Facebook

Evelyne Lagnien, Galerie La Source

En janvier 2018, la Galerie La Source, à Fontaine, accueillait « Fragments d’humanité », une exposition de Evelyne Lagnien.

Quand l’artiste est présent à la Galerie et que vous pouvez vous entretenir avec lui, l’exposition prend une dimension supplémentaire. C’est ce que j’ai connu lors de cette visite à La Source. Evelyne Lagnien était là. J’ai aimé l’écouter parler de sa façon dont elle a cherché à « habiter » ces espaces, ces surfaces, ces volumes. Il faut dire qu’ à La Source ce n’est pas aisé! J’ai aimé qu’elle me dise que le visage, pour elle, dans son oeuvre, c’est d’abord une « structure ». Pour, à partir de là, en dire davantage sur l’humain. Sur soi. Sur les autres.Lagnien9

Une prolifération de visages. Voilà ce qui vous attend à la Galerie. (N’oubliez pas le regard qui vous suit dans l’ombre de l’escalier!) Des regards anonymes. Des visages à demi-cachés ou des extraits de visages. Des visages qui s’effacent. Des visages mélancoliques, silencieux… Cette multiplicité de nous-mêmes, cette abondance d’identités est intéressante. D’autant que Evelyne Lagnien a plein d’idées. – Sa « tour » d’où émergent des têtes emballées, étouffées, prises au piège. Lagnien3 – Sa blanche cloison, à l’entrée, où le flou des visages fantômes donne le frisson.  Lagnien7-Sa toile « connivence » où des morceaux de visages cherchent désespérément à entrer dans des cadres.  -Ses murs colorés de portraits à la Calder, qui ne tiennent entre eux qu’à un fil. -Ses petits visages en céramique enfermés comme des masques mortuaires   Lagnien5-Son méli-mélo de visages sur plaques de plexiglas  Lagnien4-Ses petites têtes en raku naissant d’une sorte de cocon végétal  Lagnien8

Il y a répétition. (Et l’utilisation du monotype aide à intensifier cela). Mais la répétition peut aider à la cohérence.

Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois.

 

Consortium, dernier jour!

La prochaine expo du Consortium s’ouvrira le 2 février 2018! J’ai vu l’autre… l’avant-dernier jour! Il était temps! Un mot quand même dans ce blog? Allez! Pour dire mon petit plaisir devant quelques peintures!

Peter Schuyff  exposé, une rareté (je ne le connaissais pas évidemment). Pas toutes jeunes, ces peintures! Les années 80. Intéressant travail sur de grandes toiles. En particulier des grilles géométriques au crayon et, par dessus,  des dégradés subtiles de couleurs qui donnent de spectaculaires effets de lumière. Parfois aussi des effets de profondeur, même si le côté surface plane de la toile est tout le temps mis en évidence. Comme si l’artiste ne voulait pas que l’on oublie cette réalité: le terrain sur lequel le peintre joue est bien plan et bien plat! Et lui seul, le peintre, peut donner des illusions de volume, de dimensions. En tout cas, je crois que les jeux optiques ne se démodent pas.Schuyff

Tobias Pils: ce noir et blanc, ces destructurations ( style cubisme), ces scènes de vie pure émotion, ces images intérieures mystérieuses… J’ai aimé.TobiasPils

Michael Williams: un caractère souvent « cartoonesque » avec des personnages bien colorés genre BD, un flou qui auréole ses motifs (peintures ou impressions sur toile?), des abstractions qui évoquent les oeuvres de street art les plus dérangées… J’ai moins accroché que pour l’artiste précédent (son ami, avec qui il expose et crée même oeuvres communes parfois, cf ci-dessous)Williams et Pils

Wang Du: dommage que je n’ai pas vu son installation au complet en 2000 (ici ce n’est qu’un extrait des 15 sculptures originales), ce devait être stupéfiant! « Réalités jetables » ce sont des objets ou des êtres, géants, suspendus hauts au-dessus de vous… Impressionnant. Violent. Par la taille, par la présence dérangeante. Des images de magazines qui ont pris forme et flottent dans une immatérialité de cauchemar.WangDu2

Marina Faust: des portraits collages. L’artiste part de jeux pour enfants où l’on doit compléter un visage sans yeux ni bouche. Bonne idée. Ces fragments d’images déchirés qui recomposent un visage morcelé, bonne idée aussi. Mais résultats un peu simplistes.

