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Oscar Muñoz, au Jeu de Paume

Davantage artiste plasticien que photographe, ici, au musée du Jeu de Paume, à Paris, le colombien Oscar Muñoz donnait à voir une fascinante exposition l’été 2014. Il présentait ses « protographies »…

Vous entrez dans une grande pièce sombre (la chambre noire?) et, sur des tables, vous avez l’impression que sont posées des photos (des portraits)  et que la main de quelqu’un en choisit de temps en temps une pour la glisser dans l’eau d’un évier.   L’image se dilue instantanément, ne laissant que d’infimes trainées noires qui quittent la feuille en ondulant, pour être avalées par la bonde. Le papier est devenu vierge. Il s’agit bien sûr d’une projection venue du plafond et, la vidéo passant à rebours, vous voyez la même main glisser la feuille blanche dans un autre évier pour récupérer les poussières d’image qui vont se redéposer sur la feuille et restituer le visage. Et, inlassablement, le processus se renouvelle avec toutes les photos de la table. L’illusion est impressionnante.

Une telle installation est très représentative des réflexions de l’artiste. D’une œuvre à l’autre, d’une salle à l’autre, vous retrouvez cette même idée d’images évanescentes, éphémères, fragiles, instables… Voici des photos sur des rideaux de douche (impressions sur du plastic mouillé), comme si les gens avaient laissé leur ombre … Voici une main qui peint un visage dont les traits s’effacent peu à peu, fondus par la chaleur… Voici un autoportrait visible en miroir à la surface d’une petite quantité d’eau tenue dans le creux de la paume; il va inévitablement mourir, au fur et à mesure que l’eau s’écoule entre les doigts… Voici des portraits réalisés sur du sucre qui s’imbibe plus ou moins de café… Voici la photo satellite géante d’une ville, sur laquelle vous marchez, et qui se craquelle jusqu’à presque devenir invisible: en fait, elle est sous un verre sécurit qui se brise peu à peu… Effet garanti!Munoz

Et ainsi beaucoup d’autres trouvailles de Muñoz qui toutes parlent de la vie si précaire, de la mémoire si fluctuante, du temps impossible à fixer. Qui disent la disparition, la perte…  La visite de cette expo laisse un trouble. On est sans cesse entre vrai et faux, entre vie et mort, entre illusion et réalité. On marche au milieu des fantômes. Lumières et sons (très important le son ici, guettez le bien!) contribuent à créer cette ambiance irréelle.

Quand on pense que la photo peut « immortaliser » un lieu, un être, un évènement, on se trompe. C’est dérisoire d’y croire.  Tout est appelé un jour à s’évanouir, à tomber dans l’oubli. Voilà ce que nous apprend Oscar Muñoz.

 

 

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