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Muriel Carpentier, ABC

Dans le Hall de l’ABC, passage Darcy, à Dijon, « Abysses » vous attend. Un travail de Muriel Carpentier. Jusqu’au 4 novembre. Du mardi au samedi, 13-18h.

C’est avec une vidéo que Muriel Carpentier m’avait interpellée il y a quelques années. Un collier de glaçons qui fondaient autour du coup d’une femme. La peau frissonnait. Les gouttes glissaient. Les « perles » d’eau gelée s’amenuisaient peu à peu. Génial.

Cette fois, il y a encore vidéo, mais pas que…Autour du thème des abysses, la jeune artiste (des Beaux Arts de Dijon, c’est  ici sa première expo solo) décline dessins, photos et installation.

A l’entrée, deux simples tréteaux peints en violet et éclairés d’une simple lampe de bureau accueillent quelques superbes encres colorées de l’artiste. Belle idée. Bien mieux que accrochées au mur. Car…on les regarde du haut. On « plonge » dedans. Pour voir de mystérieux organismes aux belles transparences. CarpentierOn ne sait pas encore qu’on va descendre beaucoup plus profond encore!

Continuons notre plongée en apnée. Aux murs, des dessins minutieux et fouillés nous font rencontrer quelques créatures en mutation. Mi-végétales, mi-animales.Carpentier3

Allez, on s’aventure derrière le rideau noir! Un décor de roches noires que je définirais volontiers comme volcaniques nous entoure. On ose marcher un peu. Mais des flaques d’une étrange matière aquatique, mi-visqueuse, mi-mousseuse, nous arrêtent. Une lumière venue des profondeurs les éclaire par dessous. Danger! On n’avance pas le pied! ça semble sans fond! Carpentier2Venu des entrailles, ce liquide remue lentement, au rythme des sons qui résonnent autour de nous. Échos de grottes, craquements, glouglous…Avons-nous atteint le ventre de la terre? Ce liquide est-il fécond? Il passe par une palette de couleurs magnifiques, du glauque au rouge feu. Est-il bouillant ou glacial? Va-t-il en jaillir une de ces créatures inconnues qui vivent dans les abysses, de celles vues sur les dessins de Muriel Carpentier?

L’exposition est courte. Peu de choses.  Mais on est convaincu. Sa projection vidéo « Descente en eaux troubles » s’associe à ses dessins « Captures » et « Paliers » et à ses photos pour créer un univers et transmettre des sensations, voire des réflexions.

On peut terminer par le book de Muriel Carpentier et constater qu’elle est ouverte à plusieurs domaines de création, seule ou en collectifs. Elle construit peu à peu une oeuvre. A suivre.

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« Opiums? » à l’abbaye de Auberive

MarcPetit2L’Abbaye de Auberive (Haute Marne) est un centre d’art contemporain, entre autre ( aussi concerts, conférences etc). Son propriétaire, Jean-Claude Volot, est grand collectionneur d’art. Particulièrement intéressé par l’art singulier (art brut) et les arts populaires. Chaque année, en été, l’abbaye présente une exposition. 2017 est marquée par « Opiums? », qui propose une grande partie du fonds de l’Abbaye et quelques autres oeuvres. Le tout  sur le thèmes des croyances, des religions, des dévotions, des addictions diverses et variées. Jusqu’au « culte » rendu à Mao! Une exposition très très complète, à voir jusqu’au 1er octobre. Du mercredi au dimanche, 10-12h30. 14-18h30. Le mardi, 14-18h30.