Nicolas Ceccaldi: grotesque! on en rigole comme d’un moche film d’horreur! Du gothique de pacotille. (Mais c’est peut-être voulu…)

cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

 

Prix Marcel Duchamp, les lauréats 2017

Quand je peux, je vais voir l’exposition annuelle des finalistes du Prix Marcel Duchamp, au Centre Pompidou. Me tenir au courant des dernières nouveautés de l’art contemporain et constater sur quels critères les meilleurs artistes sont aujourd’hui choisis.

Cette année 2017 s’achevait, le lauréat était connu depuis deux mois déjà! Mais… je ne le savais pas! Je suis allée voir l’expo des 4 finalistes et…je suis très contente (et fière!) d’avoir préféré de loin le travail de Joana Hadjithomas et Khali Joreige, qui s’avéraient être les gagnants!

L’installation de ces Libanais s’intitule « Discordances/Uncomformities » (dans la lignée de leurs travaux précédents). Le visiteur circule entre de grands tubes en verre, dressés à la verticale, fixés au plafond et au sol par de fins câbles de métal. Comme des tubes à essai. D’où la sensation d’être dans un laboratoire. A l’intérieur de ces éprouvettes géantes ont été reconstitués les empilements de prélèvements réalisés par carottages. Ces derniers ont été effectués lors de gros travaux à Beyrouth, Athènes et Paris.Joana et Khalil4On a donc là, à hauteur de nos yeux, les strates de l’histoire de ces villes. Terre, cailloux et débris divers racontent la chronologie des temps passés. L’Anthropocène, essentiellement. C’est à dire les époques où l’intervention humaine s’est mise à agir sur l’environnement.

Aux murs de la salle, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige présentent aussi des relevés stratigraphiques. Des photos allongées de ces fameuses « carottes », à l’horizontale. En parallèle, des dessins précis reproduisant ces entassements de morceaux d’histoire. Et, enfin, des notes manuscrites expliquant le pourquoi et le comment de ces présences anciennes dans le sous-sol (« fragments d’amphore, silex taillés » ou « vestiges d’un aqueduc romain » ou « offrandes et bouteilles de parfum » ou « tsunami de 551 après JC » etc)

Un film sur grand écran, complète le tout – son à l’appui- montrant l’ampleur des travaux de déconstruction et reconstruction, la façon de faire des carottes etc.

Tout y est! Cette oeuvre possède une « épaisseur » extraordinaire (comme ça arrive de temps en temps en art contemporain!). Elle mêle le côté recherche scientifique, réflexions politiques et sociales, études historiques. Esthétique également. Oui, les superpositions d’éléments, à l’intérieur des tubes, derrière le verre qui déforme quelque peu la vision …c’est beau!Joana et Khalil Et les croquis des deux artistes, reproduisant ces séries de fragments posés côte à côte… ils sont beaux! Joana et Khalil2 La mise en scène, enfin, est suggestive et crée l’intérêt et l’émotion. J’ai vu les visiteurs s’attarder. Fascinés. Touchés. Curieux.Joana et Khalil3

Jusqu’au 8 janvier 2018

Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

Jacques Chapiro, à L’Hostellerie (La Chartreuse)

L’espace d’exposition de La Chartreuse, à Dijon, géré par l’association Itinéraire Singulier, s’appelle l’Hostellerie. (C’est nouveau? Ou je n’avais jamais tilté?). Vous entrez dans le beau parc de La Chartreuse, vous suivez les indications « Puits de Moïse » et vous y êtes. C’est le grand beau bâtiment à votre droite quand vous êtes face à l’entrée du Puits de Moïse. L’hiver 17-18 y était exposé le peintre Jacques Chapiro, de l’Ecole de Paris (ami de Chagalle, entre autre).

