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Le choix du mois, janvier 18, musée de la chasse!

En ce janvier nouveau, j’ai découvert le Musée de la Chasse et de la Nature à Paris! Jamais je n’y serais allée s’il n’y avait eu carte blanche à l’artiste conceptuelle Sophie Calle! Et je ne suis pas la seule dans le cas! Le jour où j’ai fait la queue sur le trottoir, dans cette rue des Archives, les passants s’étonnaient d’une telle queue pour …. le Musée de la Chasse! Quel succès d’un coup! Ils levaient le nez et comprenaient qu’un évènement s’y déroulait et expliquait cette foule!

Franchement, la présence du travail de Sophie Calle ne m’a pas émue outre mesure. Certes, je me suis bien amusée à « chasser » les oeuvres, ici et là, dans la profusion des collections du musée lui-même. Un vrai jeu de piste. Mais sa vie n’étant que l’éternel sujet de son travail, je me lasse de son père et de sa mort, de ses amants, de ses chats, des souvenirs intimes de sa mère etc. (Elle a elle-même des animaux empaillés chez elle et les a mis en scène ici.)CalleLes céramiques de l’autre artiste qui accompagne Sophie Calle dans cette expo, Serena Caronne, sont presque plus intéressantes: un mur de poissons morts, une peau de lion blanc au sol, des chauve-souris, des fumées de licorne…

J’ai surtout découvert ce musée! Complètement baroque! A la manière des cabinets de curiosité d’autrefois. Je me suis régalée de ces invraisemblables accumulations de tableaux, meubles, armes, trophées, lustres, vitrines, animaux empaillés, objets de toutes sortes… muséechasseC’est une promenade dans un bel hôtel particulier, qui vous raconte par le menu  la chasse et les chasseurs (et les chassés!), depuis la préhistoire. Un drôle de phénomène, cette chasse, décidément. Et un drôle de lieu, ici. Un peu fou. Fascinant!

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Le choix du mois, décembre 17, Derain

Le Centre Pompidou, à Paris, expose Derain jusqu’au 29 janvier. Bien que ce peintre ne représente pas une passion pour moi, je choisis d’évoquer cette expo pour ce mois-ci, car j’ai trouvé intéressant de suivre son cheminement un peu chaotique au travers de ceux des artistes de son époque.

Déjà, il me plaît bien que André Derain, avec quelques autres collègues de son temps, aient été traités de fous! Leur folie constituant sans doute à donner une vision anti conventionnelle du réel. Dire par la couleur. Et quelle couleur! Derain3Casser les lignes. Simplifier les formes. Fausser les perceptives. C’était une période passionnante, où les artistes cherchaient à faire dire autre chose à l’art. Ou, en tout cas, se posaient des questions.

Ensuite, l’étonnement à tout moment le long de la visite…Ah Matisse! Vlaminck! Cézanne!Van Gogh! Braque! Picasso! …Derain2Mais non, c’est Derain à chaque fois! Qui a influencé l’autre? Ces liens entre les artistes du moment (souvent ils se fréquentent, certains sont amis)  sont captivants. Le jeu, pour nous, peut constituer à détecter les différences et ressemblances! Repérer la patte de chacun sur un même sujet: les « baigneuses » par exemple, sujet traité par Picasso, Matisse et Derain! Ce dernier en donne deux versions (et même plusieurs autres je crois mais pas ici, dans l’expo). Très différentes. L’une (1907) est sculpturale, baignée d’un vert d’eau glauque, exacerbée dans ses couleurs de peau. Une version très fauve. La deuxième (1908) évoque plutôt une fresque de Giotto, aux teintes pâles, aux nus plus alanguis, à la composition plus classique. Difficile d’y voir deux Derain!

Surprenante, donc, cette quête de Derain. Le fauve, le cubiste, les tentations de pointillisme, les références à l’art africain ou à la peinture ancienne et même le photographe. Des changements radicaux. Il part dans tous les sens. Il doute. Il cherche. Ne choisit pas un style pour s’y arrêter. Le visiteur en est mal à l’aise. Quand, après les flamboyants tableaux « fauves », il se retrouve confronté au « Samedi » ou aux « Deux soeurs », il tombe des nues! Derain peint là des scènes raides, sombres, solennelles, troublantes. On pense au Greco. Quel contraste!