Parmi la quantité d’œuvres présentées, j’ai envie de parler de celle de Yolande Fièvre, son « Petit peuple pour des pierres ». FièvreDes créatures faites d’argile séchée sont assemblées en une sorte de cérémonie, sur un sol jonché de terre. Il semble que certaines soient décapitées. D’autres seraient bicéphales. De fins branchages ont poussé dans leur corps et jaillissent tels des membres. Ils s’emmêlent pour former au-dessus d’eux comme un dais de procession. Trois animaux, d’argile eux aussi, de la taille de gros chiens, suivent ce rituel. Mais ces êtres étranges ne seraient-ils pas des buissons animés de vie quasi humaine? Oui. Les ramures ont une âme. La nature a une âme. Voilà sans doute ce que dit l’installation de l’artiste. En tout cas, c’est bouleversant. Plongeon dans les ancestrales croyances, et dans nos propres rêves, cauchemars et imaginaires.

Dans la pièce à côté, un autre « petit peuple », celui de Jephane de Villiers. de VilliersUne foule de mini personnages hallucinés se regroupe autour d’un énorme animal (lui aussi d’argile séchée) ou s’agglutine sous une espèce de cage faite de ronces. On imagine des populations soumises à une divinité…ou quelque chose comme ça. Là encore, une installation bouleversante.

Le sculpteur Marc Petit occupe une place de choix dans cette Abbaye d’Auberive. De très nombreux bronzes sont à voir en extérieur comme en intérieur. Et on se laisse prendre par ses sombres personnages accablés, tourmentés, ravagés de souffrance. L’artiste ne leur a laissé que la peau sur les os. Une peau parcheminée, ridée jusqu’à la déchirure. Ils sont à la fois légers comme des fantômes et lourds comme des humains qui avancent sous le poids de tous les malheurs du monde.MarcPetit Ils avancent, et même ils dansent. Jambes, bras et mains graciles dessinent des chorégraphies. Mais c’est « la danse macabre ». La mort, déjà, avant même d’être mort. La mort à l’intérieur de la vie. Ou le contraire.    La matière même de ces sculptures, entre terre souple manipulée par les doigts de l’artiste et rigidité cadavérique du bronze est extraordinaire.

L’exposition m’a laissé plein d’autres résonances vibrer en moi: Un Christ en bois du XVIIème siècle aux côtés d’un Christ en bois de Tanzanie.  Des maternités de Côte d’Ivoire en bois associées à des Vierges à l’enfant de France ou d’Italie. Une collection de petits bénitiers. Une sculpture pieuse d’art populaire mexicain. Des peintures de Nitkowski, de Correia, de Rustin… Des dessins de Fred Deux. Un Combas. Une collection de porcelaines de la propagande Mao…Rustin

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Eric Schenker, La Source

Jusqu’au 1er octobre, Galerie La Source, Fontaine lès Dijon, Eric Schenker expose « Écritures de l’instant ». Du mercredi au dimanche inclus, 15h30-18h30. Présence de l’artiste les week-end.

Une qualité de cette exposition d’Eric Schenker c’est l’évident réseau de correspondances que l’artiste a tissé entre les œuvres. Aux colonnes répondent d’autres colonnes. Aux graphismes répondent d’autres graphismes. Mais ce n’est jamais ni tout à fait semblable ni tout à fait différent. Subtilités des échos.

L’expo s’ouvre sur trois colonnes blanches grand format. L’entrée d’un temple! Sur leurs quatre faces quelques élégants signes à l’encre noire attendent qu’on les déchiffre! Schenker3Et, surprise, sur chaque peinture accrochée aux murs, on distingue une petite excroissance blanche, garnie de ces mêmes graphismes (ou leurs cousins, en tout cas). Comme si les colonnes de l’entrée se projetaient en miniature ici.

Trois belles céramiques occupent aussi ce rez de chaussée. Colonnes elles aussi. Mais chaotiques, bousculées. On y retrouve les traces de la mystérieuse écriture (assez proche, décidément, de la calligraphie).Schenker4 Et quand on voit les silhouettes de colonnes déstructurées peintes en couleurs vives  sur les tableaux des murs, on sait qu’on va suivre une déclinaison de ces thèmes tout au long de l’expo.SchenkerGagné! A l’étage, les volumes en grès alternent avec les encres et les peintures, prolongeant le travail du rez de chaussée. Beau dialogue. On évoque souvent l’archéologie: émouvantes pièces ruinées qui gardent des empreintes du passé. On pense à une inspiration orientale: traits d’encres épurés ou caractères de style asiatique sur grosse toile.