Chapiro2

Don Quichotte

Ce russe, qui s’est installé en 1925 à La Ruche, lieu d’accueil parisien, quartier Montparnasse, pour artistes nécessiteux, où sont passés aussi Soutine, Chagalle, Modigliani etc, porte en lui ses origines et ses fréquentations. Son travail fait penser tantôt à la Russie elle-même tantôt à Soutine ou Chagalle (Russie aussi!!) Jacques Chapiro, avec ses gouaches sur papier, montre une peinture sympathique, narrative, vivante et colorée. Ses touches de couleur sont plutôt ordonnées, et elles aboutissent à une composition secouée d’ondulations et de vagues (à la Soutine) ou à un agglomérat fantaisiste de figures (à la Chagalle). Une peinture qui raconte. Des légendes, des fables, des rêves…ou la vie quotidienne des ouvriers d’usines. On aime aussi ses dessins. Quelques coups de crayon habiles et sûrs pour un portrait ou un animal.

Ma peinture préférée est « La Ruche » qui évoque ce lieu bourdonnant et créatif sauvé par Chapiro et Chagalle dans les années 60. (Il existe toujours aujourd’hui). Les bâtiments y apparaissent. Et se superposent personnages objets et animaux, illustrant sans doute toutes sortes d’anecdotes vécues là-bas . Le tout dans une naïveté de bon aloi. Le pinceau de l’artiste écrit là l’agitation amicale, turbulente mais féconde qui devait régner à La Ruche. ChapiroCliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

Philippe Simonnet, Galerie La Source

Si on vous disait « c’est un type qui récupère des vieux bouts de fer et en fait des sculptures », il fallait quand même aller à la Galerie La Source, en décembre 2017, découvrir  l’exposition de Philippe Simonnet! Voir des objets poétiques et originaux. Ce n’était ni des coqs en clefs vieillies ni des bonhommes en casse-noix. L’expo s’intitulait « Vanités industrielles » et elle valait le détour.

Le « type », donc, est en fait un artiste sensible et discret, passionné d’archéologie. Il collecte des morceaux de fer dans des friches industrielles, ou des ruines ou chez les ferrailleurs. Il les assemble. Et naissent alors sous ses doigts des choses inclassables, qui ont peut-être déjà traversé plusieurs temps. Qui sont peut-être tombées d’une autre planète. Qui possèdent peut-être un pouvoir sorcier. En tout cas, des objets entourés d’une certaine aura.

Parfois, entre végétal et animal, les oeuvres de Philippe Simonnet peuvent séduire par leur élégance. Voici d’étranges fleurs géantes et des buissons de végétaux improbables. Voici des bâtons de procession pour des cérémonies qui n’existent pas encore. (Belle idée d’avoir fixé aux murs blancs ces objets aussi décoratifs que du fer forgé, les ombres qui en découlent sont suggestives)SimonnetMais les travaux les plus intéressants sont, il me semble, soit ces volumes massifs, ces architectures qui évoquent machine de guerre ou prison, Simonnet2soit ces créations hybrides qui mêlent la pierre et le métal, ou qui marient petits éléments tordus et barres de fer rigides et puissantes.Simonnet3On a devant nous quelque chose qui est lourd (dans tous les sens du mot!) de références, de symboles, de vies plusieurs fois vécues, d’héritages, d’histoires anciennes et renouvelées, de temps transcendé. C’est de l’art (et non du bricolage).Simonnet4

Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

Comme le rappelle un commentaire ci-dessous, allez voir le site de l’artiste et sa page facebook

Fred Deux, Galerie A.Margaron, Paris

Cet hiver 2017, l’exposition, à la Galerie Alain Margaron, à Paris (5 rue du Perche), consacrée à l’artiste et écrivain Fred Deux, s’intitulait « Une vie sur la table à dessin ». Titre à plusieurs sens.

On comprend que Fred Deux n’a vécu que pour le dessin. On comprend aussi que ses dessins disent toute sa vie et tout son être. Et on comprend enfin que cette table à dessin lui sert (symboliquement) de table chirurgicale, de table de dissection. Physique et psychique. L’encre, la mine de plomb, le graphite ou l’aquarelle fouillent l’anatomie de l’homme. Corps et âme.

Le crayon de Fred Deux pénètre à l’intérieur des corps (de son corps?) et en extrait des fragments. Formes molles, gluantes, sanguinolentes, translucides parfois. Tissus organiques, membranes, viscères, cartilages. Il écarte les peaux, ouvre les cages thoraciques, creuse les cerveaux. Il cherche dans les profondeurs. Il sort les réseaux internes, pour les emmêler ou les démêler. Pour les examiner. Les comprendre.Deux2

C’est une introspection.

C’est une quête.

