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Galeries, Paris

10 juin 2020: Ai retrouvé Paris, après 3 mois de séparation (le fameux confinement)! Un petit tour dans la ville convalescente. Tous les musées ne sont pas ouverts. Mais pratiquement toutes les Galeries le sont, et certaines depuis un mois déjà. De ma balade, je vous livre trois ou quatre échos…(Vous pouvez agrandir les visuels en cliquant dessus)

Stéphane Couturier, Galerie Christophe Gaillard (rue Chapon), « Monumental ».

Un travail de photographe. Mais qui ne s’arrête pas à la représentation du réel. De découpages en montages, de superpositions en entrelacements, de rapprochements en éloignements et accumulations, ce plasticien entraîne chez nous à la fois une réflexion et un plaisir esthétique. Devant nous, des architectures. Des villes. Des immeubles. Et, tout en nous intéressant à la problématique de l’urbanisme, il nous met face à des graphismes et des géométries qui nous évoqueraient aussi bien un Mondrian qu’une peinture cubiste…

Marc Petit, Galerie Schwab (rue Quincampoix) Cette galerie, même après l’expo, conserve des oeuvres de M. Petit. A voir.

Ce sculpteur expose ses bronzes depuis 35 ans… Extrêmement prolifique, il donne naissance à des milliers d’êtres torturés, maladifs, décharnés, martyrisés, crucifiés, seuls, abandonnés. Une humanité victime, qui se courbe sous le poids de souffrances indescriptibles. Qui est leur bourreau? Je vous laisse le soin de deviner. La réponse est multiple. On n’est malheureusement pas à cours d’idées. Reste que le Mal a rarement, à notre époque, était aussi bien représenté dans une expression puissante et bouleversante. Et le travail de sculpture est extraordinaire: les chairs, les attitudes, les sensations… Tout est dit, en si peu de matière.

Hélène Loussier, Galerie Grès (rue du Pont Louis-Philippe).

Cette Galerie est consacrée à la céramique contemporaine. J’y suis assez fidèle quand je me retrouve parisienne pour 2 ou 3 jours! Cette fois, je voulais voir les figurines de faïence d’Hélène Loussier. Drôles de petits personnages mi-humains mi-végétaux (ou animaux), vivants à souhait, dansants, expressifs, bien plantés sur leurs jambes (pattes, tiges?), ils semblent sortis d’un livre de contes. Ils sont doux et clairs, à peine colorés. On les aimerait comme doudous!

Le Consortium, Dijon

Après le premier confinement 2020, Le Consortium, rue de Longvic à Dijon (pardon! Consortium Museum, doit-on dire maintenant!) exposa Valentin Carron, Sean Landers, Ada Pendleton et Louise Sartor. (vous pouvez agrandir les visuels en cliquant dessus)

C’était ma première sortie expo dans ce post-confinement! Je me sentais toute chose! Direction Le Consortium!

Apparemment, on est toujours dans le grand retour de la peinture en art contemporain. Et de la peinture figurative à souhait. Réaliste. Jusqu’au trompe-l’œil. Ici, sur 4 artistes exposés, deux sont des peintres.

Les salles de l’américain Sean Landers (né en 1962) sont plutôt séduisantes. Un monde étrange, drôle, souvent proche du Surréalisme. On circule aisément dans cet univers d’artiste, cohérent dans son expression. En fait, il s’agit en permanence de lui! L’artiste! L’expo est un portrait géant de Sean Landers! L’écriture, d’abord. Très présente dans son travail. Elle le raconte, sous forme de journal, de notes, de sentences, de citations…Tout cela peint avec réalisme (bibliothèques, panneaux indicateurs, toiles couvertes de lettres, fonds de tableaux, forêts de bouleaux à l’écorce gravée de noms et de mots…).

Le personnage de « Plankboy », ensuite. Petite marionnettes faite de planches de bois plus ou moins articulées. Enfantin, modeste, mais jouant les héros de la mythologie (Narcisse, Sisyphe…) il pourrait incarner l’artiste lui-même.

Et puis, il y a ces animaux sauvages habillés de tissus écossais! Loufoques mais beaux et puissants. Eux aussi pourraient incarner l’artiste!