Pour moi, Eric Schenker reste avant tout un céramiste. Même si j’aime les parallèles  avec les dessins.Schenker2

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Il y a un an, j’avais écrit un texte sur son travail, qu’il a utilisé pour son carton d’invitation. Je le remets ici:

Ça tient…

Quand Eric Schenker dessine, il bâtit.

De quelques traits d’encre, il construit.

Ses architectures sont des défis à l’équilibre et à la verticalité.

Je me demande si ses échafaudages tiennent davantage par leurs pleins que par leurs vides.

Parfois des lignes légères s’échappent de la construction.

Ténues, flottantes.

Je crois deviner ici et là une échelle ou quelques marches improbables.

Ça tient…

Mais ces graphismes pourraient bien être des ombres.

Les ombres de sculptures rêvées.

Des possibles. Des éventuels. 

Car, soudain, oui, le dessin prend matière.

Il devient volume.

Eric Schenker échafaude en grès.

Des choses dressées. Debout.

Des stèles, des totems, des menhirs, des tablettes, des colonnes…

Qui se tendent vers le ciel.

Et … C’est étonnant…

Le dessin est toujours présent.

Il a laissé son empreinte. Il est là.

Comme si la céramique en avait gardé la trace.

Je le vois…

Peut-être son squelette par transparence.

Ou un tatouage…

Céramique tatouée ?

David Hockney, Centre Pompidou

Jusqu’au 23 octobre, au Centre Pompidou de Paris, une grande rétrospective de l’oeuvre de David Hockney permet de suivre plus de 60 ans de travail de ce peintre anglais (11-21h, fermé le mardi)

Interdiction de prendre des photos. Frustrée! Celles qu’on trouve en cartes postales et documents ne sont pas forcément celles que j’aurais prises!!

Evidemment, je ne connaissais de Hockney que les fameuses piscines américaines! Cette expo m’a donc fait ouvrir les yeux sur les recherches de l’artiste tout au long de sa vie (il a 80 ans aujourd’hui), et en particulier sur son rapport à l’image (photographique ou peinte). Intéressant.

L’expo débute par ses peintures de jeunesse, quand il était encore à l’école d’art. Elles m’ont touchée, presque davantage que les suivantes! Son autoportrait en collages sur fond de journal est une fantaisie fort sympa (déjà un assemblage, comme il le fera avec ses photocollages)!Hockney

Ensuite, seize gravures, comme un conte graphique, avec refrain d’une tache rouge; ça m’a ravie.

Puis, déjà ses paysages et portraits, annonciateurs de la suite. Californiens (déjà des piscines), indiens, suisses… J’y ai vu de l’humour. Et du jeu: « je fais du réalisme pour prouver que la peinture figurative n’est pas morte. Mais je me refuse à la reproduction exacte de ce que perçoit mon œil » dirait-il (et je ne serais pas loin d’apprécier!) . D’où le trait fantaisiste et simpliste, la palette exagérée.

Viennent les douches, puis les doubles portraits, puis les piscines etc;  et ça y est, on est dans les peintures-photographiques, il me semble. Des peintures inspirées de photos, mais surtout un regard de photographe avant d’être celui d’un peintre. Telle cette bouée rouge flottant sur l’eau de la piscine:  le cliché qu’on fait en un clin d’œil, parce qu’on a aimé son graphisme et ses oppositions de couleurs.

