien à nous aussi, les visiteurs.

Voici donc, sur fond blanc, des pleins et déliés, des courbes, des enluminures, des calligraphies… Bref des lignes noires toute simples. Elles jouent entre elles, et avec les vides de la feuille vierge. Elles construisent des volumes virtuels. Des sculptures à venir. Elles organisent des jeux d’ombres et de forces. Plus ou moins épurées, les compositions obtenues possèdent à la fois la légèreté de la poudre du charbon de bois et la force du dessin noir.

Tout cela est inspiré du fameux ruban de Möbius, dit l’artiste dont il faut lire le texte à l’entrée de la salle.

Je trouve que la présentation de l’exposition est bonne, compte tenu de la difficulté de cet espace!! Il fallait voir ça

Galeries, Paris

10 juin 2020: Ai retrouvé Paris, après 3 mois de séparation (le fameux confinement)! Un petit tour dans la ville convalescente. Tous les musées ne sont pas ouverts. Mais pratiquement toutes les Galeries le sont, et certaines depuis un mois déjà. De ma balade, je vous livre trois ou quatre échos…(Vous pouvez agrandir les visuels en cliquant dessus)

Stéphane Couturier, Galerie Christophe Gaillard (rue Chapon), « Monumental ».

Un travail de photographe. Mais qui ne s’arrête pas à la représentation du réel. De découpages en montages, de superpositions en entrelacements, de rapprochements en éloignements et accumulations, ce plasticien entraîne chez nous à la fois une réflexion et un plaisir esthétique. Devant nous, des architectures. Des villes. Des immeubles. Et, tout en nous intéressant à la problématique de l’urbanisme, il nous met face à des graphismes et des géométries qui nous évoqueraient aussi bien un Mondrian qu’une peinture cubiste…

Marc Petit, Galerie Schwab (rue Quincampoix) Cette galerie, même après l’expo, conserve des oeuvres de M. Petit. A voir.

Ce sculpteur expose ses bronzes depuis 35 ans… Extrêmement prolifique, il donne naissance à des milliers d’êtres torturés, maladifs, décharnés, martyrisés, crucifiés, seuls, abandonnés. Une humanité victime, qui se courbe sous le poids de souffrances indescriptibles. Qui est leur bourreau? Je vous laisse le soin de deviner. La réponse est multiple. On n’est malheureusement pas à cours d’idées. Reste que le Mal a rarement, à notre époque, était aussi bien représenté dans une expression puissante et bouleversante. Et le travail de sculpture est extraordinaire: les chairs, les attitudes, les sensations… Tout est dit, en si peu de matière.

Hélène Loussier, Galerie Grès (rue du Pont Louis-Philippe).

Cette Galerie est consacrée à la céramique contemporaine. J’y suis assez fidèle quand je me retrouve parisienne pour 2 ou 3 jours! Cette fois, je voulais voir les figurines de faïence d’Hélène Loussier. Drôles de petits personnages mi-humains mi-végétaux (ou animaux), vivants à souhait, dansants, expressifs, bien plantés sur leurs jambes (pattes, tiges?), ils semblent sortis d’un livre de contes. Ils sont doux et clairs, à peine colorés. On les aimerait comme doudous!

Le Consortium, Dijon

Après le premier confinement 2020, Le Consortium, rue de Longvic à Dijon (pardon! Consortium Museum, doit-on dire maintenant!) exposa Valentin Carron, Sean Landers, Ada Pendleton et Louise Sartor. (vous pouvez agrandir les visuels en cliquant dessus)

C’était ma première sortie expo dans ce post-confinement! Je me sentais toute chose! Direction Le Consortium!

Apparemment, on est toujours dans le grand retour de la peinture en art contemporain. Et de la peinture figurative à souhait. Réaliste. Jusqu’au trompe-l’œil. Ici, sur 4 artistes exposés, deux sont des peintres.

Les salles de l’américain Sean Landers (né en 1962) sont plutôt séduisantes. Un monde étrange, drôle, souvent proche du Surréalisme. On circule aisément dans cet univers d’artiste, cohérent dans son expression. En fait, il s’agit en permanence de lui! L’artiste! L’expo est un portrait géant de Sean Landers! L’écriture, d’abord. Très présente dans son travail. Elle le raconte, sous forme de journal, de notes, de sentences, de citations…Tout cela peint avec réalisme (bibliothèques, panneaux indicateurs, toiles couvertes de lettres, fonds de tableaux, forêts de bouleaux à l’écorce gravée de noms et de mots…).

Le personnage de « Plankboy », ensuite. Petite marionnettes faite de planches de bois plus ou moins articulées. Enfantin, modeste, mais jouant les héros de la mythologie (Narcisse, Sisyphe…) il pourrait incarner l’artiste lui-même.

