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Inextricabilia, Maison Rouge, Paris

A La Maison Rouge (qui fermera malheureusement ses portes dans quelques temps….), 10 Bd de la Bastille, Paris, expo « Inextricabilia ». Eté 2017 Pascal Tassini

Une fois n’est pas coutume, je vais m’adresser à quelqu’un, aujourd’hui, dans mon blog. M’adresser à monsieur Philippe Dagen, critique d’art au journal Le Monde. Que je lis toujours avec intérêt et admiration.

http://www.lemonde.fr/arts/article/2017/09/01/la-maison-rouge-joue-a-marabout-bout-de-ficelle_5179731_1655012.html

Monsieur, votre papier sur l’exposition « Inextricabilia » de La Maison Rouge, à Paris, m’a glacée. Cette froideur  intellectuelle. Inébranlable. Mon Dieu! Alors que tout, ici, parle de malaises profonds et d’appels angoissés. De croyances à des forces supérieures et invisibles, qui serviraient de bouées de sauvetage. De vies compliquées, avec des recherches interminables pour les expliquer et, peut-être, pour mieux les supporter. Qu’on soit artiste plasticien, malade psychiatrique, prêtre ou simple croyant (tribus africaines ou religions occidentales), ici, on est poussé à ficeler, tisser, enrouler, plier, attacher, nouer, emmêler, enchevêtrer… Pourquoi? Chacun sa raison. Chacun son besoin. Vous vous demandez, monsieur Dagen, si le terme « magique » (sous-titre de l’exposition) est bien adapté. Mais oui! Bien sûr! Tous ces gens qui disent, disent, disent et redisent, à leur façon, avec bouts de tissus, fils de laine, cheveux, fibres végétales ou languettes de papier, tentent de capter, quelque que soit la finalité de leur geste, une force indicible et inconnue. Tous, sans le savoir vraiment, sont en quête de quelque chose qui les dépasse et qui pourrait modifier la réalité. Et leur faire du bien.

Oui, monsieur, des objets fabriqués aux 4 coins du monde et du temps, sont ici rapprochés, juxtaposés, confrontés…C’est le but de cette expo. Vous dites qu’il y a confusion et que ce « confusionisme est « peu réfléchi » et « erroné ». Michel NedjarNon. Amulettes, reliques, ex-voto et talismans peuvent fort bien voisiner avec les oeuvres de Michel Nedjar, Annette Messager et Louise Bourgeois. Ces artistes travaillent à partir de références issues de leur culture. Oui. Eh bien, voilà que les références sont présentes! Concrètes! Louise BourgeoisEt on ne compte plus les plasticiens qui créent avec le matériau textile. Ils pourraient bien être frères de Judith Scott (créatrice d’Art Brut américaine)…Judith Scott Tout se tient. Tout est lié (c’est le cas de le dire!). Pas ou peu de frontières entre tout ça. Derrière, il y a l’humain qui se pose des questions et s’ingénie à trouver des réponses. Aucun racisme, aucune exclusion: chacun a sa place. Et ne pas négliger aussi la plastique de tous ces objets exposés. C’est beau, souvent. Tout simplement beau. Beau, sans doute parce que, justement, il y n’a pas d’intention esthétique (mais bien autre chose).

Je suis sortie de cette « Inextricabilia » troublée et presque ensorcelée. C’est fort. Très fort. (On aurait pu bien sûr ajouter à cette expo beaucoup d’autres artistes qui seraient dans le thème…Mais c’est suffisant)

Pardon monsieur Dagen de vous avoir contredit…  Respect.

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Truchement, au Consortium

2017: Consortium et Centre Pompidou fêtaient leurs 40 ans. C’était l’occasion d’une expo au Consortium de Dijon, intitulée « Truchement »

Une dizaine d’artistes à voir dans cette expo. Certaines oeuvres venues du Centre Pompidou.  Même avec visite guidée (par une très sympathique médiatrice qui en sait long sur la question et nous livre toutes les clés indispensables), j’ai souvent de la peine à m’enthousiasmer. Mais, en sortant, je décide quand même que je n’ai pas perdu mon après-midi… Rien que le Giacometti valait le coup!