La douce fantaisie de l’univers de Sean Landers, sa réalité pas vraiment réelle, son imaginaire à la Magritte…Tout cela n’est pas fait pour me déplaire. Seules choses qui pourraient m’agacer, c’est cette façon permanente de se mettre en scène, comme s’il n’y avait rien d’autre d’important ici-bas, et sa technique picturale irréprochable (qui, pour moi, n’est pas un critère suffisant pour être considéré comme un grand artiste)…

Louise Sartor, française née en 1988, est la deuxième peintre de cette nouvelle expo au Consortium.

Des séries de tout petits formats courent sur les grandes blancheurs des murs du centre d’art. Les peintures de l’artiste, minutieusement réalistes, sont réalisées sur des morceaux de carton de récupération. Contraste entre le quelconque de ces supports et l’extrême perfection de ces peintures…Paysages et portraits tout ce qu’il y a de plus classique, mais en mini! A la taille de nos écrans d’iPhones!

Ces petits bouts de réalité, comme une collections de coups d’œil éphémères ou au contraire de regards répétés au quotidien (avec les différences que cela implique malgré le retour éventuel de la même vision), entrent dans le côté émotionnel de l’art. Même si ça peut être considéré comme « juste » décoratif, je crois en la valeur de cet art-là, même si c’est un peu contradictoire avec ce que j’ai dit plus haut! Avec une technique excellente, Louis Sartor est un bon peintre! Mais pas que…..

Louise Sartor est cette année pensionnaire de la villa Médicis, Académie de France à Rome (j’espère qu’elle a pu y aller malgré le covid).

Pour les salles de Valentin Carron, artiste suisse de 43 ans, il m’aurait fallu une visite commentée. Je suis légèrement perplexe. Et ce n’est pas le texte de Frank Gautherot sur le petit livret offert à l’entrée qui va m’ouvrir les portes …. Un peu obscur pour moi!

Quand à la vidéo de Adam Pendleton, artiste américain, 36 ans, ce sont des images en très gros plan qui vous envahissent littéralement, du fait de l’exiguïté de la salle, qui se comprennent peu à peu, qui s’entrechoquent avec des mini épisodes d’écran noir…Les paroles d’un interview rythme ces images. Il s’agit du portrait du chorégraphe Kyle Abraham. Davantage documentaire qu’œuvre d’art, même si la beauté des mouvements, des matières et du rythme des mots sont intéressants (opinion d’une non-initiée à la vidéo, dans l’art contemporain!!).

Philippe Thouvenin, La Source

La Galerie La Source de Fontaine lès Dijon a accueilli l’exposition de Philippe Thouvenin « Résonances » au printemps 2020 (expo interrompue par le confinement…). Du mercredi au dimanche, 15h30-18h30. (cliquez sur les visuels pour agrandir)

Il faut du courage et de l’audace pour essayer de peindre comme les maîtres de l’art oriental. Philippe Thouvenin admire les peintres japonais. Et il tente, dans son travail, de se rapprocher de leur génie. Ce qu’il fait est formidable en technique et même en esthétique. C’est beau (on l’entend dans la bouche de tous les nombreux visiteurs). Mais, bien sûr, il manque le Qi (prononcez Tchi), c’est à dire le Souffle, qui court à travers la nature comme à travers le corps humain…L’artiste japonais cherche à saisir le Qi du paysage qu’il peint. Et, du coup, en peignant le paysage, il peint l’homme…Il cherche à saisir l’intime relation entre le macrocosme et le microcosme…Bref, c’est dur de copier l’art japonais.

Vous me direz, tout le monde se fiche du Qi ici!

Donc, c’est une belle expo. Oubliez ma réticence à me méfier de la virtuosité qui est souvent une « grande habileté peu inspirée »(Olivier Céna). Oubliez que dans l’art, pour moi, il n’est pas question seulement de tableaux ou de sculptures, mais de soi-même. « C’est soi qu’il s’agit d’éprouver » (Jérémy Liron). L’humain, quoi, et… le Qi!

Bon! L’expo remplit totalement la Galerie de peintures, sculptures et haïkus. Car Philippe Thouvenin ne travaille pas seulement l’encre et l’aquarelle, il sculpte le bois et compose des poèmes. L’inspiration est plutôt japonaise, comme je le disais. Mais il y a un peu d’Afrique aussi… Et quelques icônes…etc. Bref, une légère incohérence. Dans une expo, il ne faut pas chercher à tout montrer.

