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élèves de Nadine Morel, La Source

Le temps des expositions est terminé pour la saison à la Galerie La Source. La dernière, comme tous les ans, était celle des élèves des ateliers (La Sardine éblouie) de l’artiste plasticienne Nadine Morel. Et comme tous les ans, les travaux des plus jeunes et ceux des adultes se sont mêlés, et, étonnamment, ça donnait des installations, quand même, parfaitement harmonieuses. Gros plaisir de l’oeil!!

Sardine3

Des milliers de papillons, quelques gambettes sorties du plafond, des dessins de chaussures, des silhouettes en fil de fer façon Calder, des collections d’insectes, des cactus, des cocons en papier froissé façon Edith Nicot (elle est venue travailler avec les élèves de Nadine) etc…Sardine2 On sent que l’artiste Nadine Morel tient (il me semble de plus en plus) au travail du dessin et de la peinture, celui qui vient de tout le corps. Il y a dans cette expo une impression de rigueur, résultant d’une observation intense et d’un entraînement répétitif et courageux. L’imaginaire est présent, certes, mais passe en seconde place.Sardine

L’expo propose aussi des textes de l’atelier écriture de la Sardine éblouie.

lesateliersdelasardineeblouie.blogspot.com

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Triagonale, Galerie La Source

Eva Ducret, Laurent Delaire et BAP exposaient ensemble à la Galerie La Source, Fontaine-lès-Dijon en mai 2017, ça s’intitulait « Triagonale ». Génial!Delaire2

Rarement (pour ne pas dire jamais) on n’avait vu une telle cohérence à La Source pour une exposition commune. Ils sont trois, Eva Ducret, Laurent Delaire et BAP et ils ont su à merveille marier leur travail respectif pour cette occasion. Si bien qu’au bout du compte, leur expo devient presqu’une œuvre en elle-même.

Dès l’entrée, une installation. Et tout de suite, le ton est donné. Quelque chose comme un sentiment de vie qui passe….et qu’on aimerait freiner, retenir, conserver.

Ces petits moules à gâteaux (Eva Ducret), tout rouillés, engloutis dans d’informes boules de terre, tels des éclats de poterie préhistorique sur un chantier de fouilles, on les regarde soudain comme de sacro-saintes reliques. Cette grise pile de manuscrits à l’écriture mystérieuse (Laurent Delaire), on la prendrait volontiers pour de précieux manuscrits sauvés de la destruction, quelque part dans le monde. Ces ardoises et ces objets en pâte de verre (BAP), comme on n’en fait plus, sont les témoins d’un passé révolu et on se plaît à les voir reprendre vie autrement.

A l’étage, se poursuit le fil de cette idée pressentie dès le rez-de-chaussée. Mais elle s’affine. Du thème (trop) classique, traces du passé, mémoire, oubli, souvenirs etc,  on arrive au concept de « l’archéologie du présent ».  Les 3 plasticiens, main dans la main, chacun à leur manière, disent ce temps présent qui file mais qui, pourtant, est tellement là. Et ce temps présent qui est déjà passé…Source2

Les spirales d’Eva Ducret tourbillonnent. Et quand ça tourne si vite, la machine du temps s’arrête, non? Et l’apparence devient invisible, non?Ducret

Les architectures sur ardoise de BAP flottent entre rêve et réalité, entre vrai et faux. Ses fragments (moulages en papier, rappel des verres anciens du rez-de-chaussée) sont ces fossiles que l’on collectionne… mais bien plus fragiles que la pierre. Des petites déchirures.Bap

La série des « lumière au fond » (tableautins) de Laurent Delaire cherche ce qui est caché derrière. Ou enfoui. Ou disparu momentanément.

Les artistes, décidément, se font ici paléontologues !

Et avec ses extraordinaires « Scripsi » Laurent Delaire a entrepris un long travail de plasticien qu’il nomme lui-même « l’expérience même du présent ». L’écriture inventée qu’il déploie sur des centaines de rouleaux, de tablettes… est deux fois inexistante! D’une part elle est imaginaire et d’autre part elle n’est que sa propre trace (technique de la « réserve »). Reste pour lui le geste d’écrire, comme un rituel, comme une méditation de pleine conscience. Recherche personnelle et solitaire, mais évidemment… l’impacte sur le regardant est bien réel. Quelque chose passe, à n’en pas douter.Delaire

Cette exposition est pensée. Riche. Forte. Mais aussi belle: il y a des éléments graphiques, des volumes, des mises en scène, des harmonies… juste beaux.

