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Pour une photographe

Pour Sophie-Caroline et son expo avec le collectif Le Grand Plongeon (2016)

Tous les sens du vent

Saisir ce qu’on ne peut pas saisir

Parce que c’est trop loin

Ou parce qu’il faudrait savoir marcher sur l’eau

Couler l’air

Flotter l’eau

Enfermer le trop léger

Attraper au vol ce qui ne dure pas

Prendre par la main le silence

Effleurer la vie

Et puis finir sans finir

à Eric Schenker

Ça tient…

Quand Eric Schenker dessine, il bâtit.

De quelques traits d’encre, il construit.

Ses architectures sont des défis à l’équilibre et à la verticalité.

Je me demande si ses échafaudages tiennent davantage par leurs pleins que par leurs vides.

Parfois des lignes légères s’échappent de la construction.

Ténues, flottantes.

Je crois deviner ici et là une échelle ou quelques marches improbables.

Ça tient…schenker3

Mais ces graphismes pourraient bien être des ombres.

Les ombres de sculptures rêvées.

Des possibles. Des éventuels. 

Car, soudain, oui, le dessin prend matière.

Il devient volume.

Eric Schenker échafaude en grès. Schenker2

Des choses dressées. Debout.

Des stèles, des totems, des menhirs, des tablettes, des colonnes…

Qui se tendent vers le ciel.

Et … C’est étonnant…

Le dessin est toujours présent.

Il a laissé son empreinte. Il est là.Schenker

Comme si la céramique en avait gardé la trace.

Je le vois…

Peut-être son squelette par transparence.

Ou un tatouage…

Céramique tatouée ?

janvier 2016

 Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

A Christine Delbecq, « pour une absence de mots »

Christine Delbecq s’est lancée il y a quelque temps dans une démarche passionnante, liée à son  travail de plasticienne. Il s’agit d’un échange de correspondances. Elle a envoyé des « lettres » sans écriture, sans mots (au sens classique). Des lettres sur draps, des lettres en lanières de tissu, des lettres rédigées avec des centaines de petits fragments papier collés etc … Et elle a attendu des réponses à ses courriers. Et elle en a reçu. Beaucoup. De toutes sortes. Preuve que quelque chose est passé, qu’un courant a circulé, que des liens peuvent exister en dehors de toute convention…ChrisDelbecq

Elle a intitulé ce travail « marcher les jours ». En juillet, une présentation par elle-même sera à voir dans la revue (sur Internet) « Terre à ciel ».  Elle cherche un philosophe, un écrivain, un critique d’art… qui pourrait s’intéresser à ce travail de plasticien et dialoguer avec elle: christine.delbecq@gmail.com

Au moment où elle a débuté ce travail, j’ai composé ce petit texte en résonance… qui peut aussi être considéré comme une réponse à la première missive qu’elle m’a fait parvenir.

Pour une absence de mots

J’ai des choses à dire. Mais je n’ai plus les mots pour le dire.

Et je ne sais même pas quelles choses. Puisque je n’ai plus les mots pour le dire.

Les mots. Je ne sais pas où ils sont. Perdus en cours de route. Usés. Oubliés. Noyés. Évaporés.

Et aujourd’hui je suis à ras-bord. Besoin d’essorer (exprimer, je crois). Besoin urgent de me déverser. De faire couler.

Alors quoi ? Dire sans dire. Écrire sans écrire.

Crier, danser. Barbouiller ou cogner. Pleurer ou suer.

Ou tricoter, tisser, broder. Ah oui ! C’est ça. Si je tirais le fil ?

Le fil épistolaire. Je crois que, lui, le tissu, il peut me recevoir. Moi et mes silences qui parlent.

Je vais aimer la trame pour enfiler, faufiler.

Et voilà l’aiguille qui avance et tangue, enfonce, jaillit. Les ciseaux découpent des petites pièces. La colle, le stylo, Pourquoi pas.

Étonnant, le contact textile. Le son. La résistance.

La danse du trait sur la texture. J’enroule des phrases muettes et illisibles.

Parfois, elles me devancent. Je cours après. Je ris de n’avoir ni orthographe ni grammaire. Libre, libre.

J’enchaîne et je me déchaîne. Mes doigts se promènent.

On doit croire que je joue du piano. Mais c’est plutôt du silence que j’écris.