« Femme deboutII » de Giacometti est associée volontairement à une des « date painting » de On Kaxara. Ce dernier a voulu cette cohabitation. En gros, ça s’explique par l’idée du temps: en Occident, le monde a un début (tradition chrétienne de la Création) et une fin (Apocalypse); en Orient, non. Seul le présent compte. Les « date painting » sont l’oeuvre d’un jour. Un rite quotidien, minutieusement peintes à la plume, à main levée. Le temps condensé dans l’instant de la journée. Et la figure de Giacometti, exceptionnellement pour une oeuvre occidentale, incarnerait elle aussi un présent intemporel. **Giacometti

Intéressant, tout ça. Mais il reste que la sculpture, hiératique et divine, touche le regardant au plus profond de lui même. Alors que les tableautins où s’inscrivent des dates le laissent froid. Le travail du japonais est certes respectable et intéressant. Je lui proposerais bien de le garder pour lui. Il n’y a aucune raison de le montrer. Désolée.

Les deux artistes pré-cités ont leur portrait dans cette même salle exécutés de main de maître par Yan Pei-Ming. Son geste large et dynamique est là, la bichromie aussi. Et le grand format permet de rentrer dans l’image, comme d’habitude. Fabuleux.

Le « Train fantôme » de Charles de Meaux est intéressant. J’aime les oeuvres qui font participer le visiteur. On pénètre dans un tunnel qui évoque les gros tuyaux, les boyaux, du Centre Pompidou et on avance dans le noir. Sur les cloisons, des images sont projetées. Elles défilent. Comme si l’on était dans un train en marche. Le son est d’ailleurs de connivence avec cette sensation: musique au rythme régulier et lancinant. En superposition sur ces fragments de paysages, des flashs. Réminiscences de films, fantômes de souvenirs. J’ai aimé cet espace mental…

Avec César, pas trop de surprises! Sauf que les compressions présentées ici ont été réalisées dans l’usine Fiat elle-même et qu’elles ont été passées à la peinture exactement comme une voiture neuve. Métallisées, elles sont devenues de beaux objets plissés, joliment tordus, harmonieusement cabossés.César

Une toile géante de Frank Stella occupe un mur du Consortium. Spectaculaire ensemble de formes et de couleurs vives: ça tourbillonne, ça s’emmêle, ça se superpose, ça s’enroule. Un peu fête foraine. Un peu musique techno. L’artiste colle, peint, utilise l’ordinateur… La technique au service des effets de relief et de mouvements.

Polombe (extrait)

Polombe (extrait)

Pour les autres, je n’ai pas de sentiments!   –Graham et sa vidéo sur une machine à écrire de 1930 (j’aurais peut-être dû rester plus longtemps dans la salle obscure, il y avait je crois quelque chose de plus profond et peut-être même d’esthétique à trouver…)   – Haacke et son installation sur les empires financiers genre Total ou Cartier, à l’intérieur d’un bunker (construit spécialement pour l’expo), avec évocation d’une violente  répression de grèves en Afrique du Sud (une partie de Cartier appartient à un groupe de ce pays) Bof…      – Cattelan et son armoire métallique secrète (qui ouvre sur un local technique du Consortium). Ah Ah!    –Belcher et ses céramiques JPEG (faudrait beaucoup beaucoup de commentaires à côté pour commencer à effleurer un quelconque intérêt pour cette oeuvre)    –Lavier et ses projections d’oeuvres d’art tremblottées qui, c’est exprès, deviennent moches à souhait. Une réflexion sur l’image…Mouais.

**Il faut savoir que Giacometti a fait d’abord une série (9) de ces femmes, modelées en argile, puis moulées en plâtre, puis retravaillées et, enfin, coulées en bronze. Ce processus d’élaboration est courant chez lui. Il recommence sans fin un travail, afin de saisir la « présence ». Et la Femme, ici, dégage une force extraordinaire, universelle. J’aime ses pieds à demi enterrés dans le socle, ce qui ne l’empêche pas d’avancer. Etonnant.