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Le Salon de Fontaine

En mai 2017, au Centre Pierre-Jacques, le Salon de Fontaine les Dijon

Malgré un net effort d' »aération » entre les panneaux et de « circulation fluide » entre eux, le regard est inévitablement confronté à certaines cohabitations malheureuses. Pauvre Jean- Claude Sgro, par exemple, obligé de supporter ses voisins d’expo si différents de lui. Il faut un bon degré de zénitude au spectateur pour se concentrer sur chaque toile, en ignorant celles d’à côté. La promiscuité défavorise.Sgros Et certains artistes n’ont pas de chance avec le choix de leur panneau: telle Yi-Ling-Yu, en contre jour. Rédhibitoire…

Dans l’ensemble, la balade est quand même agréable. On découvre des talents. On apprécie les retrouvailles avec d’autres. On se laisse intriguer par certaines techniques. On repère quelques évolutions chez certains artistes connus.

J’ai fait un premier tour d’horizon dans ce Salon et voici quelques noms, parmi ceux qui m’ont fait arrêter, soit étonnée, soit émue, soit admirative, soit juste contente (petits plaisirs simples!)

Matthieu Louvrier: ça alors! je croyais qu’il était illustrateur et peignait des tableautins pour chambres d’enfants! Et là, je suis devant un triptyque très fort. Trois personnages qui émergent du noir (peinture sur velours noir) et vous font face, vous provoquent. Visages,mains et pieds clairs (des membres comme détachés du corps)…Le reste est dans la nuit. Trois portraits silencieux… qui vous interpellent.LouvrierFred Content a choisi d’exposer ses monographies et il a bien fait. Couleurs coulées, aplaties, tendues, griffées, cernées….Bel effet.

Francis Orzel: trois toiles lumineuses, trois paysages intérieurs sortis de l’étrange processus de cet artiste (projection de pigments avec pipette).Orzel

Claude Bouhot: du papier plissé, collé et rehaussé de crayon gris. C’est joli mais ça pourrait même devenir intéressant!

Christine Bossier: impressionnantes gravures où l’anatomie du dessin se fond ou s’incruste dans des surfaces colorées délicatement. (Ce serait appréciable sans vitre!!)

Muriel Bonnard: toujours d’émouvantes scènes profondément humaines. Comme des fragments de fresques qui raconteraient des évènements douloureux.

Et puis les « têtes détricotées » de Ahmed El Djama, les plexiglas gravés de Jean-Louis Vouaux

L’invité d’honneur est Jacques Perreaut. Artiste contemporain qui trouve ses sources d’inspiration dans l’Histoire et dans l’art militaire. Deux sujets qui ne me passionnent pas. Ses petites installations au Salon ne sont pas sans intérêt, néanmoins. Surtout celle d’Apollinaire, à mon avis.PerreautCliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois, et voir le nom des auteurs.

Anne Girard, Aurélien Benoist, Cellier de Clairvaux

Nouvelle exposition des « Inventifs » au Cellier de Clairvaux, à Dijon. En avril 2017. Anne Girard invitait Aurélien Benoist.

Anne Girard est un peintre littéraire! Elle affirme s’aider du dictionnaire pour peindre: « étudier les mots de mes sujets […] me permet d’affiner mon vocabulaire pictural ». Une idée qui me plaît! A partir d’une forme (feuille de bananier ou capsule, en l’occurrence, pour cette expo), elle part dans une exploration. Et je la vois bien travailler comme devant une version latine. Tourner et retourner, chercher une autre façon, s’éloigner, inventorier… Comme un écrivain, aussi, elle tente un synonyme, une métaphore, une litote… Pour dire mieux ou différemment. Pour approfondir le sujet. Pour éviter les répétitions lassantes.

Et naissent alors ses séries picturales abstraites, résultat de son investigation d’artiste.

