A Paris, au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, début d’été 2021, l’exposition « Ex Africa. Présences africaines dans l’art d’aujourd’hui »
Pour le jour de réouverture des musées (entre autres!!), ce 19 mai, j’ai choisi d’aller voir à Paris l’exposition « Ex Africa », dont le commissaire est Philippe Dagen, critique d’art (chronique dans Le Monde) et professeur d’histoire de l’art. Captivante!
Pas question de passer comme une écervelée dans cette expo! Le parcours me mène d’émotions en réflexions, et de plaisirs esthétiques en méditations intellectuelles! ça se bouscule un peu dans ma tête!
Dans notre Histoire, l’art africain ancien a d’abord été jugé « primitif », ridicule et grossier. Puis, il aurait inspiré les artistes occidentaux qui se seraient adonnés au « primitivisme » (Gauguin, Matisse, Picasso etc). Et plus tard encore, il a été récupéré par le commerce et l’industrie, considéré comme adorablement exotique, décoratif et chic! Dans tous les cas, on est loin de son caractère sacré, social, religieux… Picasso, lui, d’après monsieur Dagen, a été un des premiers à ressentir une force émotionnelle dans l’art africain.
Théo Mercier
Les artistes actuels, et en particulier les africains, reprennent ces idées à travers leurs oeuvres, ou réinterprètent les formes de l’art ancien, ou insufflent une nouvelle vie à leur art, correspondant à l’actualité et à la modernité, tout en restant fidèles à leur culture passée. Ils abordent aussi à leur façon des sujets tels que l’esclavage, la restitution des oeuvres d’art, les migrants … Parfois durement, parfois avec ironie, parfois avec un sourire attendri, parfois avec forte émotion…
Steve Bandoma
Les œuvres d’une trentaine d’artistes africains et occidentaux composent cette grande expo. Citons Basquiat, Annette Messager, Bertrand Lavier, Théo Mercier, ORLAN, Romuald Hazoumè, Myriam Mihindou, Stève Bandoma etc.
L’été 2021, la Galerie Templon au Grenier st-Lazare (3ème), à Paris, accueillait une exposition de Gérard Garouste: « Correspondances ». Du mardi au samedi. 10-19h.
Les « correspondances » en question sont celles qui existent entre Gérard Garouste et Kafka (il avait déjà travaillé à partir de l’oeuvre d’autres écrivains, ses maîtres, comme Cervantès ou Rabelais) et entre Ouaknin, philosophe, et Gérard Garouste. (Voir la vidéo en fin d’expo).
Même sans identifier toutes les allégories, les mythes, les légendes et toutes les allusions à une oeuvre ou à un auteur, on peut se laisser séduire par la peinture de monsieur Garouste! Ce délire de couleurs, de danses du pinceau, de formes démantibulées, de chocs des images…C’est jouissif!
Donc, même sans connaître les Livres Sacrés dont l’art de Gérard Garouste est rempli, je crois qu’on peut entrer de plein pied dans les peintures de l’artiste, se laisser conter des histoires aussi inquiétantes qu’amusantes! On sent intuitivement que se mêlent allégrement réalité et fantastique, que se superposent les époques, que sont brassés les symboles, les personnages mythiques, les animaux de légende…
Beaucoup de choses nous échappent, certes! Nous n’avons pas la culture judaïque (et au-delà) de monsieur Garouste! Mais la virtuosité de sa peinture, elle, nous laisse pantois et admiratifs! Il a le geste pictural vif et passionné, le don de raconter , de faire vivre et revivre…autrement, souvent dans un miroir déformant!
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A la Galerie Marian Goodman, rue du Temple, à Paris, s’est tenue une exposition de Christian Bolanski,
Au rez-de-chaussée, quelques chariots métalliques à roulettes vous accueillent, remplis de gros tas de tissu blanc froissé. Des masses de draps blancs qui gonflent et débordent, évoquant vaguement des corps couchés ou assis. Au-dessus, tombant du plafond, quelques néons diffusent une lumière horriblement blanche et froide.
