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Françoise Utrel, Galerie La Source

A Fontaine-lès-Dijon, Galerie La Source, automne 2017, les expositions s’enchaînent et ça tient la route! Cette fois encore, on s’est fait plaisir avec la venue de Françoise Utrel et ses « DéS-éQUILIBRES ».

Tout au long de cette expo, une forme nous suit.

On assiste à ses déformations, à ses métamorphoses. Oui, parfois elle mue. Elle se fait caillou, beaucoup. Mais aussi petit organisme.Utrel3 Ou rocher imposant. Enrubannée parfois, habillée de lanières textiles ou végétales. Emprisonnée parfois, dans un réseau de lianes. Étouffée aussi, au creux des vagues d’un magma tourbillonnant.

Et la forme, quand elle est gros galet, lisse ou rugueux, peut se retrouver suspendue. Empilée avec d’autres. Juste un fil les retient. L’équilibre est improbable. La situation si fragile… Éphémère? UtrelD’ailleurs, la forme, devenue pierre massive, peut tomber et se fracasser. S’entasser et s’écraser avec d’autres, au fond d’on ne sait quel gouffre. Dans des lueurs de feu abyssal. Utrel2On suit tout cela. Étrange voyage initiatique.

Et, en fait, c’est la toile qui donne naissance à cette forme et à ses avatars. Françoise Utrel lui communique une telle matière riche et féconde… Comme une matière primitive, capable d’engendrer des formes de vie. Oui, ce volume qui nous suit depuis le début nait du fond de la toile elle-même.

Et on se dit que les mésaventures de cette « forme » ressemblent décidément bien à nos existences.

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Muriel Carpentier, ABC

Dans le Hall de l’ABC, passage Darcy, à Dijon, « Abysses » , en octobre 2017. Un travail de Muriel Carpentier.

C’est avec une vidéo que Muriel Carpentier m’avait interpellée il y a quelques années. Un collier de glaçons qui fondaient autour du coup d’une femme. La peau frissonnait. Les gouttes glissaient. Les « perles » d’eau gelée s’amenuisaient peu à peu. Génial.

Cette fois, il y a encore vidéo, mais pas que…Autour du thème des abysses, la jeune artiste (des Beaux Arts de Dijon, c’est  ici sa première expo solo) décline dessins, photos et installation.

A l’entrée, deux simples tréteaux peints en violet et éclairés d’une simple lampe de bureau accueillent quelques superbes encres colorées de l’artiste. Belle idée. Bien mieux que accrochées au mur. Car…on les regarde du haut. On « plonge » dedans. Pour voir de mystérieux organismes aux belles transparences. CarpentierOn ne sait pas encore qu’on va descendre beaucoup plus profond encore!

Continuons notre plongée en apnée. Aux murs, des dessins minutieux et fouillés nous font rencontrer quelques créatures en mutation. Mi-végétales, mi-animales.Carpentier3

Allez, on s’aventure derrière le rideau noir! Un décor de roches noires que je définirais volontiers comme volcaniques nous entoure. On ose marcher un peu. Mais des flaques d’une étrange matière aquatique, mi-visqueuse, mi-mousseuse, nous arrêtent. Une lumière venue des profondeurs les éclaire par dessous. Danger! On n’avance pas le pied! ça semble sans fond! Carpentier2Venu des entrailles, ce liquide remue lentement, au rythme des sons qui résonnent autour de nous. Échos de grottes, craquements, glouglous…Avons-nous atteint le ventre de la terre? Ce liquide est-il fécond? Il passe par une palette de couleurs magnifiques, du glauque au rouge feu. Est-il bouillant ou glacial? Va-t-il en jaillir une de ces créatures inconnues qui vivent dans les abysses, de celles vues sur les dessins de Muriel Carpentier?

L’exposition est courte. Peu de choses.  Mais on est convaincu. Sa projection vidéo « Descente en eaux troubles » s’associe à ses dessins « Captures » et « Paliers » et à ses photos pour créer un univers et transmettre des sensations, voire des réflexions.

On peut terminer par le book de Muriel Carpentier et constater qu’elle est ouverte à plusieurs domaines de création, seule ou en collectifs. Elle construit peu à peu une oeuvre. A suivre.