Devant nous, sur une toile de Anne Girard, s’ouvrent des chemins de vie. Des routes à suivre. Avec obstacles, rencontres, retours, superpositions, zones vides et planes suivies de zones plus denses. Ici des blocs, là un graphisme, et puis une ligne qui dessine un cadre, un tracé nerveux de couleur, un fragment de peinture… Le chemin est encombré parfois, mais on y avance avec sérénité.GirardAlternent collages et peinture. Et c’est étrange comme, parfois, c’est la surface peinte qui donne du relief à la bande de papier collée.

Le plasticien Aurélien Benoist  a quitté la photo. Pour plus de contact avec la matière. Et, entre autre, il fait maintenant de la gravure. Un art fascinant (quand il faut « mordre la plaque »!) et qui reste souvent mystérieux pour le visiteur lambda. L’eau forte, l’aquatinte, le vernis, l’encre, le solvant, la gravure au lavis, la gravure sur bronze, la gravure sur aluminium…n’ont plus de secret pour Aurélien Benoist.

Voici donc des estampes, des typographies traditionnelles au plomb, tirées sur presse dans son atelier de Dole.

Il présente une partie de sa série « Erosion ». Pour cela il avait soumis la plaque aux conditions climatiques en extérieur. Elle était ensuite encrée puis transférée sur papier. L’idée était celle d’une impression progressive et d’une matière qui s’exprime au gré du hasard. Une idée du temps qui défile. La série « Atelier » est là aussi, des monotypes à partir de plaques de zinc, sur papier haute qualité. Et puis quelques pièces séparées, comme cette « Rage et amour » (cf visuel)BenoistSur ces feuilles au grain magnifique vivent des traits. Des traits fantômes. Des traces qui passent. Des images tronquées ou flottantes. Des labyrinthes. Des écritures parsemées. Une tache de couleur soudain. Une seule. (Le rouge, comme le sceau signature au bas d’un dessin noir et blanc chinois).

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Profondeurs, Itinéraires Singuliers

Le Festival Itinéraires Singuliers battait son plein en ce printemps 2017 et on ne pouvait pas tout voir! C’est toujours d’une extraordinaire richesse en expos, films, spectacles etc. Je me contente de quelques expos. Voici ce que j’ai vu.  Le thème cette année était « Profondeurs ».

1- A la Chapelle des élus, office du tourisme, Dijon, Didier Turbet propose sa « Profondeur d’âme ». Jusqu’au 23 av. 9h30-18h30, et dimanche 10-18h. Ce sont des sculptures, petits engins minutieux, faits de matériaux de récup. Mais sans lourdeur. Sans obstination ni à garder l’aspect du matériaux d’origine ni à chercher la représentation figurative (deux défauts courants chez ceux qui utilisent ainsi la récupération). Les machineries sont mi-vivantes mi-robotiques. Hésitant entre le clin d’oeil et la réflexion inquiétante. Turbet,extrait2- A l’hôtel de Vogüé, Dijon,  la Galerie Biz’art Biz’art (une association jurassienne) présente 4 artistes. Jusqu’au 23  avril. 14-19h. ts les jours.

Les dessins de Christophe St John sont de belles compositions où s’emmêlent des formes, des couleurs et des traits. Chair, peau, os, pieds, mains… apparaissent, enchevêtrés, entre vie et mort.StJohn Les sculptures de Vincent Crochard, faites de cordes et mousse polyuréthane (?) habilement travaillées pour réaliser des créatures étranges que l’on verrait bien vivre dans les grands fonds marins. Cette installation est d’un noir d’encre impressionnant. Les sculptures de M.Françoise Valois sont faites d’accumulations et d’associations (décorations funéraires, animaux empaillés, textiles…). Fascinantes oeuvres, à la frontière entre morbide, kitch (laid) et méditation.

