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Jasper Johns, à Londres

Le blog a passé la Manche! Exceptionnelle exposition à la Royal Academy of Arts du peintre américain Jasper Johns (né en 1930). « Something resembling truth » retrace 60 ans de carrière.  Jusqu’au 10 décembre.JohnsJ’avoue que cet artiste m’était inconnu, alors qu’il est  une vraie légende, apparemment, au même titre qu’Andy Warhol par exemple (pas grand chose à voir, sinon…). Et il fait aussi partie des artistes les plus chers du monde! (jusqu’à 80 millions de dollars, une de ses œuvres vendues!). Mais il semble qu’en fait, les Américains aient pris ses tableaux représentant leur drapeau comme des emblèmes patriotiques! Erreur! Jasper Johns n’avait pas vraiment cette intention!

Vierge et naïve, je me suis donc plongée dans cette expo sans aucun apriori! Plongée dans l’inconnu. (J’avais bien déjà aperçu quelques uns de ses « flags », mais sans y prêter attention.)Johns2

Et je me suis facilement prise au jeu de la découverte.

Les thèmes déclinés à l’infini, ça me plaît. Au départ, des sujets simplistes: drapeaux, cartes de géographie, cibles, chiffres, lettres. « Les choses que l’esprit connaît déjà », dit l’artiste. Sur des dizaines d’années, il a repris inlassablement ces sujets. Une obsession? Non, une belle exploration menée par un artiste dans l’âme.

Devant la toile… on ne voit plus un drapeau ou une carte des Etats Unis, on voit… un tableau. Il y a des déformations, des effacements, des coulures, des accidents, des empâtements… La peinture a gagné.4519ad6d396fad6e169a27e997a2b3b3--flag-painting-rd-grade-art Le dessin, aussi: ainsi ces chiffres dessinés au charbon, de 1 à 9, qui s’empilent, tel un défilement numérique, jusqu’à donner une abstraction, car seuls quelques parties de chiffres se devinent encore, à force d’être superposés. Le résultat est intéressant et beau à la fois. Le sujet, chez Jasper Johns, n’est que prétexte. Il est séparé de sa réalité pour devenir objet pictural.

Johns, Jasper

Jasper Johns, qu’on étiquette facilement peintre dada, intègre parfois des objets à ses toiles, comme Rauschenberg (un temps son amant et compagnon d’atelier): fourchette, balai, tasse. Objets du quotidien, en dérision. L’impression qu’il ne veut surtout pas sacraliser l’art.cdfd6f6_11675-137gf02.8eblwvobt9

Jasper Johns a tendance  à avoir une texture sculptée dans ses toiles, avec une peinture à l’encaustique assez épaisse, des inserts d’objets, des rajouts de charnières ou de fils, des écartements qui ouvrent la toile en fente pour voir le mur à l’arrière… Quand même, on sent le peintre, là derrière, toujours. On sent le geste et la matière bien présents. Et, du coup, les œuvres sont non seulement passionnantes pour leur travail de recherche (philosophique?) mais aussi séduisantes par leur valeur esthétique. Même si cela ne représente sans doute pas l’objectif de cet artiste.e3a1ed1_15816-80bhd7.ug6f450zfr

Les dernières œuvres (il a aujourd’hui 87 ans) sont plutôt du côté surréaliste. Avec des assemblages d’images. Des compositions autour de ses souvenirs. Il est hanté par les étranges mécanismes de la mémoire. Mais, de toute façon, il n’a jamais lâché ses œuvres antérieures, rebondissant sans cesse dessus, jouant de l’une à l’autre, comme en ricochets. Pour le visiteur ce peut être amusant de distinguer telle ou telle réminiscence d’une toile passée dans une toile plus récente. Donc, que ce soit les séries sur un thème identique ou les rappels incessants des travaux passés, l’œuvre de Jasper Johns s’enroule comme une vague sans fin.

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David Hockney, Centre Pompidou

Jusqu’au 23 octobre, au Centre Pompidou de Paris, une grande rétrospective de l’oeuvre de David Hockney permet de suivre plus de 60 ans de travail de ce peintre anglais (11-21h, fermé le mardi)

Interdiction de prendre des photos. Frustrée! Celles qu’on trouve en cartes postales et documents ne sont pas forcément celles que j’aurais prises!!