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élèves de Nadine Morel, La Source

Le temps des expositions est terminé pour la saison à la Galerie La Source. La dernière, comme tous les ans, était celle des élèves des ateliers (La Sardine éblouie) de l’artiste plasticienne Nadine Morel. Et comme tous les ans, les travaux des plus jeunes et ceux des adultes se sont mêlés, et, étonnamment, ça donnait des installations, quand même, parfaitement harmonieuses. Gros plaisir de l’oeil!!

Sardine3

Des milliers de papillons, quelques gambettes sorties du plafond, des dessins de chaussures, des silhouettes en fil de fer façon Calder, des collections d’insectes, des cactus, des cocons en papier froissé façon Edith Nicot (elle est venue travailler avec les élèves de Nadine) etc…Sardine2 On sent que l’artiste Nadine Morel tient (il me semble de plus en plus) au travail du dessin et de la peinture, celui qui vient de tout le corps. Il y a dans cette expo une impression de rigueur, résultant d’une observation intense et d’un entraînement répétitif et courageux. L’imaginaire est présent, certes, mais passe en seconde place.Sardine

L’expo propose aussi des textes de l’atelier écriture de la Sardine éblouie.

lesateliersdelasardineeblouie.blogspot.com

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Triagonale, Galerie La Source

Eva Ducret, Laurent Delaire et BAP exposaient ensemble à la Galerie La Source, Fontaine-lès-Dijon en mai 2017, ça s’intitulait « Triagonale ». Génial!Delaire2

Rarement (pour ne pas dire jamais) on n’avait vu une telle cohérence à La Source pour une exposition commune. Ils sont trois, Eva Ducret, Laurent Delaire et BAP et ils ont su à merveille marier leur travail respectif pour cette occasion. Si bien qu’au bout du compte, leur expo devient presqu’une œuvre en elle-même.

Dès l’entrée, une installation. Et tout de suite, le ton est donné. Quelque chose comme un sentiment de vie qui passe….et qu’on aimerait freiner, retenir, conserver.

Ces petits moules à gâteaux (Eva Ducret), tout rouillés, engloutis dans d’informes boules de terre, tels des éclats de poterie préhistorique sur un chantier de fouilles, on les regarde soudain comme de sacro-saintes reliques. Cette grise pile de manuscrits à l’écriture mystérieuse (Laurent Delaire), on la prendrait volontiers pour de précieux manuscrits sauvés de la destruction, quelque part dans le monde. Ces ardoises et ces objets en pâte de verre (BAP), comme on n’en fait plus, sont les témoins d’un passé révolu et on se plaît à les voir reprendre vie autrement.

A l’étage, se poursuit le fil de cette idée pressentie dès le rez-de-chaussée. Mais elle s’affine. Du thème (trop) classique, traces du passé, mémoire, oubli, souvenirs etc,  on arrive au concept de « l’archéologie du présent ».  Les 3 plasticiens, main dans la main, chacun à leur manière, disent ce temps présent qui file mais qui, pourtant, est tellement là. Et ce temps présent qui est déjà passé…Source2

Les spirales d’Eva Ducret tourbillonnent. Et quand ça tourne si vite, la machine du temps s’arrête, non? Et l’apparence devient invisible, non?Ducret

Les architectures sur ardoise de BAP flottent entre rêve et réalité, entre vrai et faux. Ses fragments (moulages en papier, rappel des verres anciens du rez-de-chaussée) sont ces fossiles que l’on collectionne… mais bien plus fragiles que la pierre. Des petites déchirures.Bap

La série des « lumière au fond » (tableautins) de Laurent Delaire cherche ce qui est caché derrière. Ou enfoui. Ou disparu momentanément.

Les artistes, décidément, se font ici paléontologues !

Et avec ses extraordinaires « Scripsi » Laurent Delaire a entrepris un long travail de plasticien qu’il nomme lui-même « l’expérience même du présent ». L’écriture inventée qu’il déploie sur des centaines de rouleaux, de tablettes… est deux fois inexistante! D’une part elle est imaginaire et d’autre part elle n’est que sa propre trace (technique de la « réserve »). Reste pour lui le geste d’écrire, comme un rituel, comme une méditation de pleine conscience. Recherche personnelle et solitaire, mais évidemment… l’impacte sur le regardant est bien réel. Quelque chose passe, à n’en pas douter.Delaire

Cette exposition est pensée. Riche. Forte. Mais aussi belle: il y a des éléments graphiques, des volumes, des mises en scène, des harmonies… juste beaux.