C’est drôle comme les scènes les plus connues de Hockney (piscines, portraits…) ont à la fois quelque chose de très figuratif, bien sûr, mais aussi de très irréel. Les personnages figés et raides comme sur les vieilles photos, les traits rigides du décor, les couleurs lisses et glacées. On est dans l’aplat. On est sur une surface. Et, du coup, on reste à l’extérieur. On n’entre pas.Hockney2

Après une série de portraits dessinés magnifiques (sa mère, par exemple…) et d’ autoportraits (le dandy qui se regarde et se dessine chaque matin), l’expo se termine par le travail de l’artiste utilisant les techniques nouvelles, de l’imprimante à l’Ipad, en passant par le polaroïde. La suite logique de son cheminement: une réflexion sur la (re)production des images.

Hockney a peint ou mis en vidéo de vastes paysages « enveloppants ». Sans doute pour qu’on soit plus facilement à l’intérieur (je disais plus haut que je n’entrais pas!).  Entre autre, « peinture sur le motif pour le nouvel âge post-photographique » de 12 m de long, faite de 50 toiles assemblées. Pas terrible! Et « the four seasons » réalisées avec des tournages en continu (18h par jour) sur plusieurs caméras. Le thème des 4 saisons rabâché depuis des siècles, mais vu avec des moyens actuels.

Finalement, qu’est-ce qui m’accroche dans tout ça? -Peut-être le côté impossible de ses paysages peints (à la Matisse, souvent) . Avec leurs couleurs de fauves. Une campagne anglaise qui s’offre des roses un peu fous, des rouges, jaunes et verts fluo. Le Grand Canyon qui lui aussi se voit en teintes improbables, jaune vif, aubergine et tomate. La route sinueuse de Nichols Canyon (photo ci-dessous, extrait)…Le tout brossé en lignes et formes mouvantes. Et avec ces perspectives inversées qui transmettent au regard une drôle d’impression assez vertigineuse.Hockney3

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EVAsions des arts, 5 villages

Une journée de charme! Y aller par les petites routes boisées et vallonnées. Flâner dans ces villages aux vénérables maisons de pierre. Sentir le calme. Pénétrer dans toutes ces belles granges imposantes. Y rencontrer les artistes et les écouter. S’étonner, s’approcher, regarder, s’émouvoir, s’enthousiasmer, échanger. EVAsions des arts, à Villy-en-Auxois, Villeberny, Verrey-sous-Salmaise et Salmaise, dans l’Auxois, est une fête que j’essaie de ne jamais manquer. C’était les 5 et 6 août, cette année 2017. Bravo aux organisateurs! Comme d’hab.!

Nous ne les avons pas tous vus ces créateurs passionnés et tous différents les uns des autres, venus d’un peu partout en France! Ils étaient 36 ou 38, je crois! Voilà ce que j’ai retenu:Procoudine-GorskyLe lieu où s’exposent les oeuvres a une influence. Illustration, avec les peintures de Anne Procoudine-Gorsky. Ses « draps d’étreintes » prenaient à Villy, j’en suis sûre, une autre dimension, et on ne les voyait pas de la même façon qu’exposés dans un espace différent de celui-ci. Suspendus dans cette grange, en harmonie parfaite avec le pigment ocre des vieilles portes rugueuses, leur sensualité et leur présence vivante impressionnaient vraiment. L’artiste vit de toute façon un corps à corps avec la peinture qui communique à son travail et à son talent technique une valeur supplémentaire certaine.Lemaire

Les sculptures de Christine Lemaire ont une matière commune, le fer. Mais elles manifestent les oppositions que cache chacun de nous : douceur et grâce du fil (de fer), dureté et tension de la masse (de ferraille). J’ai préféré les deuxièmes. Les premières restant, pour moi, de l’art déco gentil. Son « passage », par exemple, fait de deux plaques de tôle rouillées, lézardées, qui glissent l’une vers l’autre sans se toucher, m’a paru très fort. J’aime aussi ses « forteresses ». Entre les deux genres (fil et masse), j’ai trouvé « Foule » suggestif et touchant.