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« Opiums? » à l’abbaye de Auberive

MarcPetit2L’Abbaye de Auberive (Haute Marne) est un centre d’art contemporain, entre autre ( aussi concerts, conférences etc). Son propriétaire, Jean-Claude Volot, est grand collectionneur d’art. Particulièrement intéressé par l’art singulier (art brut) et les arts populaires. Chaque année, en été, l’abbaye présente une exposition. 2017 a été marquée par « Opiums? », qui proposait une grande partie du fonds de l’Abbaye et quelques autres oeuvres. Le tout  sur le thèmes des croyances, des religions, des dévotions, des addictions diverses et variées. Jusqu’au « culte » rendu à Mao! Une exposition très très complète

Parmi la quantité d’œuvres présentées, j’ai envie de parler de celle de Yolande Fièvre, son « Petit peuple pour des pierres ». FièvreDes créatures faites d’argile séchée sont assemblées en une sorte de cérémonie, sur un sol jonché de terre. Il semble que certaines soient décapitées. D’autres seraient bicéphales. De fins branchages ont poussé dans leur corps et jaillissent tels des membres. Ils s’emmêlent pour former au-dessus d’eux comme un dais de procession. Trois animaux, d’argile eux aussi, de la taille de gros chiens, suivent ce rituel. Mais ces êtres étranges ne seraient-ils pas des buissons animés de vie quasi humaine? Oui. Les ramures ont une âme. La nature a une âme. Voilà sans doute ce que dit l’installation de l’artiste. En tout cas, c’est bouleversant. Plongeon dans les ancestrales croyances, et dans nos propres rêves, cauchemars et imaginaires.

Dans la pièce à côté, un autre « petit peuple », celui de Jephane de Villiers. de VilliersUne foule de mini personnages hallucinés se regroupe autour d’un énorme animal (lui aussi d’argile séchée) ou s’agglutine sous une espèce de cage faite de ronces. On imagine des populations soumises à une divinité…ou quelque chose comme ça. Là encore, une installation bouleversante.

Le sculpteur Marc Petit occupe une place de choix dans cette Abbaye d’Auberive. De très nombreux bronzes sont à voir en extérieur comme en intérieur. Et on se laisse prendre par ses sombres personnages accablés, tourmentés, ravagés de souffrance. L’artiste ne leur a laissé que la peau sur les os. Une peau parcheminée, ridée jusqu’à la déchirure. Ils sont à la fois légers comme des fantômes et lourds comme des humains qui avancent sous le poids de tous les malheurs du monde.MarcPetit Ils avancent, et même ils dansent. Jambes, bras et mains graciles dessinent des chorégraphies. Mais c’est « la danse macabre ». La mort, déjà, avant même d’être mort. La mort à l’intérieur de la vie. Ou le contraire.    La matière même de ces sculptures, entre terre souple manipulée par les doigts de l’artiste et rigidité cadavérique du bronze est extraordinaire.

L’exposition m’a laissé plein d’autres résonances vibrer en moi: Un Christ en bois du XVIIème siècle aux côtés d’un Christ en bois de Tanzanie.  Des maternités de Côte d’Ivoire en bois associées à des Vierges à l’enfant de France ou d’Italie. Une collection de petits bénitiers. Une sculpture pieuse d’art populaire mexicain. Des peintures de Nitkowski, de Correia, de Rustin… Des dessins de Fred Deux. Un Combas. Une collection de porcelaines de la propagande Mao…Rustin

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Eric Schenker, La Source

Jusqu’au 1er octobre, Galerie La Source, Fontaine lès Dijon, Eric Schenker expose « Écritures de l’instant ». Du mercredi au dimanche inclus, 15h30-18h30. Présence de l’artiste les week-end.

Une qualité de cette exposition d’Eric Schenker c’est l’évident réseau de correspondances que l’artiste a tissé entre les œuvres. Aux colonnes répondent d’autres colonnes. Aux graphismes répondent d’autres graphismes. Mais ce n’est jamais ni tout à fait semblable ni tout à fait différent. Subtilités des échos.