Le dessin de l’artiste mènerait ainsi à la connaissance de l’humain. Le corporel se confondant avec le mental. L’un rendant visible et tangible l’autre. Et aller au bout des choses. Débusquer le pourquoi de la naissance et, par-là même, de la mort. L’une et l’autre sont absolument présentes dans l’œuvre dessinée de l’artiste.

Et puis, sous le crayon de Fred Deux, naissent des êtres étranges. Hybrides. Sortis d’un imaginaire à la Giger (des Alien). Inquiétants. Monstrueux.

extrait

extrait

Raconté comme ça, le travail de Fred Deux n’est guère engageant! Et pourtant, on est fasciné. (Je ne parvenais pas à quitter la Galerie! Qui, d’ailleurs, est un très beau lieu, accueillant et chaleureux). Chaque dessin est d’une beauté étonnante. Traits et teintes délicats, retenus, presque en douceur, harmonieux. On pense à des planches anatomiques, précises et belles. Sauf que…le réalisme s’est métamorphosé en une recherche spirituelle.Deux3

J’avais découvert Fred Deux à travers seulement deux ou trois dessins vus à l’abbaye d’Auberive en septembre dernier: « Etre en vie et envie d’être ». Et en ce moment, jusqu’à début janvier 2018, une grande expo se déroule à Lyon en son honneur (musée des BA).

Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

 

Jasper Johns, à Londres

Le blog a passé la Manche! Exceptionnelle expositioncet hiver 2017, à la Royal Academy of Arts du peintre américain Jasper Johns (né en 1930). « Something resembling truth » retraçait 60 ans de carrière. JohnsJ’avoue que cet artiste m’était inconnu, alors qu’il est  une vraie légende, apparemment, au même titre qu’Andy Warhol par exemple (pas grand chose à voir, sinon…). Et il fait aussi partie des artistes les plus chers du monde! (jusqu’à 80 millions de dollars, une de ses œuvres vendues!). Mais il semble qu’en fait, les Américains aient pris ses tableaux représentant leur drapeau comme des emblèmes patriotiques! Erreur! Jasper Johns n’avait pas vraiment cette intention!

Vierge et naïve, je me suis donc plongée dans cette expo sans aucun apriori! Plongée dans l’inconnu. (J’avais bien déjà aperçu quelques uns de ses « flags », mais sans y prêter attention.)Johns2

Et je me suis facilement prise au jeu de la découverte.

Les thèmes déclinés à l’infini, ça me plaît. Au départ, des sujets simplistes: drapeaux, cartes de géographie, cibles, chiffres, lettres. « Les choses que l’esprit connaît déjà », dit l’artiste. Sur des dizaines d’années, il a repris inlassablement ces sujets. Une obsession? Non, une belle exploration menée par un artiste dans l’âme.

Devant la toile… on ne voit plus un drapeau ou une carte des Etats Unis, on voit… un tableau. Il y a des déformations, des effacements, des coulures, des accidents, des empâtements… La peinture a gagné.4519ad6d396fad6e169a27e997a2b3b3--flag-painting-rd-grade-art Le dessin, aussi: ainsi ces chiffres dessinés au charbon, de 1 à 9, qui s’empilent, tel un défilement numérique, jusqu’à donner une abstraction, car seuls quelques parties de chiffres se devinent encore, à force d’être superposés. Le résultat est intéressant et beau à la fois. Le sujet, chez Jasper Johns, n’est que prétexte. Il est séparé de sa réalité pour devenir objet pictural.

Johns, Jasper

Jasper Johns, qu’on étiquette facilement peintre dada, intègre parfois des objets à ses toiles, comme Rauschenberg (un temps son amant et compagnon d’atelier): fourchette, balai, tasse. Objets du quotidien, en dérision. L’impression qu’il ne veut surtout pas sacraliser l’art.cdfd6f6_11675-137gf02.8eblwvobt9

Jasper Johns a tendance  à avoir une texture sculptée dans ses toiles, avec une peinture à l’encaustique assez épaisse, des inserts d’objets, des rajouts de charnières ou de fils, des écartements qui ouvrent la toile en fente pour voir le mur à l’arrière… Quand même, on sent le peintre, là derrière, toujours. On sent le geste et la matière bien présents. Et, du coup, les œuvres sont non seulement passionnantes pour leur travail de recherche (philosophique?) mais aussi séduisantes par leur valeur esthétique. Même si cela ne représente sans doute pas l’objectif de cet artiste.e3a1ed1_15816-80bhd7.ug6f450zfr

