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Thomas Schütte, Monnaie de Paris

Première fois qu’une rétrospective de Thomas Schütte a lieu à Paris. C’est à la Monnaie de Paris, quai de Conti, jusqu’au 16 juin (du mardi au dimanche, 11-19h). Le style XVIIIème siècle de l’Hôtel se marie étonnamment à l’oeuvre forte et contrastée de ce sculpteur. A voir absolument.

Dans les cours de cet Hôtel de la Monnaie, plusieurs géants de Schütte s’imposent au regard. Et, déjà, l’humain est vu côté souffrance et combat. Les pieds prisonniers de la boue, de grands personnages tentent d’avancer fièrement contre vents et marées. Ficelés à un ennemi et enfermés dans une sorte de camisole, d’autres personnages luttent pour se dépêtrer de ce compagnon parasite qu’ils évitent de regarder. Un ennemi encombrant et collant qui n’est peut-être que son double.

On retrouve ce thème à l’intérieur de l’Hôtel. Mais cette fois en petit format. Des poupées en pâte à modelée colorée, comme des marionnettes. Les visages  torturés et grotesques, les corps enfermés par deux dans des tissus qui empêchent  tout mouvement. Pour une vision différente, et plus impressionnante encore, Shütte a pris ces figurines en photo et les présente grossies et agrandies.

On est dans un univers de folie et de prison. C’est violent. C’est fort. C’est dérangeant.

Des bustes et des visages occupent les salles. En bronze, en verre, en céramique… Certains méchamment caricaturaux d’autres plus doux (figures de femmes, parfois). La condition humaine intéresse Schütte, pas de doute!

Mais le sculpteur est aussi architecte. Cet aspect m’interpelle moins. Mais à voir quand même! Ses maquettes d’étranges maisons, ses projets,  et ses réalisations… On y reconnaît son idée récurrente du passage du petit au grand, des points de vue différents etc.

A voir aussi ses aquarelles. Classiques! Des fleurs! Thomas Schütte fait feu de tout bois! Oeuvre faite de diversité. Ce qui n’empêche pas la cohérence. J’y vois la Vie, ses chaînes, ses contraires, ses énergies, ses laideurs, ses beautés, ses tromperies…

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Sylvain Ciavaldini, Galerie Sator, Paris

A Paris, dans le beau passage des Gravilliers (une oeuvre d’art à lui tout seul, du street artist unSolub), Sylvain Ciavaldini expose à la Galerie Sator jusqu’au 30 mars: « Un bruit sourd précède le silence ». 14-19h.

Du dessin jusqu’à plus soif! Ce Sylvain Ciavaldini dessine patiemment, minutieusement, longuement, largement!… On s’approche de ses oeuvres. Oui, c’est bien du crayon. On s’éloigne. On hoche la tête. Ce pourrait vraiment être une photo. Mais qu’est-ce qu’on est content que ce soit une mine qui a tracé ces grandes images! Pourquoi contents? On ne sait pas trop pourquoi. Parce que cet artiste a passé beaucoup beaucoup de temps et de sueur à créer tout ça? Ridicule. La valeur d’une oeuvre d’art ne tient pas aux heures passées (même si on est en admiration devant le boulot accompli!). Alors?J’ai l’impression que ces immeubles ruinés et tous ces tas de gravats, en quelque sorte, n’en sont plus. A partir du moment où ils sont représentés sur la feuille de dessin. Ils changent de signification (ou prennent du sens). Ils deviennent l’équilibre instable de nos existences, ils deviennent nos interrogations sur l’éphémère et sur l’impermanence. L’émotion me paraît plus forte que si c’était une photo (pardon aux vrais photographes artistes que j’aime!!). Les traits de crayon frappent à notre porte et nous réveillent. Quelqu’un les a fait pour nous et ils nous livrent une réalité sublimée. C’est bien sûr du noir et blanc. Mais Sylvain Ciavaldini ajoute parfois des touches de peinture colorée sur les murs effondrés, tels des papiers peints qui seraient restés en vie dans ces décombres. Frappant! (Et ambigu, car on croit à des collages) Et il laisse parfois aussi en réserve des blancs, tels des rubans qui s’infiltrent dans les ruines. Etrange et merveilleux!

Moi je vous le dis! On sort de là tout chose! L’artiste a joué avec nos certitudes: photo ou dessin? Peinture ou collages? Et ce monde qui dégringole, ce passé qui meurt, ces constructions auxquelles on croyait qui ne sont plus que débris… Pourquoi?