Ma préférée est Françoise Sablons. A regarder ses « Sauvages », on évoque la magie: poupées Vaudou? Cérémonies primitives? Africaines ou amérindiennes. Ou bien on se tourne côté enfance: doudous? Dessins enfantins? Marionnettes? Ces personnages sont faits de ficelle tricotée et quelques petits accessoires discrets (telles les plumes), ils se rassemblent pour discuter activement! Drôles et vivants. Allurés et émouvants.F.Sablons3- A l’église St-Philibert, se tient une expo collective (patients, élèves, seniors,…). Côté art thérapie et pédagogie, c’est passionnant. Le travail des artistes accompagnateurs et des animateurs est extraordinaire. Que de bonnes idées! (thème de la profondeur, toujours)AuxerreCe tunnel sonore que l’on traverse, ces bocaux de formol où sont conservés d’improbables monstres, cette « Bas-Laine » qui est faite des matériaux jetés dans les océans…  Les élèves du collège Boris Vian ont réalisé une installation formidable, ma préférée:Talant des photos suspendues, représentant des gros plans de leur environnement proche, auxquels ils ont donné une dimension nouvelle par la technique photographique et par le titre attribué. Une chose devient une autre! Un morceau d’objet du quotidien devient paysage! Un bout de papier devient grotte, un bout de tissu devient dune ou neige…Talant2Cliquer sur les visuels etc…

 

 

 

Nastia, Galerie La Source

A Fontaine les Dijon, Galerie La Source, Nastia Mallet exposait au printemps 2017. Très beau titre de son expo: « Les arbres marchent-ils? »  Du mercredi au dimanche compris, 15h30- 18h30.

Conférence animaux

Deux raisons à ce titre de l’expo de Nastia « les arbres marchent-ils? »  -D’abord, et tout simplement, parce que l’artiste est une « fille des bois »! Elle habite à la lisière des forêts et depuis plusieurs années écoute la nature et vit au plus près d’elle. Son travail est donc inspiré par le végétal et l’animal.  -Et ensuite, cette phrase, prononcée par une aveugle de naissance, évoque cette sensation particulière que celle-ci a face à la réalité, cette façon qu’elle a de percevoir les choses différemment de nous, peut-être même cet oeil intérieur qui lui permet de connaître un réel invisible et indicible…

L’artiste aurait ces capacité-là aussi.

Nastia peint et sculpte des herbes, des arbres, des oiseaux. Ou plutôt elle les interprète (comme un musicien interprète un morceau). Son travail est tout en finesse. Un murmure. Comme ces chuchotements secrets qu’elle guette ici et là dans sa campagne conciliabuleou dans ses souvenirs. Car sa vie passée laisse également des traces dans son oeuvre. Ses rencontres  chez les amérindiens ou les asiatiques, par exemple.

Ses huiles, ses aquarelles, ses cires (cire d’horloger qu’elle parcourt de traits gravés, de petits objets incrustés et qu’elle patine ensuite) et ses sculptures ont ce raffinement, cette délicatesse et ce calme qu’on lui a toujours connus. Elle ne se résout pas à exprimer les laideurs de la vie.cire

Nastia consacre une petite pièce de la Galerie à l’écriture (1er étage). A partir de quelques textes d’une série de Mijo (ben oui c’est moi) « Les Transparentes », elle compose une scène qui ressemble à Mijo! Allusion à ses carnets de notes, à ses collections de cailloux et de sables du désert, à ses écrits…  La transparence est présente d’ailleurs dans cette expo de Nastia: ses « cités » sont « de verre »  (oui, il y a aussi la ville ici, quand même: quatre toiles au rez-de-chaussée) , l’eau, l’air et les arbres laissent le regard traverser.écriturecliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

> http://www.dailymotion.com/video/x5g8w76_nastia-mallet_creation

Gao Bo , Paris

Allez! Petite visite parisienne au printemps 2017! A la Maison Européenne de la photographie, 5 rue de Fourcy, Paris, exposait le chinois Gao Bo . Le titre était « Les offrandes ». Gao Bo part de la photo, mais va bien au-delà et construit une oeuvre d’artiste plasticien.

Dès le jardin de ce musée, l’oeuvre « Les pierres aux mille visages » oblige à un premier arrêt. On est attirés, touchés par cet amoncellement de galets où apparaissent les visages de tibétains anonymes. Ils sont destinés à retourner là-bas, à être éparpillés sur les plateaux tibétains… Work in ProgressGao Bo visages

Puis, voici ces photos prises au Tibet par Gao Bo entre 85 et 95… L’artiste se les réapproprie 10 ans après, en trouve les limites, réinvente autre chose à partir d’elles, intervient dessus, en fait un matériau d’expression plastique et politique. Il les couvre de son propre sang, d’encre et de peinture. Et il va plus loin encore, il les brûle (des portraits de condamnés à mort) et garde les cendres, il les badigeonne de noir etc.