L’expo s’ouvre sur trois colonnes blanches grand format. L’entrée d’un temple! Sur leurs quatre faces quelques élégants signes à l’encre noire attendent qu’on les déchiffre! Schenker3Et, surprise, sur chaque peinture accrochée aux murs, on distingue une petite excroissance blanche, garnie de ces mêmes graphismes (ou leurs cousins, en tout cas). Comme si les colonnes de l’entrée se projetaient en miniature ici.

Trois belles céramiques occupent aussi ce rez de chaussée. Colonnes elles aussi. Mais chaotiques, bousculées. On y retrouve les traces de la mystérieuse écriture (assez proche, décidément, de la calligraphie).Schenker4 Et quand on voit les silhouettes de colonnes déstructurées peintes en couleurs vives  sur les tableaux des murs, on sait qu’on va suivre une déclinaison de ces thèmes tout au long de l’expo.SchenkerGagné! A l’étage, les volumes en grès alternent avec les encres et les peintures, prolongeant le travail du rez de chaussée. Beau dialogue. On évoque souvent l’archéologie: émouvantes pièces ruinées qui gardent des empreintes du passé. On pense à une inspiration orientale: traits d’encres épurés ou caractères de style asiatique sur grosse toile.

Pour moi, Eric Schenker reste avant tout un céramiste. Même si j’aime les parallèles  avec les dessins.Schenker2

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Il y a un an, j’avais écrit un texte sur son travail, qu’il a utilisé pour son carton d’invitation. Je le remets ici:

Ça tient…

Quand Eric Schenker dessine, il bâtit.

De quelques traits d’encre, il construit.

Ses architectures sont des défis à l’équilibre et à la verticalité.

Je me demande si ses échafaudages tiennent davantage par leurs pleins que par leurs vides.

Parfois des lignes légères s’échappent de la construction.

Ténues, flottantes.

Je crois deviner ici et là une échelle ou quelques marches improbables.

Ça tient…

Mais ces graphismes pourraient bien être des ombres.

Les ombres de sculptures rêvées.

Des possibles. Des éventuels. 

Car, soudain, oui, le dessin prend matière.

Il devient volume.

Eric Schenker échafaude en grès.

Des choses dressées. Debout.

Des stèles, des totems, des menhirs, des tablettes, des colonnes…

Qui se tendent vers le ciel.

Et … C’est étonnant…

Le dessin est toujours présent.

Il a laissé son empreinte. Il est là.

Comme si la céramique en avait gardé la trace.

Je le vois…

Peut-être son squelette par transparence.

Ou un tatouage…

Céramique tatouée ?

Inextricabilia, Maison Rouge, Paris

A La Maison Rouge (qui fermera malheureusement ses portes dans quelques temps….), 10 Bd de la Bastille, Paris, expo « Inextricabilia ». Eté 2017 Pascal Tassini

Une fois n’est pas coutume, je vais m’adresser à quelqu’un, aujourd’hui, dans mon blog. M’adresser à monsieur Philippe Dagen, critique d’art au journal Le Monde. Que je lis toujours avec intérêt et admiration.

http://www.lemonde.fr/arts/article/2017/09/01/la-maison-rouge-joue-a-marabout-bout-de-ficelle_5179731_1655012.html

Monsieur, votre papier sur l’exposition « Inextricabilia » de La Maison Rouge, à Paris, m’a glacée. Cette froideur  intellectuelle. Inébranlable. Mon Dieu! Alors que tout, ici, parle de malaises profonds et d’appels angoissés. De croyances à des forces supérieures et invisibles, qui serviraient de bouées de sauvetage. De vies compliquées, avec des recherches interminables pour les expliquer et, peut-être, pour mieux les supporter. Qu’on soit artiste plasticien, malade psychiatrique, prêtre ou simple croyant (tribus africaines ou religions occidentales), ici, on est poussé à ficeler, tisser, enrouler, plier, attacher, nouer, emmêler, enchevêtrer… Pourquoi? Chacun sa raison. Chacun son besoin. Vous vous demandez, monsieur Dagen, si le terme « magique » (sous-titre de l’exposition) est bien adapté. Mais oui! Bien sûr! Tous ces gens qui disent, disent, disent et redisent, à leur façon, avec bouts de tissus, fils de laine, cheveux, fibres végétales ou languettes de papier, tentent de capter, quelque que soit la finalité de leur geste, une force indicible et inconnue. Tous, sans le savoir vraiment, sont en quête de quelque chose qui les dépasse et qui pourrait modifier la réalité. Et leur faire du bien.