"Samedi" (extrait)l

« Samedi » (extrait)l

Etrange personnage que ce Derain! Fuyant. Inconnu. Inclassable. Sa rupture avec la peinture (un abandon, un suicide artistique), pendant la seconde Guerre Mondiale, juste après avoir produit une grande toile énigmatique, « L’Age d’Or », va dans le même sens: on ne connaît pas André Derain.

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Le choix du mois, octobre 17, W.Laib

A la Galerie Thaddaeus Ropac du Marais, à Paris, j’ai vu ce mois d’octobre 2017, « The beginning of something else » de Wolfgang Laib, artiste allemand très influencé par l’Inde.

Ce fut étrange, car l’exposition devait me faire entrer dans une sorte de spiritualité. J’attendais cet instant en marchant dans la rue. Je m’y préparais. J’avais hâte d’entrer en méditation.W.Laib

Badaboum. La grande salle claire et blanche où avaient été déposés 6 gros blocs de granit noir de forme ovoïde… était envahie par un groupe d’étudiants (des Beaux Arts?). Ils étaient assis ou accroupis au sol, carnet et crayon en main. Sacs, écharpes, papiers et manteaux jonchaient le sol. La prof circulait de l’un à l’autre, donnant ses consignes (à voix basse, faut reconnaître) .W.Laib2

Les oeufs cosmiques, les Brahmanda, sensés représenter la création du monde, selon les textes sanskrits, allaient devoir redoubler d’énergie pour m’entraîner dans leur aura positive. Quant à la frise des 28 grands pastels blancs sur papier blanc qui faisaient procession autour des murs, elle avait intérêt à diffuser très fort son aimant d’immatérialité et d’intemporalité…

Bon, restons zen. Ignorons ces gentils jeunes gens. Faisons abstraction. Enjambons les sacs et laissons venir…

Eh ben, ça marche. Peu à peu, l’effet sacré de l’installation s’est imposé à moi. Les lourdes pierres se sont soudain mises en apesanteur. Les dessins à peine visibles sur les feuilles du mur sont sortis lentement de leurs nuées. J’étais bien. Une force douce s’échappait des oeufs noirs. Un souffle impalpable émanait des blancheurs dessinées aux murs.

Pas mal, monsieur Wolfgang Laib … Merci.

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Le choix du mois, septembre17, j’hésite

Septembre 2017. Qu’est-ce qui m’a fait vibrer le plus (en art) ce mois-ci? J’hésite.

J’hésite entre une nouvelle visite sur le site de Christine Delbecq et des gravures d’Odile Massart à l’exposition de la Coupole. Pas pareil. Bon,j’essaierai une autre fois d’écrire sur Odile Massart, quand je connaîtrai mieux son travail. Allons-y pour Christine Delbecq et ses mots!Delbecqmurs2

Dans son atelier, j’ai vu que Christine Delbecq était  repartie dans une réalisation de l’un de ses « Murs qui tremblent ». Je me suis donc rendue sur son site, après plusieurs mois sans visite. J’avais presque oublié comment elle sait écrire. Comment elle sait dire le pourquoi de ses projets. Quelques mots d’elle, et ça y est… On se sent bien (mieux) devant son travail de plasticienne. Il suffit de ces trois-quatre lignes pour qu’on soit (r)assurés, confirmés dans notre rapport à ses travaux. On avait bien déjà un peu pressenti des choses… On avait déjà osé exprimer des impressions, des visions, des réactions. Mais quand c’est dit par elle…Et que ça correspond… Ouf! Le plaisir devient fluide. Le parcours sur son chemin d’artiste se fait maintenant sans heurt. On avance, on recule, on improvise, on invente, on interprète, on imagine, on explique, on éclaire, on pénètre…

C’est drôle comme j’ai besoin de ses paroles ou de ses écrits à elle, Christine Delbecq, pour apprécier encore mieux son travail. Ses travaux, je sens qu’il s’y passe toujours quelque chose. Et que c’est important. En moi, une vapeur, une buée, une chaleur. Mais informe. Sans squelette. Je cherche des mots (j’adore ça, d’habitude! Poser des mots sur une oeuvre d’art et je l’ai déjà fait pour elle, mais c’était il y a longtemps) et ils ne viennent pas. Ou ils sont si mal à propos…Ou timides…Incertains.

J’ai donc relu ou lu tout ce que Christine Delbecq met dans son site. « Marcher les jours », « Chambre d’écho », « Dans le grand blanc », « Chaos Carton » etc. etc.