Les dernières œuvres (il a aujourd’hui 87 ans) sont plutôt du côté surréaliste. Avec des assemblages d’images. Des compositions autour de ses souvenirs. Il est hanté par les étranges mécanismes de la mémoire. Mais, de toute façon, il n’a jamais lâché ses œuvres antérieures, rebondissant sans cesse dessus, jouant de l’une à l’autre, comme en ricochets. Pour le visiteur ce peut être amusant de distinguer telle ou telle réminiscence d’une toile passée dans une toile plus récente. Donc, que ce soit les séries sur un thème identique ou les rappels incessants des travaux passés, l’œuvre de Jasper Johns s’enroule comme une vague sans fin.

Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

 

Françoise Utrel, Galerie La Source

A Fontaine-lès-Dijon, Galerie La Source, automne 2017, les expositions s’enchaînent et ça tient la route! Cette fois encore, on s’est fait plaisir avec la venue de Françoise Utrel et ses « DéS-éQUILIBRES ».

Tout au long de cette expo, une forme nous suit.

On assiste à ses déformations, à ses métamorphoses. Oui, parfois elle mue. Elle se fait caillou, beaucoup. Mais aussi petit organisme.Utrel3 Ou rocher imposant. Enrubannée parfois, habillée de lanières textiles ou végétales. Emprisonnée parfois, dans un réseau de lianes. Étouffée aussi, au creux des vagues d’un magma tourbillonnant.

Et la forme, quand elle est gros galet, lisse ou rugueux, peut se retrouver suspendue. Empilée avec d’autres. Juste un fil les retient. L’équilibre est improbable. La situation si fragile… Éphémère? UtrelD’ailleurs, la forme, devenue pierre massive, peut tomber et se fracasser. S’entasser et s’écraser avec d’autres, au fond d’on ne sait quel gouffre. Dans des lueurs de feu abyssal. Utrel2On suit tout cela. Étrange voyage initiatique.

Et, en fait, c’est la toile qui donne naissance à cette forme et à ses avatars. Françoise Utrel lui communique une telle matière riche et féconde… Comme une matière primitive, capable d’engendrer des formes de vie. Oui, ce volume qui nous suit depuis le début nait du fond de la toile elle-même.

Et on se dit que les mésaventures de cette « forme » ressemblent décidément bien à nos existences.

Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

 

 

Muriel Carpentier, ABC

Dans le Hall de l’ABC, passage Darcy, à Dijon, « Abysses » , en octobre 2017. Un travail de Muriel Carpentier.

C’est avec une vidéo que Muriel Carpentier m’avait interpellée il y a quelques années. Un collier de glaçons qui fondaient autour du coup d’une femme. La peau frissonnait. Les gouttes glissaient. Les « perles » d’eau gelée s’amenuisaient peu à peu. Génial.

Cette fois, il y a encore vidéo, mais pas que…Autour du thème des abysses, la jeune artiste (des Beaux Arts de Dijon, c’est  ici sa première expo solo) décline dessins, photos et installation.

A l’entrée, deux simples tréteaux peints en violet et éclairés d’une simple lampe de bureau accueillent quelques superbes encres colorées de l’artiste. Belle idée. Bien mieux que accrochées au mur. Car…on les regarde du haut. On « plonge » dedans. Pour voir de mystérieux organismes aux belles transparences. CarpentierOn ne sait pas encore qu’on va descendre beaucoup plus profond encore!

Continuons notre plongée en apnée. Aux murs, des dessins minutieux et fouillés nous font rencontrer quelques créatures en mutation. Mi-végétales, mi-animales.Carpentier3

Allez, on s’aventure derrière le rideau noir! Un décor de roches noires que je définirais volontiers comme volcaniques nous entoure. On ose marcher un peu. Mais des flaques d’une étrange matière aquatique, mi-visqueuse, mi-mousseuse, nous arrêtent. Une lumière venue des profondeurs les éclaire par dessous. Danger! On n’avance pas le pied! ça semble sans fond! Carpentier2Venu des entrailles, ce liquide remue lentement, au rythme des sons qui résonnent autour de nous. Échos de grottes, craquements, glouglous…Avons-nous atteint le ventre de la terre? Ce liquide est-il fécond? Il passe par une palette de couleurs magnifiques, du glauque au rouge feu. Est-il bouillant ou glacial? Va-t-il en jaillir une de ces créatures inconnues qui vivent dans les abysses, de celles vues sur les dessins de Muriel Carpentier?