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Claude Brugeilles, L’Hostellerie, Chartreuse

Dans le cadre du festival de Itinéraires Singuliers, l’Hostellerie du CH La Chartreuse, à Dijon, accueille Claude Brugeilles et son expo d’art brut  « Liberté ». Jusqu’au 28 juillet. Du mercredi au dimanche, 14-18h. Dans le parc de la Chartreuse, non loin du Puits de Moïse, suivre les flèches.

Décidément, les artistes sont souvent inspirés par les migrants… Soit ils se croient investis d’une mission en tant qu’artistes et pensent devoir éveiller les consciences. Soit ils sont touchés profondément par ces situations douloureuses et cherchent à exprimer ce qu’ils ressentent. (A vous de voir la différence)

Claude Brugeilles évoque l’idée de migrations par des sculptures (ou plutôt des installations) et par des peintures. Reprenant d’ailleurs, de l’une à l’autre, la même image: celle d’une barque à roulettes tirée par une sorte de grand oiseau. La scène est à la fois belle, dramatique et poétique…Et à la fois réaliste et symbolique. C’est une allégorie. Mais une allégorie qui a les pieds dans le concret: vrais habits, vrais sacs poubelle, vrais filets de pêcheurs…Et le son accompagne tout cela dans la salle d’expo! (Bruits d’eau, de vagues puis d’oiseaux de mer).

La première pièce vous attaque de plein fouet! Avec des personnages à votre taille, qui tendent leur regard vers un horizon d’espoir. Regardez cet homme, longiligne, les mains dans les poches, qui avance résolument, tirant sa petite famille derrière lui dans des poussettes, ainsi que sa chaise, son parapluie et quelques vêtements!

D’oeuvre en oeuvre, on est porté par les idées de confiance, de paix, de compassion, d’écoute de l’autre, d’entraide… Même si le malheur et la misère de l’homme sont très présents. C’est ça Claude Brugeilles… Certains de ses dessins, gravures ou peintures ont un côté Brueghel (son nom lui ressemble également!)

Pensez aussi à feuilleter son livre de poèmes à l’accueil.

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Eliane Martinand, Joëlle Farenc, Galerie Entrée Libre

La Galerie « Entrée Libre » de la Caisse d’Epargne, rond-point de la Nation, à Dijon, accueille les peintures de Eliane Martinand et les sculptures de Joëlle Farenc. Titre de cette exposition: « Piques et velours ». Jusqu’au 7 juin. Du lundi au vendredi, 8h30-12h et 13h30-17h30.Eliane Martinand vit sa peinture comme des déplacements dans l’espace. Ceux qu’elle a aimé faire quand elle pratiquait des chorégraphies acrobatiques et artistiques (elle était professeur d’éducation physique et sportive). Au vernissage de l’exposition de la Caisse d’Epargne, elle en fait une petite démonstration, qui expliquait avec plein d’humour sa façon d’envisager la peinture.

Pour parler du travail d’Eliane Martinand, il faut donc passer, comme elle, par les mots piquer, croiser, spirale, vrille, salto, enrouler …! Le mouvement, quoi! On sent un pinceau impatient et dynamique entre ses doigts! Avec elle, les vignes et les cactées vibrent et dansent autant que les rougeoiements volcaniques! La couleur aide à cette mise en mouvement. Franche, rythmée et travaillée.Le mouvement est visible aussi dans ses approches et ses reculs! Un gros plan. Un plan plus large. Puis à nouveau un zoom… Etc! Et quand Eliane Martinand fait ainsi marcher sa focale variable, elle joue avec l’abstraction. C’est bien connu: un plan rapproché, le fragment d’une réalité cerné et grossi perd de son caractère figuratif.Joëlle Farenc sculpte. Et elle le fait avec passion. On devine son rapport passionnel avec la terre qu’elle travaille. Elle sculpte le vivant. A l’expo, on verra des écureuils et des chats! Mais l’humain, aussi. Expressions du visage ou attitudes, c’est ce qui intéresse Joëlle Farenc. Sans doute, surtout, les dualités, les différences, les oppositions, les contrastes…Tout ce qui fait l’être vivant. La matière est attaquée avec énergie, communiquant vérité et spontanéité au sujet. Et la pose des patines, très variées, semble faire entrer  définitivement les pièces dans le monde de l’art universel. Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois (important, pour les sculptures en particulier)

Luc Quinton, Galerie La Source

« Rouillé-collé- des collages immédiats », c’est le titre en forme de jeu de mots qu’a choisi Luc Quinton pour son exposition à la Galerie La Source, Fontaine-lès-Dijon. A voir jusqu’au 24 mars. Du mercredi au dimanche 15h30-18h30.