Evidemment, je ne connaissais de Hockney que les fameuses piscines américaines! Cette expo m’a donc fait ouvrir les yeux sur les recherches de l’artiste tout au long de sa vie (il a 80 ans aujourd’hui), et en particulier sur son rapport à l’image (photographique ou peinte). Intéressant.

L’expo débute par ses peintures de jeunesse, quand il était encore à l’école d’art. Elles m’ont touchée, presque davantage que les suivantes! Son autoportrait en collages sur fond de journal est une fantaisie fort sympa (déjà un assemblage, comme il le fera avec ses photocollages)!Hockney

Ensuite, seize gravures, comme un conte graphique, avec refrain d’une tache rouge; ça m’a ravie.

Puis, déjà ses paysages et portraits, annonciateurs de la suite. Californiens (déjà des piscines), indiens, suisses… J’y ai vu de l’humour. Et du jeu: « je fais du réalisme pour prouver que la peinture figurative n’est pas morte. Mais je me refuse à la reproduction exacte de ce que perçoit mon œil » dirait-il (et je ne serais pas loin d’apprécier!) . D’où le trait fantaisiste et simpliste, la palette exagérée.

Viennent les douches, puis les doubles portraits, puis les piscines etc;  et ça y est, on est dans les peintures-photographiques, il me semble. Des peintures inspirées de photos, mais surtout un regard de photographe avant d’être celui d’un peintre. Telle cette bouée rouge flottant sur l’eau de la piscine:  le cliché qu’on fait en un clin d’œil, parce qu’on a aimé son graphisme et ses oppositions de couleurs.

C’est drôle comme les scènes les plus connues de Hockney (piscines, portraits…) ont à la fois quelque chose de très figuratif, bien sûr, mais aussi de très irréel. Les personnages figés et raides comme sur les vieilles photos, les traits rigides du décor, les couleurs lisses et glacées. On est dans l’aplat. On est sur une surface. Et, du coup, on reste à l’extérieur. On n’entre pas.Hockney2

Après une série de portraits dessinés magnifiques (sa mère, par exemple…) et d’ autoportraits (le dandy qui se regarde et se dessine chaque matin), l’expo se termine par le travail de l’artiste utilisant les techniques nouvelles, de l’imprimante à l’Ipad, en passant par le polaroïde. La suite logique de son cheminement: une réflexion sur la (re)production des images.

Hockney a peint ou mis en vidéo de vastes paysages « enveloppants ». Sans doute pour qu’on soit plus facilement à l’intérieur (je disais plus haut que je n’entrais pas!).  Entre autre, « peinture sur le motif pour le nouvel âge post-photographique » de 12 m de long, faite de 50 toiles assemblées. Pas terrible! Et « the four seasons » réalisées avec des tournages en continu (18h par jour) sur plusieurs caméras. Le thème des 4 saisons rabâché depuis des siècles, mais vu avec des moyens actuels.

Finalement, qu’est-ce qui m’accroche dans tout ça? -Peut-être le côté impossible de ses paysages peints (à la Matisse, souvent) . Avec leurs couleurs de fauves. Une campagne anglaise qui s’offre des roses un peu fous, des rouges, jaunes et verts fluo. Le Grand Canyon qui lui aussi se voit en teintes improbables, jaune vif, aubergine et tomate. La route sinueuse de Nichols Canyon (photo ci-dessous, extrait)…Le tout brossé en lignes et formes mouvantes. Et avec ces perspectives inversées qui transmettent au regard une drôle d’impression assez vertigineuse.Hockney3

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La peinture, au FRAC

Aux Bains du Nord (FRAC Bourgogne), 16 rue Quentin, Dijon, l’exposition jusqu’au 30 juillet s’intitule « La peinture en apnée ». Du mercredi au dimanche, 14h30-18h; samedi, 11-13h et 14-18h.

