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pour françois gauchet

Parfois je me demande pourquoi je tombe amoureuse de gribouillis sur une toile de peintre. Qu’est-ce qui me prend d’être heureuse juste parce qu’un pinceau a laissé sa trace colorée sur une feuille blanche ?

 Mes coups à l’âme, pourtant, ne sont pas systématiques.

Parfois, je craque. Parfois, rien. 

 Mon émoi ne vient pas du pinceau. Ni du pigment. Même pas des doigts qui manipulent tout cela. Mon émoi vient de ce bizarre frémissement qui transite entre le peintre, son résultat obtenu, et moi. Une onde qui circule. Ou quelque chose comme ça. En tout cas, un truc assez puissant, qui voyage vite, et me percute. Puis, entre et remplit.

 Et me voici donc face à l’artiste François Gauchet.   

Son travail de peintre est dérangeant,  parce que, apparemment, proche du n’importe quoi. Style…barbouille. Des sortes de balayages hirsutes, qui semblent jetés là. A la va-vite. Ou à la va comme j’te pousse !

 Qu’est-ce qui fait que je vibre devant ce genre de travail ?

 Eh bien, j’ai comme une certitude. Cette peinture-là est forte.

Tellement forte, que l’artiste lui-même ne semble pas tout contrôler. Que sa main se laisse entraîner. Un artiste médium, en quelque sorte.

Sur la toile, des masses qui auraient leur vie propre, qui iraient à la rencontre les unes des autres, qui viendraient se télescoper, se frotter, se caresser, se mêler…Elles seraient comme menées par leur propre force vitale.

Elles auraient même le pouvoir d’engendrer des choses. Des choses qui ressembleraient à des bols (des gamelles dit l’artiste), des tubes à essai, des vases, des cubes… Ou alors, elles pourraient faire naître d’autres masses. Une espèces de génération spontanée.

Je sens une étonnante énergie dans ces mouvements picturaux, qui jaillissent tout à coup violemment d’un côté de la toile, pour débouler ensuite vers l’autre bord ou rester suspendus au milieu. Qui donnent de puissants coups de frein, éclaboussent, puis, laissent aller les coulures.

 La peinture, ici, ne couvre pas toute la surface. Elle respire par larges touches. Parfois des aplats. Mais, plus souvent, des plages de couleur qui me paraissent étrangement gonflées. Pleines d’un mystérieux contenu…Ces blancs, dont la besace est remplie de rouges, de bleus, de mauves, d’orange, de jaunes… Des blancs impressionnistes.

J’aime ces tableaux où s’équilibrent des pleins et des vides, des calmes et des impatiences, des lâchés et des tendus… Et, en fait, je sais que c’est un artiste qui maîtrise!

J’aime ces tableaux dont la couleur est la seule expression (sans oublier, ici, la présence de ces petits graphismes que sont les gamelles ou autres tubes, leitmotive et signature de François Gaucher).

 La photo est de l’auteur.  Cliquer dessus  pour agrandir

1 comment to pour françois gauchet

  • J’ai lu votre texte sur votre blog.

    Je vous remercie d’accorder autant d’attention et d’interêt pour mon travail.

    Les mots que vous avez employé me semblent être aussi juste que sincère.

    Ils semblent naitre d’une observation passive durant laquelle la peinture parle et vous l’écoutez.

    merci.

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