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Le Salon de Fontaine

En mai 2017, au Centre Pierre-Jacques, le Salon de Fontaine les Dijon

Malgré un net effort d' »aération » entre les panneaux et de « circulation fluide » entre eux, le regard est inévitablement confronté à certaines cohabitations malheureuses. Pauvre Jean- Claude Sgro, par exemple, obligé de supporter ses voisins d’expo si différents de lui. Il faut un bon degré de zénitude au spectateur pour se concentrer sur chaque toile, en ignorant celles d’à côté. La promiscuité défavorise.Sgros Et certains artistes n’ont pas de chance avec le choix de leur panneau: telle Yi-Ling-Yu, en contre jour. Rédhibitoire…

Dans l’ensemble, la balade est quand même agréable. On découvre des talents. On apprécie les retrouvailles avec d’autres. On se laisse intriguer par certaines techniques. On repère quelques évolutions chez certains artistes connus.

J’ai fait un premier tour d’horizon dans ce Salon et voici quelques noms, parmi ceux qui m’ont fait arrêter, soit étonnée, soit émue, soit admirative, soit juste contente (petits plaisirs simples!)

Matthieu Louvrier: ça alors! je croyais qu’il était illustrateur et peignait des tableautins pour chambres d’enfants! Et là, je suis devant un triptyque très fort. Trois personnages qui émergent du noir (peinture sur velours noir) et vous font face, vous provoquent. Visages,mains et pieds clairs (des membres comme détachés du corps)…Le reste est dans la nuit. Trois portraits silencieux… qui vous interpellent.LouvrierFred Content a choisi d’exposer ses monographies et il a bien fait. Couleurs coulées, aplaties, tendues, griffées, cernées….Bel effet.

Francis Orzel: trois toiles lumineuses, trois paysages intérieurs sortis de l’étrange processus de cet artiste (projection de pigments avec pipette).Orzel

Claude Bouhot: du papier plissé, collé et rehaussé de crayon gris. C’est joli mais ça pourrait même devenir intéressant!

Christine Bossier: impressionnantes gravures où l’anatomie du dessin se fond ou s’incruste dans des surfaces colorées délicatement. (Ce serait appréciable sans vitre!!)

Muriel Bonnard: toujours d’émouvantes scènes profondément humaines. Comme des fragments de fresques qui raconteraient des évènements douloureux.

Et puis les « têtes détricotées » de Ahmed El Djama, les plexiglas gravés de Jean-Louis Vouaux

L’invité d’honneur est Jacques Perreaut. Artiste contemporain qui trouve ses sources d’inspiration dans l’Histoire et dans l’art militaire. Deux sujets qui ne me passionnent pas. Ses petites installations au Salon ne sont pas sans intérêt, néanmoins. Surtout celle d’Apollinaire, à mon avis.PerreautCliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois, et voir le nom des auteurs.

Micheline Jacques, Chartreuse

A l’espace exposition (mal indiqué, dans le parc de La Chartreuse, à Dijon, dans un bâtiment ancien à droite du puits de Moïse), Micheline Jacques a présenté ses  « Errances » l’été 2017. (mardi mercredi samedi dimanche, 13h30-17h) C’était à voir…M.Jacques3Ce qui m’intéresse dans une oeuvre d’art, c’est souvent la richesse des échos qu’elle engendre. Et, avec cette expo de Micheline Jacques, je suis gâtée. Ses étranges sculptures de textile ont à voir avec l’attente, le silence, l’enfermement, la misère, la solitude, la souffrance, la spiritualité, les traditions antiques, les cultures de contrées lointaines, les cultes funéraires     etc etc.