Pas de doute, le visiteur est immédiatement plongé dans un univers de maladie, de souffrance et de mort, doublé d’une angoissante impression de saturation, d’engorgement…
Est-ce que nous sommes à ce point obsédés par la situation sanitaire actuelle…? Ou est-ce que l’artiste a bien réussi son coup? L’œuvre d’art suggère au premier regard cette sensation d’être dans un hôpital submergé par des malades gravement atteints, dans une file d’attente aux urgences…
L’artiste dit qu’il ne souhaite pas forcément que nous « comprenions », mais que nous « ressentions que quelque chose a eu lieu ». C’est exactement cela. Mission essentielle de l’art!
C. Boltanski aurait réalisé ce travail au cours du premier confinement, au printemps 2020. Je le crois. (Même si des œuvres plus anciennes qui se nommaient « Les Linges » existent et se rapprochent de cette idée-là).
Le malaise du visiteur s’accroît quand il réalise que des visages d’enfants apparaissent par moments, en de très fugaces visions, sur les murs de la salle. Des projections qui ne durent qu’un dixième de seconde… Fantomatique… Toujours ces disparus qui hantent nos esprits… Boltanski fidèle à lui-même!
Au sous-sol, des vidéos projetées sur de grands rideaux, montrent des images de bonheur facile, fabriqué, un peu faux… genre clichés. Mais s’y intercalent des images d’évènements violents ou douloureux. Et sont posés là, aussi, des sortes de vitrines sur pied, bourrées de tissu froissé (comme on a vu là-haut). Évocation de cercueils…
A la Galerie Backslash, à Paris, j’ai découvert ce jeune artiste, Maxime Duveau. L’exposition était en janvier 2021, mais vous pouvez vous intéresser à lui par Internet.
Ses photos de cités sont un point de départ. Pour le travail vu dans cette Galerie, le sujet est station-service et maisons de banlieue. En noir et blanc.
Et le processus créatif, ensuite….Passionnant! Maxime Duveau intervient beaucoup! Je vous donne dans le désordre! Pas sûr d’avoir tout bien suivi! (Mais dans ce cas-là, la technique détaillée ne compte pas trop pour moi!) L’artiste dessine au fusain à partir de la photo, photographie le dessin, découpe, scotche, reporte, enlève le scotche, reproduit par la sérigraphie ou le tampon encre de Chine! etc. etc.
Un sublime travail de plasticien comme je les aime! Il va et vient, triture, cache, mêle, transforme, répète… et aboutit à des images urbaines où l’œil se perd, se trompe, s’interroge. Quelle ville? Il est question de Los Angeles et de Conflans-Ste-Honorine, mais mélangées! Allez vous y retrouver! (C’est tant mieux!)
Et, réalité ou souvenir? Les images sont comme effacées peu à peu. Grattées, gommées, barbouillées de noir… Elles nous échappent. Comme une mémoire qui se dégrade. Bientôt, le réel devient abstrait. On avait vu un bâtiment, et il a disparu… N’en reste que le spectre… Peu de choses à quoi se raccrocher. Peu de repères concrets. (Là aussi c’est tant mieux!!)
Et on nous donne à voir des répétitions, des séries qui augmentent encore notre confusion! On radote! Et voilà que la cité est envahie par du végétal. Inquiétant…Et on nous montre l’image en positif puis en négatif…De quoi nous troubler encore!
J’aime cette façon de décomposer les images, de détruire la vision du réel, de la sublimer, de l’épurer, de la faire changer de monde.
Et je suis séduite par le jeu habile des noirs et blancs de Maxime Duveau. De superbes contrastes, forts ou estompés. Le cheminement, parti de la photo noir-et-blanc, mène à une œuvre faite de noirs et de blancs superbes comme on en voit en gravure ou en calligraphie.
La Galerie Grès, au 9 de la rue du Pont-Louis-Philipe, à Paris, a accueilli Brigitte Méniger en janvier 2021
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La sculptrice céramiste Brigitte Méniger se fait dessinatrice et peintre. Sur des petites briques devenue grandes, elle trace des scènes et raconte des histoires.
Ses blocs de terre émaillée évoquent des briques, oui. Mais aussi des stèles, des bornes, des tablettes (pas Samsung!! Mais plutôt dans le sens Tables de la Loi ou Pierre de Rosette!). Bref, des supports qu’elle utilise pour dire, crier, aimer, rencontrer, regarder, lutter… Son trait de graphiste est généreux, sa gestuelle énergique et dynamique. Ses lignes vont aussi vite que la vie. Le mouvement est permanent dans la représentation de ses personnages.