Mais certaines pièces sont vraiment belles. C’est vrai. Le nid de frelons (peinture) et le dindon (sculpture faite de 3 bois différents) sont mes préférées. J’apprécie aussi celle que j’ai choisie de mettre ci-dessus, mais j’ai oublié son titre, désolée.

Et les haïkus, c’est une bonne idée: courts, faciles à lire, en écho avec la peinture que l’œil regarde, en lien avec les deux autres éléments de l’expo (peinture et sculpture)…

Kim Kototamalune, Paris

D’abord, quelques titres de cette artiste! Pour vous amener en douceur à son univers: « L’élan des songes », « l’odeur de la lune », « portrait de l’absent », « bourgeon d’ancêtre », « pépite de souffle »…

Elle s’appelle Kim Kototamalune. Elle est vietnamienne. Elle a travaillé le textile et maintenant elle sculpte le verre. Elle en fait de la dentelle, de la broderie, des résilles, des épidermes, des membranes, des réseaux… Sans dessin préalable, sans matrice, elle chauffe, file et soude jusqu’à la forme voulue.

Et apparaît « l’invisible dans le visible », dit-elle. Et se révèle « un entre-deux », cet espace dans lequel « tous les possibles ont droit d’exister et de se concrétiser », dit-elle encore. Et elle parle de vide, d’absence, de passage d’un état à un autre, d’un ailleurs en soi, d’un langage silencieux… Elle fait le lien avec les neurosciences, la physique quantique, le Tao …

Comment dire notre ressenti après cela!?

Ces volumes cristallins, aux allures de bijoux ou de mobiliers luxueux, nous troublent. C’est certain. Comme s’ils arrivaient de l’origine du monde. Comme s’ils nous donnaient l’image de ce qu’on ne connaît pas. Comme s’ils nous montraient l’intérieur de notre corps. Comme s’ils rendaient palpables les choses de l’esprit. Comme s’ils dévoilaient les âmes…

J’ai vu exposé son travail à la Galerie parisienne Da-End, espace merveilleusement sombre et ancien (expo terminée depuis le 7 mars). Grâce à des éclairages calculés, les pièces de Kim Kototamalune nous faisaient presque entrer en méditation… Des organes grand format, posés là, au sol… Des petits organismes blottis à l’intérieur… Un cortège de tubulures, burettes, éprouvettes, ampoules (du moins c’est la référence qui m’est venue) posées sur un chemin de terre, tel un laboratoire de démiurge … Un œuf géant… Un végétal en pleine métamorphose…

L’artiste nous a dit que son projet en cours est une forêt de verre….. A suivre.

(cliquez sur les visuels pour agrandir)

Unica Zürn, Paris

le Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne, rue Cabanis à Paris (14) a accueilli une exposition de Unica Zürn. Du mercredi au dimanche, 14-19h.(vous pouvez cliquer sur les visuels ) (c’était avant le confinement!)

Comme j’ai plutôt tendance à séparer l’œuvre de son auteur (une réflexion très à la mode…et je sais que je ne suis pas suivie souvent dans cette idée), je ne vais pas m’appuyer sur la vie difficile de cette artiste allemande, plusieurs fois hospitalisée en psychiatrie et qui a fini par se suicider, pour évoquer son travail. Je sais que la personne elle-même, et sa façon de traverser l’existence, comptent pour un énorme pourcentage dans ses réalisations artistiques. Mais, en général, je me fiche quand même des origines, des raisons, des causes, des influences, des explications….Je ne m’imprègne que du résultat…

Et dans le cas de Unica Zürn, il est formidable.

Ses dessins à l’encre, avec, souvent, aquarelle ou gouache, donnent vie à des êtres fabuleux (ils sortent des fabulations de l’artiste) qui flottent dans un milieux mi-aquatique, mi-interplanétaire. Ces formes, où se mêlent humain, animal et végétal semblent tracées du bout d’une patte de mouche ou d’un cheveu. Je me demande si elle ne travaillait pas avec une loupe? Il n’y a ni épaisseur, ni consistance, ni densité dans ce qui naît sous ses doigts. Tout est transparences, toiles d’araignée, traversées, vides…Et pourtant tout est bigrement existant …

On perçoit griffes, poils, écailles, mues, épidermes, yeux, tentacules, arrêtes, museaux, pattes… On hésite entre mollusques, poissons, dragons, reptiles, félins, spermatozoïdes… ou racines et herbes… Parfois, on discerne un visage, un sein, un sexe féminin…

Etrange impression. A la fois de précision scientifique et d’imagination débridée. Le trait semble continu. Il assemble et réunit cette abondance de créatures ambiguës en une seule définition. Mais il existe aussi des micro- organismes qui ondulent, seuls, sur le papier, indépendants, telles des cellules primitives.