Je trouve que le FRAC Bourgogne fait bien des gorges chaudes de son expo actuelle, dans sa communication, ses commentaires, son titre (en apnée). Certes, c’est de la peinture. Oui, et alors? Rien de vraiment extraordinaire, à mon avis. La peinture, contrairement à ce qu’on a pu dire ici ou là, n’a jamais disparu de la scène artistique. Ce n’est pas « la peinture, le retour ». Il n’y a pas, je crois, à se glorifier d’avoir réussi une expo contemporaine de peintures…A.Château

Je suis bien sûr ravie de voir des peintres exposer, mais je vous assure que je n’ai pas une seconde cessé de respirer au cours de ma visite… Intéressée, ça oui. Touchée, parfois. Dubitative ou surprise, souvent. Mais asphyxiée, non…

Ici, que des artistes dijonnais, ou qui ont un rapport intime avec Dijon. C’est sympa. Mais, là non plus, pas à s’en taper le derrière par terre.

Chacun d’eux a un rapport  à la peinture différent.  C’est ça qui est passionnant. Ils utilisent le même médium. Mais pas toujours dans le même but. Que les techniques soient diverses et variées, bon, on est habitués. Mais que la façon d’envisager la peinture ne soit pas la même… ça c’est intéressant. Il faut dire aussi que différentes générations d’artistes sont représentées. Belle confrontation.Tursic et Mille

La peinture, en tout cas, ne sert pas à décorer ou à faire joli dans mon salon. Tout le monde, ici, est d’accord. Les rôles qu’on lui fait jouer sont autres. On la torture, on la questionne, on la fait crier, se révolter…On la détourne, on la retourne, on l’exploite, on la déguise…On s’en fait une amie, une amante, une complice… On la fouille, on la teste, on la pousse dans ses derniers retranchements…Ming

Cécile Bart la met à plat sur le mur, puis, lui superpose un tableau (histoire de distances, de surfaces). Ida et Wilfried recyclent avec elle des images de magazines, de sites internet et autres photos (le dit de démontrer une certaine réalité moderne). Gentaro Murakami, grâce à elle, regarde des films d’un autre point de vue. Antoine Chateau se fait lyrique en sa compagnie. Annick David sait qu’elle a un coeur qui bat pour nous (« elle », c’est toujours la peinture! Vous suivez?). Ming l’habille de politique et d’Histoire.

A.DavidPour n’en citer que quelques uns.

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Philippe Monnot, à L’Encadreur

L’Encadreur, 30 rue Charrue, Dijon, accueille dans sa boutique pour cette fin d’année, le sculpteur Philippe Monnot de la Nièvre. Tout en carton! Une belle découverte! (du mardi au samedi, 9-12h15, 14-19h15)

l'écorché

l’écorché

Des petits bouts, des gros bouts. Que des morceaux de carton recyclé (armature en zinc? à vérifier…). Un travail d’assemblage, de puzzle, de collage, de montage… mais bref, de sculpture! Philippe Monnot expose un gorille géant (il a été obligé malheureusement de ne mettre que le tronc, la bête entière mesure plus de 2 m et ne passait pas la porte!). Quelle allure! Géante aussi sa tête de taureau. Un beau trophée sur le mur! Et l’écorché, et Mickel Jackson… Certaines pièces ont été peintes de telle sorte que l’on soit trompé sur le matériau! On croirait du métal! Bien vu!   Je crois que cet artiste a l’habitude de sculpter des animaux, des hommes lapins etc, mais pas forcément dans cette matière cartonnée! C’est assez étonnant à voir.

gorille, extrait (le cri!)

gorille, extrait (le cri!)

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je note: vu des sculptures en matériaux de récup d’un certain Dominic Gubb (Pays de Galle) , ceux en carton ressemblaient étrangement à ceux de PH. Monnot.

Des Chinois chez Vuitton (et autres…), Paris

La Fondation Louis Vuitton, à Paris, a reçu des artistes chinois contemporains, mais j’ai manqué cette exposition « Bentu », qui se terminait le 2 mai, et je le regrette. Par contre, dans la Collection, j’ai pu voir dernièrement quelques chinois malgré tout (jusqu’au 29 août). Et j’en étais ravie, non parce qu’ils sont de Chine! Mais parce que leur travail de plasticiens m’intéresse !   Et j’ai un ou deux autres petits commentaires à faire à propos de ma visite à Vuitton.