Les « briques » de Brigitte Méniger sont peintes sur toutes les faces. Il faut tourner autour. Les lire comme des livres (d’ailleurs, je les imagine rangées dans une bibliothèque à côté de nos gros bouquins préférés!). Son dessin vigoureux me fait penser à celui de l’artiste Céline Emorine (elle est dans ma blogoliste). Mais, ici, il est sur un volume, ce qui lui communique une autre dimension. La matière, aussi, (terre et émaux), change la donne.
Et la couleur a largement son mot à dire chez Brigitte Méniger: des écrus, des rouges baiser, des vieux roses, des jaunes pâles, des gris, des verts céladon…Elle participe amplement à l’expression, aux côtés du graphisme.
La Galerie Schwab Beaubourg, à Paris, en janvier 2021 a proposé une exposition du peintre bosniaque Safet Zec.
Que ce soit des objets familiers, des façades de maisons, des silhouettes humaines, les thèmes de Safet Zec sont toujours bouleversants.
Bien sûr, il y a la virtuosité du peintre. Admirable. L’anatomie de ces mains, par exemple, ou la perfection de ces drapés. Mais, une fois cette extraordinaire maîtrise admise, on peut se tourner vers bien d’autres qualités de l’artiste (ce qui n’est pas le cas de beaucoup de peintres réalistes pour qui seule la technique tient leur œuvre debout).
Du travail de Safet Zec se dégage une mélancolie, pour le moins. Le plus souvent, une souffrance, des tourments difficilement supportables. Ses toiles racontent des drames, des secrets de vie. Avec une palette plutôt économe et sombre, faite de couleurs de terre et de poussière, elles touchent par leur humanité humble. La seule lumière qui éclaire le plus souvent les scènes représentées, c’est le blanc. Un extraordinaire blanc fait de gris, de beiges, de bruns…Les étoffes que le peintre habille de ce blanc sont de mort ou d’amour. Linceul, tunique sensuelle ou draps froissés du lit…
Avec cet artiste, on hésite entre le sacré et le quotidien le plus modeste. Les toiles évoquent les grandes figures de la chrétienté ou de la mythologie…Mais aussi, parfois, une façade en lambeaux, un meuble, une fenêtre, une barque… Je crois que l’émotion vient de cela: est-on dans le réel ou déjà dans le souvenir ou peut-être même dans la mort? Les silhouettes disparaissent en partie dans le papier journal encollé sur la toile. Les corps flottent. Ils sont en apesanteur. Des apparitions.
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La Galerie Jeanne Bucher Jaeger, à Paris, dans le Marais, a accueilli une belle exposition monographique de Mark Tobey. . (5 rue de Saintonge, mardi au samedi 10-18h)
Mark Tobey (1890-1976) n’est pas aussi connu que Pollock ou Rothko, pionniers comme lui de l’art américain abstrait. Mais Paris, par cette rétrospective de la Galerie J.Bucher Jaeger, va vous permettre de combler (peut-être) une lacune.
Est-ce le fait que les rues de Paris étaient grises, grises, grises (dans tous les sens du terme) lors de ma visite à cette exposition « TOBEY ou not to be? »…. que j’ai tant apprécié de me retrouver happée par ces toiles?? Entraînée, ensorcelée…
Ce sont de petits et modestes formats. La plupart du temps peints à la tempera (peinture à l’œuf), belle matière dense et brillante. Et ce sont des tourbillons, des fourmillements, des émiettements, des circonvolutions, des enchevêtrements, des réseaux, des entrelacs … Qui occupent tout le champ pictural.
J’écarte vite l’impression de griffonnage frénétique et obsessionnel (que j’ai déjà vu en art brut). Je sens des signes et des lignes que je dois suivre. Je sens une effervescence inouïe de possibles. Je pénètre dans cette réalité intérieure qui s’offre à moi. Je m’approche des toiles. Je recule. M’avance à nouveau. Des puits de lumière, au milieu de ces chaos trompeurs, m’apparaissent enfin. Des soleils blancs. Et je sens le « souffle »! L’énergie! Le Qi chinois!