Et puis, il y a ces animaux sauvages habillés de tissus écossais! Loufoques mais beaux et puissants. Eux aussi pourraient incarner l’artiste!

La douce fantaisie de l’univers de Sean Landers, sa réalité pas vraiment réelle, son imaginaire à la Magritte…Tout cela n’est pas fait pour me déplaire. Seules choses qui pourraient m’agacer, c’est cette façon permanente de se mettre en scène, comme s’il n’y avait rien d’autre d’important ici-bas, et sa technique picturale irréprochable (qui, pour moi, n’est pas un critère suffisant pour être considéré comme un grand artiste)…

Louise Sartor, française née en 1988, est la deuxième peintre de cette nouvelle expo au Consortium.

Des séries de tout petits formats courent sur les grandes blancheurs des murs du centre d’art. Les peintures de l’artiste, minutieusement réalistes, sont réalisées sur des morceaux de carton de récupération. Contraste entre le quelconque de ces supports et l’extrême perfection de ces peintures…Paysages et portraits tout ce qu’il y a de plus classique, mais en mini! A la taille de nos écrans d’iPhones!

Ces petits bouts de réalité, comme une collections de coups d’œil éphémères ou au contraire de regards répétés au quotidien (avec les différences que cela implique malgré le retour éventuel de la même vision), entrent dans le côté émotionnel de l’art. Même si ça peut être considéré comme « juste » décoratif, je crois en la valeur de cet art-là, même si c’est un peu contradictoire avec ce que j’ai dit plus haut! Avec une technique excellente, Louis Sartor est un bon peintre! Mais pas que…..

Louise Sartor est cette année pensionnaire de la villa Médicis, Académie de France à Rome (j’espère qu’elle a pu y aller malgré le covid).

Pour les salles de Valentin Carron, artiste suisse de 43 ans, il m’aurait fallu une visite commentée. Je suis légèrement perplexe. Et ce n’est pas le texte de Frank Gautherot sur le petit livret offert à l’entrée qui va m’ouvrir les portes …. Un peu obscur pour moi!

Quand à la vidéo de Adam Pendleton, artiste américain, 36 ans, ce sont des images en très gros plan qui vous envahissent littéralement, du fait de l’exiguïté de la salle, qui se comprennent peu à peu, qui s’entrechoquent avec des mini épisodes d’écran noir…Les paroles d’un interview rythme ces images. Il s’agit du portrait du chorégraphe Kyle Abraham. Davantage documentaire qu’œuvre d’art, même si la beauté des mouvements, des matières et du rythme des mots sont intéressants (opinion d’une non-initiée à la vidéo, dans l’art contemporain!!).

Philippe Thouvenin, La Source

La Galerie La Source de Fontaine lès Dijon a accueilli l’exposition de Philippe Thouvenin « Résonances » au printemps 2020 (expo interrompue par le confinement…). Du mercredi au dimanche, 15h30-18h30. (cliquez sur les visuels pour agrandir)

Il faut du courage et de l’audace pour essayer de peindre comme les maîtres de l’art oriental. Philippe Thouvenin admire les peintres japonais. Et il tente, dans son travail, de se rapprocher de leur génie. Ce qu’il fait est formidable en technique et même en esthétique. C’est beau (on l’entend dans la bouche de tous les nombreux visiteurs). Mais, bien sûr, il manque le Qi (prononcez Tchi), c’est à dire le Souffle, qui court à travers la nature comme à travers le corps humain…L’artiste japonais cherche à saisir le Qi du paysage qu’il peint. Et, du coup, en peignant le paysage, il peint l’homme…Il cherche à saisir l’intime relation entre le macrocosme et le microcosme…Bref, c’est dur de copier l’art japonais.

Vous me direz, tout le monde se fiche du Qi ici!

Donc, c’est une belle expo. Oubliez ma réticence à me méfier de la virtuosité qui est souvent une « grande habileté peu inspirée »(Olivier Céna). Oubliez que dans l’art, pour moi, il n’est pas question seulement de tableaux ou de sculptures, mais de soi-même. « C’est soi qu’il s’agit d’éprouver » (Jérémy Liron). L’humain, quoi, et… le Qi!

Bon! L’expo remplit totalement la Galerie de peintures, sculptures et haïkus. Car Philippe Thouvenin ne travaille pas seulement l’encre et l’aquarelle, il sculpte le bois et compose des poèmes. L’inspiration est plutôt japonaise, comme je le disais. Mais il y a un peu d’Afrique aussi… Et quelques icônes…etc. Bref, une légère incohérence. Dans une expo, il ne faut pas chercher à tout montrer.