L’installation est très réussie. Elle a su occuper le lieu. D’une pièce à l’autre, le visiteur côtoie cette foule de personnages muets et immobiles mais terriblement présents. Ils en sont gênants. Dérangeants.M.JacquesMendiants? Migrants? Prisonniers? Pestiférés? Esclaves? Fugitifs?   Voilà pour ceux qui gisent à terre, épuisés, douloureux.M.Jacques4Prêtres? Sages? Chefs Touaregs? Shamans?  Voilà pour ceux qui trônent, assis sur des estrades, comme détenteurs d’un pouvoir ou d’une connaissance suprême.

Et puis, il y a des gisants en position verticale, des corps momifiés recroquevillés, des couples debout métamorphosés en statues, des figures (femmes?) étouffées par un voile rouge sang…M.Jacques2Le matériau utilisé par cette artiste est essentiellement le bas nylon (assorti de mousse et de divers tissus). Les créations plastiques obtenues sont à la fois belles, troublantes et « pleines » (de significations profondes que chacun pourra interpréter à sa guise). Une fois de plus, l’art textile démontre sa puissance d’expression, ses possibilités innombrables.

L’expo montre des textes de l’artiste elle-même et d’écrivains qui prolongent fort bien le travail présenté.

Je n’en dirai donc pas davantage. C’est d’ailleurs presque trop facile d’écrire  des discours là-dessus…(parfois, je préfère des oeuvres qui me laissent bouche bée et page blanche! des oeuvres qui me demandent une forte descente en moi même pour trouver les mots qui lui conviendraient! et j’aime alors cette quête qui me permet de mieux cerner l’oeuvre en question… )

Les dessins à l’encre de Chine de Micheline Jacques accompagnent admirablement l’expo. Encadrés de carton…Superbes.

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Anne Girard, Aurélien Benoist, Cellier de Clairvaux

Nouvelle exposition des « Inventifs » au Cellier de Clairvaux, à Dijon. En avril 2017. Anne Girard invitait Aurélien Benoist.

Anne Girard est un peintre littéraire! Elle affirme s’aider du dictionnaire pour peindre: « étudier les mots de mes sujets […] me permet d’affiner mon vocabulaire pictural ». Une idée qui me plaît! A partir d’une forme (feuille de bananier ou capsule, en l’occurrence, pour cette expo), elle part dans une exploration. Et je la vois bien travailler comme devant une version latine. Tourner et retourner, chercher une autre façon, s’éloigner, inventorier… Comme un écrivain, aussi, elle tente un synonyme, une métaphore, une litote… Pour dire mieux ou différemment. Pour approfondir le sujet. Pour éviter les répétitions lassantes.

Et naissent alors ses séries picturales abstraites, résultat de son investigation d’artiste.

Devant nous, sur une toile de Anne Girard, s’ouvrent des chemins de vie. Des routes à suivre. Avec obstacles, rencontres, retours, superpositions, zones vides et planes suivies de zones plus denses. Ici des blocs, là un graphisme, et puis une ligne qui dessine un cadre, un tracé nerveux de couleur, un fragment de peinture… Le chemin est encombré parfois, mais on y avance avec sérénité.GirardAlternent collages et peinture. Et c’est étrange comme, parfois, c’est la surface peinte qui donne du relief à la bande de papier collée.

Le plasticien Aurélien Benoist  a quitté la photo. Pour plus de contact avec la matière. Et, entre autre, il fait maintenant de la gravure. Un art fascinant (quand il faut « mordre la plaque »!) et qui reste souvent mystérieux pour le visiteur lambda. L’eau forte, l’aquatinte, le vernis, l’encre, le solvant, la gravure au lavis, la gravure sur bronze, la gravure sur aluminium…n’ont plus de secret pour Aurélien Benoist.

Voici donc des estampes, des typographies traditionnelles au plomb, tirées sur presse dans son atelier de Dole.

Il présente une partie de sa série « Erosion ». Pour cela il avait soumis la plaque aux conditions climatiques en extérieur. Elle était ensuite encrée puis transférée sur papier. L’idée était celle d’une impression progressive et d’une matière qui s’exprime au gré du hasard. Une idée du temps qui défile. La série « Atelier » est là aussi, des monotypes à partir de plaques de zinc, sur papier haute qualité. Et puis quelques pièces séparées, comme cette « Rage et amour » (cf visuel)BenoistSur ces feuilles au grain magnifique vivent des traits. Des traits fantômes. Des traces qui passent. Des images tronquées ou flottantes. Des labyrinthes. Des écritures parsemées. Une tache de couleur soudain. Une seule. (Le rouge, comme le sceau signature au bas d’un dessin noir et blanc chinois).