Partout sur son oeuvre l’écriture est présente. Gao Bo invente un langage inédit: idée d’une extrême difficulté à communiquer son expérience vécue au Tibet. Seule, peut-être une écriture inconnue…..Gao Bo2

Plus on avance dans l’expo, plus on découvre la photo utilisée comme installation. Les tirages très grand format sont mariés à des branchages, des masques, des petites barques, des pansements ensanglantés, des néons rouges etc. C’est successivement « Requiem », « L’immensité de la mort »… C’est fort. Très fort. Dur. Très dur.  Une oeuvre qui ressemble à un hommage à des victimes, mais aussi à un hurlement devant l’inhumanité de certaines situations dans certains pays (le sien en l’occurrence). Le travail de Gao Bo tourne autour de la destruction, de la disparition. Comment dire ça? Et comment garder des traces?Gao Bo

« Oeuvre immense, violente, humaine et lumineuse » dit François Tamisier , commissaire de cette expo. Je rajouterais : sincère et authentique (contrairement à certains de ses compatriotes artistes qui ont vite compris l’opportunité du marché de l’art).

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Cécile Pierre, Galerie La Source

La Galerie La Source, Fontaine lès Dijon, a accueilli l’artiste calligraphe Cécile Sigrist-Pierre en février- mars 2017. L’exposition s’intitulait joliment « A fleur de mots ».

Place à l’art de l’écriture! Le beau geste du calligraphe est à l’honneur à La Source! Cécile Pierre trace des mots sur des supports choisis avec soin. Pour accueillir tout ce florilège de lettres, le papier, en particulier, fait l’objet d’une recherche et d’un travail minutieux. Mais ce peut être aussi le bois, la photo, la toile etc.sigrist-pierre2La forme du mot et celle de la phrase, obtenue par ce dessin élégant de lettres successives, est sans doute plus importante que le sens lui-même. Ou, en tout cas, à égalité. Au début de la visite, on s’acharne à déchiffrer les vers des poèmes ou les petits textes qui occupent l’espace des oeuvres. Et puis, on se fait paresseux! On se laisse bercer par la simple danse des rondeurs, des pleins et des déliés, des arabesques… Le trait fascine. Et la peinture accompagne souvent les calligraphies, discrètement, efficacement.Sigrist-PierreLe pinceau, la plume, le roseau coupé ou le calame de bambou? Je ne sais quel outil magique est entraîné dans cette gestuelle à la fois ferme et douce. Mais, à coup sûr, tout le bras, du bout des doigts à l’épaule, est en action. Peut-être même tout le corps.

Les calligraphies sont très variées. Inspirées de diverses cultures. Les scénographies des salles sont différentes également, ainsi que les fonds, les formats et les mariages entre gouache et encre de Chine. On ne s’ennuie pas.

Il y a du raffinement dans le travail de Cécile Pierre. De la délicatesse. Son inspiration est essentiellement celle de la nature, fleurs et plantes. Les sujets sont classiques et traditionnels. Je ne suis pas toujours en accord avec le côté fleur bleue, image pieuse, romantisme de bon aloi… Mais comment lui en vouloir?

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François Lepoivre, Galerie « Entrée Libre »

Je ne me suis pas précipitée à l’exposition de François Lepoivre. je savais ce que j’allais voir, connaissant cet artiste depuis longtemps. Et en effet, rien de nouveau [ce qui n’est pas forcément une critique sous ma plume]. Et, contrairement à ce qu’il affirme (« ma patte, c’est de ne pas en avoir »), on reconnaît son coup de patte, surtout en sculpture. C’était en février-mars 2017, à « L’Entrée Libre » de la Caisse d’Epargne du Rd Point de la Nation, Dijon.

Impression générale: vie et enthousiasme. François Lepoivre a le geste artistique jouissif. Il ne se pose pas de question, et nous non plus par la même occasion. Il est dans la recherche plastique, dans le plaisir d’expérimenter, dans la découverte progressive du monde de l’art.