Plein de petits bidules trottent et piétinent maintenant le long de la trame.

J’écris. J’écris. Et je ne sais même pas pour qui.

 

 

 

Jean-Sébastien Still, expression corporelle

Parce que le corps est un langage, Jean-Sébastien Still peint des corps. 

 Corps suggérés, qui émergent de formes incertaines. Corps devinés dans des chairs déstructurées, emmêlées, morcelées….

 Et les corps de Still disent l’indéfinissable.

 Tous ces ressentis, ces émotions. Tous ces coups de cœur, ces larmes, ces torsions ou tremblements intérieurs … Le corps parle.  Il raconte les choses de l’âme. Ou davantage… Le corps exprime l’humain, sa complexité, sa multiplicité…

Et les chairs peintes par Still sont roses (souvent).  Un rose naïf.  Celui qu’un enfant choisit quand il doit peindre la couleur peau. Quelques orange, rouges, mauves ou jaunes, aussi. Une palette vive. L’artiste manie les blancs également avec grande énergie. Le geste pictural est large et généreux, dans l’urgence et la liberté. Ici et là,  l’artiste ajoute au pastel des graphismes rapides. Tout cela est l’expression de l’instant. Le cri qui passe. La mise à nu brutale et éphémère.

Parce que le corps est un langage.

 MJ L.  juillet 2013

pour françois gauchet

Parfois je me demande pourquoi je tombe amoureuse de gribouillis sur une toile de peintre. Qu’est-ce qui me prend d’être heureuse juste parce qu’un pinceau a laissé sa trace colorée sur une feuille blanche ?

 Mes coups à l’âme, pourtant, ne sont pas systématiques.

Parfois, je craque. Parfois, rien. 

 Mon émoi ne vient pas du pinceau. Ni du pigment. Même pas des doigts qui manipulent tout cela. Mon émoi vient de ce bizarre frémissement qui transite entre le peintre, son résultat obtenu, et moi. Une onde qui circule. Ou quelque chose comme ça. En tout cas, un truc assez puissant, qui voyage vite, et me percute. Puis, entre et remplit.

 Et me voici donc face à l’artiste François Gauchet.   

Son travail de peintre est dérangeant,  parce que, apparemment, proche du n’importe quoi. Style…barbouille. Des sortes de balayages hirsutes, qui semblent jetés là. A la va-vite. Ou à la va comme j’te pousse !

 Qu’est-ce qui fait que je vibre devant ce genre de travail ?

 Eh bien, j’ai comme une certitude. Cette peinture-là est forte.

Tellement forte, que l’artiste lui-même ne semble pas tout contrôler. Que sa main se laisse entraîner. Un artiste médium, en quelque sorte.

Sur la toile, des masses qui auraient leur vie propre, qui iraient à la rencontre les unes des autres, qui viendraient se télescoper, se frotter, se caresser, se mêler…Elles seraient comme menées par leur propre force vitale.

Elles auraient même le pouvoir d’engendrer des choses. Des choses qui ressembleraient à des bols (des gamelles dit l’artiste), des tubes à essai, des vases, des cubes… Ou alors, elles pourraient faire naître d’autres masses. Une espèces de génération spontanée.

Je sens une étonnante énergie dans ces mouvements picturaux, qui jaillissent tout à coup violemment d’un côté de la toile, pour débouler ensuite vers l’autre bord ou rester suspendus au milieu. Qui donnent de puissants coups de frein, éclaboussent, puis, laissent aller les coulures.

 La peinture, ici, ne couvre pas toute la surface. Elle respire par larges touches. Parfois des aplats. Mais, plus souvent, des plages de couleur qui me paraissent étrangement gonflées. Pleines d’un mystérieux contenu…Ces blancs, dont la besace est remplie de rouges, de bleus, de mauves, d’orange, de jaunes… Des blancs impressionnistes.

J’aime ces tableaux où s’équilibrent des pleins et des vides, des calmes et des impatiences, des lâchés et des tendus… Et, en fait, je sais que c’est un artiste qui maîtrise!

J’aime ces tableaux dont la couleur est la seule expression (sans oublier, ici, la présence de ces petits graphismes que sont les gamelles ou autres tubes, leitmotive et signature de François Gaucher).

 La photo est de l’auteur.  Cliquer dessus  pour agrandir

A Michel Tosca

 

J’aimerais écrire comme il peint. Avec la pointe d’un cil.