Mais certaines pièces sont vraiment belles. C’est vrai. Le nid de frelons (peinture) et le dindon (sculpture faite de 3 bois différents) sont mes préférées. J’apprécie aussi celle que j’ai choisie de mettre ci-dessus, mais j’ai oublié son titre, désolée.

Et les haïkus, c’est une bonne idée: courts, faciles à lire, en écho avec la peinture que l’œil regarde, en lien avec les deux autres éléments de l’expo (peinture et sculpture)…

Kim Kototamalune, Paris

D’abord, quelques titres de cette artiste! Pour vous amener en douceur à son univers: « L’élan des songes », « l’odeur de la lune », « portrait de l’absent », « bourgeon d’ancêtre », « pépite de souffle »…

Elle s’appelle Kim Kototamalune. Elle est vietnamienne. Elle a travaillé le textile et maintenant elle sculpte le verre. Elle en fait de la dentelle, de la broderie, des résilles, des épidermes, des membranes, des réseaux… Sans dessin préalable, sans matrice, elle chauffe, file et soude jusqu’à la forme voulue.

Et apparaît « l’invisible dans le visible », dit-elle. Et se révèle « un entre-deux », cet espace dans lequel « tous les possibles ont droit d’exister et de se concrétiser », dit-elle encore. Et elle parle de vide, d’absence, de passage d’un état à un autre, d’un ailleurs en soi, d’un langage silencieux… Elle fait le lien avec les neurosciences, la physique quantique, le Tao …

Comment dire notre ressenti après cela!?

Ces volumes cristallins, aux allures de bijoux ou de mobiliers luxueux, nous troublent. C’est certain. Comme s’ils arrivaient de l’origine du monde. Comme s’ils nous donnaient l’image de ce qu’on ne connaît pas. Comme s’ils nous montraient l’intérieur de notre corps. Comme s’ils rendaient palpables les choses de l’esprit. Comme s’ils dévoilaient les âmes…

J’ai vu exposé son travail à la Galerie parisienne Da-End, espace merveilleusement sombre et ancien (expo terminée depuis le 7 mars). Grâce à des éclairages calculés, les pièces de Kim Kototamalune nous faisaient presque entrer en méditation… Des organes grand format, posés là, au sol… Des petits organismes blottis à l’intérieur… Un cortège de tubulures, burettes, éprouvettes, ampoules (du moins c’est la référence qui m’est venue) posées sur un chemin de terre, tel un laboratoire de démiurge … Un œuf géant… Un végétal en pleine métamorphose…

L’artiste nous a dit que son projet en cours est une forêt de verre….. A suivre.

(cliquez sur les visuels pour agrandir)

Unica Zürn, Paris

le Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne, rue Cabanis à Paris (14) a accueilli une exposition de Unica Zürn. Du mercredi au dimanche, 14-19h.(vous pouvez cliquer sur les visuels ) (c’était avant le confinement!)

Comme j’ai plutôt tendance à séparer l’œuvre de son auteur (une réflexion très à la mode…et je sais que je ne suis pas suivie souvent dans cette idée), je ne vais pas m’appuyer sur la vie difficile de cette artiste allemande, plusieurs fois hospitalisée en psychiatrie et qui a fini par se suicider, pour évoquer son travail. Je sais que la personne elle-même, et sa façon de traverser l’existence, comptent pour un énorme pourcentage dans ses réalisations artistiques. Mais, en général, je me fiche quand même des origines, des raisons, des causes, des influences, des explications….Je ne m’imprègne que du résultat…

Et dans le cas de Unica Zürn, il est formidable.

Ses dessins à l’encre, avec, souvent, aquarelle ou gouache, donnent vie à des êtres fabuleux (ils sortent des fabulations de l’artiste) qui flottent dans un milieux mi-aquatique, mi-interplanétaire. Ces formes, où se mêlent humain, animal et végétal semblent tracées du bout d’une patte de mouche ou d’un cheveu. Je me demande si elle ne travaillait pas avec une loupe? Il n’y a ni épaisseur, ni consistance, ni densité dans ce qui naît sous ses doigts. Tout est transparences, toiles d’araignée, traversées, vides…Et pourtant tout est bigrement existant …

On perçoit griffes, poils, écailles, mues, épidermes, yeux, tentacules, arrêtes, museaux, pattes… On hésite entre mollusques, poissons, dragons, reptiles, félins, spermatozoïdes… ou racines et herbes… Parfois, on discerne un visage, un sein, un sexe féminin…

Etrange impression. A la fois de précision scientifique et d’imagination débridée. Le trait semble continu. Il assemble et réunit cette abondance de créatures ambiguës en une seule définition. Mais il existe aussi des micro- organismes qui ondulent, seuls, sur le papier, indépendants, telles des cellules primitives.