Malgré l’ultra finesse du dessin et l’extravagance des sujets représentés, le travail de Unica Zürn est maîtrisé, organisé, équilibré. Le graphisme est magnifique. Fascinant. Et, en outre, l’écriture, parfois, s’en mêle, court sur la feuille au côté des dessins.

Unica Zürn, d’ailleurs, était également écrivain (poèmes, romans). Elle aimait composer des anagrammes, ce qui colle bien avec ses dessins: une réalité transformée et devenue mystérieuse.

Nastia Mallet, La Source

Nastia Mallet a été l’invitée de la Galerie La Source, à Fontaine lès Dijon en février 2020. Titre de son expo: « la Flamme des choses ». . (vous cliquez sur les visuels pour agrandir)

Dans cette exposition, l’artiste a tenu à ce que le feu soit vécu comme un « réconfort ». Il avait été tant vu comme un tueur, un destructeur ou un bourreau vengeur, depuis quelques temps, dans le monde… Il est vrai que le feu est protéiforme et ambigu. Voici donc, avec Nastia Mallet, ses visages de sérénité, de purificateur, et de souffle vital…

Dès la première salle du bas, aquarelles, toiles (acrylique, pigments) et petites sculptures, on se croit devant un doux feu de cheminée où les flammes crépitent paisiblement. On oublie que les flammes sculptées sont immobiles. Pour nous, elles sont vivantes. Et la palette des peintures, orange, rouge, brun, vibre au gré de l’éclairage venu des fenêtres.

Voilà pour l’ambiance créée par la scénographie. Maintenant, approchons-nous de chaque oeuvre. Presque toujours, une structure comme une fenêtre ou une porte. On entre. Au centre, une lumière blanche nous aspire. Un côté aux couleurs plus denses consolide l’ensemble. Un côté plus vaporeux l’équilibre. Quelques griffures dans la matière nous accompagnent, tels des signes de l’artiste. Et tout, dans ces tableaux, est en mouvements vers le haut: le feu s’élève et nous élève.

Au premier étage, après une belle salle d’aquarelles, dans l’esprit de la « Flamme des choses », sont présentées les oeuvres en cire de Nastia Mallet, ainsi que quelques visages et petites « boîtes » auxquelles nous a toujours habitués l’artiste.

La cire est cette matière noire qu’utilisait les horloger-bijoutiers pour leurs moulages. L’artiste la travaille, la patine, lui insert des mini objets, la pique, la griffe, la gratte… Il se passe mille choses au creux de ces petits bas-reliefs qu’on prendrait parfois pour des pièces d’archéologie. Malheureusement, Nastia Mallet ne trouve plus nulle part cette fameuse cire!… Si jamais vous avez une idée!

D.Eustase et J.Beaslay, L’Hostellerie

L’espace d’exposition de la Chartreuse, L’Hostellerie, (parc, à côté du Puits de Moïse), à Dijon, 1 bd Chanoine Kir, a reçu au printemps 2020 (avant le confinement!) Dominique Eustase, peintre, et Jacky Beaslay, sculpteur bois. Du mercredi au dimanche, 14-17H. Une expo organisée par Itinéraires Singuliers. (vous cliquez sur les visuel pour les agrandir)

Accordéoniste vole. Maisons volent. Bras-branches. Cheveux-arbres. Douche et WC roulent. Fleur-éléphant. Poule à visage humain…..L’art de Dominique Eustase est celui de tous les possibles! De toutes les permissions! Oui, tout est permis! Temps, espace, proportions, perspectives…tout est confondu. On se promène dans nos jardins, ceux de nos rêves, de nos souvenirs, de notre enfance, de notre imagination.

Ces toiles naïves sont des contes. Drôles, joyeux (sauf exceptions), colorés, dansants… Il ne faut pas tourner les pages trop vite! S’arrêter pour se laisser conter les centaines de petites histoires racontées là. Des vraies, des fausses, des espérées, des attendues, des oubliées, des rêvées… ça foisonne et ça bouge! ça fait du bien, le naïf!