Mais les mots souffrent d’épaisseur…

Si lui dessine du floconneux, moi je ne trace que du gras.

Si son pinceau devient ciselet, moi je ne débite que du texte bourratif.  

L’écriture n’est pas miniature. Du moins, pas la mienne.

Elle n’est pas un travail d’aile de papillon.

Elle n’est pas vol d’insecte qui tangue et divague.

Qui enregistre sa trace folle.

Qui décrit des danses et des errances.

Mon écriture a des lourdeurs

Que ne connaît pas sa peinture.

 

Je lui envie aussi cette continuité lente, cette perpétuité silencieuse.

Sa ligne couvre sans répit.

Mes phrases à moi, elles toussent.

Sans cesse elles buttent. Sur un petit vide. Sur une petite chute. L’écriture est chaotique.

Lui, il enfile, il tisse, il tricote …Rien ne dit qu’il a parfois interrompu son geste.

Sa peinture coule en un charme nonchalant.

 

Qu’est-ce qui m’a pris de vouloir écrire sur sa peinture ?

Il faudrait dix mille mots en un.

Un seul mot. Longiligne. Souple. Infini. Qui ne s’interrompt pas.  

Qui peut proliférer, bouillonner, foisonner…

Un mot qui serait éponge, coton, lichen ou algue…

Un mot alvéole.

Un mot galaxie.

Qui irait explorer les planètes inconnues.

A la recherche d’une vie improbable.

 

Bref.

Sa peinture est une écriture…

Il n’est nul besoin de prendre à mon tour ni la pointe sèche

Ni l’encre ni la plume…

   novembre 2012

Michel Tosca est en Bresse. www.micheltosca.com/

 

Je suis en chantier (Christine Delbecq)

Le texte qui suit, je l’ai écrit en 2008, inspirée par une oeuvre de l’artiste plasticienne Christine Delbecq (cf les deux photos). Il s’intitule « Je suis en chantier », suivi de « Journal d’archéologie ».

 

 

 

 

Je suis en chantier. Je suis un vaste chantier.

 J’ai entrepris des fouilles de moi-même.

Ma recherche archéologique a débuté il y a quelques années. Et, aujourd’hui, accroupie en moi-même, je continue à gratter le (mon) terrain. Je le ronge, je le grignote. On me dit que je cherche du vent. Mais, parfois, je trouve des choses.

Et j’exhume.

Ce que j’extrais du sol de ma vie personnelle n’est pas forcément toujours en très bon état. Le temps passé dans ces profondeurs humides (ou sèches ?), à l’abri de l’air et de la lumière, donne cependant des résultats encourageants pour le déchiffrage.

Mes vestiges à moi sont suffisamment bien conservés pour donner lieu à des décryptages intéressants.

 
J’ai notamment découvert une série d’objets que je nommerais pour l’instant « manuscrits » faute d’en savoir plus long. J’en ai sorti sept à ce jour. Je pense qu’il n’en existe pas davantage. Le chiffre sept a toujours été symbolique.

Chaque pièce de cette découverte, je l’ai fixée à l’intérieur d’un cadre après avoir soigneusement nettoyé et lissé la matière. Celle-ci semble être de type textile. J’en dirai plus quand je l’aurai étudiée en détail.

Je vois des signes qui apparaissent sur (ou sous) « l’étoffe » et qui pourraient être une écriture inconnue.

Arbitrairement, j’ai rangé ces pièces dans un certain ordre. Epinglées au mur, elles seront plus faciles à étudier. Je pense que chacune aura des secrets à révéler, mais il faudra sans doute que j’établisse des rapprochements (des comparaisons, des liens, des rapports) entre elles. Elles doivent sans doute se compléter les unes les autres. Ou s’expliquer l’une l’autre.

Ma connaissance de mon sous-sol intime suffira-t-elle à venir à bout de ces objets et de leurs mystères ? Le site où je prospecte depuis un certain temps m’a permis de mettre au jour des choses inattendues (étonnantes). Cette archéologie de moi-même est décidément captivante.

Et cette fois, avec cette série, j’ai l’impression que j’entre dans une nouvelle phase, plutôt difficile. Les pièces en question reposaient dans une couche que je n’avais pas encore explorée. Elles n’ont pas d’équivalent, je crois, parmi tout ce que j’ai déjà exhumé. Je ne les situe donc pas dans une époque définie ni dans un style connu.