Et je vois ces peintures faites dans un grand mouvement libérateur et créateur. On est à la fois dans l’infiniment petit et l’infiniment grand. Les centaines de mini fragments qui couvrent les toiles de Tobey, et qui tournent jusqu’au vertige dans l’espace pictural, sont autant d’éléments qui n’attendent qu’à être rassemblés, réunis en UN TOUT. Comme l’univers avant la Création! Plein de morceaux prêts à être mis en ordre, en place, en forme…
Mark Tobey, pour tout vous dire, a étudié les écritures arabes et perses. Il a été initié à la calligraphie chinoise. Il a séjourné en monastère à Kyoto. Il s’est converti à la religion Bahaï.
Voilà! Un grand peintre. Mais si simple. Si humble. Si libre, aussi. Et qui a su utiliser l’art, pour dire les choses indicibles. (principale mission de l’art, d’ailleurs!)
François Mathey dit de la peinture de Tobey qu’ elle « exprime son souci de révéler la structure profonde des choses ».
Il y a longtemps, je faisais régulièrement des articles dans la catégorie « choix du mois ». J’avais abandonné. Aujourd’hui je reprends. Pour ce mois d’octobre 2020, j’ai choisi un bon souvenir d’expo, celle consacrée à Christo et Jeanne-Claude, au centre Pompidou, à Paris.
Je ne parlerai pas de la partie de l’exposition qui est consacrée aux monuments empaquetés par Christo et Jeanne-Claude, son épouse, et en particulier au Pont-Neuf. Excellente présentation d’ailleurs, technique, esthétique et historique (photos, maquettes, croquis, matériel etc).
Mais j’ai envie d’évoquer les premières années de Christo à Paris, après son exil de Bulgarie. Là où commencent les empaquetages d’objets, vers 1958. Cela m’a beaucoup intéressée.
surface d’empaquetage
C’est le sujet des premières (et nombreuses) salles de cette exposition. Pas très connu, et passionnant. L’artiste façonne son style, esquisse son geste qui, plus tard, prendra d’autres dimensions et deviendra l’aboutissement de son parcours.
extrait d’une surface d’empaquetage
-D’abord, les « Surfaces d’empaquetage« . Des tableaux faits de papier ou tissu énergiquement froissé, rigidifié, ficelé et parfois couvert de peinture ou parsemé de sable ou de poussière. La surface est épaisse, accidentée, mais dressée au mur, voire magnifiquement encadrée! Contraste et ambiguïté: car l’œuvre est plutôt une chose quelconque, moche et décrépite!
-Puis, les « Empaquetages » (il les regroupe en « Inventaire »). Christo emballe les objets qui lui tombent sous la main, boîtes de conserve, pots de peinture, barils, portes, chaussures, panneaux, jouets etc. Toujours avec papier ou tissu bien froissé, rigidifié par de la laque et de la peinture, entouré de ficelle. Plus tard, l’artiste choisit du papier transparent pour envelopper les objets. Le contenu se devine alors vaguement entre plis et ficelles (ce sont souvent des portraits mi-révélés, mi-dissimulés)
Enfin, il y a la période des « Vitrines ». Cette fois, Christo ne cache plus quelque chose, il empêche de voir l’intérieur. Vitres d’armoires ou devantures de magasins sont masquées de tissus.
Ce geste de l’empaquetage nous emporte vers des réflexions diverses! Peut-être le côté déménagements: on emballe les choses de sa vie pour les transporter ailleurs. (Christo est un exilé). Peut-être un acte de révolte vis à vis d’une certaine idée de l’art « beau », « propre », « chic », « neuf », « admirable »… Lui, il expose des choses à l’aspect sale, vieux, triste, pauvre…
Et l’art montre, Christo cache. Il ne nomme pas l’objet emballé. Il laisse le mystère. L’objet, en fait n’existe plus. C’est le paquet qui a pris sa place. Parfois, cependant, il laisse apparaître un fragment de l’objet. Clin d’œil. Parfois, l’objet est emballé de façon à ce que la silhouette ne laisse aucun doute. Christo joue avec nos perceptions.
En tout cas, ces empaquetages révèlent des formes, des volumes et des couleurs. Pas réalisés n’importe comment. Ce sont des sculptures. Il y a quelque chose de l’art classique dans ces agencements de plissés et de drapés.