Côté tableaux, un peu de tout. Huile, acrylique, gouache, encre… Le bonheur de tracer sur papier. D’y lancer des formes, des couleurs, des traits, des superpositions. Beaucoup de figuratif, mais quelques investigations dans l’abstrait. Certains monotypes sont intéressants. Tout cela est agréable. Mais, un peu comme du Strauss, opposé à Bach, par exemple.

Côté sculptures, on aborde quelque chose de plus personnel, me semble-t-il. lepoivre3Ses personnages en terre cuite patinée ont une vraie présence (et ici, dans ce hall de banque, c’est étonnant la façon dont ils occupent l’espace!). Animés, drôles, tout en rondeurs, ils dansent, patinent, plongent, nagent, jouent les acrobates, marchent contre le vent… Ils représentent une humanité un peu caricaturale, mais sympathique. Ils sont le mouvement incarné. L’expression par le corps. Sans complexes, sportifs, souples et élégants malgré leur surpoids, ils avancent avec dynamisme et foi dans l’existence! lepoivre2Avec ses créatures, François Lepoivre crée des petites scènes . Détachées de leur décor, elles sont suffisamment allurées et expressives pour s’en passer. On peut entendre toute une histoire se raconter autour de chacune d’elles. La sculpture va au-delà de la sculpture. lepoivrecliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

Photos de Pascal Reydet, à Latitude 21

Pascal Reydet exposait sa « déambulation subferroviaire » à Latitude 21, 33 rue de Montmuzard, Dijon, en mars 2017. C’était à voir.

On aurait pu en faire un roman, ou une autobiographie, ou un petit documentaire d’Histoire locale. Pascal Reydet, lui, a choisi la photo. Et, par ce moyen, il cumule parfaitement le récit historique, le reportage, la confession intime, la réflexion (sociale, philosophique, culturelle… tout ce que vous trouverez à méditer), l’acte artistique, et j’en passe!

Voici donc que Pascal Reydet raconte le destin de Laroche Migennes,  important noeud ferroviaire créée au XIXème siècle. Attaché à ce lieu par des souvenirs personnels, il en évoque la lente décrépitude. Mais je dirais, pour le regardant, peu importe la situation géographique. C’est un sujet universel. Quelque chose du temps qui passe. De la mort à petit feu des choses et des gens. Des traces du passé qui s’évanouissent peu à peu. De l’âme que l’homme attribue à certains lieux abandonnés.

Les photos, prises au « vieux » Rolleifleix, de format carré, encadrées de noir, sont rangées sur le mur dans une rectiligne qui rappelle (bien sûr) la perspective d’un rail. Et, d’un tableau à l’autre, les signes s’enchaînent. Ce qui fait lien entre eux est infime: un trait, un graphisme, une idée, une opposition, une teinte, une chronologie, une allusion. On avance ainsi. On chemine. D’une masure pourrie  à une pousse sauvage de jolies plantes vaporeuses. D’un bout de plastique amarré à une branche à l’enseigne tronquée d’un supermarché.  Et on atteint une photo grand format tirée sur bâche qui représente l’hôtel Terminus (qui d’ailleurs, lui aussi termine sa vie)! D’autres photos sur bâche occupent le sol de la salle. Scénographie intéressante.unnamedPar petites touches épurées, l’artiste photographe dessine la nostalgie, la mélancolie, le dérisoire… Rien de grandiloquent. Rien de pathétique. C’est modeste, juste, senti.

Pascal Reydet travaille à l’émotion. Mais il tient à la minutie aussi. A l’ordre. Recherche d’une certaine perfection (papier de choix, par exemple, pour un grain superbe). L’esthétique est très présente, souvent bien vue, mais un brin calculée. L’auteur se fait plaisir.unnamedCette série dont je viens de parler, intitulée « La belle idée » (nom donné à la cité construite autrefois pour les employés du rail) est suivie, dans la seconde salle, d’une vidéo et d’une autre série « La passerelle ». Présentées comme les images d’un film (successions de petits formats), ces photos ont pour thème un passage au-dessus des voies ferrées de Villeneuve St Georges.unnamed

 Remerciements à l’artiste pour les visuels de cette page du blog (indispensable de cliquer dessus, en deux fois, pour agrandir, surtout la dernière)