Oui, monsieur, des objets fabriqués aux 4 coins du monde et du temps, sont ici rapprochés, juxtaposés, confrontés…C’est le but de cette expo. Vous dites qu’il y a confusion et que ce « confusionisme est « peu réfléchi » et « erroné ». Michel NedjarNon. Amulettes, reliques, ex-voto et talismans peuvent fort bien voisiner avec les oeuvres de Michel Nedjar, Annette Messager et Louise Bourgeois. Ces artistes travaillent à partir de références issues de leur culture. Oui. Eh bien, voilà que les références sont présentes! Concrètes! Louise BourgeoisEt on ne compte plus les plasticiens qui créent avec le matériau textile. Ils pourraient bien être frères de Judith Scott (créatrice d’Art Brut américaine)…Judith Scott Tout se tient. Tout est lié (c’est le cas de le dire!). Pas ou peu de frontières entre tout ça. Derrière, il y a l’humain qui se pose des questions et s’ingénie à trouver des réponses. Aucun racisme, aucune exclusion: chacun a sa place. Et ne pas négliger aussi la plastique de tous ces objets exposés. C’est beau, souvent. Tout simplement beau. Beau, sans doute parce que, justement, il y n’a pas d’intention esthétique (mais bien autre chose).

Je suis sortie de cette « Inextricabilia » troublée et presque ensorcelée. C’est fort. Très fort. (On aurait pu bien sûr ajouter à cette expo beaucoup d’autres artistes qui seraient dans le thème…Mais c’est suffisant)

Pardon monsieur Dagen de vous avoir contredit…  Respect.

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Truchement, au Consortium

2017: Consortium et Centre Pompidou fêtaient leurs 40 ans. C’était l’occasion d’une expo au Consortium de Dijon, intitulée « Truchement »

Une dizaine d’artistes à voir dans cette expo. Certaines oeuvres venues du Centre Pompidou.  Même avec visite guidée (par une très sympathique médiatrice qui en sait long sur la question et nous livre toutes les clés indispensables), j’ai souvent de la peine à m’enthousiasmer. Mais, en sortant, je décide quand même que je n’ai pas perdu mon après-midi… Rien que le Giacometti valait le coup!

« Femme deboutII » de Giacometti est associée volontairement à une des « date painting » de On Kaxara. Ce dernier a voulu cette cohabitation. En gros, ça s’explique par l’idée du temps: en Occident, le monde a un début (tradition chrétienne de la Création) et une fin (Apocalypse); en Orient, non. Seul le présent compte. Les « date painting » sont l’oeuvre d’un jour. Un rite quotidien, minutieusement peintes à la plume, à main levée. Le temps condensé dans l’instant de la journée. Et la figure de Giacometti, exceptionnellement pour une oeuvre occidentale, incarnerait elle aussi un présent intemporel. **Giacometti

Intéressant, tout ça. Mais il reste que la sculpture, hiératique et divine, touche le regardant au plus profond de lui même. Alors que les tableautins où s’inscrivent des dates le laissent froid. Le travail du japonais est certes respectable et intéressant. Je lui proposerais bien de le garder pour lui. Il n’y a aucune raison de le montrer. Désolée.

Les deux artistes pré-cités ont leur portrait dans cette même salle exécutés de main de maître par Yan Pei-Ming. Son geste large et dynamique est là, la bichromie aussi. Et le grand format permet de rentrer dans l’image, comme d’habitude. Fabuleux.