Luc Quinton se dit plasticien colleur d’histoires. Et j’avais en effet souvenir de sa première exposition à La Source, il y a quelques années, où il présentait des collages classiques, papiers sur papier: un vrai livre d’images. Un grand spécialiste du collage.

Aujourd’hui, le travail est différent. Ainsi que le résultat pour le visiteur. Les collages sont là, mais sur des supports surprenants. Du vieux bois ou du métal rouillé, des pièces de rebu. De la lessiveuse à la plaque de cuisinière, en passant par un bout de carrosserie. J’avoue préférer les pièces qui sont tellement sorties de leur contexte qu’on ne reconnaît plus l’objet d’origine.

détail de la photo précédente

En tout cas, les fonds rouillés offrent une belle richesse de couleurs et de lignes. Et, en général, les collages  de Luc Quinton jouent habilement avec.

Il faut souvent dénicher le petit collage qui se cache dans un coin d’une grande tôle tordue et rouillée! Intéressant contraste entre ce support imposant, voyant, volumineux et la mini image venue s’intégrer là timidement. Une barque, des chameaux, une marquise, un mendiant, un départ en exode, un insecte, une charrette de foin… Ils ont tous leur place. Ils ne sont pas là par hasard. Leur destinée passe par cette vieille plaque de fer abandonnée ou cette planche usée et fatiguée…L’une expliquant l’autre, peut-être. Leur rencontre est émouvante (ou leurs retrouvailles, pourquoi pas). Il y a des correspondances entre eux.

détail de la photo précédente

Mais dans cette expo, j’ai vu aussi des choses maladroites, qui, pour moi, ne présentaient pas d’intérêt, telles ces cannettes écrasées, collées quelque part. Ou, parfois,  des collages qui prenaient trop de place par rapport au support. Certaines œuvres de Luc Quinton ont un raffinement dans la modestie et l’épure que n’ont pas certaines autres qui en font trop ou qui tombent dans la trivialité (dans le sens « commun »).

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Emily Mae Smith, au Consortium

Le Consortium de Dijon accueille l’artiste américaine Emily Mae Smith jusqu’au 14 avril. (37 rue de Longvic, du mercredi au dimanche 14-18h (20h le vendredi). A voir comme un rafraîchissement, sans oublier quand même tout le côté « culturel » que contient cette oeuvre.

La petite brochure du Consortium explique que Emily Mae Smith fait partie des artistes qui ne « nagent pas dans le sens du courant ». Oui, d’abord, c’est de la peinture! Et une peinture léchée, lisse, figurative, drôle et relativement facile d’accès. Pas très habituel, en effet, en art dit contemporain! Mais on a le droit d’apprécier! Même si le côté décoratif, amusant et coloré domine.

Les références et emprunts sont nombreux chez cette artiste. Et ce n’est pas trop difficile de les trouver: art nouveau, surréalisme (Magritte surtout), pop art, Mikey, quelques peintres classique (Hokusaï par exemple, ou peintures du XVIIIème siècle) etc. Bien sûr, il a dû m’en échappé beaucoup!

D’une paire de chaussures à talons aiguilles géante à une paire de lunettes démesurée, d’une langue malicieuse à une paire de moustache à la Dali, on se régale de sa fantaisie. Son thème favori est un balai. Symbole de la sorcière, certes, mais surtout des travaux ménagers auxquels la femme a été longtemps assujettie.  Et le balai de Emily Mae Smith se métamorphose en personnages qui mêlent féminité et masculinité : un phallus habillé d’un long pagne ou affublé d’une queue de sirène!

Emily Mae Smith raconte des petits contes modernes, imagés, illustrés, moqueurs. Des petites fables acides ou souriantes. Elle lance comme des petites énigmes à décrypter ou des chansonnettes acidulées pleines d’allusions coquines ou révoltées. Ses formats sont variés, adaptés à son sujet.