J’ai aimé quand, à propos de son travail, elle parle de « remachage discret », d' »une même idée mâchonnée, ruminée, ingérée et digérée ». Quand elle écrit « ébranler le point de vue ». Quand elle évoque « notre rapport à l’immense ». Et, sur « Les PetitsRouges », « élans et rencontres, suspensions et arrêts ». Sur « MarcherLesJours », « un paysage tissé par les liens ». Sur « LesMursQuiTremblent », « les vibrations du mur, les échos qui prolongent toute expérience ». Et plein d’autres choses encore! Certes, son oeuvre est en première place par rapport à ce qu’elle en dit! Mais malgré tout… ça se complète d’une certaine manière.

http://christine.delbecq.free.fr/

mursDelbecqCliquer sur le visuel pour agrandir, en deux fois

Le choix du mois, août 17, EVA…

Petit coup de coeur, ce mois-ci, pour l’exposition de EVA, dans des villages. (cf « retour d’expos »). Voici juste quelques photos de peintures de Anne Procoudine-Gorsky:

Procoudine-Gorsky

Procoudine2

 

Procoudine3

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Le choix du mois, Lens, juillet 17

De passage dans le Nord de la France (on dit les Hauts de France, maintenant, je crois), on a parcouru avec plaisir la Galerie du Temps du Louvre de Lens. Fluide, lumineuse, sans cloisons… Il y avait également une petite expo temporaire sur le thème du miroir que j’ai beaucoup appréciée (moi la collectionneuse de petits miroirs!).Babylone

Je choisis de sélectionner cette statuette qui m’a fascinée. Elle provient du royaume de Babylone (Iraq actuel) et se situe entre 1900 et 1600 av. JC. Il s’agit sans doute d’un prêtre en prière. Il est à l’image des hommes de ce temps, dans ce pays, qui étaient conçus pour servir les dieux et travailler pour eux. Ils devaient manifester une dévotion constante… Et voilà donc une attitude soumise et inquiète (ai-je bien fait seigneur?) Il est l’esclave du dieu. Un genou en terre. Les épaules remontées, bloquées. La religion était omniprésente.  Je me suis dit « Mon Dieu! » !! Et j’ai eu peur !!

L’oeuvre est à la fois un peu grossière et expressive (regard, geste etc). A la fois un peu rustique et précieuse (l’or de certaines parties).  Elle dit des choses sur l’époque, sur la culture babylonienne, sur ses croyances. En cela c’est une petite statuette « pleine » et qui garde sûrement beaucoup de secrets en elle.

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Le choix du mois, juin 17, Kiefer

C’était à Saint-Petersbourg, et nous visitions au pas de course le musée de l’Ermitage avec Katia, notre guide francophone. Soudain, je stoppe. Devant moi, l’entrée d’une salle d’exposition temporaire. Anselm Kiefer! La visite touristique, évidemment, ne prévoyait pas de passer par là. Qu’importe. J’entre, en suppliant amis et guide de m’attendre un peu. Visite éclair mais que d’émotion!

Il s’agit de la première exposition solo de Kiefer en Russie. Elle se tient jusqu’au 3 septembre. Il l’a conçue spécialement pour le Grand Hall Nicolas de l’Ermitage. Les toiles sont inspirées par le poète russe Khlebnikov.

Kiefer1Puissantes peintures grand format, toujours chargées de matière et de matériaux divers. Paysages de désolation, sans couleurs vives, avec les blessures et cicatrices de guerre qui ne peuvent disparaître. Même si elles sont à l’état de fantômes. L’artiste reste hanté par le nazisme, les guerres, la violence. Des toiles montrent des tours enfumées qui pourraient rappeler le 11 septembreKiefer2 Des sous-marins de guerre, incongrus, disproportionnés (miniature), apparaissent partout dans les paysages. La nature semble vouloir avaler ces souvenirs douloureux, et la vie va reprendre… Kiefer4

Le poète par lequel Kiefer est ici inspiré était aussi un mathématicien. Par quelques calculs étranges et visionnaires, il avait annoncé la guerre de 14 et la Révolution de 17. Il disait que le poète se doit d’être un messie, un prophète. Il partageait avec Kiefer l’idée que le temps se répète en développements cycliques et circulaires. Tous deux croient aux cycles biologiques. Et tous deux cherchent une vision complète du monde, croyant à la place que tient l’être humain dans le cosmos.