Nouveauté cette année, « L’incubateur ». Une des granges accueillait un groupe d’étudiants des Beaux-Arts. Bonne idée sympa! N.Boccard, G.Murakami, E.Roturier, L-R. Roux, T. Sartori présentaient peintures, photos, volumes. Intéressantes démarches.

Nicole Friess avait accroché un petit nombre de toiles dans une grange très vaste. Et il faisait sombre. Mais, au final, le regard s’obligeait à demeurer longtemps, à essayer des angles de vue différents. Et on se laissait prendre par la couleur et on partait avec… Bleu de glace, orange de feu, noir d’orage, blanc d’écume…Ce sont des paysages abstraits comme on en a vu dix mille fois, de faux paysages où l’on a cherché dix mille fois un ciel, une mer, un volcan, un horizon…Mais pourquoi, ici, est-on si facilement saisis par eux?Catry

Il y avait même un artiste zingueur! Pascal Catry récupère les gouttières (entre autre) et les travaille (à peine) avec amour. L’amour du zinc. Elles deviennent des objets d’une beauté étonnante. Aplaties, étalées, réunies entre elles, elles révèlent des teintes et des textures tout en nuances mais superbes. Le temps a agi sur elles, l’artiste met en valeur ce travail (il ne fait pas grand chose d’autre). Voici donc de longs tableaux gris et lisses, striés de blanc ou de rouille. Parfois rompus de lignes verticales aux étranges écailles (juste d’anciennes soudures à l’étain).

D’abord, elle fabrique sa mixture. Une sorte de pâte à papier faite d’argile rouge et de filtres anciens passés à l’eau de source. Des végétaux récoltés et séchés par elle vont venir se blottir dedans. Quelques gestes de plasticienne et de technicienne plus loin, l’oeuvre apparaît. Les compositions de Marie-Gala Perroud sont mystérieuses. On y voit la nature amoureusement conservée mais aussi des tableautins d’une esthétique raffinée et gracieuse.

Ce sont des châssis de petit format, 50/50, peints en noir. Patrice Marchand y dépose de petits assemblages, de petites constructions. Un morceaux de grille, un sachet de carton, une enveloppe jaune, quelques pages de livre, un fragment de calligraphie, un bout de journal, une phrase…Tout cela est plus ou moins découpé, décalé, déstructuré. Interviennent parfois sable, acrylique, peinture au bitume. Résultat: des compositions minimalistes, comme de courtes expériences de vie. Il les compare, lui, à des haïkus.Marchand

Au château de Salmaise, j’ai retrouvé avec grand plaisir Edith Nicot, notre plasticienne-papier bien connue, Monique Riond et ses Femmes mythiques, en terre cuite, figures sacrées dans leur simplicité, et Marie-Noëlle Noury, invitée d’honneur, accompagnée de son fidèle Maurice en papier mâché (elle lui a encore trouvé des sens figurés devenus des sens propres qui ne lui facilitent pas la vie!).Riond

Et puis, encore: Alexandra Schenke et ses étranges mini carrés couverts d’un langage inconnu, assemblés en cubes, colonnes, sculptures. Mniha et ses photos « Light Painting » qui fantomatisent le réel et le quotidien. Emma Ash et ses grandes peintures hallucinées, aux teintes de fresques, un peu baroques, un peu images pieuses, riches d’existences pluriels. Sandrine Lepelletier géniale dans son art singulier. Frank Mercky le ferronnier et ses bêtes si humoristiques. Niotte Prod et ses personnages de science fiction, hybrides, complexes et imprévus.

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Un peu partout en Europe

Longtemps que je n’ai pas écrit sur mon blog! Je livre aujourd’hui un échantillon de chacune de mes visites (art plastique, quoique ces vadrouilles diverses n’avaient pas spécialement l’art pour but…Mais on en profite!) faites ces temps-ci en France et ailleurs!