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Profondeurs, Itinéraires Singuliers

Le Festival Itinéraires Singuliers battait son plein en ce printemps 2017 et on ne pouvait pas tout voir! C’est toujours d’une extraordinaire richesse en expos, films, spectacles etc. Je me contente de quelques expos. Voici ce que j’ai vu.  Le thème cette année était « Profondeurs ».

1- A la Chapelle des élus, office du tourisme, Dijon, Didier Turbet propose sa « Profondeur d’âme ». Jusqu’au 23 av. 9h30-18h30, et dimanche 10-18h. Ce sont des sculptures, petits engins minutieux, faits de matériaux de récup. Mais sans lourdeur. Sans obstination ni à garder l’aspect du matériaux d’origine ni à chercher la représentation figurative (deux défauts courants chez ceux qui utilisent ainsi la récupération). Les machineries sont mi-vivantes mi-robotiques. Hésitant entre le clin d’oeil et la réflexion inquiétante. Turbet,extrait2- A l’hôtel de Vogüé, Dijon,  la Galerie Biz’art Biz’art (une association jurassienne) présente 4 artistes. Jusqu’au 23  avril. 14-19h. ts les jours.

Les dessins de Christophe St John sont de belles compositions où s’emmêlent des formes, des couleurs et des traits. Chair, peau, os, pieds, mains… apparaissent, enchevêtrés, entre vie et mort.StJohn Les sculptures de Vincent Crochard, faites de cordes et mousse polyuréthane (?) habilement travaillées pour réaliser des créatures étranges que l’on verrait bien vivre dans les grands fonds marins. Cette installation est d’un noir d’encre impressionnant. Les sculptures de M.Françoise Valois sont faites d’accumulations et d’associations (décorations funéraires, animaux empaillés, textiles…). Fascinantes oeuvres, à la frontière entre morbide, kitch (laid) et méditation.

Ma préférée est Françoise Sablons. A regarder ses « Sauvages », on évoque la magie: poupées Vaudou? Cérémonies primitives? Africaines ou amérindiennes. Ou bien on se tourne côté enfance: doudous? Dessins enfantins? Marionnettes? Ces personnages sont faits de ficelle tricotée et quelques petits accessoires discrets (telles les plumes), ils se rassemblent pour discuter activement! Drôles et vivants. Allurés et émouvants.F.Sablons3- A l’église St-Philibert, se tient une expo collective (patients, élèves, seniors,…). Côté art thérapie et pédagogie, c’est passionnant. Le travail des artistes accompagnateurs et des animateurs est extraordinaire. Que de bonnes idées! (thème de la profondeur, toujours)AuxerreCe tunnel sonore que l’on traverse, ces bocaux de formol où sont conservés d’improbables monstres, cette « Bas-Laine » qui est faite des matériaux jetés dans les océans…  Les élèves du collège Boris Vian ont réalisé une installation formidable, ma préférée:Talant des photos suspendues, représentant des gros plans de leur environnement proche, auxquels ils ont donné une dimension nouvelle par la technique photographique et par le titre attribué. Une chose devient une autre! Un morceau d’objet du quotidien devient paysage! Un bout de papier devient grotte, un bout de tissu devient dune ou neige…Talant2Cliquer sur les visuels etc…

 

 

 

Nastia, Galerie La Source

A Fontaine les Dijon, Galerie La Source, Nastia Mallet exposait au printemps 2017. Très beau titre de son expo: « Les arbres marchent-ils? »  Du mercredi au dimanche compris, 15h30- 18h30.