Et, mariées à ces peintures pleines d’énergie, voici les sculptures de Jacky Beaslay. Posées là, ou suspendues au-dessus de nos têtes. Brutes, humbles. Quelques vieilles planches et bouts de tôle se sont transformés entre ses mains en machines volantes insolites (on dirait du Léonard de Vinci très ingénu!), en grappes de petites maisons, en véhicules improbables, en attroupements de personnages ébahis…

Il y a aussi des « tableaux » de bois, faits d’assemblages de bric-et-de-broc, tels des bas-reliefs du plus bel effet. Je ne sais si c’est la matière utilisée, ridée et blessée par la vie, ou l’âme que lui insuffle l’artiste, mais j’ai beaucoup aimé toutes ces réalisations. C’est sans prétention, mais c’est tellement créatif…

Farah Atassi, Consortium

Farah Atassi a exposé au Consortium de Dijon, 37 rue de Longvic, fin d’hiver 2020 . (vous pouvez agrandir les visuels en cliquant dessus). J’ai écrit aussi sur ce blog un article sur Appriou, au Consortium en même temps.

Le blog de Lunettes Rouges a consacré un papier à Farah Atassi! A lire, bien sûr! https://www.lemonde.fr/blog/lunettesrouges/2019/12/06/jeux-de-scenes-farah-atassi/

Farah Atassi fait partie de la jeune génération des peintres. Et sa présence au Consortium nous remplit de joie! Nous voilà devant des grands formats à la palette vive et gaie. Aux sujets classiques, femmes assises, modèle d’atelier, instruments de musique. Aux formes géométriques. Aux représentations figuratives, même si la ligne est cassée façon cubisme. Bref, nous sommes en terrain connu! Pas de dérangement, pas d’interrogation, pas de frustration! De quoi nous réjouir dans une expo d’art contemporain! Quel repos!!!!

Tout cela n’empêche pas et la modernité du travail de l’artiste et la personnalité très marquée de celle-ci et des réflexions engendrées par ce travail.

C’est bien spécifique à Farah Atassi, ces fonds décoratifs géométriques tels des papiers peints des années 60, ces rayures et festons qui semblent découpés-collés. C’est bien à elle, ces personnages déstructurés à la Picasso (on retrouve même la femme picassienne dans un rocking-chair!). C’est bien à elle cette façon de confondre objets et formes humaines.

Et toujours, chez Farah Atassi, cette construction ordonnée, un peu rigide, d’un espace où vont venir se placer personnages et objets. Ils s’imbriquent les uns dans les autres, ou glissent à la surface en jouant avec les motifs du fond. Un beau jeu de construction. Notre regard est mis à l’épreuve, il essaie de démêler l’écheveau des lignes et d’en extraire une guitare, un téléphone, un meuble, un ballon, un homme…Tout en se disant que si l’artiste les a ainsi entortillés les uns dans les autres, ce n’est pas involontaire…

Avec elle, on est entre l’album à colorier et le tableau des maîtres Picasso ou Léger, complètement assumés. Entre le ludique et la référence aux grands artistes du passé (j’ai même pensé à Matisse pour ses papiers découpés). Entre une platitude apparente et une richesse sous-jacente. Une peinture ambiguë qui vaut la visite!

J’ai beaucoup aimé l’analyse ci-dessous

https://next.liberation.fr/arts/2020/01/06/farah-atassi-par-ici-l-assorti_1771813

Christian Boltanski, Beaubourg

Au printemps 2020 (avant le confinement) Christian Boltanski a « habité » le Centre Pompidou! Une grandiose rétrospective de ses oeuvres y était présentée: « Faire son temps ».

Une vraie rétrospective, puisqu’on retrouve les principales oeuvres de sa carrière d’artiste, remises en scène pour l’occasion. Et ces différentes installations sont réunies à la manière d’une seule et même oeuvre. « Faire son temps » est une oeuvre en elle-même. Construite comme un parcours, d’un « Départ » à une « Arrivée » (deux portiques en néons colorés pour entrée et sortie, pour naissance et mort).

D’un bout à l’autre, Christian Boltanski vous rappelle inlassablement que vous êtes mortel, que la vie n’est qu’un passage, que le temps s’écoule inexorablement etc.