Le « Train fantôme » de Charles de Meaux est intéressant. J’aime les oeuvres qui font participer le visiteur. On pénètre dans un tunnel qui évoque les gros tuyaux, les boyaux, du Centre Pompidou et on avance dans le noir. Sur les cloisons, des images sont projetées. Elles défilent. Comme si l’on était dans un train en marche. Le son est d’ailleurs de connivence avec cette sensation: musique au rythme régulier et lancinant. En superposition sur ces fragments de paysages, des flashs. Réminiscences de films, fantômes de souvenirs. J’ai aimé cet espace mental…

Avec César, pas trop de surprises! Sauf que les compressions présentées ici ont été réalisées dans l’usine Fiat elle-même et qu’elles ont été passées à la peinture exactement comme une voiture neuve. Métallisées, elles sont devenues de beaux objets plissés, joliment tordus, harmonieusement cabossés.César

Une toile géante de Frank Stella occupe un mur du Consortium. Spectaculaire ensemble de formes et de couleurs vives: ça tourbillonne, ça s’emmêle, ça se superpose, ça s’enroule. Un peu fête foraine. Un peu musique techno. L’artiste colle, peint, utilise l’ordinateur… La technique au service des effets de relief et de mouvements.

Polombe (extrait)

Polombe (extrait)

Pour les autres, je n’ai pas de sentiments!   –Graham et sa vidéo sur une machine à écrire de 1930 (j’aurais peut-être dû rester plus longtemps dans la salle obscure, il y avait je crois quelque chose de plus profond et peut-être même d’esthétique à trouver…)   – Haacke et son installation sur les empires financiers genre Total ou Cartier, à l’intérieur d’un bunker (construit spécialement pour l’expo), avec évocation d’une violente  répression de grèves en Afrique du Sud (une partie de Cartier appartient à un groupe de ce pays) Bof…      – Cattelan et son armoire métallique secrète (qui ouvre sur un local technique du Consortium). Ah Ah!    –Belcher et ses céramiques JPEG (faudrait beaucoup beaucoup de commentaires à côté pour commencer à effleurer un quelconque intérêt pour cette oeuvre)    –Lavier et ses projections d’oeuvres d’art tremblottées qui, c’est exprès, deviennent moches à souhait. Une réflexion sur l’image…Mouais.

**Il faut savoir que Giacometti a fait d’abord une série (9) de ces femmes, modelées en argile, puis moulées en plâtre, puis retravaillées et, enfin, coulées en bronze. Ce processus d’élaboration est courant chez lui. Il recommence sans fin un travail, afin de saisir la « présence ». Et la Femme, ici, dégage une force extraordinaire, universelle. J’aime ses pieds à demi enterrés dans le socle, ce qui ne l’empêche pas d’avancer. Etonnant.

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élèves de Nadine Morel, La Source

Le temps des expositions est terminé pour la saison à la Galerie La Source. La dernière, comme tous les ans, était celle des élèves des ateliers (La Sardine éblouie) de l’artiste plasticienne Nadine Morel. Et comme tous les ans, les travaux des plus jeunes et ceux des adultes se sont mêlés, et, étonnamment, ça donnait des installations, quand même, parfaitement harmonieuses. Gros plaisir de l’oeil!!

Sardine3

Des milliers de papillons, quelques gambettes sorties du plafond, des dessins de chaussures, des silhouettes en fil de fer façon Calder, des collections d’insectes, des cactus, des cocons en papier froissé façon Edith Nicot (elle est venue travailler avec les élèves de Nadine) etc…Sardine2 On sent que l’artiste Nadine Morel tient (il me semble de plus en plus) au travail du dessin et de la peinture, celui qui vient de tout le corps. Il y a dans cette expo une impression de rigueur, résultant d’une observation intense et d’un entraînement répétitif et courageux. L’imaginaire est présent, certes, mais passe en seconde place.Sardine

L’expo propose aussi des textes de l’atelier écriture de la Sardine éblouie.

lesateliersdelasardineeblouie.blogspot.com

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Triagonale, Galerie La Source

Eva Ducret, Laurent Delaire et BAP exposaient ensemble à la Galerie La Source, Fontaine-lès-Dijon en mai 2017, ça s’intitulait « Triagonale ». Génial!Delaire2

Rarement (pour ne pas dire jamais) on n’avait vu une telle cohérence à La Source pour une exposition commune. Ils sont trois, Eva Ducret, Laurent Delaire et BAP et ils ont su à merveille marier leur travail respectif pour cette occasion. Si bien qu’au bout du compte, leur expo devient presqu’une œuvre en elle-même.