Conférence animaux

Deux raisons à ce titre de l’expo de Nastia « les arbres marchent-ils? »  -D’abord, et tout simplement, parce que l’artiste est une « fille des bois »! Elle habite à la lisière des forêts et depuis plusieurs années écoute la nature et vit au plus près d’elle. Son travail est donc inspiré par le végétal et l’animal.  -Et ensuite, cette phrase, prononcée par une aveugle de naissance, évoque cette sensation particulière que celle-ci a face à la réalité, cette façon qu’elle a de percevoir les choses différemment de nous, peut-être même cet oeil intérieur qui lui permet de connaître un réel invisible et indicible…

L’artiste aurait ces capacité-là aussi.

Nastia peint et sculpte des herbes, des arbres, des oiseaux. Ou plutôt elle les interprète (comme un musicien interprète un morceau). Son travail est tout en finesse. Un murmure. Comme ces chuchotements secrets qu’elle guette ici et là dans sa campagne conciliabuleou dans ses souvenirs. Car sa vie passée laisse également des traces dans son oeuvre. Ses rencontres  chez les amérindiens ou les asiatiques, par exemple.

Ses huiles, ses aquarelles, ses cires (cire d’horloger qu’elle parcourt de traits gravés, de petits objets incrustés et qu’elle patine ensuite) et ses sculptures ont ce raffinement, cette délicatesse et ce calme qu’on lui a toujours connus. Elle ne se résout pas à exprimer les laideurs de la vie.cire

Nastia consacre une petite pièce de la Galerie à l’écriture (1er étage). A partir de quelques textes d’une série de Mijo (ben oui c’est moi) « Les Transparentes », elle compose une scène qui ressemble à Mijo! Allusion à ses carnets de notes, à ses collections de cailloux et de sables du désert, à ses écrits…  La transparence est présente d’ailleurs dans cette expo de Nastia: ses « cités » sont « de verre »  (oui, il y a aussi la ville ici, quand même: quatre toiles au rez-de-chaussée) , l’eau, l’air et les arbres laissent le regard traverser.écriturecliquer sur les visuels pour agrandir, en deux fois

> http://www.dailymotion.com/video/x5g8w76_nastia-mallet_creation

Gao Bo , Paris

Allez! Petite visite parisienne au printemps 2017! A la Maison Européenne de la photographie, 5 rue de Fourcy, Paris, exposait le chinois Gao Bo . Le titre était « Les offrandes ». Gao Bo part de la photo, mais va bien au-delà et construit une oeuvre d’artiste plasticien.

Dès le jardin de ce musée, l’oeuvre « Les pierres aux mille visages » oblige à un premier arrêt. On est attirés, touchés par cet amoncellement de galets où apparaissent les visages de tibétains anonymes. Ils sont destinés à retourner là-bas, à être éparpillés sur les plateaux tibétains… Work in ProgressGao Bo visages

Puis, voici ces photos prises au Tibet par Gao Bo entre 85 et 95… L’artiste se les réapproprie 10 ans après, en trouve les limites, réinvente autre chose à partir d’elles, intervient dessus, en fait un matériau d’expression plastique et politique. Il les couvre de son propre sang, d’encre et de peinture. Et il va plus loin encore, il les brûle (des portraits de condamnés à mort) et garde les cendres, il les badigeonne de noir etc.

Partout sur son oeuvre l’écriture est présente. Gao Bo invente un langage inédit: idée d’une extrême difficulté à communiquer son expérience vécue au Tibet. Seule, peut-être une écriture inconnue…..Gao Bo2

Plus on avance dans l’expo, plus on découvre la photo utilisée comme installation. Les tirages très grand format sont mariés à des branchages, des masques, des petites barques, des pansements ensanglantés, des néons rouges etc. C’est successivement « Requiem », « L’immensité de la mort »… C’est fort. Très fort. Dur. Très dur.  Une oeuvre qui ressemble à un hommage à des victimes, mais aussi à un hurlement devant l’inhumanité de certaines situations dans certains pays (le sien en l’occurrence). Le travail de Gao Bo tourne autour de la destruction, de la disparition. Comment dire ça? Et comment garder des traces?Gao Bo

« Oeuvre immense, violente, humaine et lumineuse » dit François Tamisier , commissaire de cette expo. Je rajouterais : sincère et authentique (contrairement à certains de ses compatriotes artistes qui ont vite compris l’opportunité du marché de l’art).

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