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Hiraki Sawa, église St-Philibert

En septembre 2013, le FRAC Bourgogne proposait une exposition de l’artiste japonais Hiraki Sawa à l’intérieur de l’église St-Philibert, rue Michelet, à Dijon.

Cette église St-Philibert, désaffectée,  est assez extraordinaire .  Seule église romane de Dijon (sauf porche, clocher etc…) , elle a connu plusieurs vies!  Elle a logé des chevaux de garnison, elle a servi de dépôt de matériel militaire, de dépôt de vivres, de messagerie routière etc.  Dans les années 70, on lui a installé un chauffage au sol, sous dalle de béton.  Des remontées humides, chargées de sel, ont alors dégradé considérablement les piliers.

Aujourd’hui, elle est étayée en de nombreux endroits à l’intérieur.  Et ces structures de bois qui la soutiennent lui confèrent un caractère particulier, ainsi que l’aspect de la pierre de ses piliers, éclatée, mangée, creusée… Le sol est fait de gravillons ou de sable blanc.

Bref, un lieu étrange, riche d’histoires et d’Histoire où semblent flotter quelques esprits fantômes.  Et c’est ici que Hiraki Sawa a placé son installation d’artiste contemporain.  Et qu’est-ce que ça va bien ici!   Ses vidéos  passent sur écrans géants suspendus sous les voûtes ou sur tout petits écrans (comme des petites boîtes) blottis au fond des chapelles.  On y passe un moment.  Visions lentes à savourer.  Exemples:

Des hommes et des femmes nus marchent ou courent, suivis d’animaux, un éléphant , un chameau, un cerf.  Ce défilé circule sur le bord d’un évier, sur un radiateur ou au-dessus d’un four:  question d’échelle.  Les êtres vivants sont miniature.  Leur procession est irréelle.  Saccadée  ou ondulée.  Comme superposée à la réalité  (cf les décompositions photographiques de Muybridge au XIXème siècle) .

Ailleurs un petit cheval à bascule nage dans une table devenue lac ou galope sur les touches d’un piano.  Plus loin, un paysage est traversé par un arbre à jambes humaines.  Il marche à grande allure sur une plage où sont éparpillés des fragments de mobilier et de cloisons.

Ce sont des tableaux surréalistes.  On flotte dans un univers fantastique très réussi.  On est immergé dans un mélange de souvenirs, de visions imaginaires, de rêves nocturnes… Le temps et le réel sont bousculés.  Les proportions, les dimensions sont tourneboulées…

Ce qui est remarquable, c’est que, dans ses séries, l’artiste relie les images entre elles par un détail qui se répète.  C’est le propre des rêves:  un monde fou, déraisonnable, mais qui a ses propres repères.  Ainsi, le petit cheval de bois ou le chameau, vous le retrouvez d’une vidéo à l’autre…

D’autres vidéos comportent des rouages d’horlogerie, libérés de leur cadre, qui tournent dans des décors qui sont à une échelle beaucoup plus grande. A voir encore cette vidéo d’une file de silhouettes féminines, tels des ectoplasmes dans une pièce vide, qui se meuvent lentement.

Tout cela ne manque pas de grâce, de tendresse, de poésie…

 

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