Dès l’entrée, une installation. Et tout de suite, le ton est donné. Quelque chose comme un sentiment de vie qui passe….et qu’on aimerait freiner, retenir, conserver.

Ces petits moules à gâteaux (Eva Ducret), tout rouillés, engloutis dans d’informes boules de terre, tels des éclats de poterie préhistorique sur un chantier de fouilles, on les regarde soudain comme de sacro-saintes reliques. Cette grise pile de manuscrits à l’écriture mystérieuse (Laurent Delaire), on la prendrait volontiers pour de précieux manuscrits sauvés de la destruction, quelque part dans le monde. Ces ardoises et ces objets en pâte de verre (BAP), comme on n’en fait plus, sont les témoins d’un passé révolu et on se plaît à les voir reprendre vie autrement.

A l’étage, se poursuit le fil de cette idée pressentie dès le rez-de-chaussée. Mais elle s’affine. Du thème (trop) classique, traces du passé, mémoire, oubli, souvenirs etc,  on arrive au concept de « l’archéologie du présent ».  Les 3 plasticiens, main dans la main, chacun à leur manière, disent ce temps présent qui file mais qui, pourtant, est tellement là. Et ce temps présent qui est déjà passé…Source2

Les spirales d’Eva Ducret tourbillonnent. Et quand ça tourne si vite, la machine du temps s’arrête, non? Et l’apparence devient invisible, non?Ducret

Les architectures sur ardoise de BAP flottent entre rêve et réalité, entre vrai et faux. Ses fragments (moulages en papier, rappel des verres anciens du rez-de-chaussée) sont ces fossiles que l’on collectionne… mais bien plus fragiles que la pierre. Des petites déchirures.Bap

La série des « lumière au fond » (tableautins) de Laurent Delaire cherche ce qui est caché derrière. Ou enfoui. Ou disparu momentanément.

Les artistes, décidément, se font ici paléontologues !

Et avec ses extraordinaires « Scripsi » Laurent Delaire a entrepris un long travail de plasticien qu’il nomme lui-même « l’expérience même du présent ». L’écriture inventée qu’il déploie sur des centaines de rouleaux, de tablettes… est deux fois inexistante! D’une part elle est imaginaire et d’autre part elle n’est que sa propre trace (technique de la « réserve »). Reste pour lui le geste d’écrire, comme un rituel, comme une méditation de pleine conscience. Recherche personnelle et solitaire, mais évidemment… l’impacte sur le regardant est bien réel. Quelque chose passe, à n’en pas douter.Delaire

Cette exposition est pensée. Riche. Forte. Mais aussi belle: il y a des éléments graphiques, des volumes, des mises en scène, des harmonies… juste beaux.

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Le Salon de Fontaine

En mai 2017, au Centre Pierre-Jacques, le Salon de Fontaine les Dijon

Malgré un net effort d' »aération » entre les panneaux et de « circulation fluide » entre eux, le regard est inévitablement confronté à certaines cohabitations malheureuses. Pauvre Jean- Claude Sgro, par exemple, obligé de supporter ses voisins d’expo si différents de lui. Il faut un bon degré de zénitude au spectateur pour se concentrer sur chaque toile, en ignorant celles d’à côté. La promiscuité défavorise.Sgros Et certains artistes n’ont pas de chance avec le choix de leur panneau: telle Yi-Ling-Yu, en contre jour. Rédhibitoire…

Dans l’ensemble, la balade est quand même agréable. On découvre des talents. On apprécie les retrouvailles avec d’autres. On se laisse intriguer par certaines techniques. On repère quelques évolutions chez certains artistes connus.

J’ai fait un premier tour d’horizon dans ce Salon et voici quelques noms, parmi ceux qui m’ont fait arrêter, soit étonnée, soit émue, soit admirative, soit juste contente (petits plaisirs simples!)