-Saint-Pétersbourg, first. Le Musée russe a eu ma visite. Plaisir de voir Kadinsky ou Malevitch! Puis de passer (vite) devant des peintures bien soviétiques…Mais surtout un régal devant quelques peintures sur bois de l’ancienne Russie (XIIIè-XVIème siècle)primitif

Le gigantesque musée de l’Hermitage a eu aussi ma visite. Entre des dizaines de galeries d’apparat, d’escaliers d’honneur et de salles archi dorées… Entre quelques beaux Bellini, Goya, Le Greco, Rembrandt…Entre des troupeaux de touristes chinois,  russes ou européens… J’ai eu la chance de voir une expo de A. Kiefer (et dans ces salles-là, les foules avaient presque disparu!!)

Anselm Kiefer a réalisé ces peintures spécialement pour l’Hermitage, en l’honneur du poète russe V. Khlebnikov. Oeuvres presque toutes très grand format. Impressionnantes. Toujours des paysages d’une terrifiante beauté où règnent éternellement des vestiges de guerres (réels ou fantômes)Kiefer

-Budapest, ensuite. Dans le jardin de la Grande Synagogue, une sculpture de Imre Varga s’intitule « saule pleureur » ou « arbre de vie ». Un arbre métallique. Chacune de ses feuilles porte le nom d’une victime de la Shoah (oeuvre en partie financée par l’acteur Tony Curtis, d’origine hongroise). VargaEt dans le petit cimetière contigu, où reposent 7000 juifs tués ici, une sculpture très émouvante se dresse sur un monument érigé en leur honneur. Je n’ai pas le nom de l’auteur.cimetièreSynagogue

-Londres, pour continuer! Je ne voulais pas louper un passage à la Modern Tate! Imposant lieu d’art contemporain installé dans une ancienne centrale électrique. Une collection relativement légère en nombres d’oeuvres (mais haute qualité!).  J’ai noté en vrac Matisse, Richter, Soulage, Kapoor, Bonnard, Rothko, Penone… L’installation qui a retenu mon attention est celle de l’artiste polonaise Magdalena Abakanowicz, « Material and objects 9″. Un immense dépôt de sculptures molles, telles des momies, ou des roches, ou des embryons, ou des sacs de jute… Chaos, éboulis…Ou quelque chose d’organique, d’où la vie a disparu ou n’a pas encore jailli. Magdalena

Collioure, eh oui! France! Vu Augustin Hanicotte (1870-1957) avec une intéressante vision simple de la vie quotidienne du port de Collioure. Un témoignage. Une fresque vivante et naïve, un peu à la flamande. Mon préféré: un grand tableau de gouache et aquarelle sur papier kraft.Hanicotte

 -Narbonne, aussi! Me suis assise sur le banc géant de Lilian Bourgeat, l’artiste  dijonnais. Une des oeuvres de ses fragments urbains surdimensionnés.Bourgeat

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La peinture, au FRAC

Aux Bains du Nord (FRAC Bourgogne), 16 rue Quentin, Dijon, l’exposition jusqu’au 30 juillet s’intitule « La peinture en apnée ». Du mercredi au dimanche, 14h30-18h; samedi, 11-13h et 14-18h.

Je trouve que le FRAC Bourgogne fait bien des gorges chaudes de son expo actuelle, dans sa communication, ses commentaires, son titre (en apnée). Certes, c’est de la peinture. Oui, et alors? Rien de vraiment extraordinaire, à mon avis. La peinture, contrairement à ce qu’on a pu dire ici ou là, n’a jamais disparu de la scène artistique. Ce n’est pas « la peinture, le retour ». Il n’y a pas, je crois, à se glorifier d’avoir réussi une expo contemporaine de peintures…A.Château

Je suis bien sûr ravie de voir des peintres exposer, mais je vous assure que je n’ai pas une seconde cessé de respirer au cours de ma visite… Intéressée, ça oui. Touchée, parfois. Dubitative ou surprise, souvent. Mais asphyxiée, non…

Ici, que des artistes dijonnais, ou qui ont un rapport intime avec Dijon. C’est sympa. Mais, là non plus, pas à s’en taper le derrière par terre.