Mais, quelle magnifique façon de vous le rabâcher! Vous êtes au spectacle. Non! Même pas! Vous êtes acteur, vous vivez chaque mise en scène de l’intérieur. Vous marchez dans la pénombre permanente, et vous entrez dans des sanctuaires, vous vous laissez frôler par des voiles fantômes, vous vous recueillez dans la maison des âmes errantes, vous vous arrêtez devant des reliquaires ou des autels…

Dit comme ça, on pourrait penser à un jeu vidéo! Au manoir hanté! Loin de moi cette idée! Le travail de Christian Boltanski est bien au-dessus de ça. Tout est évocation. Suggestion. Allusion. Création. C’est l’art du théâtre.

Les deux principaux moyens utilisés par l’artiste sont -1- l’accumulation et -2- le jeu de l’absence ou du flouté.

-1- La collection est chez lui chose courante. Il collectionne entre autre, les photos anciennes, uniquement des portraits. Par milliers. Et ils sont tous là: présences émouvantes, obsédantes.

Il entasse aussi des boîtes de gâteaux secs en fer rouillé: murs de boîtes, cités de boîtes, monuments de boîtes. Il réitère également sa montagne de vêtements (ex expo au Grand Palais). Il place des centaines de petites lampes, veilleuses sacrées… L’accumulation et la répétition ont une force.

-2- Les images des personnes décédées sont imprimées (ou projetée) sur rideaux blancs, ou sur voilages, ou sur tentures en lanières. Des êtres irréels, flous, flottants…

Les vêtements sont vides, même si certains parlent d’une voix d’outre tombe. Les miroirs sont noirs, ne reflétant aucune image. Les tableaux représentant des portraits sont cachés sous des tissus de deuil, qui se soulèvent timidement au gré d’un courant d’air. Ambiance funèbre. Mais objectif atteint: on est saisis.

Cependant, le côté joueur de Christian Boltanski est présent aussi dans cette exposition. Quand il nous raconte ses installations in situ, sous forme de vidéos (importance du son et même des odeurs!): ses clochettes dans le désert de Atacama ou ses trompes à chants de baleines en Patagonie, par exemple. Ou quand il nous fait sourire avec son petit théâtre d’ombres.

Jean-Michel Pouzet, La Source

En janvier 2020, le plasticien photographe Jean-Michel Pouzet exposa à la Galerie La Source: « séries surjectives ». Fontaine-lès-Dijon. Du mercredi au dimanche, 15h30-18h30.

Un titre, deux images et un texte… C’est UN tout. C’est une oeuvre. Et ça revient dix fois! Dix oeuvres de Jean-Michel Pouzet! Il les appelles des séries. C’est à La Source. Une expo photos hors habitudes! Un travail très intéressant.

Les photos? Grands formats et grands applats de couleurs vives, effets de matière et éclats de lumières. Des fragments d’objets, photographiés en très gros plan, sous un soleil de midi et toujours (l’artiste y tient) sur fond de ciel bleu. On a là des ballons de jeux d’enfants, un fond de bateau, une benne à verres… Mais qu’importe. On ne reconnaît pas la chose. La réalité n’existe plus. On est passé de l’autre côté du miroir. L’art a joué son rôle de transposer, de transformer, de changer le regard, de perturber, de faire basculer…

Le texte? Il forme un duo avec les photos. Une « combinaison du visuel et du verbal » disait Wright Morris, écrivain-photographe américain. Jean Michel Pouzet écrit des petites fables, qui, comme ses images, parlent de choses réelles mais en les détournant. Elles sont allégories ou symboles. Légères, drôles, courtes, poétiques…elles disent notre monde contemporain. Elles ont des allures de contes, de petites scènes de théâtre ou de sketchs.

Ne cherchez pas une légende aux photos! Un commentaire! Une explication! Le texte qui côtoie les deux visuels se marie à eux mais sur un autre niveau. Je vous conseille (si vous le pouvez, sans déranger!) de le lire à voix haute. Et mettez-y le ton! Vous verrez se détacher le sens de l’oeuvre tout simplement!

L’artiste photographe a d’ailleurs enregistré des acteurs qui lisent ses textes (à écouter en utilisant les QRcodes sur le smartphone, demandez le papier à la Galerie).