Son oeuvre est très personnelle, utilisant tout un passé (ou un présent) artistique qui lui sert de signifiant autant que le sujet traité. Sa peinture est narrative, mais ce qu’elle dit est intéressant.

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La peinture, au FRAC

Aux Bains du Nord (FRAC Bourgogne), 16 rue Quentin, Dijon, une exposition  s’est intitulée « La peinture en apnée ». Printemps 2017

Je trouve que le FRAC Bourgogne fait bien des gorges chaudes de son expo actuelle, dans sa communication, ses commentaires, son titre (en apnée). Certes, c’est de la peinture. Oui, et alors? Rien de vraiment extraordinaire, à mon avis. La peinture, contrairement à ce qu’on a pu dire ici ou là, n’a jamais disparu de la scène artistique. Ce n’est pas « la peinture, le retour ». Il n’y a pas, je crois, à se glorifier d’avoir réussi une expo contemporaine de peintures…A.Château

Je suis bien sûr ravie de voir des peintres exposer, mais je vous assure que je n’ai pas une seconde cessé de respirer au cours de ma visite… Intéressée, ça oui. Touchée, parfois. Dubitative ou surprise, souvent. Mais asphyxiée, non…

Ici, que des artistes dijonnais, ou qui ont un rapport intime avec Dijon. C’est sympa. Mais, là non plus, pas à s’en taper le derrière par terre.

Chacun d’eux a un rapport  à la peinture différent.  C’est ça qui est passionnant. Ils utilisent le même médium. Mais pas toujours dans le même but. Que les techniques soient diverses et variées, bon, on est habitués. Mais que la façon d’envisager la peinture ne soit pas la même… ça c’est intéressant. Il faut dire aussi que différentes générations d’artistes sont représentées. Belle confrontation.Tursic et Mille

La peinture, en tout cas, ne sert pas à décorer ou à faire joli dans mon salon. Tout le monde, ici, est d’accord. Les rôles qu’on lui fait jouer sont autres. On la torture, on la questionne, on la fait crier, se révolter…On la détourne, on la retourne, on l’exploite, on la déguise…On s’en fait une amie, une amante, une complice… On la fouille, on la teste, on la pousse dans ses derniers retranchements…Ming

Cécile Bart la met à plat sur le mur, puis, lui superpose un tableau (histoire de distances, de surfaces). Ida et Wilfried recyclent avec elle des images de magazines, de sites internet et autres photos (le dit de démontrer une certaine réalité moderne). Gentaro Murakami, grâce à elle, regarde des films d’un autre point de vue. Antoine Chateau se fait lyrique en sa compagnie. Annick David sait qu’elle a un coeur qui bat pour nous (« elle », c’est toujours la peinture! Vous suivez?). Ming l’habille de politique et d’Histoire.

A.DavidPour n’en citer que quelques uns.

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Philippe Monnot, à L’Encadreur

L’Encadreur, 30 rue Charrue, Dijon, a accueilli dans sa boutique  le sculpteur Philippe Monnot de la Nièvre. Tout en carton! Une belle découverte! (hiver 2016)

l'écorché

l’écorché

Des petits bouts, des gros bouts. Que des morceaux de carton recyclé (armature en zinc? à vérifier…). Un travail d’assemblage, de puzzle, de collage, de montage… mais bref, de sculpture! Philippe Monnot expose un gorille géant (il a été obligé malheureusement de ne mettre que le tronc, la bête entière mesure plus de 2 m et ne passait pas la porte!). Quelle allure! Géante aussi sa tête de taureau. Un beau trophée sur le mur! Et l’écorché, et Mickel Jackson… Certaines pièces ont été peintes de telle sorte que l’on soit trompé sur le matériau! On croirait du métal! Bien vu!   Je crois que cet artiste a l’habitude de sculpter des animaux, des hommes lapins etc, mais pas forcément dans cette matière cartonnée! C’est assez étonnant à voir.

gorille, extrait (le cri!)

gorille, extrait (le cri!)

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je note: vu des sculptures en matériaux de récup d’un certain Dominic Gubb (Pays de Galle) , ceux en carton ressemblaient étrangement à ceux de PH. Monnot.

Des Chinois chez Vuitton (et autres…), Paris

La Fondation Louis Vuitton, à Paris, a reçu des artistes chinois contemporains, mais j’ai manqué cette exposition « Bentu », qui se terminait le 2 mai, et je le regrette. Par contre, dans la Collection, j’ai pu voir dernièrement quelques chinois malgré tout (jusqu’au 29 août). Et j’en étais ravie, non parce qu’ils sont de Chine! Mais parce que leur travail de plasticiens m’intéresse !   Et j’ai un ou deux autres petits commentaires à faire à propos de ma visite à Vuitton.