 Journal d’archéologie

1er jour

S’il s’agit d’une écriture (et je penche sérieusement pour cette hypothèse), elle est relativement serrée. Certaines lettres (idéogrammes ?) s’échappent, glissent, et coulent vers le bas du parchemin. L’auteur (dois-je dire « moi » ?) aurait posé son alphabet comme on sème des petits cailloux blancs. Plutôt rangés, ordonnés. En lignes. Des pages d’écriture, il me semble, rédigées cependant dans une évidente impatience, une précipitation, une fougue…Journal intime ? Correspondance ? Les textes sont par endroits effacés, ou recouverts. Tronqués parfois. Ou devinés par transparence.

2ème jour

Après analyse, le support s’avère être du tissu. Mais du tissu humain que l’auteur (j’ai de la peine à dire « je ») aurait sans doute arraché à lui-même par endroits. L’évocation de ces déchirements me procure un relent de douleurs quelque part à l’intérieur de moi, ce qui confirmerait l’idée de tissu humain (osseux, nerveux…). Les cicatrices sont encore fraîches apparemment. Je déterminerai une date plus tard.

3ème jour 

En fait, l’écrit se trouve être pris entre deux surfaces. La partie supérieure laisse parfois entrevoir les inscriptions dessinées sur une partie intermédiaire. Comme si ce texte avait été volontairement caché. (Je pense à ces trésors que l’on dissimule sous le papier peint, derrière l’armoire, en temps de guerre…)

Les fouilles entreprises, ainsi que les extractions en pleine lumière, ont dû encore déchirer et abîmer ces rideaux que l’auteur (moi ? ) avait tendus volontairement par-dessus son texte.

4ème jour

Comme tout résultat de fouille, celui-ci me laisse un goût de remord. Avais-je le droit de mettre au jour ces secrets intimes ? Même si ce sont les miens. Leur destin n’était-il pas de rester à jamais ignorés ?

7ème jour

Voilà trois jours que je me heurte à cette impossibilité de traduction du texte…Il me manque une stèle de Rosette ! Je me bats avec ces lambeaux de manuscrits, sans dénicher la moindre signification. Je ressens juste une certaine fièvre dans ce jet d’écriture. Semblable, d’ailleurs, à celle que j’éprouve à la décrypter.

8ème jour

Je me dis parfois qu’il s’agit peut-être du même texte. Repris sept fois. Mais que l’auteur cache, ou dévoile. Comme un clignotement de paupières. Paraît ou disparaît. Montre et dissimule. Hésite.

Je le relis mille fois. (Mais comment peut-on « lire » des alignements de « mots » que l’on ne comprend pas ?) Les mêmes signes me sautent aux yeux. Un refrain…Une partition… Je ne sais pas.

Et je n’ai peut-être pas porté assez d’attention aux couleurs. Le gris. Le noir. Le blanc. Elles auraient une signification…

9ème jour

L’une des pièces m’intrigue particulièrement. Grise. Le texte y est comme lavé, délavé. Effacé. Rageusement. On dirait que le texte pleure. Par morceaux (phrases ?), il devient « illisible ». Les signes ont diminué de taille et pris l’aspect de points en relief. Petits clous. Tel du Braille…Spontanément, j’ai placé cet objet en dernier dans la série.

10ème jour

J’ai décidé de tout « lire » avec les doigts. Les yeux fermés.

Du rugueux. Du tissé. Un peu de peau rêche. Des aspérités à peine perceptibles. Des petites dénivellations qui tiennent tout juste sous mon index. De l’humide séché…Un peu râpeux. Des chatouillis d’effilochés. Des répétitions de sensations. Avec des nuances de modifications.

J’ai peu à peu l’impression de mieux comprendre ce qui se déroule ici. Le courant passe.

11ème jour

Brutalement, aujourd’hui, j’ai décidé d’abandonner ces manuscrits et je me remets à mes ratissages, forages et carottages, ailleurs, dans mes cavités souterraines. Je ne sais d’où me vient cette urgence…Hier soir, j’ai soudain réalisé qu’il s’agissait peut-être de lettres d’amour. Et à cette pensée, est monté dans ma gorge un gros sanglot d’enfant.

Des lettres d’amour qui seraient restées lettres mortes.