Chacun d’eux a un rapport  à la peinture différent.  C’est ça qui est passionnant. Ils utilisent le même médium. Mais pas toujours dans le même but. Que les techniques soient diverses et variées, bon, on est habitués. Mais que la façon d’envisager la peinture ne soit pas la même… ça c’est intéressant. Il faut dire aussi que différentes générations d’artistes sont représentées. Belle confrontation.Tursic et Mille

La peinture, en tout cas, ne sert pas à décorer ou à faire joli dans mon salon. Tout le monde, ici, est d’accord. Les rôles qu’on lui fait jouer sont autres. On la torture, on la questionne, on la fait crier, se révolter…On la détourne, on la retourne, on l’exploite, on la déguise…On s’en fait une amie, une amante, une complice… On la fouille, on la teste, on la pousse dans ses derniers retranchements…Ming

Cécile Bart la met à plat sur le mur, puis, lui superpose un tableau (histoire de distances, de surfaces). Ida et Wilfried recyclent avec elle des images de magazines, de sites internet et autres photos (le dit de démontrer une certaine réalité moderne). Gentaro Murakami, grâce à elle, regarde des films d’un autre point de vue. Antoine Chateau se fait lyrique en sa compagnie. Annick David sait qu’elle a un coeur qui bat pour nous (« elle », c’est toujours la peinture! Vous suivez?). Ming l’habille de politique et d’Histoire.

A.DavidPour n’en citer que quelques uns.

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Philippe Monnot, à L’Encadreur

L’Encadreur, 30 rue Charrue, Dijon, accueille dans sa boutique pour cette fin d’année, le sculpteur Philippe Monnot de la Nièvre. Tout en carton! Une belle découverte! (du mardi au samedi, 9-12h15, 14-19h15)

l'écorché

l’écorché

Des petits bouts, des gros bouts. Que des morceaux de carton recyclé (armature en zinc? à vérifier…). Un travail d’assemblage, de puzzle, de collage, de montage… mais bref, de sculpture! Philippe Monnot expose un gorille géant (il a été obligé malheureusement de ne mettre que le tronc, la bête entière mesure plus de 2 m et ne passait pas la porte!). Quelle allure! Géante aussi sa tête de taureau. Un beau trophée sur le mur! Et l’écorché, et Mickel Jackson… Certaines pièces ont été peintes de telle sorte que l’on soit trompé sur le matériau! On croirait du métal! Bien vu!   Je crois que cet artiste a l’habitude de sculpter des animaux, des hommes lapins etc, mais pas forcément dans cette matière cartonnée! C’est assez étonnant à voir.

gorille, extrait (le cri!)

gorille, extrait (le cri!)

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je note: vu des sculptures en matériaux de récup d’un certain Dominic Gubb (Pays de Galle) , ceux en carton ressemblaient étrangement à ceux de PH. Monnot.

Des Chinois chez Vuitton (et autres…), Paris

La Fondation Louis Vuitton, à Paris, a reçu des artistes chinois contemporains, mais j’ai manqué cette exposition « Bentu », qui se terminait le 2 mai, et je le regrette. Par contre, dans la Collection, j’ai pu voir dernièrement quelques chinois malgré tout (jusqu’au 29 août). Et j’en étais ravie, non parce qu’ils sont de Chine! Mais parce que leur travail de plasticiens m’intéresse !   Et j’ai un ou deux autres petits commentaires à faire à propos de ma visite à Vuitton.