D’abord, Yan PeiMing, notre dijonnais!! Un magnifique diptyque et une grande toile sombre m’ont donné la chair de poule. J’ai oublié le titre de cette dernière. C’est l’Acropole d’Athènes sous un ciel très tourmenté et couvert d’oiseaux de mauvaise augure. Comme toujours avec Ming, je stoppe un moment devant cette peinture noire. Je ne vois pas grand chose. Du noir. Mais, peu à peu, je distingue une lueur ici, un filet de lumière là-bas, une étendue « liquide » au premier plan… Et puis, il y a de plus en plus d’oiseaux dans le ciel!  Des nuées, que je n’avais pas distinguées au premier abord. Inquiétante toile (et prémonitoire? Elle date de 2012. La Grèce n’avait pas encore sombré). Superbe toile inspirée. Brossée d’un geste ample. Pratiquement monochrome, mais bouillonnante de forces vives.

A côté, deux toiles aux bleus sombres, intitulées « Les temps modernes ». Celle de droite: dans la nuit, une foule de personnes est rassemblée, en cercle, autour d’une zone lumineuse (ou est-ce simplement la lune que l’on devine au creux des nuages et qui dirige ses rayons au sol ?). Silhouettes d’errants, de revenants…? Cérémonie de sorcellerie? Ces humains semblent ensuite s’engager sur un chemin qui serpente jusqu’à un horizon très lointain (Ah! les profondeurs des peintures de Ming!). Ont-ils manqué cette petite maison, aux allures de chapelle éclairée, qui les attendait dans l’obscurité, entre les arbres? (tableau de gauche). En tout cas, des humains bien paumés… Cette toile est profondément silencieuse et mystérieuse.Ming

Zhang Huan m’a également beaucoup impressionnée avec ses peinture et sculpture réalisées au moyen de cendres d’encens récoltées dans les temples bouddhistes. En particulier « Sudden Awakening », belle tête de bouddha au crâne ouvert d’où s’échappe une fumée d’encens.Huan

Zhang Xiaogang, lui aussi, ne laisse pas indifférent avec son oeuvre « My Ideal ». Il a réalisé une série d’enfants, peinture et sculpture, nus à partir de la taille, laissant voir leur sexe, habillés d’uniformes qui révèlent une classe sociale ou une profession. Attitudes figées, fidèles à l’image d’une éducation embrigadée. Sur la toile, grise, lisse (avec seules couleurs rouge d’un corps et vert d’un costume), le regard de ces gamins déguisés en adultes est affolant. Il glace.Xiaogang extrait

Enfin, Ai Weiwei a posé son « Tree » dans une salle, grand arbre reconstitué, fabriqué avec plusieurs tronçons de bois. Il a quelque chose de dramatique ce blessé, ce greffé, ce végétal mi-réel mi-artificiel…

Je ne parle pas du reste, pour ne pas paraître trop bavarde, et parce que ce sont des oeuvres moins proches de mes goûts.

Passons aux artistes non chinois!!! (entre Monumenta et Collection, cette journée parisienne fut chinoise!). Le sieur Buren a oeuvré in situ sur la Fondation Vuitton… Et le fier vaisseau blanc de M. Gehry a soudain perdu de son élégance et de sa classe! 3 600 vitres ont été recouvertes de filtres colorés, comme d’habitude avec Buren. 13 couleurs tout ce qu’il y a de primaire. D’où un Arlequin sans grâce, voire vulgaire et réducteur (on a l’impression que cette belle architecture a un peu rétréci) Allez…. Il faut dire que le jour de ma visite, il pleuvait et que l’oeuvre manquait de lumière solaire… Allez!Buren-Gehry

Au sous-sol de la Fondation (Grotto), par contre, une belle découverte!  Olafur Eliasson a installé « Inside the Horizon » (je ne l’avais encore pas vu) et c’est un jeu extraordinaire de reflets, de lignes de fuite et de fuites de lignes! Son alignement de colonnes à miroirs et à mosaïque jaune soleil, le long de la « rivière », donne des perspectives variées à l’infini. Un rêve pour les photographes!Eliasson extrait

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