Malgré l’ultra finesse du dessin et l’extravagance des sujets représentés, le travail de Unica Zürn est maîtrisé, organisé, équilibré. Le graphisme est magnifique. Fascinant. Et, en outre, l’écriture, parfois, s’en mêle, court sur la feuille au côté des dessins.

Unica Zürn, d’ailleurs, était également écrivain (poèmes, romans). Elle aimait composer des anagrammes, ce qui colle bien avec ses dessins: une réalité transformée et devenue mystérieuse.

Nastia Mallet, La Source

Nastia Mallet a été l’invitée de la Galerie La Source, à Fontaine lès Dijon en février 2020. Titre de son expo: « la Flamme des choses ». . (vous cliquez sur les visuels pour agrandir)

Dans cette exposition, l’artiste a tenu à ce que le feu soit vécu comme un « réconfort ». Il avait été tant vu comme un tueur, un destructeur ou un bourreau vengeur, depuis quelques temps, dans le monde… Il est vrai que le feu est protéiforme et ambigu. Voici donc, avec Nastia Mallet, ses visages de sérénité, de purificateur, et de souffle vital…

Dès la première salle du bas, aquarelles, toiles (acrylique, pigments) et petites sculptures, on se croit devant un doux feu de cheminée où les flammes crépitent paisiblement. On oublie que les flammes sculptées sont immobiles. Pour nous, elles sont vivantes. Et la palette des peintures, orange, rouge, brun, vibre au gré de l’éclairage venu des fenêtres.

Voilà pour l’ambiance créée par la scénographie. Maintenant, approchons-nous de chaque oeuvre. Presque toujours, une structure comme une fenêtre ou une porte. On entre. Au centre, une lumière blanche nous aspire. Un côté aux couleurs plus denses consolide l’ensemble. Un côté plus vaporeux l’équilibre. Quelques griffures dans la matière nous accompagnent, tels des signes de l’artiste. Et tout, dans ces tableaux, est en mouvements vers le haut: le feu s’élève et nous élève.

Au premier étage, après une belle salle d’aquarelles, dans l’esprit de la « Flamme des choses », sont présentées les oeuvres en cire de Nastia Mallet, ainsi que quelques visages et petites « boîtes » auxquelles nous a toujours habitués l’artiste.

La cire est cette matière noire qu’utilisait les horloger-bijoutiers pour leurs moulages. L’artiste la travaille, la patine, lui insert des mini objets, la pique, la griffe, la gratte… Il se passe mille choses au creux de ces petits bas-reliefs qu’on prendrait parfois pour des pièces d’archéologie. Malheureusement, Nastia Mallet ne trouve plus nulle part cette fameuse cire!… Si jamais vous avez une idée!

D.Eustase et J.Beaslay, L’Hostellerie

L’espace d’exposition de la Chartreuse, L’Hostellerie, (parc, à côté du Puits de Moïse), à Dijon, 1 bd Chanoine Kir, a reçu au printemps 2020 (avant le confinement!) Dominique Eustase, peintre, et Jacky Beaslay, sculpteur bois. Du mercredi au dimanche, 14-17H. Une expo organisée par Itinéraires Singuliers. (vous cliquez sur les visuel pour les agrandir)

Accordéoniste vole. Maisons volent. Bras-branches. Cheveux-arbres. Douche et WC roulent. Fleur-éléphant. Poule à visage humain…..L’art de Dominique Eustase est celui de tous les possibles! De toutes les permissions! Oui, tout est permis! Temps, espace, proportions, perspectives…tout est confondu. On se promène dans nos jardins, ceux de nos rêves, de nos souvenirs, de notre enfance, de notre imagination.

Ces toiles naïves sont des contes. Drôles, joyeux (sauf exceptions), colorés, dansants… Il ne faut pas tourner les pages trop vite! S’arrêter pour se laisser conter les centaines de petites histoires racontées là. Des vraies, des fausses, des espérées, des attendues, des oubliées, des rêvées… ça foisonne et ça bouge! ça fait du bien, le naïf!

Et, mariées à ces peintures pleines d’énergie, voici les sculptures de Jacky Beaslay. Posées là, ou suspendues au-dessus de nos têtes. Brutes, humbles. Quelques vieilles planches et bouts de tôle se sont transformés entre ses mains en machines volantes insolites (on dirait du Léonard de Vinci très ingénu!), en grappes de petites maisons, en véhicules improbables, en attroupements de personnages ébahis…

Il y a aussi des « tableaux » de bois, faits d’assemblages de bric-et-de-broc, tels des bas-reliefs du plus bel effet. Je ne sais si c’est la matière utilisée, ridée et blessée par la vie, ou l’âme que lui insuffle l’artiste, mais j’ai beaucoup aimé toutes ces réalisations. C’est sans prétention, mais c’est tellement créatif…