J’ai éprouvé à nouveau, comme dans les expos parisiennes d’Anselm Kiefer, cette sensation de force qui nous dépasse, de peinture toute puissante qui va bien au-delà d’un travail de peintre. Ce sont des cris, des gestes, des actes…

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Le choix du mois, avril 17, Drawing Lab

Avec retard, mon blog étant tombé dans le coma (merci à Bastien pour l’opération chirurgicale réussie!), voici mon choix du mois d’avril 2017:

Ce mois-ci, j’ai découvert à Paris, rue Richelieu un chouette lieu qui réunit un hôtel de luxe, une boutique en son rez-de-chaussée et une salle d’expo au sous-sol. Le tout sous l’intitulé de Drawing (drawing hôtel, drawing shop et drawing lab) Cet ensemble, consacré donc au dessin, existe seulement depuis février. (cf article du « M » samedi 6 mai, p.65-67)

Je n’ai pas osé monter dans les 5 étages de l’hôtel 4 étoiles et je m’en mords les doigts aujourd’hui. Des artistes ont en effet eu carte blanche pour sols, plafonds, murs, chambres etc. Il paraît que, même si pas clients, on peut accéder à tout cela …. Je tenterai une visite gratuite une prochaine fois!

A l’accueil (sourires) on croise quelques carnets, crayons, feuilles, feutres… La boutique du tout pour dessiner. Belle qualité.

Enfin, le meilleur! Le sous-sol est un vaste espace blanc pour accueillir 4 expositions par an. Avec le but de promouvoir le dessin contemporain, de permettre les expérimentations dans ce domaine. L’artiste actuel qui s’approprie l’espace est le japonais Keita Mori. « Strings » est le titre de son installation. Jusqu’au 20 mai.

Au sol, quelques rares pièces de tissu (chemise ou couverture) semblent se détricoter et filer.  Les fils de leur existence s’étirent ensuite jusqu’aux murs et plafonds et y tracent des dessins… Ces fils de soie ou de coton occupent toutes les surfaces, réalisant comme des croquis d’architectes, des plans de bâtiments ou de cités imaginaires. Les traits sont fins et très discrets (collés ou agrafés). Pourtant, ces grands aplats donnent l’illusion de volume parfois. Et, d’ailleurs, les fils quittent la surface de temps en temps pour traverser l’espace, rejoindre le mur d’en face ou la pièce d’à côté. Il y a une circulation. Un réseau. Des connexions.K.Mori

Keita Mori donne aussi à voir une vidéo en pièce noire réalisée par Alexander Murphy.  Quatre mains tissent, tricotent, enlacent et nouent un fil. Des dessins se forment et se déforment dans l’air . Blanc sur fond noir. C’est aussi du dessin. En trois dimensions. C’est aussi la chorégraphie d’une ligne dans l’espace.video

Ce travail du trait sans crayon ni papier réinvente un peu le dessin. A suivre les prochains essais en  laboratoire!

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C

Le choix du mois (2), mars 17, B.Flachot

Deuxième choix du mois de mars! Vu dans la galerie Felli, à Paris (127 rue vieille du Temple) le travail de Bertrand Flachot. Jusqu’au 16 avril. 

Flachot L’obsession du trait! Bertrand Flachot trace des lignes et des lignes, des milliers de lignes. Fines. Aériennes. Elle finissent par former des nuages, des vapeurs, des fumées qui se déplacent comme des fantômes. Elles s’échappent des objets. Indépendantes, libérées. Et elles envahissent les surfaces et les volumes. Telles des racines bouffeuses de vie. Flachot3L’artiste associe photos et dessins. Il habille les clichés de lignes griffées, griffonnées…(des paysages, des chaises, des livres, des hommes, des arbres…)

Quand elles couvrent entièrement les pages de cahiers, qu’elles les noircissent totalement,  puis qu’elles s’envolent, elles pourraient bien être une écriture…

Tout cela est assez fascinant.

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Le choix du mois (1), mars 17, Archivolte

Deux choix du mois cette fois! Le premier concerne un spectacle que j’ai vu à l’Athénéum, à Dijon début mars: « Archivolte » J’ai écrit un texte en sortant. Le voici:

Une création de David Séchaud

« Archivolte » tient de la performance, du cirque, du théâtre, de l’art plastique…

Sur scène, pendant l’installation des spectateurs, David s’échauffe. Déjà, le hasard joue son rôle. David désigne au lance pierre l’activité qu’il va faire : étirements, pompes, poirier etc.

Petits sourires dans la salle.