D’abord, Yan PeiMing, notre dijonnais!! Un magnifique diptyque et une grande toile sombre m’ont donné la chair de poule. J’ai oublié le titre de cette dernière. C’est l’Acropole d’Athènes sous un ciel très tourmenté et couvert d’oiseaux de mauvaise augure. Comme toujours avec Ming, je stoppe un moment devant cette peinture noire. Je ne vois pas grand chose. Du noir. Mais, peu à peu, je distingue une lueur ici, un filet de lumière là-bas, une étendue « liquide » au premier plan… Et puis, il y a de plus en plus d’oiseaux dans le ciel!  Des nuées, que je n’avais pas distinguées au premier abord. Inquiétante toile (et prémonitoire? Elle date de 2012. La Grèce n’avait pas encore sombré). Superbe toile inspirée. Brossée d’un geste ample. Pratiquement monochrome, mais bouillonnante de forces vives.

A côté, deux toiles aux bleus sombres, intitulées « Les temps modernes ». Celle de droite: dans la nuit, une foule de personnes est rassemblée, en cercle, autour d’une zone lumineuse (ou est-ce simplement la lune que l’on devine au creux des nuages et qui dirige ses rayons au sol ?). Silhouettes d’errants, de revenants…? Cérémonie de sorcellerie? Ces humains semblent ensuite s’engager sur un chemin qui serpente jusqu’à un horizon très lointain (Ah! les profondeurs des peintures de Ming!). Ont-ils manqué cette petite maison, aux allures de chapelle éclairée, qui les attendait dans l’obscurité, entre les arbres? (tableau de gauche). En tout cas, des humains bien paumés… Cette toile est profondément silencieuse et mystérieuse.Ming

Zhang Huan m’a également beaucoup impressionnée avec ses peinture et sculpture réalisées au moyen de cendres d’encens récoltées dans les temples bouddhistes. En particulier « Sudden Awakening », belle tête de bouddha au crâne ouvert d’où s’échappe une fumée d’encens.Huan

Zhang Xiaogang, lui aussi, ne laisse pas indifférent avec son oeuvre « My Ideal ». Il a réalisé une série d’enfants, peinture et sculpture, nus à partir de la taille, laissant voir leur sexe, habillés d’uniformes qui révèlent une classe sociale ou une profession. Attitudes figées, fidèles à l’image d’une éducation embrigadée. Sur la toile, grise, lisse (avec seules couleurs rouge d’un corps et vert d’un costume), le regard de ces gamins déguisés en adultes est affolant. Il glace.Xiaogang extrait

Enfin, Ai Weiwei a posé son « Tree » dans une salle, grand arbre reconstitué, fabriqué avec plusieurs tronçons de bois. Il a quelque chose de dramatique ce blessé, ce greffé, ce végétal mi-réel mi-artificiel…

Je ne parle pas du reste, pour ne pas paraître trop bavarde, et parce que ce sont des oeuvres moins proches de mes goûts.

Passons aux artistes non chinois!!! (entre Monumenta et Collection, cette journée parisienne fut chinoise!). Le sieur Buren a oeuvré in situ sur la Fondation Vuitton… Et le fier vaisseau blanc de M. Gehry a soudain perdu de son élégance et de sa classe! 3 600 vitres ont été recouvertes de filtres colorés, comme d’habitude avec Buren. 13 couleurs tout ce qu’il y a de primaire. D’où un Arlequin sans grâce, voire vulgaire et réducteur (on a l’impression que cette belle architecture a un peu rétréci) Allez…. Il faut dire que le jour de ma visite, il pleuvait et que l’oeuvre manquait de lumière solaire… Allez!Buren-Gehry

Au sous-sol de la Fondation (Grotto), par contre, une belle découverte!  Olafur Eliasson a installé « Inside the Horizon » (je ne l’avais encore pas vu) et c’est un jeu extraordinaire de reflets, de lignes de fuite et de fuites de lignes! Son alignement de colonnes à miroirs et à mosaïque jaune soleil, le long de la « rivière », donne des perspectives variées à l’infini. Un rêve pour les photographes!Eliasson extrait

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