Matthieu Louvrier: ça alors! je croyais qu’il était illustrateur et peignait des tableautins pour chambres d’enfants! Et là, je suis devant un triptyque très fort. Trois personnages qui émergent du noir (peinture sur velours noir) et vous font face, vous provoquent. Visages,mains et pieds clairs (des membres comme détachés du corps)…Le reste est dans la nuit. Trois portraits silencieux… qui vous interpellent.LouvrierFred Content a choisi d’exposer ses monographies et il a bien fait. Couleurs coulées, aplaties, tendues, griffées, cernées….Bel effet.

Francis Orzel: trois toiles lumineuses, trois paysages intérieurs sortis de l’étrange processus de cet artiste (projection de pigments avec pipette).Orzel

Claude Bouhot: du papier plissé, collé et rehaussé de crayon gris. C’est joli mais ça pourrait même devenir intéressant!

Christine Bossier: impressionnantes gravures où l’anatomie du dessin se fond ou s’incruste dans des surfaces colorées délicatement. (Ce serait appréciable sans vitre!!)

Muriel Bonnard: toujours d’émouvantes scènes profondément humaines. Comme des fragments de fresques qui raconteraient des évènements douloureux.

Et puis les « têtes détricotées » de Ahmed El Djama, les plexiglas gravés de Jean-Louis Vouaux

L’invité d’honneur est Jacques Perreaut. Artiste contemporain qui trouve ses sources d’inspiration dans l’Histoire et dans l’art militaire. Deux sujets qui ne me passionnent pas. Ses petites installations au Salon ne sont pas sans intérêt, néanmoins. Surtout celle d’Apollinaire, à mon avis.PerreautCliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois, et voir le nom des auteurs.

Micheline Jacques, Chartreuse

A l’espace exposition (mal indiqué, dans le parc de La Chartreuse, à Dijon, dans un bâtiment ancien à droite du puits de Moïse), Micheline Jacques a présenté ses  « Errances » l’été 2017. (mardi mercredi samedi dimanche, 13h30-17h) C’était à voir…M.Jacques3Ce qui m’intéresse dans une oeuvre d’art, c’est souvent la richesse des échos qu’elle engendre. Et, avec cette expo de Micheline Jacques, je suis gâtée. Ses étranges sculptures de textile ont à voir avec l’attente, le silence, l’enfermement, la misère, la solitude, la souffrance, la spiritualité, les traditions antiques, les cultures de contrées lointaines, les cultes funéraires     etc etc.

L’installation est très réussie. Elle a su occuper le lieu. D’une pièce à l’autre, le visiteur côtoie cette foule de personnages muets et immobiles mais terriblement présents. Ils en sont gênants. Dérangeants.M.JacquesMendiants? Migrants? Prisonniers? Pestiférés? Esclaves? Fugitifs?   Voilà pour ceux qui gisent à terre, épuisés, douloureux.M.Jacques4Prêtres? Sages? Chefs Touaregs? Shamans?  Voilà pour ceux qui trônent, assis sur des estrades, comme détenteurs d’un pouvoir ou d’une connaissance suprême.

Et puis, il y a des gisants en position verticale, des corps momifiés recroquevillés, des couples debout métamorphosés en statues, des figures (femmes?) étouffées par un voile rouge sang…M.Jacques2Le matériau utilisé par cette artiste est essentiellement le bas nylon (assorti de mousse et de divers tissus). Les créations plastiques obtenues sont à la fois belles, troublantes et « pleines » (de significations profondes que chacun pourra interpréter à sa guise). Une fois de plus, l’art textile démontre sa puissance d’expression, ses possibilités innombrables.

L’expo montre des textes de l’artiste elle-même et d’écrivains qui prolongent fort bien le travail présenté.

Je n’en dirai donc pas davantage. C’est d’ailleurs presque trop facile d’écrire  des discours là-dessus…(parfois, je préfère des oeuvres qui me laissent bouche bée et page blanche! des oeuvres qui me demandent une forte descente en moi même pour trouver les mots qui lui conviendraient! et j’aime alors cette quête qui me permet de mieux cerner l’oeuvre en question… )

Les dessins à l’encre de Chine de Micheline Jacques accompagnent admirablement l’expo. Encadrés de carton…Superbes.

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