D’abord, Yan PeiMing, notre dijonnais!! Un magnifique diptyque et une grande toile sombre m’ont donné la chair de poule. J’ai oublié le titre de cette dernière. C’est l’Acropole d’Athènes sous un ciel très tourmenté et couvert d’oiseaux de mauvaise augure. Comme toujours avec Ming, je stoppe un moment devant cette peinture noire. Je ne vois pas grand chose. Du noir. Mais, peu à peu, je distingue une lueur ici, un filet de lumière là-bas, une étendue « liquide » au premier plan… Et puis, il y a de plus en plus d’oiseaux dans le ciel!  Des nuées, que je n’avais pas distinguées au premier abord. Inquiétante toile (et prémonitoire? Elle date de 2012. La Grèce n’avait pas encore sombré). Superbe toile inspirée. Brossée d’un geste ample. Pratiquement monochrome, mais bouillonnante de forces vives.

A côté, deux toiles aux bleus sombres, intitulées « Les temps modernes ». Celle de droite: dans la nuit, une foule de personnes est rassemblée, en cercle, autour d’une zone lumineuse (ou est-ce simplement la lune que l’on devine au creux des nuages et qui dirige ses rayons au sol ?). Silhouettes d’errants, de revenants…? Cérémonie de sorcellerie? Ces humains semblent ensuite s’engager sur un chemin qui serpente jusqu’à un horizon très lointain (Ah! les profondeurs des peintures de Ming!). Ont-ils manqué cette petite maison, aux allures de chapelle éclairée, qui les attendait dans l’obscurité, entre les arbres? (tableau de gauche). En tout cas, des humains bien paumés… Cette toile est profondément silencieuse et mystérieuse.Ming

Zhang Huan m’a également beaucoup impressionnée avec ses peinture et sculpture réalisées au moyen de cendres d’encens récoltées dans les temples bouddhistes. En particulier « Sudden Awakening », belle tête de bouddha au crâne ouvert d’où s’échappe une fumée d’encens.Huan

Zhang Xiaogang, lui aussi, ne laisse pas indifférent avec son oeuvre « My Ideal ». Il a réalisé une série d’enfants, peinture et sculpture, nus à partir de la taille, laissant voir leur sexe, habillés d’uniformes qui révèlent une classe sociale ou une profession. Attitudes figées, fidèles à l’image d’une éducation embrigadée. Sur la toile, grise, lisse (avec seules couleurs rouge d’un corps et vert d’un costume), le regard de ces gamins déguisés en adultes est affolant. Il glace.Xiaogang extrait

Enfin, Ai Weiwei a posé son « Tree » dans une salle, grand arbre reconstitué, fabriqué avec plusieurs tronçons de bois. Il a quelque chose de dramatique ce blessé, ce greffé, ce végétal mi-réel mi-artificiel…

Je ne parle pas du reste, pour ne pas paraître trop bavarde, et parce que ce sont des oeuvres moins proches de mes goûts.

Passons aux artistes non chinois!!! (entre Monumenta et Collection, cette journée parisienne fut chinoise!). Le sieur Buren a oeuvré in situ sur la Fondation Vuitton… Et le fier vaisseau blanc de M. Gehry a soudain perdu de son élégance et de sa classe! 3 600 vitres ont été recouvertes de filtres colorés, comme d’habitude avec Buren. 13 couleurs tout ce qu’il y a de primaire. D’où un Arlequin sans grâce, voire vulgaire et réducteur (on a l’impression que cette belle architecture a un peu rétréci) Allez…. Il faut dire que le jour de ma visite, il pleuvait et que l’oeuvre manquait de lumière solaire… Allez!Buren-Gehry

Au sous-sol de la Fondation (Grotto), par contre, une belle découverte!  Olafur Eliasson a installé « Inside the Horizon » (je ne l’avais encore pas vu) et c’est un jeu extraordinaire de reflets, de lignes de fuite et de fuites de lignes! Son alignement de colonnes à miroirs et à mosaïque jaune soleil, le long de la « rivière », donne des perspectives variées à l’infini. Un rêve pour les photographes!Eliasson extrait

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