J’ai vraiment aimé circuler au milieu de ces objets momifiés. Le regard est tantôt trompé, tantôt alerté, stimulé. L’artiste joue son rôle d’artiste: il transforme la réalité. Ou la fait voir autrement.
L’exposition « Halle 38, années tropiques » était au Frac et au musée des Beaux Arts, à Dijon , avant le second confinement 2020-2021.
Au FRAC, « Bains du Nord », 16 rue Quentin, j’ai retenu, parmi ces jeunes artistes (qui ont été en résidence à la Halle 38, lieu de soutien à la création contemporaine à Dijon):
–Atsing, et ses personnages à la fois proches et lointains, vivants et fantômes. J’avais déjà vu exposé ce peintre d’origine chinoise et j’avais aimé l’atmosphère de ses toiles. Irréelle, brumeuse… Quelque chose de la « nostalgie heureuse » d’Amélie Nothomb!
–Cécile Maulini, et ses petits collages délicats. Des intérieurs de logis, colorés joyeusement, où surviennent parfois des éléments incongrus, où les choses se renversent, se dédoublent, s’entrechoquent, se camouflent… Et, dans une peinture de la même artiste on retrouve les motifs genre « papier peint », vus dans ses collages, ainsi que des sortes de découpages qui rappellent aussi les collages. Un petit côté vintage, tout cela! Mais intéressant à suivre, avec ces rappels discrets du passé, ces cassures du quotidien…
Cécile Maulini
–Diane Audema réfléchit sur le sujet des constructions, destructions et matériaux du bâtiment… Et on aime sa quête, sa curiosité, ses questionnements, sa façon de regarder l’humain face au temps qui passe et qui fuit. Une photo grand format montre les ruines d’un immeuble. En face, ici, au FRAC, est accroché un fragment de ces ruines (ou d’autres), morceau de ciment où gît un vieux bout de carrelage. Plus loin, c’est un lambeau d’un ancien papier peint encore collé sur un débris de mur. Des vies qui se sont envolées. A côté, sont montrés trois blocs de béton rugueux, comme des tableautins ou des bas-reliefs, où l’artiste a incrusté des petits papiers chiffonnés et, surtout… du sel. Le sel, incognito, détruit peu à peu le béton. Avec le temps, une construction peut en mourir… A méditer.
Pour qu’il n’y ait pas d’embrouille (j’ai peur de n’avoir pas été bien explicite dans mon 1er post « Réflexion perso!), je précise ici certaines choses:
Il n’est pas question, dans mon esprit, de réclamer une révélation technique de l’œuvre d’art, un secret de fabrication, un mode d’emploi, un historique de la méthode! Certes, je connais les questions posées régulièrement par le public! « c’est quoi comme matière? c’est fait comment? etc ». Là n’est pas l’essentiel.
Ce que je souhaiterais ne concerne pas tous les travaux de tous les artistes. Mais certaines œuvres contemporaines gagneraient, à mon avis, à intégrer le processus qui précède le résultat, qui aboutit à ce qui nous est montré. On se fiche souvent de savoir si c’est du ciment ou de la pierre, de l’acrylique ou de la gouache. On aimerait plutôt connaître, dans certains cas, les gestes créatifs qui ont donné naissance à l’œuvre finale, l’action (répétitive ou automatique ou rapide ou lente ou difficile ou jouissive ou…que sais-je) qui a été menée en amont.
Je prends encore un exemple (le troisième depuis mon premier post!!) . Une œuvre de Christine Delbecq, qui était exposée cet été 2020 au site du « chameau » de Châteauvillain, installation qu’elle nomme je crois « Soulèvert »: de très grandes plaques suspendues, vertes, décalées légèrement entre elles, couvertes de petits lambeaux de papier blanc fixés par des milliers d’agrafes. Elle a travaillé des mois sur cette réalisation, qui a évolué, qui est partie de quelque chose pour arriver à autre chose etc. Et, entre autre, elle a parlé de ces moments où elle faisait claquer fortement l’agrafeuse pour arrêter les petits morceaux de papier dans leur velléité de s’envoler. Les faire prisonniers. Le son, le geste vif, énergique et presque agressif… Tout cela répété inlassablement. Voilà qui ne devrait pas être dissocié de l’œuvre, je pense. L’artiste plasticienne avait d’ailleurs fait, je crois, une petite vidéo de ces instants.
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