L’exposition est courte. Peu de choses.  Mais on est convaincu. Sa projection vidéo « Descente en eaux troubles » s’associe à ses dessins « Captures » et « Paliers » et à ses photos pour créer un univers et transmettre des sensations, voire des réflexions.

On peut terminer par le book de Muriel Carpentier et constater qu’elle est ouverte à plusieurs domaines de création, seule ou en collectifs. Elle construit peu à peu une oeuvre. A suivre.

Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

 

« Opiums? » à l’abbaye de Auberive

MarcPetit2L’Abbaye de Auberive (Haute Marne) est un centre d’art contemporain, entre autre ( aussi concerts, conférences etc). Son propriétaire, Jean-Claude Volot, est grand collectionneur d’art. Particulièrement intéressé par l’art singulier (art brut) et les arts populaires. Chaque année, en été, l’abbaye présente une exposition. 2017 a été marquée par « Opiums? », qui proposait une grande partie du fonds de l’Abbaye et quelques autres oeuvres. Le tout  sur le thèmes des croyances, des religions, des dévotions, des addictions diverses et variées. Jusqu’au « culte » rendu à Mao! Une exposition très très complète

Parmi la quantité d’œuvres présentées, j’ai envie de parler de celle de Yolande Fièvre, son « Petit peuple pour des pierres ». FièvreDes créatures faites d’argile séchée sont assemblées en une sorte de cérémonie, sur un sol jonché de terre. Il semble que certaines soient décapitées. D’autres seraient bicéphales. De fins branchages ont poussé dans leur corps et jaillissent tels des membres. Ils s’emmêlent pour former au-dessus d’eux comme un dais de procession. Trois animaux, d’argile eux aussi, de la taille de gros chiens, suivent ce rituel. Mais ces êtres étranges ne seraient-ils pas des buissons animés de vie quasi humaine? Oui. Les ramures ont une âme. La nature a une âme. Voilà sans doute ce que dit l’installation de l’artiste. En tout cas, c’est bouleversant. Plongeon dans les ancestrales croyances, et dans nos propres rêves, cauchemars et imaginaires.

Dans la pièce à côté, un autre « petit peuple », celui de Jephane de Villiers. de VilliersUne foule de mini personnages hallucinés se regroupe autour d’un énorme animal (lui aussi d’argile séchée) ou s’agglutine sous une espèce de cage faite de ronces. On imagine des populations soumises à une divinité…ou quelque chose comme ça. Là encore, une installation bouleversante.

Le sculpteur Marc Petit occupe une place de choix dans cette Abbaye d’Auberive. De très nombreux bronzes sont à voir en extérieur comme en intérieur. Et on se laisse prendre par ses sombres personnages accablés, tourmentés, ravagés de souffrance. L’artiste ne leur a laissé que la peau sur les os. Une peau parcheminée, ridée jusqu’à la déchirure. Ils sont à la fois légers comme des fantômes et lourds comme des humains qui avancent sous le poids de tous les malheurs du monde.MarcPetit Ils avancent, et même ils dansent. Jambes, bras et mains graciles dessinent des chorégraphies. Mais c’est « la danse macabre ». La mort, déjà, avant même d’être mort. La mort à l’intérieur de la vie. Ou le contraire.    La matière même de ces sculptures, entre terre souple manipulée par les doigts de l’artiste et rigidité cadavérique du bronze est extraordinaire.

L’exposition m’a laissé plein d’autres résonances vibrer en moi: Un Christ en bois du XVIIème siècle aux côtés d’un Christ en bois de Tanzanie.  Des maternités de Côte d’Ivoire en bois associées à des Vierges à l’enfant de France ou d’Italie. Une collection de petits bénitiers. Une sculpture pieuse d’art populaire mexicain. Des peintures de Nitkowski, de Correia, de Rustin… Des dessins de Fred Deux. Un Combas. Une collection de porcelaines de la propagande Mao…Rustin

Cliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois, et voir le nom de l’auteur