J’ai placé les manuscrits dans ces grandes boîtes-sarcophages où je conserve toutes mes découvertes et je les ai stockés dans les réserves de mon musée intime.

 mijo

pour Christine Delbecq (1)

comme d’habitude, les textes qui suivent sont écrits par moi, en résonance à une oeuvre d’artiste, en l’occurrence, ici, à celle de Christine Delbecq. (Précision pour ceux qui n’auraient pas encore compris!)

Version lente

Après le glissement, quelques secousses à peine murmurées. Après la pente douce, quelques rencontres effleurées. Le souffle passe. La grande respiration se fait légère. Les silences se posent et l’ordre s’installe. Les vides viennent habiter les pleins. Les pointes trouvent leur équilibre, les angles leur sillon, les coudes leur recoin.

Et c’est un grand calme blanc.

 

 

Version accélérée

Oui, la chute a été rapide. Fracassante, surtout. Un vrai tintamarre de ferraille. Les pointes se sont pliées, les angles cabossés. Du coup, l’entassement est mauvais. Cogné, bousculé, déséquilibré, il suffoque.

Et ça n’en finit pas de frémir.

 

pour Christine Delbecq (2)

J’ai vu des lignes écrire le vide

Et dessiner des fenêtres comme sur une carcasse calcinée

Elles traçaient des cubes tordus

Avec de faux angles droits

C’était une géométrie chahutée

Une logique démontée

J’ai vu des volumes éventrés

Comme des boîtes inutiles

Des squelettes de boîtes

Pleines de courants d’air

C’était une déconstruction en creux

Un équilibre cabossé

J’ai passé mes bras au travers des carrés décalés

Entre les arêtes écartelées

Je n’ai pas trouvé les côtés

Ni le fond, ni les bords

Et c’était immobile.

ça existait

Mais c’était en suspension

Et attendait des conditions de vie favorables

Comme la petite bactérie du désert

 

 

Les effarés de Maxime Frairot

MaximeMaxime2Je rappelle que cette catégorie « textes en résonance » contient des choses écrites par moi, librement, inspirées par l’œuvre en question (en général je n’écris que sur des œuvres que j’apprécie!)

On nous croirait tous sortis d’un moule. Ou peut-être avons-nous séjourné dans quelque tuyau étriqué. Comme si on nous avait coulés dans des conduits, par paquets de dix ou de cent. Des gaines de chauffage ou autre ventilation. Serrés, coincés, nous nous serions extirpés tant bien que mal de tout ça.

Nous voilà marqués à vie.

Je sais que mon visage semble avoir été écrabouillé entre les mâchoires de je ne sais quel étau. Pareil pour mes compagnons de route.

Moi, je suis pâle comme une morte, mais j’en ai vu des rubiconds, des jaunes citron ou des gris souris. Une vraie troupe de clowns …

L’œil hagard, nous sommes tous des effarés.

Habitués à vivre en espace exigu, nous tenons le moins de place possible. La tête rentrée dans les épaules, les bras rachitiques ou racornis…Nous sommes entassés, empilés, emboîtés.

Parfois, je me demande si nous n’avons pas vécu aussi enfermés dans de vieilles armoires. Sinon, où aurions-nous dégotté tous ces tissus ringards qui nous habillent de bric et de broc ? Ces carreaux Vichy façon nappe de bistrot, ces rayures et petits pois façon papiers peints d’antan ? Moi, je porte une espèce de blouse-tablier de grand-mère qui ne va guère avec ma bouche pulpeuse (que j’aime souligner de rouge à lèvre). Et Marcel est affublé d’une chemise de bagnard ou de malade mental, assortie d’une cravate totalement démodée. Ma copine Julie, elle, est vêtue d’un patchwork débile et cacophonique.

J’en ai assez d’avancer avec cette bande de neuneus. Ils me collent. Me poussent. Me bousculent.

Quelque part, on nous a piégés, c’est sûr. Piège à rats.

Nous sommes propulsés en ligne droite, raides comme des piquets (il n’y a que nos yeux et nos genoux qui font des ronds…), craintifs, tendus et soumis.

Je sens que je vais bientôt crier. Tenter une sortie. Me désempêtrer de cet amas humain. Réapprendre à tourner la tête. A me déhancher et à zigzaguer toute seule.

Mais, malgré tout, je me demande si mes congénères ne vont pas me manquer…