Le spectacle débute. Vraiment ? Pas sûr. Un peu floue la frontière !

On n’a pas fini d’être dans le doute avec cette petite troupe « Placement Libre ». C’est un de ses charmes !

Bon, après une brève et très sérieuse présentation de l’équipe et du sujet, l’entraînement de David va se poursuivre. Cette fois, c’est côté mental. David entre en lui-même, guidé par François qui joue les coachs rigoureux. On ne rigole pas.

Quand même, là, les choses commencent à se craqueler tout doucement. A quelques indices, le public se met à hésiter : ce n’est peut-être pas aussi sérieux que ça !

Et la pièce s’emballe. Monte en puissance. Le public se laisse embarquer, rit, s’inquiète… Parfois ne sait plus sur quel pied danser… Etait-elle au programme cette chute de néons ? Improvisent-ils ou disent-ils leur texte ? Le personnage fait-il semblant d’avoir peur de tomber ou est-il réellement en danger ? Prévu, imprévu…Voulu, involontaire … On est sur le fil !

En fait, on assiste au travail d’une petite bande de cambrioleurs qui préparent un casse à Tokyo, au musée de l’art occidental. C’est un bâtiment qui les fascine par son architecture moderne due au Corbusier. Il s’agit de rejoindre un précieux coffre, comme dans tout bon scénario de grand cambriolage. (J’ai pensé au vieux film « Topkapi »). La drôle d’équipe étudie les moyens, les techniques, les astuces pour réussir leur affaire. Il faut aussi envisager les obstacles, les contretemps, les difficultés.

Le travail de réflexion, de recherche, de répétition se déroule sous nos yeux incrédules. On s’amuse de leurs maladresses. On s’émeut de leurs espoirs. On s’attendrit devant tant de témérité assortie de tant de naïveté. On descendrait presque sur scène pour les aider !

Une étrange structure occupe l’espace scénique depuis le début. Elle va servir d’ossature pour l’entraînement. Elle va donc être assaillie par David et ses acrobaties d’alpiniste cambrioleur. Escaladée, torturée, cassée, trouée, à moitié démolie… reconstruite…puis effondrée à nouveau. La maquette du musée ne se laisse pas violer comme ça !ARCHIVOLTE9_MarionPedenon-886x391

Tout semblait être pensé, organisé, calculé. Mais tout se déglingue.

Finalement, le rythme de la pièce s’affaisse, comme la structure, comme la lumière. Les trois jeunes baissent les bras. Plus sûrs de rien. Découragés.

David joue soudain, les yeux bandés, à essayer de stopper des billes qui roulent au sol. Au hasard, il jette les mains en avant. Encore le hasard.

Derrière lui, la structure est une silhouette de grand vaisseau échoué. Une ruine bancale. Un peu ridicule, un peu triste. Image d’un échec. Mais belle malgré tout dans cette semi-obscurité. La beauté plastique n’est pas oubliée.

Les sons ont également leur rôle dans ce spectacle. Les tests d’audition de David qui alternent doux concerto de Mozart et cacophonie assourdissante, les coups de marteau et les bruits retentissants de la démolition, les sirènes d’alarme, la musique sortie des tuyaux devenus soudain instruments à vent, le tintements des billes qui, au début, frappent les cibles et, à la fin, roulent gentiment sur le sol.

Les sons suivent le rythme de la pièce, sa construction. Et ils contribuent à son sens.

L’architecture est le sujet de base de « Archivolte » (On a même droit à un cours en vidéo d’un vrai architecte à qui il est rendu hommage, Olivier Gahinet). Et la bonne idée c’est de faire appréhender espaces et volumes par des voleurs. Une autre façon d’envisager un bâtiment. D’y pénétrer.

Et puis, il y a la façon de traiter ce sujet : par l’absurde. On rit de leurs délires à ces malheureux cambrioleurs débutants. De leurs excès. On s’apitoie devant leurs efforts totalement insensés et inutiles.

Le spectacle est riche de cette fantaisie surréaliste mais, surtout, riche des voies sur lesquelles il nous entraîne. A l’image d’une certaine catégorie d’art contemporain, nous voilà sur des références sérieuses, réelles, diverses et variées, l’architecture, le cinéma ou les casses célèbres… Matière à interrogation aussi : la vie est-elle cette structure à laquelle on s’attaque sans résultat ? Avoir des objectifs, se battre pour les atteindre, tenter de tout maîtriser ? Mais accepter aussi les aléas du destin ?

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